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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Mais l�effort qu�il tenta fit monter le sang � sa bouche et � ses narines. Il perdit connaissance.

Rousseau avait �t� pr�venu par le m�decin de la place Louis XV, il ne s�effraya donc point; il attendait ce d�nouement, et c�est pour cela qu�il avait plac� son malade sur un matelas isol� et sans draps.

� Maintenant, dit-il � Th�r�se, vous allez pouvoir coucher ce pauvre enfant.

� O� cela?

� Mais ici, dans mon lit.

Gilbert avait entendu; l�extr�me faiblesse l�emp�chait seule de r�pondre tout de suite, mais il fit un violent effort, et, rouvrant les yeux:

� Non, dit-il avec effort, non; l�-haut!

� Vous voulez retourner dans votre chambre?

� Oui, oui, s�il vous pla�t.

Et il acheva plut�t avec les yeux qu�avec la langue, ce v�u dict� par un souvenir plus puissant que la souffrance, et qui semblait, dans son esprit, survivre m�me � la raison.

Rousseau, cet homme qui avait l�exag�ration de toutes les sensibilit�s, comprit sans doute, car il ajouta:

� C�est bien, mon enfant, nous vous transporterons l�-haut. Il ne veut pas nous g�ner, dit-il � Th�r�se, qui approuva de toutes ses forces.

En cons�quence, il fut d�cid� que Gilbert serait install� � l�instant m�me dans le grenier qu�il r�clamait.

La translation s�op�ra sans accident.

Vers le milieu du jour, Rousseau vint passer pr�s du matelas de son disciple le temps qu�il perdait d�habitude � collectionner ses v�g�taux favoris. Le jeune homme, un peu remis, lui donna d�une voix basse et presque �teinte les d�tails de la catastrophe.

Il ne raconta pas pourquoi il �tait all� voir le feu d�artifice; la simple curiosit�, disait-il, l�avait conduit sur la place Louis XV.

Rousseau ne pouvait en soup�onner davantage, � moins d��tre sorcier.

Il ne t�moigna donc aucune surprise � Gilbert, se contenta des questions d�j� faites, et lui recommanda seulement la plus grande patience. Il ne lui parla pas non plus du lambeau d��toffe qu�on lui avait vu dans la main et dont Philippe s��tait saisi.

Cependant cette conversation, qui pour tous deux c�toyait de si pr�s l�int�r�t r�el et la v�rit� positive, n�en �tait pas moins attrayante, et ils s�y livraient l�un et l�autre tout entiers, quand tout � coup le pas de Th�r�se retentit sur le palier.

� Jacques! dit-elle, Jacques!

� Eh bien, qu�y a-t-il?

� Quelque prince qui vient me voir � mon tour, dit Gilbert avec un p�le sourire.

� Jacques! cria Th�r�se avan�ant et appelant toujours.

� Eh bien, voyons, que me veut-on?

Th�r�se apparut.

� C�est M. de Jussieu qui est en bas, dit-elle, et qui, ayant appris qu�on vous avait vu l�-bas cette nuit, vient savoir si vous avez �t� bless�.

� Ce bon Jussieu! dit Rousseau; excellent homme, comme tous ceux qui se rapprochent par go�t ou par n�cessit� de la nature, source de tout bien! Soyez calme, ne bougez pas, Gilbert, je reviens.

� Oui, merci, dit le jeune homme, et Rousseau sortit.

Mais � peine �tait-il dehors, que Gilbert, en se soulevant du mieux qu�il put, se tra�na vers la lucarne d�o� l�on d�couvrait la fen�tre d�Andr�e.

Il �tait bien p�nible, pour un jeune homme sans forces, presque sans id�es, de se hisser sur le tabouret, de soulever le ch�ssis de la lucarne, et de s�arc-bouter sur l�ar�te du toit. Gilbert y r�ussit pourtant; mais, une fois l�, ses yeux s�obscurcirent, sa main trembla, le sang revint � ses l�vres et il tomba lourdement sur le carreau.

� ce moment, la porte du grenier se rouvrit, et Jean-Jacques entra, pr�c�dant M. de Jussieu, auquel il faisait mille civilit�s.

� Prenez garde, mon cher savant! baissez-vous ici� Il y a l� un pas, disait Rousseau; dame! nous n�entrons pas dans un palais.

� Merci, j�ai de bons yeux, de bonnes jambes, r�pondit le savant botaniste.

� Voil� qu�on vient vous visiter, mon petit Gilbert, fit Rousseau en regardant du c�t� du lit� Ah! mon Dieu! o� est-il? Il s�est lev�, le malheureux!

Et Rousseau, apercevant le ch�ssis ouvert, allait s�emporter en paternelles gronderies.

Gilbert se souleva avec peine, et, d�une voix presque �teinte:

� J�avais besoin d�air, dit-il.

Il n�y avait pas moyen de gronder, la souffrance �tait visible sur ce visage alt�r�.

� En effet, interrompit M. de Jussieu, il fait horriblement chaud ici; voyons, jeune homme, voyons ce pouls, je suis m�decin aussi, moi.

� Et meilleur que bien d�autres, dit Rousseau, car vous �tes aussi bon m�decin de l��me que du corps.

� Tant d�honneur�, dit Gilbert d�une voix faible en essayant de se d�rober aux yeux dans son pauvre lit.

� M. de Jussieu a tenu � vous visiter, dit Rousseau, et moi, j�ai accept� son offre. Voyons, cher docteur, que dites-vous de cette poitrine?

L�habile anatomiste palpa les os, interrogea la cavit� par une auscultation attentive.

� Le fonds est bon, dit-il. Mais qui donc vous a press� dans ses bras avec cette force?

� H�las! monsieur, c�est la Mort, dit Gilbert.

Rousseau regarda le jeune homme avec �tonnement.

� Oh! vous �tes froiss�, mon enfant, bien froiss�; mais des toniques, de l�air, du loisir, et tout cela dispara�tra.

� Pas de loisir�, je n�en puis prendre, dit Gilbert en regardant Rousseau.

� Que veut-il dire? demanda M. de Jussieu.

� Gilbert est un r�solu travailleur, cher monsieur, r�pondit Rousseau.

� D�accord, mais on ne travaille pas ces jours-ci.

� Pour vivre, dit Gilbert, on travaille tous les jours, car tous les jours on vit.

� Oh! vous ne consommerez pas beaucoup de nourriture, et vos tisanes ne co�teront pas cher.

� Si peu qu�elles co�tent, monsieur, dit Gilbert, je ne re�ois pas l�aum�ne.

� Vous �tes fou, dit Rousseau, et vous exag�rez. Je vous dis, moi, que vous vous gouvernerez d�apr�s les ordres de monsieur, car il sera votre m�decin malgr� vous. Croyez-vous, continua-t-il en s�adressant � M. de Jussieu, qu�il m�avait suppli� de n�en pas appeler?

� Pourquoi?

� Parce que cela m�e�t co�t� de l�argent, et qu�il est fier.

� Mais, r�pliqua M. de Jussieu, qui consid�rait avec le plus vif int�r�t cette t�te expressive et fine de Gilbert, si fier que l�on soit, on ne saurait faire plus que le possible� Vous croyez-vous en �tat de travailler, vous qui, pour avoir �t� � cette lucarne, �tes tomb� en route?

� C�est vrai, murmura Gilbert, je suis faible, je le sais.

� Eh bien, alors, reposez-vous, et surtout moralement� Vous �tes l�h�te d�un homme avec lequel tout le monde compte, except� son h�te.

Rousseau, bien heureux de cette politesse d�licate de ce grand seigneur, lui prit la main et la serra.

� Et puis, ajouta M. de Jussieu vous allez devenir l�objet des sollicitudes paternelles du roi et des princes.

� Moi! s��cria Gilbert.

� Vous, pauvre victime de cette soir�e� M. le dauphin, en apprenant la nouvelle, a jet� des cris d�chirants. Madame la dauphine, qui se pr�parait � partir pour Marly, reste � Trianon, afin d��tre plus � port�e de venir au secours des malheureux.

� Ah! vraiment? dit Rousseau.

� Oui, mon cher philosophe, et l�on ne parle ici que de la lettre �crite par le dauphin � M. de Sartine.

� Je ne la connais pas.

� C�est � la fois na�f et charmant. Le dauphin re�oit deux mille �cus de pension par mois. Ce matin, son mois n�arrivait pas. Le prince se promenait tout effar�; il demanda plusieurs fois le tr�sorier, et celui-ci ayant apport� l�argent, le prince l�envoya aussit�t � Paris avec deux lignes charmantes � M. de Sartine, qui me les a communiqu�es � l�instant.

� Ah! vous avez vu aujourd�hui M. de Sartine? dit Rousseau avec une esp�ce d�inqui�tude ou plut�t de d�fiance.

� Oui, je le quitte, r�pliqua M. de Jussieu un peu embarrass�; j�avais des graines � lui demander; en sorte, ajouta-t-il tr�s vite, que madame la dauphine reste � Versailles pour soigner ses malades et ses bless�s.

� Ses malades, ses bless�s? dit Rousseau.

� Oui, M. Gilbert n�est pas le seul qui ait souffert, le peuple n�a pay� cette fois qu�un imp�t partiel � la catastrophe: il y a, dit-on, parmi les bless�s, beaucoup de personnes nobles.

Gilbert �coutait avec une anxi�t�, une avidit� inexprimables; il lui semblait � tout moment que le nom d�Andr�e allait sortir de la bouche de l�illustre naturaliste.

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