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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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M. de Jussieu se leva.

� Voil� donc la consultation faite? dit Rousseau.

� Et d�sormais inutile sera notre science aupr�s de ce malade; de l�air, de l�exercice mod�r�: � propos� les bois� j�oubliais�

� Quoi donc?

� Je pousse dimanche prochain une reconnaissance de botaniste dans le bois de Marly; �tes-vous homme � m�accompagner, mon tr�s illustre confr�re?

� Oh! repartit Rousseau, dites votre admirateur indigne.

� Parbleu! voil� une belle occasion de promenade pour notre bless� Amenez-le.

� Si loin?

� C�est � deux pas; d�ailleurs, mon carrosse me conduit � Bougivaclass="underline" je vous emm�ne� Nous montons par le chemin de la Princesse � Luciennes; nous gagnons de l� Marly. � chaque instant, des botanistes s�arr�tent; notre bless� portera nos pliants� nous herboriserons tous deux, vous et moi; lui vivra�

� Que vous �tes un homme aimable, mon cher savant! dit Rousseau.

� Laissez faire, j�ai mon int�r�t � cela; vous avez, je le sais, un grand travail pr�par� sur les mousses, et, moi, j�y vais un peu � t�tons: vous me guiderez.

� Oh! fit Rousseau, dont la satisfaction per�a malgr� lui.

� L�-haut, ajouta le botaniste, un petit d�jeuner, de l�ombre, des fleurs superbes. C�est dit?

� C�est dit� � dimanche la charmante partie. Il me semble que j�ai quinze ans; je jouis d�avance de tout le bonheur que j�aurai, r�pondit Rousseau avec la satisfaction d�un enfant.

� Et vous, mon petit ami, affermissez vos jambes d�ici l�.

Gilbert balbutia une sorte de remerciement que M. de Jussieu n�entendit pas, les deux botanistes laissant Gilbert tout � ses pens�es et surtout � ses craintes.

Chapitre 71. La vie revient

Cependant, tandis que Rousseau croyait avoir rassur� compl�tement son malade, et que Th�r�se racontait � toutes ses voisines que, gr�ce aux prescriptions du savant m�decin, M. de Jussieu, Gilbert �tait hors de tout danger; pendant cette p�riode de confiance g�n�rale, le jeune homme courait au pire danger qu�il e�t couru par son obstination et ses perp�tuelles r�veries.

Rousseau ne pouvait �tre tellement confiant qu�il n�e�t au fond de l��me une d�fiance solidement �tay�e sur quelque raisonnement philosophique.

Sachant Gilbert amoureux, et l�ayant surpris en flagrant d�lit de r�bellion aux ordonnances m�dicales, il avait jug� que Gilbert retomberait dans les m�mes fautes s�il avait trop de libert�.

Rousseau donc, en bon p�re de famille, avait ferm� plus soigneusement que jamais le cadenas du grenier de Gilbert, lui permettant in petto d�aller � la fen�tre, mais l�emp�chant en r�alit� de passer la porte.

On ne peut exprimer ce que cette sollicitude, qui changeait son grenier en prison, inspira de col�re et de projets � Gilbert.

Pour certains esprits, la contrainte est f�condante.

Gilbert ne songea plus qu�� Andr�e, qu�au bonheur de la voir et de surveiller, f�t-ce de loin, les progr�s de sa convalescence.

Mais Andr�e n�apparaissait pas aux fen�tres du pavillon. Nicole seule, portant ses tisanes sur un plat de porcelaine, M. de Taverney arpentant le petit jardin et prisant avec fureur, comme pour �veiller ses esprits, voil� tout ce que voyait Gilbert quand il interrogeait ardemment les profondeurs des chambres ou les �paisseurs des murs.

Cependant tous ces d�tails le tranquillisaient un peu, car ces d�tails lui r�v�laient une maladie, mais non une mort.

� L�, se disait-il, derri�re cette porte, ou derri�re ce paravent, respire, soupire et souffre celle que j�aime avec idol�trie, celle qui, en se montrant, ferait couler la sueur de mon front et trembler mes membres, celle qui tient mon existence, et par qui je respire pour nous deux.

Et l�-dessus, Gilbert, pench� hors de sa lucarne de fa�on � faire croire � la curieuse Chon qu�il s�en pr�cipiterait vingt fois dans une heure, Gilbert prenait, avec son �il exerc�, la mesure des cloisons, des parquets, la profondeur du pavillon, et s�en construisait dans son cerveau un plan exact: l� devait coucher M. de Taverney, l� devaient �tre l�office et la cuisine, l� la chambre destin�e � Philippe, l� le cabinet occup� par Nicole, l� enfin la chambre d�Andr�e, le sanctuaire � la porte duquel il e�t donn� sa vie pour demeurer un jour � genoux.

Ce sanctuaire, d�apr�s les id�es de Gilbert, �tait une grande pi�ce du rez-de-chauss�e, command�e par une antichambre et sur laquelle mordait une cloison vitr�e, cabinet pr�sum� o� Nicole avait son lit, selon les arrangements de Gilbert.

� Oh! disait le fou dans ses acc�s de fureur envieuse, heureux les �tres qui marchent dans le jardin sur lequel plongent ma fen�tre et celles de l�escalier! Heureux ces indiff�rents qui foulent le sable du parterre! L�, en effet, la nuit, on doit entendre se plaindre et soupirer mademoiselle Andr�e.

Du d�sir � l�ex�cution, il y a loin; mais les imaginations riches rapprochent tout: elles ont un moyen pour cela. Dans l�impossible, elles trouvent le r�el, elles savent jeter les ponts sur les fleuves et appliquer des �chelles aux montagnes.

Gilbert, les premiers jours, ne fit que d�sirer.

Puis il r�fl�chit que ces heureux tant envi�s �taient de simples mortels dou�s comme lui-m�me de jambes pour fouler le sol du jardin, et de bras pour ouvrir les portes. Il en vint � se repr�senter le bonheur qu�on �prouverait en se glissant furtivement dans cette maison d�fendue, en fr�lant de son oreille les persiennes par lesquelles filtrait le bruit de l�int�rieur.

Chez Gilbert, c��tait trop peu d�avoir d�sir�, l�ex�cution devenait imm�diate.

D�ailleurs, les forces lui revenaient avec rapidit�. La jeunesse est f�conde et riche. Au bout de trois jours, Gilbert, la fi�vre aidant, se sentait aussi fort qu�il avait jamais �t�.

Il supputa que, Rousseau l�ayant enferm�, une des plus grandes difficult�s se trouvait vaincue, la difficult� d�entrer chez mademoiselle de Taverney par la porte.

En effet, la porte ouvrait sur la rue Coq-H�ron; Gilbert, enferm� rue Pl�tri�re, ne pouvait aborder aucune rue, partant n�avait besoin d�aller ouvrir aucune porte.

Restaient les fen�tres.

Celle de son grenier donnait � pic sur quarante-huit pieds de mur.

� moins d��tre ivre ou tout � fait fou, nul ne se f�t risqu� � descendre.

� Oh! les portes sont de belles inventions, n�anmoins, se r�p�tait-il en rongeant ses poings, et M. Rousseau, un philosophe, me les ferme!

Arracher le cadenas! facile, oui; mais plus d�espoir de rentrer dans la maison hospitali�re.

Se sauver de Luciennes, se sauver de la rue Pl�tri�re, s��tre sauv� de Taverney, toujours se sauver, c��tait prendre le chemin de n�oser plus regarder une seule cr�ature en face sans craindre un reproche d�ingratitude ou de l�g�ret�.

� Non, M. Rousseau ne saura rien.

Et, accroupi sur sa lucarne, Gilbert continuait:

� Avec mes jambes et mes mains, instruments naturels � l�homme libre, je m�accrocherai aux tuiles, et, en suivant la goutti�re, fort �troite il est vrai, mais qui est droite, et par cons�quent le plus court chemin d�un point � un autre, j�arriverai, si j�arrive, � la lucarne parall�le � la mienne.

�Or, cette lucarne est celle de l�escalier.

�Si je n�arrive pas, je tombe dans le jardin, cela fait du bruit, on sort du pavillon, on me ramasse, on me reconna�t; je meurs beau, noble, po�tique; on me plaint: c�est superbe!

�Si j�arrive, comme tout me le fait croire, je file sous la lucarne de l�escalier; je descends les �tages pieds nus jusqu�au premier, lequel a sa fen�tre aussi sur le jardin, c�est-�-dire � quinze pieds du sol. Je saute�

�H�las! plus de force, plus de souplesse!

�Il y a bien un espalier pour m�aider�

�Oui, mais cet espalier aux grillages vermoulus se brisera; je d�gringolerai, non plus tu�, noble et po�tique, mais blanchi de pl�tre, d�chir�, honteux, et avec l�apparence d�un voleur de poires. C�est odieux � penser! M. de Taverney me fera fouetter par le concierge, ou tirer les oreilles par La Brie.

�Non! J�ai ici vingt ficelles, lesquelles unies font une corde, d�apr�s cette d�finition de M. Rousseau: les f�tus font la gerbe.

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