Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
�J�emprunte � madame Th�r�se toutes les ficelles pour une nuit, j�y fais des n�uds, et, une fois arriv� � ma bienheureuse fen�tre du premier �tage, j�accroche la corde au petit balcon ou m�me au plomb, et je glisse dans le jardin.�
La goutti�re inspect�e, les ficelles d�tach�es pour �tre mesur�es, la hauteur prise avec l��il, Gilbert se sentit fort et r�solu.
Il tressa de fa�on � faire de toutes ces ficelles une corde solide; il essaya ses forces en se pendant � une solive du galetas, et, heureux de voir qu�il n�avait vomi qu�une fois le sang au milieu de ses efforts, il se d�cida pour l�exp�dition nocturne.
Afin de mieux tromper M. Jacques et Th�r�se, il contrefit le malade et garda le lit jusqu�� deux heures, moment o�, apr�s son d�ner, Rousseau partait pour la promenade et ne rentrait plus que le soir.
Gilbert annon�a une envie de dormir qui durerait jusqu�au lendemain matin.
Rousseau r�pondit que, soupant le soir m�me en ville, il �tait heureux de voir Gilbert en des dispositions si rassurantes.
On se s�para sur ces affirmations respectives.
Derri�re Rousseau, Gilbert d�tacha de nouveau ses ficelles et les tressa pour tout de bon cette fois.
Il t�tonna encore la goutti�re et les tuiles, puis se mit � guetter dans le jardin jusqu�au soir.
Chapitre 72. Voyage a�rien
Gilbert �tait ainsi pr�par� � son d�barquement dans le jardin ennemi, c�est ainsi qu�il qualifiait tacitement la maison de Taverney, et de sa lucarne il explorait le terrain avec l�attention profonde d�un habile strat�giste qui va livrer la bataille, lorsque dans cette maison si muette, si impassible, une sc�ne se passa qui attira toute l�attention du philosophe.
Une pierre sauta par-dessus le mur du jardin et vint frapper en angle le mur de la maison.
Gilbert savait d�j� qu�il n�y a point d�effet sans cause: il se mit donc � chercher la cause, ayant vu l�effet.
Mais Gilbert, quoiqu�en se penchant beaucoup, ne put apercevoir la personne qui, de la rue, avait lanc� la pierre.
Seulement � et tout aussit�t, il comprit que cette man�uvre se rattachait � l��v�nement qui venait d�arriver � seulement, il vit s�ouvrir avec pr�caution l�un des contrevents d�une pi�ce du rez-de-chauss�e, et, par l�entreb�illement de ce volet, passa la t�te �veill�e de Nicole.
� la vue de Nicole, Gilbert fit un plongeon dans sa mansarde, mais sans perdre un instant de vue l�alerte jeune fille.
Celle-ci, apr�s avoir explor� du regard toutes les fen�tres, et particuli�rement celles de la maison, Nicole, disons-nous, sortit de sa demi-cachette et courut dans le jardin comme pour s�approcher de l�espalier, o� quelques dentelles s�chaient au soleil.
C��tait sur le chemin de cet espalier qu�avait roul� la pierre que, non plus que Nicole, Gilbert ne perdait point de vue. Gilbert la vit crosser d�un coup de pied cette pierre, qui pour le moment acqu�rait une si grande importance, la crosser encore devant elle et continuer enfin ce man�ge jusqu�� ce qu�elle f�t au bord de la plate-bande sous l�espalier.
L�, Nicole leva les mains pour d�tacher ses dentelles, en laissa tomber une qu�elle ramassa longuement, et, en la ramassant, s�empara de la pierre.
Gilbert ne devinait rien encore; mais, en voyant Nicole �plucher cette pierre, comme un gourmand fait d�une noix, et lui enlever une �corce de papier qu�elle avait, il comprit le degr� d�importance r�el que m�ritait l�a�rolithe.
C��tait, en effet, un billet, ni plus ni moins qu�un billet que Nicole venait de trouver roul� autour de la pierre.
La rus�e l�eut bien vite d�pli�, d�vor�, mis dans sa poche, et alors elle n�eut plus besoin de regarder rien � ses dentelles, les dentelles �taient s�ches.
Gilbert, cependant, secouait la t�te en se disant, avec cet �go�sme des hommes qui d�pr�cient les femmes, que Nicole �tait bien r�ellement une nature vicieuse, et que lui, Gilbert, avait fait acte de morale et de saine politique en rompant si brusquement et si courageusement avec une fille qui recevait des billets par-dessus les murs.
Et, en raisonnant ainsi, lui, Gilbert, qui venait de faire un si beau raisonnement sur les causes et les effets, il condamnait un effet dont peut �tre il �tait la cause.
Nicole rentra, puis ressortit, et, cette fois, elle avait la main dans sa poche.
Elle en tira une clef; Gilbert la vit un instant briller entre ses doigts comme un �clair; puis aussit�t, cette clef, la jeune fille la glissa sous la petite porte du jardin, porte de jardinier situ�e � l�autre extr�mit� du mur de la rue, parall�lement � la grande porte usit�e.
� Bon! dit Gilbert, je comprends: un billet et un rendez-vous. Nicole ne perd pas son temps. Nicole a donc un nouvel amant?
Et Gilbert fron�a le sourcil avec le d�sappointement d�un homme qui a cru que sa perte devait causer un vide irr�parable dans le c�ur de la femme qu�il abandonnait, et qui, � son grand �tonnement, voit ce vide parfaitement rempli.
� Voil� qui pourrait bien contrarier mes projets, continua Gilbert en cherchant une cause factice � sa mauvaise humeur. N�importe, reprit Gilbert apr�s un autre moment de silence, je ne suis point f�ch� de conna�tre l�heureux mortel qui me succ�de dans les bonnes gr�ces de mademoiselle Nicole.
Mais Gilbert, � certains endroits, �tait un esprit parfaitement juste; il calcula aussit�t que la d�couverte qu�il venait de faire, et que l�on ignorait qu�il e�t faite, lui donnait sur Nicole un avantage dont il pourrait profiter � l�occasion, puisqu�il savait le secret de Nicole avec des d�tails que celle-ci ne pouvait nier, tandis qu�elle soup�onnait � peine le sien, et qu�aucun d�tail ne venait donner un corps � ses soup�ons.
Gilbert se promit donc de profiter de son avantage � l�occasion.
Pendant toutes ces all�es et venues, cette nuit si impatiemment attendue arriva enfin.
Gilbert ne craignait plus qu�une chose, c��tait la rentr�e impr�vue de Rousseau, Rousseau le surprenant sur le toit ou dans l�escalier, ou m�me encore Rousseau trouvant la chambre vide. Dans ce dernier cas, la col�re du Genevois devait �tre terrible; Gilbert crut en d�tourner les coups � l�aide d�un billet qu�il laissa sur sa petite table, � l�adresse du philosophe.
Ce billet �tait con�u en ces termes:
�Mon cher et illustre protecteur,
�Ne concevez pas de moi une mauvaise opinion, si, malgr� vos recommandations, et m�me vos ordres, je me suis permis de sortir. Je ne puis tarder � rentrer, � moins qu�il ne m�arrive quelque accident pareil � celui qui m�est arriv� d�j�; mais, au risque d�un accident pareil et m�me pire, il faut que je quitte ma chambre pour deux heures.�
� J�ignore ce que je dirai au retour, pensait Gilbert, mais au moins M. Rousseau ne sera pas inqui�t�, ni mis en col�re.
La soir�e fut sombre. Il r�gnait une chaleur �touffante, comme c�est l�habitude pendant les premi�res chaleurs du printemps; aussi le ciel fut-il nuageux, et � huit heures et demie l��il le plus exerc� n�e�t rien distingu� au fond du gouffre noir qu�interrogeaient les regards de Gilbert.
Ce fut alors seulement que le jeune homme s�aper�ut qu�il respirait difficilement, que des sueurs subites envahissaient son front et sa poitrine, signes certains de faiblesse et d�atonie. La prudence lui conseillait de ne pas s�aventurer en cet �tat dans une exp�dition o� toute la force, toute la s�ret� des organes �taient n�cessaires non seulement pour le succ�s de l�entreprise, mais m�me pour la s�ret� de l�individu; mais Gilbert n��couta rien de ce que lui conseillait l�instinct physique.
La volont� morale avait parl� plus haut; ce fut elle, comme toujours, que le jeune homme suivit.
Le moment �tait venu; Gilbert roula son petit cordeau en douze cercles autour de son cou, commen�a, le c�ur palpitant, � escalader sa lucarne, et, s�empoignant fortement au chambranle de cette m�me lucarne, il fit son premier pas dans la goutti�re, vers la lucarne de droite, qui, comme nous l�avons dit, �tait celle de l�escalier et se trouvait s�par�e de l�autre par un intervalle d�environ deux toises.
Ainsi les pieds dans un conduit de plomb de huit pouces de large au plus, lequel conduit, bien que soutenu de distance en distance par des crampons de fer, c�dait sous ses pas, � cause de la mollesse du plomb; les mains appuy�es sur les tuiles, auxquelles il ne fallait demander qu�un point d�appui pour l��quilibre, mais nullement un soutien en cas de chute, car les doigts n�avaient pas de prise: voil� quelle fut la position de Gilbert durant le trajet a�rien, qui dura deux minutes, c�est-�-dire deux �ternit�s.