Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Mais l�effort qu�il tenta fit monter le sang � sa bouche et � ses narines. Il perdit connaissance.
Rousseau avait �t� pr�venu par le m�decin de la place Louis XV, il ne s�effraya donc point; il attendait ce d�nouement, et c�est pour cela qu�il avait plac� son malade sur un matelas isol� et sans draps.
� Maintenant, dit-il � Th�r�se, vous allez pouvoir coucher ce pauvre enfant.
� O� cela?
� Mais ici, dans mon lit.
Gilbert avait entendu; l�extr�me faiblesse l�emp�chait seule de r�pondre tout de suite, mais il fit un violent effort, et, rouvrant les yeux:
� Non, dit-il avec effort, non; l�-haut!
� Vous voulez retourner dans votre chambre?
� Oui, oui, s�il vous pla�t.
Et il acheva plut�t avec les yeux qu�avec la langue, ce v�u dict� par un souvenir plus puissant que la souffrance, et qui semblait, dans son esprit, survivre m�me � la raison.
Rousseau, cet homme qui avait l�exag�ration de toutes les sensibilit�s, comprit sans doute, car il ajouta:
� C�est bien, mon enfant, nous vous transporterons l�-haut. Il ne veut pas nous g�ner, dit-il � Th�r�se, qui approuva de toutes ses forces.
En cons�quence, il fut d�cid� que Gilbert serait install� � l�instant m�me dans le grenier qu�il r�clamait.
La translation s�op�ra sans accident.
Vers le milieu du jour, Rousseau vint passer pr�s du matelas de son disciple le temps qu�il perdait d�habitude � collectionner ses v�g�taux favoris. Le jeune homme, un peu remis, lui donna d�une voix basse et presque �teinte les d�tails de la catastrophe.
Il ne raconta pas pourquoi il �tait all� voir le feu d�artifice; la simple curiosit�, disait-il, l�avait conduit sur la place Louis XV.
Rousseau ne pouvait en soup�onner davantage, � moins d��tre sorcier.
Il ne t�moigna donc aucune surprise � Gilbert, se contenta des questions d�j� faites, et lui recommanda seulement la plus grande patience. Il ne lui parla pas non plus du lambeau d��toffe qu�on lui avait vu dans la main et dont Philippe s��tait saisi.
Cependant cette conversation, qui pour tous deux c�toyait de si pr�s l�int�r�t r�el et la v�rit� positive, n�en �tait pas moins attrayante, et ils s�y livraient l�un et l�autre tout entiers, quand tout � coup le pas de Th�r�se retentit sur le palier.
� Jacques! dit-elle, Jacques!
� Eh bien, qu�y a-t-il?
� Quelque prince qui vient me voir � mon tour, dit Gilbert avec un p�le sourire.
� Jacques! cria Th�r�se avan�ant et appelant toujours.
� Eh bien, voyons, que me veut-on?
Th�r�se apparut.
� C�est M. de Jussieu qui est en bas, dit-elle, et qui, ayant appris qu�on vous avait vu l�-bas cette nuit, vient savoir si vous avez �t� bless�.
� Ce bon Jussieu! dit Rousseau; excellent homme, comme tous ceux qui se rapprochent par go�t ou par n�cessit� de la nature, source de tout bien! Soyez calme, ne bougez pas, Gilbert, je reviens.
� Oui, merci, dit le jeune homme, et Rousseau sortit.
Mais � peine �tait-il dehors, que Gilbert, en se soulevant du mieux qu�il put, se tra�na vers la lucarne d�o� l�on d�couvrait la fen�tre d�Andr�e.
Il �tait bien p�nible, pour un jeune homme sans forces, presque sans id�es, de se hisser sur le tabouret, de soulever le ch�ssis de la lucarne, et de s�arc-bouter sur l�ar�te du toit. Gilbert y r�ussit pourtant; mais, une fois l�, ses yeux s�obscurcirent, sa main trembla, le sang revint � ses l�vres et il tomba lourdement sur le carreau.
� ce moment, la porte du grenier se rouvrit, et Jean-Jacques entra, pr�c�dant M. de Jussieu, auquel il faisait mille civilit�s.
� Prenez garde, mon cher savant! baissez-vous ici� Il y a l� un pas, disait Rousseau; dame! nous n�entrons pas dans un palais.
� Merci, j�ai de bons yeux, de bonnes jambes, r�pondit le savant botaniste.
� Voil� qu�on vient vous visiter, mon petit Gilbert, fit Rousseau en regardant du c�t� du lit� Ah! mon Dieu! o� est-il? Il s�est lev�, le malheureux!
Et Rousseau, apercevant le ch�ssis ouvert, allait s�emporter en paternelles gronderies.
Gilbert se souleva avec peine, et, d�une voix presque �teinte:
� J�avais besoin d�air, dit-il.
Il n�y avait pas moyen de gronder, la souffrance �tait visible sur ce visage alt�r�.
� En effet, interrompit M. de Jussieu, il fait horriblement chaud ici; voyons, jeune homme, voyons ce pouls, je suis m�decin aussi, moi.
� Et meilleur que bien d�autres, dit Rousseau, car vous �tes aussi bon m�decin de l��me que du corps.
� Tant d�honneur�, dit Gilbert d�une voix faible en essayant de se d�rober aux yeux dans son pauvre lit.
� M. de Jussieu a tenu � vous visiter, dit Rousseau, et moi, j�ai accept� son offre. Voyons, cher docteur, que dites-vous de cette poitrine?
L�habile anatomiste palpa les os, interrogea la cavit� par une auscultation attentive.
� Le fonds est bon, dit-il. Mais qui donc vous a press� dans ses bras avec cette force?
� H�las! monsieur, c�est la Mort, dit Gilbert.
Rousseau regarda le jeune homme avec �tonnement.
� Oh! vous �tes froiss�, mon enfant, bien froiss�; mais des toniques, de l�air, du loisir, et tout cela dispara�tra.
� Pas de loisir�, je n�en puis prendre, dit Gilbert en regardant Rousseau.
� Que veut-il dire? demanda M. de Jussieu.
� Gilbert est un r�solu travailleur, cher monsieur, r�pondit Rousseau.
� D�accord, mais on ne travaille pas ces jours-ci.
� Pour vivre, dit Gilbert, on travaille tous les jours, car tous les jours on vit.
� Oh! vous ne consommerez pas beaucoup de nourriture, et vos tisanes ne co�teront pas cher.
� Si peu qu�elles co�tent, monsieur, dit Gilbert, je ne re�ois pas l�aum�ne.
� Vous �tes fou, dit Rousseau, et vous exag�rez. Je vous dis, moi, que vous vous gouvernerez d�apr�s les ordres de monsieur, car il sera votre m�decin malgr� vous. Croyez-vous, continua-t-il en s�adressant � M. de Jussieu, qu�il m�avait suppli� de n�en pas appeler?
� Pourquoi?
� Parce que cela m�e�t co�t� de l�argent, et qu�il est fier.
� Mais, r�pliqua M. de Jussieu, qui consid�rait avec le plus vif int�r�t cette t�te expressive et fine de Gilbert, si fier que l�on soit, on ne saurait faire plus que le possible� Vous croyez-vous en �tat de travailler, vous qui, pour avoir �t� � cette lucarne, �tes tomb� en route?
� C�est vrai, murmura Gilbert, je suis faible, je le sais.
� Eh bien, alors, reposez-vous, et surtout moralement� Vous �tes l�h�te d�un homme avec lequel tout le monde compte, except� son h�te.
Rousseau, bien heureux de cette politesse d�licate de ce grand seigneur, lui prit la main et la serra.
� Et puis, ajouta M. de Jussieu vous allez devenir l�objet des sollicitudes paternelles du roi et des princes.
� Moi! s��cria Gilbert.
� Vous, pauvre victime de cette soir�e� M. le dauphin, en apprenant la nouvelle, a jet� des cris d�chirants. Madame la dauphine, qui se pr�parait � partir pour Marly, reste � Trianon, afin d��tre plus � port�e de venir au secours des malheureux.
� Ah! vraiment? dit Rousseau.
� Oui, mon cher philosophe, et l�on ne parle ici que de la lettre �crite par le dauphin � M. de Sartine.
� Je ne la connais pas.
� C�est � la fois na�f et charmant. Le dauphin re�oit deux mille �cus de pension par mois. Ce matin, son mois n�arrivait pas. Le prince se promenait tout effar�; il demanda plusieurs fois le tr�sorier, et celui-ci ayant apport� l�argent, le prince l�envoya aussit�t � Paris avec deux lignes charmantes � M. de Sartine, qui me les a communiqu�es � l�instant.
� Ah! vous avez vu aujourd�hui M. de Sartine? dit Rousseau avec une esp�ce d�inqui�tude ou plut�t de d�fiance.
� Oui, je le quitte, r�pliqua M. de Jussieu un peu embarrass�; j�avais des graines � lui demander; en sorte, ajouta-t-il tr�s vite, que madame la dauphine reste � Versailles pour soigner ses malades et ses bless�s.
� Ses malades, ses bless�s? dit Rousseau.
� Oui, M. Gilbert n�est pas le seul qui ait souffert, le peuple n�a pay� cette fois qu�un imp�t partiel � la catastrophe: il y a, dit-on, parmi les bless�s, beaucoup de personnes nobles.
Gilbert �coutait avec une anxi�t�, une avidit� inexprimables; il lui semblait � tout moment que le nom d�Andr�e allait sortir de la bouche de l�illustre naturaliste.