Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
M. de Jussieu se leva.
� Voil� donc la consultation faite? dit Rousseau.
� Et d�sormais inutile sera notre science aupr�s de ce malade; de l�air, de l�exercice mod�r�: � propos� les bois� j�oubliais�
� Quoi donc?
� Je pousse dimanche prochain une reconnaissance de botaniste dans le bois de Marly; �tes-vous homme � m�accompagner, mon tr�s illustre confr�re?
� Oh! repartit Rousseau, dites votre admirateur indigne.
� Parbleu! voil� une belle occasion de promenade pour notre bless� Amenez-le.
� Si loin?
� C�est � deux pas; d�ailleurs, mon carrosse me conduit � Bougivaclass="underline" je vous emm�ne� Nous montons par le chemin de la Princesse � Luciennes; nous gagnons de l� Marly. � chaque instant, des botanistes s�arr�tent; notre bless� portera nos pliants� nous herboriserons tous deux, vous et moi; lui vivra�
� Que vous �tes un homme aimable, mon cher savant! dit Rousseau.
� Laissez faire, j�ai mon int�r�t � cela; vous avez, je le sais, un grand travail pr�par� sur les mousses, et, moi, j�y vais un peu � t�tons: vous me guiderez.
� Oh! fit Rousseau, dont la satisfaction per�a malgr� lui.
� L�-haut, ajouta le botaniste, un petit d�jeuner, de l�ombre, des fleurs superbes. C�est dit?
� C�est dit� � dimanche la charmante partie. Il me semble que j�ai quinze ans; je jouis d�avance de tout le bonheur que j�aurai, r�pondit Rousseau avec la satisfaction d�un enfant.
� Et vous, mon petit ami, affermissez vos jambes d�ici l�.
Gilbert balbutia une sorte de remerciement que M. de Jussieu n�entendit pas, les deux botanistes laissant Gilbert tout � ses pens�es et surtout � ses craintes.
Chapitre 71. La vie revient
Cependant, tandis que Rousseau croyait avoir rassur� compl�tement son malade, et que Th�r�se racontait � toutes ses voisines que, gr�ce aux prescriptions du savant m�decin, M. de Jussieu, Gilbert �tait hors de tout danger; pendant cette p�riode de confiance g�n�rale, le jeune homme courait au pire danger qu�il e�t couru par son obstination et ses perp�tuelles r�veries.
Rousseau ne pouvait �tre tellement confiant qu�il n�e�t au fond de l��me une d�fiance solidement �tay�e sur quelque raisonnement philosophique.
Sachant Gilbert amoureux, et l�ayant surpris en flagrant d�lit de r�bellion aux ordonnances m�dicales, il avait jug� que Gilbert retomberait dans les m�mes fautes s�il avait trop de libert�.
Rousseau donc, en bon p�re de famille, avait ferm� plus soigneusement que jamais le cadenas du grenier de Gilbert, lui permettant in petto d�aller � la fen�tre, mais l�emp�chant en r�alit� de passer la porte.
On ne peut exprimer ce que cette sollicitude, qui changeait son grenier en prison, inspira de col�re et de projets � Gilbert.
Pour certains esprits, la contrainte est f�condante.
Gilbert ne songea plus qu�� Andr�e, qu�au bonheur de la voir et de surveiller, f�t-ce de loin, les progr�s de sa convalescence.
Mais Andr�e n�apparaissait pas aux fen�tres du pavillon. Nicole seule, portant ses tisanes sur un plat de porcelaine, M. de Taverney arpentant le petit jardin et prisant avec fureur, comme pour �veiller ses esprits, voil� tout ce que voyait Gilbert quand il interrogeait ardemment les profondeurs des chambres ou les �paisseurs des murs.
Cependant tous ces d�tails le tranquillisaient un peu, car ces d�tails lui r�v�laient une maladie, mais non une mort.
� L�, se disait-il, derri�re cette porte, ou derri�re ce paravent, respire, soupire et souffre celle que j�aime avec idol�trie, celle qui, en se montrant, ferait couler la sueur de mon front et trembler mes membres, celle qui tient mon existence, et par qui je respire pour nous deux.
Et l�-dessus, Gilbert, pench� hors de sa lucarne de fa�on � faire croire � la curieuse Chon qu�il s�en pr�cipiterait vingt fois dans une heure, Gilbert prenait, avec son �il exerc�, la mesure des cloisons, des parquets, la profondeur du pavillon, et s�en construisait dans son cerveau un plan exact: l� devait coucher M. de Taverney, l� devaient �tre l�office et la cuisine, l� la chambre destin�e � Philippe, l� le cabinet occup� par Nicole, l� enfin la chambre d�Andr�e, le sanctuaire � la porte duquel il e�t donn� sa vie pour demeurer un jour � genoux.
Ce sanctuaire, d�apr�s les id�es de Gilbert, �tait une grande pi�ce du rez-de-chauss�e, command�e par une antichambre et sur laquelle mordait une cloison vitr�e, cabinet pr�sum� o� Nicole avait son lit, selon les arrangements de Gilbert.
� Oh! disait le fou dans ses acc�s de fureur envieuse, heureux les �tres qui marchent dans le jardin sur lequel plongent ma fen�tre et celles de l�escalier! Heureux ces indiff�rents qui foulent le sable du parterre! L�, en effet, la nuit, on doit entendre se plaindre et soupirer mademoiselle Andr�e.
Du d�sir � l�ex�cution, il y a loin; mais les imaginations riches rapprochent tout: elles ont un moyen pour cela. Dans l�impossible, elles trouvent le r�el, elles savent jeter les ponts sur les fleuves et appliquer des �chelles aux montagnes.
Gilbert, les premiers jours, ne fit que d�sirer.
Puis il r�fl�chit que ces heureux tant envi�s �taient de simples mortels dou�s comme lui-m�me de jambes pour fouler le sol du jardin, et de bras pour ouvrir les portes. Il en vint � se repr�senter le bonheur qu�on �prouverait en se glissant furtivement dans cette maison d�fendue, en fr�lant de son oreille les persiennes par lesquelles filtrait le bruit de l�int�rieur.
Chez Gilbert, c��tait trop peu d�avoir d�sir�, l�ex�cution devenait imm�diate.
D�ailleurs, les forces lui revenaient avec rapidit�. La jeunesse est f�conde et riche. Au bout de trois jours, Gilbert, la fi�vre aidant, se sentait aussi fort qu�il avait jamais �t�.
Il supputa que, Rousseau l�ayant enferm�, une des plus grandes difficult�s se trouvait vaincue, la difficult� d�entrer chez mademoiselle de Taverney par la porte.
En effet, la porte ouvrait sur la rue Coq-H�ron; Gilbert, enferm� rue Pl�tri�re, ne pouvait aborder aucune rue, partant n�avait besoin d�aller ouvrir aucune porte.
Restaient les fen�tres.
Celle de son grenier donnait � pic sur quarante-huit pieds de mur.
� moins d��tre ivre ou tout � fait fou, nul ne se f�t risqu� � descendre.
� Oh! les portes sont de belles inventions, n�anmoins, se r�p�tait-il en rongeant ses poings, et M. Rousseau, un philosophe, me les ferme!
Arracher le cadenas! facile, oui; mais plus d�espoir de rentrer dans la maison hospitali�re.
Se sauver de Luciennes, se sauver de la rue Pl�tri�re, s��tre sauv� de Taverney, toujours se sauver, c��tait prendre le chemin de n�oser plus regarder une seule cr�ature en face sans craindre un reproche d�ingratitude ou de l�g�ret�.
� Non, M. Rousseau ne saura rien.
Et, accroupi sur sa lucarne, Gilbert continuait:
� Avec mes jambes et mes mains, instruments naturels � l�homme libre, je m�accrocherai aux tuiles, et, en suivant la goutti�re, fort �troite il est vrai, mais qui est droite, et par cons�quent le plus court chemin d�un point � un autre, j�arriverai, si j�arrive, � la lucarne parall�le � la mienne.
�Or, cette lucarne est celle de l�escalier.
�Si je n�arrive pas, je tombe dans le jardin, cela fait du bruit, on sort du pavillon, on me ramasse, on me reconna�t; je meurs beau, noble, po�tique; on me plaint: c�est superbe!
�Si j�arrive, comme tout me le fait croire, je file sous la lucarne de l�escalier; je descends les �tages pieds nus jusqu�au premier, lequel a sa fen�tre aussi sur le jardin, c�est-�-dire � quinze pieds du sol. Je saute�
�H�las! plus de force, plus de souplesse!
�Il y a bien un espalier pour m�aider�
�Oui, mais cet espalier aux grillages vermoulus se brisera; je d�gringolerai, non plus tu�, noble et po�tique, mais blanchi de pl�tre, d�chir�, honteux, et avec l�apparence d�un voleur de poires. C�est odieux � penser! M. de Taverney me fera fouetter par le concierge, ou tirer les oreilles par La Brie.
�Non! J�ai ici vingt ficelles, lesquelles unies font une corde, d�apr�s cette d�finition de M. Rousseau: les f�tus font la gerbe.