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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Il poss�dait neuf livres et quelques sous. Son ext�rieur �tait honn�te, sa figure calme et repos�e. Un livre sous le bras, il ressemblait beaucoup � un �tudiant de famille retournant dans la maison paternelle.

Il prit l�habitude de marcher la nuit dans les beaux chemins et de dormir le jour dans les prairies, aux rayons du soleil. Deux fois seulement, la brise l�incommoda si fort, qu�il fut contraint d�entrer dans une chaumi�re o�, sur une chaise dans l��tre, il dormit du meilleur de son c�ur sans s�apercevoir que la nuit �tait venue.

Il avait toujours une excuse et une destination.

� Je vais � Rouen, disait-il, chez mon oncle, et je viens de Villers-Cotter�ts: j�ai voulu, comme un jeune homme, faire la route � pied pour me distraire.

Nul soup�on de la part des paysans; le livre �tait une contenance alors respect�e. Si Gilbert voyait le doute voltiger sur quelques bouches plus pinc�es, il parlait d�un s�minaire o� l�entra�nait sa vocation. C��tait la d�route compl�te de toute mauvaise pens�e.

Huit jours se pass�rent ainsi, pendant lesquels Gilbert v�cut comme un paysan, d�pensant dix sous par jour et faisant dix lieues de pays. Il arriva en effet � Rouen, et l� n�eut plus besoin de se renseigner ni de chercher la route.

Le livre qu�il portait �tait un exemplaire de La Nouvelle H�lo�se richement reli�. Rousseau lui avait fait ce pr�sent et �crit son nom sur la premi�re feuille du livre.

Gilbert, r�duit � quatre livres dix sous, d�chira cette page qu�il garda pr�cieusement et vendit l�ouvrage � un libraire qui en donna trois livres.

Ce fut ainsi que le jeune homme put arriver, trois autres jours apr�s, en vue du Havre et qu�il aper�ut la mer au coucher du soleil.

Ses souliers �taient dans un �tat peu convenable pour un jeune monsieur qui mettait coquettement le jour des bas de soie pour traverser les villes; mais Gilbert eut encore une id�e. Il vendit ses bas de soie, ou plut�t les troqua pour une paire de souliers irr�prochables quant � la solidit�. Pour l��l�gance, nous n�en parlerons pas.

Cette derni�re nuit, il la passa dans Harfleur, log�, nourri pour seize sous. Il mangea l� des hu�tres pour la premi�re fois de sa vie.

� Un mets des riches, se dit-il, pour le plus pauvre des hommes, tant il est vrai que Dieu n�a jamais fait que le bien, tandis que les hommes ont fait le mal, selon la maxime de Rousseau.

� dix heures du matin, le 13 d�cembre, Gilbert entra dans le Havre et, du premier abord, aper�ut l�Adonis, beau brick de trois cents tonneaux, qui se balan�ait dans le bassin.

Le port �tait d�sert. Gilbert s�y aventura par le moyen d�une passerelle. Un mousse s�approcha de lui pour l�interroger.

� Le capitaine? demanda Gilbert.

Le mousse fit un signe dans l�entrepont et, bient�t apr�s, une voix partie d�en bas cria:

� Faites descendre.

Gilbert descendit. On le mena dans une petite chambre toute construite en bois d�acajou et meubl�e avec la plus sobre simplicit�.

Un homme de trente ans, p�le, nerveux, l��il vif et inquiet, lisait une gazette sur une table d�acajou comme les cloisons.

� Que veut monsieur? dit-il � Gilbert.

Gilbert fit signe � cet homme d��loigner son mousse, et le mousse partit en effet.

� Vous �tes le capitaine de l�Adonis, monsieur? dit Gilbert aussit�t.

� Oui, monsieur.

� C�est bien � vous alors qu�est adress� ce papier?

Il tendit au capitaine le billet de Balsamo.

� peine eut-il vu l��criture, que le capitaine se leva et dit pr�cipitamment � Gilbert avec un sourire plein d�affabilit�:

� Ah! vous aussi?� Si jeune? Bien! bien!

Gilbert se contenta de s�incliner.

� Vous allez?� dit-il.

� En Am�rique.

� Vous partez?�

� Quand vous partirez vous-m�me.

� Bien. Dans huit jours, alors.

� Que ferai-je pendant tout ce temps, capitaine?

� Avez-vous un passeport?

� Non.

� Alors, vous allez, ce soir m�me, revenir � bord, apr�s vous �tre promen� toute la journ�e hors de la ville, � Sainte-Adresse, par exemple. Ne parlez � personne.

� Il faut que je mange; je n�ai plus d�argent.

� Vous allez d�ner ici; vous souperez ce soir.

� Et apr�s?

� Une fois embarqu�, vous ne retournerez plus � terre; vous demeurerez cach� ici; vous partirez sans avoir revu le ciel� Une fois en mer, � vingt lieues, alors, libre tant que vous voudrez.

� Bien.

� Faites donc aujourd�hui tout ce qu�il vous reste � faire.

� J�ai une lettre � �crire.

� �crivez-la�

� O�?

� Sur cette table� Voici plume, encre et papier; la poste est au faubourg, le mousse vous conduira.

� Merci, capitaine!

Gilbert, demeur� seul, �crivit une courte lettre sur laquelle il mit cette suscription:

�Mademoiselle Andr�e de Taverney, Paris, rue Coq-H�ron, 9, la premi�re porte coch�re en partant de la rue Pl�tri�re.�

Puis il serra cette lettre dans sa poche, mangea ce que le capitaine lui-m�me lui servait, et suivit le mousse, qui le conduisit � la poste, o� la lettre fut jet�e.

Tout le jour, Gilbert regarda la mer du haut des falaises.

� la nuit, il revint. Le capitaine le guettait et le fit entrer dans le navire.

Chapitre 162. Le dernier adieu de Gilbert

Philippe avait pass� une nuit terrible. Ces pas sur la neige lui d�montraient jusqu�� l��vidence que quelqu�un s��tait introduit dans la maison pour enlever l�enfant; mais qui accuser? Nul autre indice ne pr�cisait ses soup�ons.

Philippe connaissait si bien son p�re, qu�il ne douta pas de sa complicit� dans cette affaire. M. de Taverney croyait Louis XV p�re de cet enfant; il devait attacher un grand prix � la conservation de ce t�moignage vivant d�une infid�lit� faite par le roi � madame du Barry. Le baron devait croire �galement que t�t ou tard Andr�e recourrait � la faveur et qu�elle rach�terait fort cher alors le principal moyen de sa fortune � venir.

Ces r�flexions, bas�es sur une r�v�lation toute fra�che encore du caract�re paternel, consol�rent un peu Philippe, qui crut possible de reconqu�rir cet enfant puisqu�il connaissait les ravisseurs.

Il guetta donc, � huit heures, l�entr�e du docteur Louis, auquel, dans la rue, en se promenant de long en large, il conta l�affreux �v�nement de la nuit.

Le docteur �tait homme de bon conseil; il examina les traces du jardin, et, apr�s r�flexion, conclut en faveur des suppositions de Philippe.

� Le baron m�est assez connu, dit-il, pour que je le crois capable de cette mauvaise action. Toutefois, ne se peut-il pas qu�un autre int�r�t, plus imm�diat, ait d�termin� l�enl�vement de cet enfant?

� Quel int�r�t, docteur?

� Celui du v�ritable p�re.

� Oh! s��cria Philippe, j�avais eu un moment cette pens�e; mais le malheureux n�a pas seulement de pain pour lui; c�est un fou, un exalt�, fugitif � l�heure qu�il est, et qui doit avoir peur m�me de mon ombre� Ne nous trompons pas, docteur, le mis�rable a commis ce crime par occasion; mais, � pr�sent que je suis plus �loign� de la col�re, bien que je le ha�sse, ce criminel, je crois que j��viterais sa rencontre, afin de ne pas le tuer. Je crois qu�il doit �prouver des remords qui le punissent; je crois que la faim et le vagabondage me vengeront de lui aussi efficacement que mon �p�e.

� N�en parlons plus, dit le docteur.

� Veuillez seulement, cher et excellent ami, consentir � un dernier mensonge: car il faut, avant tout, rassurer Andr�e; vous lui direz que vous �tiez hier inquiet de la sant� de cet enfant, que vous l��tes revenu prendre la nuit pour le porter chez sa nourrice. C�est la premi�re fable qui me soit venue � l�id�e, et que j�aie improvis�e pour Andr�e.

� Je dirai cela; cependant, vous chercherez cet enfant?

� J�ai un moyen de le retrouver. Je suis d�cid� � quitter la France; Andr�e entrera au monast�re de Saint-Denis; alors j�irai trouver M. de Taverney: je lui dirai que je sais tout; je le forcerai � me d�couvrir la retraite de l�enfant. Ses r�sistances, je les vaincrai par la menace d�une r�v�lation publique, par la menace d�une intervention de madame la dauphine.

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