Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Ses cris que j�entendais?�
� Furent son adieu � la vie.
Andr�e cacha son visage dans ses mains, tandis que les deux hommes, confondant leur pens�e dans un �loquent regard, s�applaudissaient de leur pieux mensonge.
Soudain Marguerite rentra tenant une lettre� Cette lettre �tait adress�e � Andr�e� La suscription portait:
�Mademoiselle Andr�e de Taverney, Paris, rue Coq-H�ron, 9, la premi�re porte coch�re en partant de la rue Pl�tri�re.�
Philippe la montra au docteur par-dessus la t�te d�Andr�e, qui ne pleurait plus, mais s�absorbait dans ses douleurs.
�Qui peut lui �crire ici? pensait Philippe. Nul ne connaissait son adresse, et l��criture n�est pas de notre p�re.�
� Tiens, Andr�e, dit Philippe, une lettre pour toi.
Sans r�fl�chir, sans r�sister, sans s��tonner, Andr�e d�chira l�enveloppe, et, essuyant ses yeux, d�plia le papier pour lire; mais � peine eut-elle parcouru les trois lignes qui composaient cette lettre, qu�elle poussa un grand cri, se leva comme une folle et, roidissant ses bras et ses pieds dans une contraction terrible, tomba, lourde comme une statue, dans les bras de Marguerite qui s�approchait.
Philippe ramassa la lettre et lut:
�En mer, ce 13 d�cembre 17�
Je pars, chass� par vous, et vous ne me reverrez plus; mais j�emporte mon enfant, qui jamais ne vous appellera sa m�re!
Gilbert.�
Philippe froissa le papier avec un rugissement de rage.
� Oh! dit-il en grin�ant des dents, j�avais presque pardonn� le crime du hasard; mais ce crime de la volont� sera puni� Sur ta t�te inanim�e, Andr�e, je jure de tuer le mis�rable la premi�re fois qu�il se pr�sentera devant moi. Dieu voudra que je le rencontre, car il a combl� la mesure� Docteur, Andr�e en reviendra-t-elle?
� Oui, oui!
� Docteur, il faut que demain Andr�e entre au monast�re de Saint-Denis; il faut qu�apr�s-demain je sois au plus prochain port de mer� Le l�che s�est enfui� Je le suivrai� Il me faut cet enfant, d�ailleurs� Docteur, quel est le plus prochain port de mer?
� Le Havre.
� Je serai au Havre dans trente-six heures, r�pondit Philippe.
Chapitre 163. � bord
D�s ce moment, la maison d�Andr�e fut silencieuse et morne comme un tombeau.
La nouvelle de la mort de son fils e�t tu� Andr�e peut-�tre. C�eut �t� une de ces douleurs sourdes, lentes, qui minent perp�tuellement. La lettre de Gilbert fut un coup si violent, qu�il surexcita dans l��me g�n�reuse d�Andr�e tout ce qu�il y restait de forces et de sentiments offensifs.
Revenue � elle, elle chercha des yeux son fr�re et la col�re qu�elle lut dans ses yeux fut une nouvelle source de courage pour elle-m�me.
Elle attendit que ses forces fussent revenues assez compl�tes pour que sa voix ne trembl�t plus; et alors, prenant la main de Philippe:
� Mon ami, dit-elle, vous me parliez ce matin du monast�re de Saint Denis, o� madame la dauphine m�a fait accorder une cellule?
� Oui, Andr�e.
� Vous m�y conduirez aujourd�hui m�me, s�il vous pla�t.
� Merci, ma s�ur.
� Vous, docteur, reprit Andr�e, pour tant de bont�s, de d�vouement, de charit�, un remerciement serait une st�rile r�compense. Votre r�compense, � vous, docteur, ne peut se trouver sur la terre.
Elle vint � lui et l�embrassa.
� Ce petit m�daillon, dit-elle, renferme mon portrait, que ma m�re fit faire quand j�avais deux ans; il doit ressembler � mon fils: gardez-le, docteur, pour qu�il vous parle quelquefois de l�enfant que vous avez mis au jour et de la m�re que vous avez sauv�e par vos soins.
Cela dit, sans s�attendrir elle-m�me, Andr�e acheva ses pr�paratifs de voyage et, le soir, � six heures, elle franchissait, sans oser lever la t�te, le guichet du parloir de Saint-Denis, aux grilles duquel Philippe, incapable de ma�triser son �motion, disait lui-m�me un adieu peut-�tre �ternel.
Tout � coup la force abandonna la pauvre Andr�e; elle revint � son fr�re en courant, les bras ouverts; lui aussi tendait ses mains vers elle. Ils se rencontr�rent, malgr� le froid obstacle de la grille, et sur leurs joues br�lantes leurs larmes se confondirent.
� Adieu! adieu! murmura Andr�e, dont la douleur �clata en sanglots.
� Adieu! r�pondit Philippe �touffant son d�sespoir.
� Si tu retrouves jamais mon fils, dit Andr�e tout bas, ne permet pas que je meure sans l�avoir embrass�.
� Sois tranquille. Adieu! adieu!
Andr�e s�arracha des bras de son fr�re et, soutenue par une s�ur converse, elle s�avan�a, le regardant toujours dans l�ombre profonde du monast�re.
Tant qu�il put la voir, il lui fit signe de la t�te, puis avec son mouchoir qu�il agitait. Enfin, il recueillit un dernier adieu qu�elle lui lan�a du fond de la route obscure. Alors une porte de fer tomba entre eux avec un bruit lugubre et ce fut tout.
Philippe prit la poste � Saint-Denis m�me; son portemanteau en croupe, il courut toute la nuit, tout le jour suivant, et arriva au Havre � la nuit de ce lendemain. Il coucha dans la premi�re h�tellerie qui se trouva sur son passage et, le lendemain, au point du jour, il s�informait sur le port des d�parts les plus prochains pour l�Am�rique.
Il lui fut r�pondu que le brick l�Adonis appareillait le jour m�me pour New-York. Philippe alla trouver le capitaine, qui terminait ses derniers pr�paratifs, se fit admettre comme passager en payant le prix de la travers�e; puis, ayant �crit une derni�re fois � madame la dauphine pour lui t�moigner de son d�vouement respectueux et de sa reconnaissance, il envoya ses bagages dans sa chambre � bord et s�embarqua lui-m�me � l�heure de la mar�e.
Quatre heures sonnaient � la tour de Fran�ois Ier quand l�Adonis sortit du chenal avec ses huniers et sa misaine. La mer �tait d�un bleu sombre, le ciel rouge � l�horizon. Philippe, accoud� sur le bastingage, apr�s avoir salu� les rares passagers ses compagnons de voyage, regardait les c�tes de France qui s�embrumaient de fum�es violettes, � mesure que, prenant plus de toile, le brick cinglait plus rapidement � droite, d�passant La H�ve et gagnant la pleine mer.
Bient�t, c�tes de France, passagers, oc�an, Philippe ne vit plus rien. La nuit sombre avait tout enseveli dans ses grandes ailes.
Philippe s�alla enfermer dans le petit lit de sa chambre pour relire la copie de la lettre qu�il avait envoy�e � la dauphine, et qui pouvait passer pour une pri�re adress�e au Cr�ateur aussi bien que pour un adieu adress� aux cr�atures.
�Madame, avait-il �crit, un homme sans espoir et sans soutien s��loigne de vous avec le regret d�avoir si peu fait pour Votre Majest� future. Cet homme s�en va dans les temp�tes et les orages de la mer, tandis que vous restez dans les p�rils et les tourments du gouvernement. Jeune, belle, ador�e, entour�e d�amis respectueux et de serviteurs idol�tres, vous oublierez celui que votre royale main avait daign� soulever au-dessus de la foule; moi je ne vous oublierai jamais; moi, je vais aller dans un nouveau monde �tudier les moyens de vous servir plus efficacement sur votre tr�ne. Je vous l�gue ma s�ur, pauvre fleur abandonn�e, qui n�aura plus d�autre soleil que votre regard. Daignez parfois l�abaisser jusqu�� elle, et, au sein de votre joie, de votre toute-puissance, dans le concert des v�ux unanimes, comptez, je vous en conjure, la b�n�diction d�un exil� que vous n�entendrez pas, et qui, peut �tre, ne vous verra plus.�
� la fin de cette lecture, le c�ur de Philippe se serra: le bruit m�lancolique du vaisseau g�missant, l��clat des vagues qui venaient se briser en jaillissant contre le hublot, composaient un ensemble qui e�t attrist� des imaginations plus riantes.
La nuit se passa longue et douloureuse pour le jeune homme. Une visite que lui rendit au matin le capitaine ne le remit pas dans une situation d�esprit plus satisfaisante. Cet officier lui d�clara que la plupart des passagers craignaient la mer et demeuraient dans leur chambre, que la travers�e promettait d��tre courte mais p�nible, � cause de la violence du vent.
Philippe prit d�s lors l�habitude de d�ner avec le capitaine, de se faire servir � d�jeuner dans sa chambre, et, ne se sentant pas lui-m�me tr�s endurci contre les incommodit�s de la mer, il prit l�habitude de passer quelques heures sur le tillac, couch� dans son grand manteau d�officier. Le reste du temps, il l�employait � se faire un plan de conduite pour l�avenir et � soutenir son esprit par de solides lectures. Quelquefois il rencontrait les passagers ses compagnons. C��taient deux dames qui allaient recueillir un h�ritage dans le nord de l�Am�rique, et quatre hommes, dont l�un, d�j� vieux, avait deux fils avec lui. Tels �taient les passagers des premi�res chambres. De l�autre c�t�, Philippe aper�ut une fois quelques hommes de tournure et de mise plus communes; il ne trouva rien l� qui occup�t son attention.