Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Mais sa m�ditation n�avait pas �t� troubl�e encore, soit que l�entr�e de la grotte e�t �chapp� aux uns, soit que les autres, l�ayant vue, eussent d�daign� d�y entrer.
Tout � coup, une ombre timide, ind�cise, s�interposa entre le jour et la caverne, sur le seuil m�me� Philippe vit quelqu�un marcher, les mains en avant, la t�te baiss�e, du c�t� de l�eau murmurante. Cette personne se heurta m�me une fois aux rochers, son pied ayant gliss� sur des herbes.
Alors Philippe se leva et vint tendre la main � cette personne pour l�aider � reprendre le bon chemin. Dans ce mouvement de courtoisie, ses doigts rencontr�rent la main du voyageur dans les t�n�bres.
� Par ici, dit-il avec affabilit�; monsieur, l�eau est par ici.
Au son de cette voix, l�inconnu leva pr�cipitamment la t�te, et s�appr�tait � r�pondre, montrant � d�couvert son visage dans la p�nombre azur�e de la grotte.
Mais Philippe, poussant tout � coup un cri d�horreur, fit un bond en arri�re.
L�inconnu, de son c�t�, jeta un cri d�effroi et recula.
� Gilbert!
� Philippe!
Ces deux mots �clat�rent en m�me temps, comme un tonnerre souterrain.
Puis on n�entendit plus que le bruit d�une sorte de lutte. Philippe avait serr� de ses deux mains le cou de son ennemi, et l�attirait au fond de la caverne.
Gilbert se laissait tra�ner sans prof�rer une seule plainte. Adoss� aux roches de l�enceinte, il ne pouvait plus reculer.
� Mis�rable! je te tiens, enfin!� rugit Philippe. Dieu te livre � moi� Dieu est juste!
Gilbert �tait livide et ne faisait pas un geste; il laissa tomber ses deux bras � ses c�t�s.
� Oh! l�che et sc�l�rat! dit Philippe; il n�a pas m�me l�instinct de la b�te f�roce qui se d�fend.
Mais Gilbert r�pondit d�une voix pleine de douceur:
� Me d�fendre! Pourquoi?
� C�est vrai, tu sais bien que tu es en mon pouvoir, tu sais bien que tu as m�rit� le plus horrible ch�timent. Tous tes crimes sont av�r�s. Tu as avili une femme par la honte et tu l�as tu�e par l�inhumanit�. C��tait peu pour toi de souiller une vierge, tu as voulu assassiner une m�re!
Gilbert ne r�pondit rien. Philippe, qui s�enivrait insensiblement au feu de sa propre col�re, porta de nouveau sur Gilbert des mains furieuses. Le jeune homme ne r�sista point.
� Tu n�es donc pas un homme? dit Philippe en le secouant avec rage, tu n�en as donc que le visage?� Quoi! pas m�me de r�sistance!� Mais je t��trangle, tu vois bien, r�siste donc! d�fends-toi donc� l�che! l�che! assassin!
Gilbert sentit les doigts ac�r�s de son ennemi p�n�trer dans sa gorge; il se redressa, se roidit et, vigoureux comme un lion, jeta loin de lui Philippe, d�un seul mouvement d��paules, puis il se croisa les bras.
� Vous voyez, dit-il, que je pourrais me d�fendre si je voulais; mais � quoi bon? Voil� que vous courez � votre fusil. J�aime bien mieux �tre tu� d�un seul coup que d�chir� par des ongles et �cras� de coups honteux.
Philippe avait saisi, en effet, son fusil; mais, � ces mots, il le repoussa.
� Non, murmura-t-il.
Puis, tout haut:
� O� vas-tu?� Comment es-tu venu ici?
� Je suis embarqu� sur l�Adonis.
� Tu te cachais donc? Tu m�avais donc vu?
� Je ne savais pas m�me que vous fussiez � bord.
� Tu mens.
� Je ne mens pas.
� Comment se fait-il que je ne t�aie pas vu?
� Parce que je ne sortais de ma chambre que la nuit.
� Tu vois, tu te caches!
� Sans doute.
� De moi?
� Non, vous dis-je; je vais en Am�rique avec une mission, et je ne dois pas �tre vu. Le capitaine m�a log� � part� pour cela.
� Tu te caches, te dis-je, pour me d�rober ta personne� et surtout pour cacher l�enfant que tu as d�rob�.
� L�enfant? dit Gilbert.
� Oui, tu as vol� et emport� cet enfant pour t�en faire une arme un jour, pour en tirer un gain quelconque, mis�rable!
Gilbert secoua la t�te.
� J�ai repris l�enfant, dit-il, pour que personne ne lui apprit � m�priser ou � renier son p�re.
Philippe reprit haleine un moment.
� Si cela �tait vrai, dit-il, si je pouvais le croire, tu serais moins sc�l�rat que je ne l�ai pens�; mais tu as vol�, pourquoi ne mentirais-tu pas?
� Vol�! j�ai vol�, moi?
� Tu as vol� l�enfant.
� C�est mon fils! il est � moi! On ne vole pas, monsieur, quand on reprend son propre bien.
� �coute! dit Philippe fr�missant de col�re. Tout � l�heure l�id�e m�est venue de te tuer. Je l�avais jur�, j�en avais le droit.
Gilbert ne r�pondit pas.
� Maintenant, Dieu m��claire. Dieu t�a jet� sur mon chemin comme pour me dire: �La vengeance est inutile; on ne doit se venger que quand on est abandonn� de Dieu�� Je ne te tuerai pas; je d�truirai seulement l��difice de malheur que tu as �chafaud�. Cet enfant est ta ressource pour l�avenir; tu vas tout � l�heure me rendre cet enfant.
� Mais je ne l�ai pas, dit Gilbert. On n�emm�ne pas en mer un enfant de quinze jours.
� Il a bien fallu que tu lui trouves une nourrice: pourquoi n�aurais-tu pas emmen� la nourrice?
� Je vous dis que je n�ai pas emmen� l�enfant.
� Alors tu l�as laiss� en France? � quel endroit l�as-tu laiss�?
Gilbert se tut.
� R�ponds! o� l�as-tu mis en nourrice et avec quelles ressources?
Gilbert se tut.
� Ah! mis�rable, tu me braves! dit Philippe; tu ne crains donc pas de r�veiller ma col�re?� Veux-tu me dire o� est l�enfant de ma s�ur? Veux-tu me rendre cet enfant?
� Mon enfant est � moi, murmura Gilbert.
� Sc�l�rat! Tu vois bien que tu veux mourir!
� Je ne veux pas rendre mon enfant.
� Gilbert, �coute, je te parle avec douceur; Gilbert, j�essaierai d�oublier le pass�, j�essaierai de te pardonner; Gilbert, tu comprends ma g�n�rosit�, n�est-ce pas?� Je te pardonne! Tout ce que tu as jet� de honte et de malheur sur notre maison, je te le pardonne; c�est un grand sacrifice� Rends-moi cet enfant. Veux-tu davantage?� Veux-tu que j�essaie de vaincre les r�pugnances si l�gitimes d�Andr�e? Veux-tu que j�interc�de pour toi? Eh bien!� je le ferai� rends-moi cet enfant� Encore un mot� Andr�e aime son fils� ton fils avec fr�n�sie; elle se laissera toucher par ton repentir, je te le promets, je m�y engage; mais rends-moi cet enfant, Gilbert, rends-le-moi!
Gilbert croisa ses bras en fixant sur Philippe un regard plein du feu le plus sombre.
� Vous ne m�avez pas cru, dit-il, je ne vous crois pas; non que vous ne soyez un honn�te homme, mais parce que j�ai sond� l�ab�me des pr�jug�s de caste. Plus de retour possible, plus de pardon. Nous sommes ennemis mortels� Vous �tes le plus fort, soyez vainqueur� Je ne vous demande pas votre arme, moi; ne me demandez pas la mienne�
� Tu avoues donc que c�est une arme?
� Contre le m�pris, oui; contre l�ingratitude, oui; contre l�insulte, oui!
� Encore une fois, Gilbert, dit Philippe l��cume � la bouche, veux-tu?�
� Non.
� Prends garde!
� Non.
� Je ne veux pas t�assassiner; je veux que tu aies la chance de tuer le fr�re d�Andr�e. Un crime de plus!� Ah! ah! c�est tentant. Prends ce pistolet; en voici un autre; comptons chacun jusqu�� trois, et tirons.
Et il jeta un des deux pistolets aux pieds de Gilbert.
Le jeune homme resta immobile.
� Un duel, dit-il, c�est justement ce que je refuse.
� Tu aimes mieux que je te tue! s��cria Philippe, fou de rage et de d�sespoir.
� J�aime mieux �tre tu� par vous.
� R�fl�chis� Ma t�te se perd.
� J�ai r�fl�chi.
� Je suis dans mon droit: Dieu doit m�absoudre.
� Je le sais� tuez-moi.
� Une derni�re fois, veux-tu te battre?
� Non.
� Tu refuses de te d�fendre?
� Oui.
� Eh bien, meurs comme un sc�l�rat dont je purge la terre, meurs comme un sacril�ge, meurs comme un bandit, meurs comme un chien!
Et Philippe l�cha son coup de pistolet presque � bout portant sur Gilbert. Celui-ci �tendit les bras, pencha d�abord en arri�re, puis en avant, et tomba sur la face sans pousser un cri. Philippe sentit le sable s�impr�gner sous son pied d�un sang ti�de; il perdit tout � fait la raison, et s��lan�a hors de la caverne.