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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Gilbert avait, en outre, explor� les environs de Paris dans un cong� de trois ou quatre jours qu�il avait pris. Pendant ce cong�, il s��tait rendu dans une petite ville du Soissonnais, situ�e � dix-huit lieues de Paris et entour�e d�une immense for�t.

Cette petite ville se nommait Villers-Cotter�ts. Une fois arriv� dans cette petite ville, il s��tait rendu tout droit chez l�unique tabellion de l�endroit, lequel s�appelait ma�tre Niquet.

Gilbert s��tait pr�sent� audit tabellion comme le fils de l�intendant d�un grand seigneur. Ce grand seigneur, voulant du bien � l�enfant d�une de ses paysannes, avait charg� Gilbert de trouver une nourrice � cet enfant.

Selon toute probabilit�, la munificence du grand seigneur ne se bornerait point aux mois de nourrice, et il d�poserait, en outre, entre les mains de ma�tre Niquet, une certaine somme pour l�enfant.

Alors ma�tre Niquet, qui �tait possesseur de trois beaux gar�ons, lui avait indiqu�, dans un petit village nomm� Haramont et situ� � une lieue de Villers-Cotter�ts, la fille de la nourrice de ses trois fils, laquelle, apr�s s��tre mari�e l�gitimement en son �tude, continuait le m�tier de madame sa m�re.

Cette brave femme s�appelait Madeleine Pitou, jouissait d�un fils de quatre ans, lequel pr�sentait tous les sympt�mes d�une bonne sant�; elle venait, en outre, d�accoucher � nouveau, et, par cons�quent, se trouvait � la disposition de Gilbert le jour o� il lui plairait d�apporter ou d�envoyer son nourrisson.

Toutes ces dispositions prises, Gilbert, toujours exact, �tait revenu � Paris deux heures avant l�expiration du cong� demand�. Maintenant, on nous demandera pourquoi Gilbert avait choisi la petite ville de Villers-Cotter�ts pr�f�rablement � toute autre.

En cette circonstance, comme en beaucoup d�autres, Gilbert avait subi l�influence de Rousseau.

Rousseau avait, un jour, nomm� la for�t de Villers-Cotter�ts comme une des plus riches en v�g�tation qui existassent, et, dans cette for�t, il avait cit� trois ou quatre villages cach�s comme des nids au plus profond de la feuill�e.

Or, il �tait impossible qu�on all�t d�couvrir l�enfant de Gilbert dans un de ces villages.

Haramont surtout avait frapp� Rousseau, si bien que Rousseau le misanthrope, Rousseau le solitaire, Rousseau l�ermite, r�p�tait � chaque instant:

� Haramont est le bout du monde; Haramont, c�est le d�sert: on peut vivre et mourir l� comme l�oiseau, sur la branche quand il vit, sous la feuille quand il meurt.

Gilbert avait encore entendu le philosophe raconter les d�tails d�un int�rieur de chaumi�re, et rendre, avec ces traits de feu dont il animait la nature, depuis le sourire de la nourrice jusqu�au b�lement de la ch�vre; depuis l�odeur app�tissante de la grossi�re soupe aux choux jusqu�aux parfums des m�riers sauvages et des bruy�res violac�es.

� J�irai l�, s��tait dit Gilbert; mon enfant grandira sous les ombrages o� le ma�tre a exhal� des souhaits et des soupirs.

Pour Gilbert, une fantaisie �tait une r�gle invariable, surtout quand cette fantaisie se pr�sentait avec ces apparences de n�cessit� morale.

Sa joie fut donc grande quand ma�tre Niquet, allant au-devant de ses d�sirs, lui nomma Haramont comme un village qui convenait parfaitement � ses intentions.

De retour � Paris, Gilbert s��tait pr�occup� du cabriolet.

Le cabriolet n��tait pas beau, mais il �tait solide: c��tait tout ce qu�il fallait. Les chevaux �taient des percherons trapus, le postillon un lourdaud d��curie; mais ce qui importait � Gilbert, c��tait d�arriver au but et surtout de n��veiller aucune curiosit�.

Sa fable n�avait, d�ailleurs, inspir� aucune d�fiance � ma�tre Niquet; il �tait d�assez bonne mine avec ses habits neufs, pour ressembler � un fils d�intendant de bonne maison ou � un valet de chambre, d�guis�, de duc et pair.

Son ouverture n�en inspira pas davantage au conducteur; c��tait le temps des confidences de peuple � gentilhomme; on recevait, dans ce temps-l�, l�argent avec une certaine reconnaissance et sans prendre d�informations.

D�ailleurs, deux louis en valaient quatre � cette �poque, et quatre louis, de nos jours, sont toujours bons � gagner.

Le voiturier s�engagea donc, pourvu qu�il f�t pr�venu deux heures � l�avance, � mettre sa voiture � la disposition de Gilbert.

Cette entreprise avait pour le jeune homme tous les attraits que l�imagination des po�tes et l�imagination des philosophes, deux f�es v�tues bien diff�remment, pr�tent aux belles choses et aux bonnes r�solutions. Soustraire l�enfant � une m�re cruelle, c�est-�-dire semer la honte et le deuil dans le camp des ennemis; puis, changeant de visage, entrer dans une chaumi�re, chez des villageois vertueux comme les peint Rousseau, et d�poser sur un berceau d�enfant une grosse somme; �tre regard� comme un dieu tut�laire par ces pauvres gens; passer pour un grand personnage: voil� plus qu�il n�en fallait pour satisfaire l�orgueil, le ressentiment, l�amour pour le prochain, la haine pour les ennemis.

Le jour fatal arriva enfin. Il suivait dix autres jours que Gilbert avait pass�s dans les angoisses, dix nuits qu�il avait pass�es dans l�insomnie. Malgr� la rigueur du froid, il couchait la fen�tre ouverte, et chaque mouvement d�Andr�e ou de Philippe correspondait � son oreille, comme � la sonnette la main qui tire le fil.

Il vit ce jour-l� Philippe et Andr�e causer ensemble pr�s de la chemin�e; il avait vu la servante partir pr�cipitamment pour Versailles, en oubliant de fermer les persiennes. Il courut aussit�t pr�venir son voiturier, resta devant l��curie pendant tout le temps qu�on attela, se mordant les poings et crispant ses pieds sur le pav� pour comprimer son impatience. Enfin, le postillon monta sur son cheval et Gilbert dans le cabriolet, qu�il fit arr�ter au coin d�une petite rue d�serte, aux environs de la Halle.

Puis il revint chez Rousseau, �crivit une lettre d�adieu au bon philosophe, de remerciement � Th�r�se, annon�ant qu�un petit h�ritage l�appelait dans le Midi; qu�il reviendrait� Le tout sans indications pr�cises. Puis, son argent dans ses poches, un long couteau dans sa manche, il allait se glisser le long du tuyau dans le jardin, lorsqu�une id�e l�arr�ta.

La neige!� Gilbert, absorb� depuis trois jours, n�avait pas pens� � cela� Sur la neige, on verrait ses traces� Ces traces aboutissant au mur de la maison de Rousseau, nul doute que Philippe et Andr�e ne fissent faire des recherches et que, la disparition de Gilbert co�ncidant avec l�enl�vement, tout le secret ne se d�couvr�t.

Il fallait donc, de toute n�cessit�, faire le tour par la rue Coq-H�ron, entrer par la petite porte du jardin, pour laquelle, depuis un mois, Gilbert s��tait muni d�un passe-partout, porte de laquelle partait un petit sentier battu o� ses pieds, par cons�quent, ne laisseraient pas de traces.

Il ne perdit pas un moment, et arriva juste � l�heure o� le fiacre qui amenait le docteur Louis stationnait devant l�entr�e principale du petit h�tel.

Gilbert ouvrit avec pr�caution la porte, ne vit personne et s�alla cacher � l�angle du pavillon, pr�s de la serre.

Ce fut une terrible nuit; il put entendre tout: g�missements, cris arrach�s par la torture; il entendit jusqu�aux premiers vagissements du fils qui lui �tait n�.

Cependant, appuy� sur la pierre nue, il recevait, sans la sentir, toute la neige qui tombait drue et solide du ciel noir. Son c�ur battait sur le manche de ce couteau qu�il serrait d�sesp�r�ment contre sa poitrine. Son �il fixe avait la couleur du sang, la lumi�re du feu.

Enfin le docteur sortit; enfin Philippe �changea les derniers mots avec le docteur.

Alors Gilbert s�approcha de la persienne, marquant sa trace sur le tapis de neige qui craquait sous ses pieds jusqu�� la cheville. Il vit Andr�e endormie dans son lit, Marguerite assoupie dans le fauteuil; et, cherchant l�enfant pr�s de la m�re, il ne le vit point.

Il comprit aussit�t, se dirigea vers la porte du perron, l�ouvrit non sans un bruit qui l��pouvanta et, p�n�trant jusqu�au lit qui avait �t� le lit de Nicole, il posa � t�tons ses doigts glac�s sur le visage du pauvre enfant, � qui la douleur arracha les cris entendus par Andr�e.

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