Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Il poss�dait neuf livres et quelques sous. Son ext�rieur �tait honn�te, sa figure calme et repos�e. Un livre sous le bras, il ressemblait beaucoup � un �tudiant de famille retournant dans la maison paternelle.
Il prit l�habitude de marcher la nuit dans les beaux chemins et de dormir le jour dans les prairies, aux rayons du soleil. Deux fois seulement, la brise l�incommoda si fort, qu�il fut contraint d�entrer dans une chaumi�re o�, sur une chaise dans l��tre, il dormit du meilleur de son c�ur sans s�apercevoir que la nuit �tait venue.
Il avait toujours une excuse et une destination.
� Je vais � Rouen, disait-il, chez mon oncle, et je viens de Villers-Cotter�ts: j�ai voulu, comme un jeune homme, faire la route � pied pour me distraire.
Nul soup�on de la part des paysans; le livre �tait une contenance alors respect�e. Si Gilbert voyait le doute voltiger sur quelques bouches plus pinc�es, il parlait d�un s�minaire o� l�entra�nait sa vocation. C��tait la d�route compl�te de toute mauvaise pens�e.
Huit jours se pass�rent ainsi, pendant lesquels Gilbert v�cut comme un paysan, d�pensant dix sous par jour et faisant dix lieues de pays. Il arriva en effet � Rouen, et l� n�eut plus besoin de se renseigner ni de chercher la route.
Le livre qu�il portait �tait un exemplaire de La Nouvelle H�lo�se richement reli�. Rousseau lui avait fait ce pr�sent et �crit son nom sur la premi�re feuille du livre.
Gilbert, r�duit � quatre livres dix sous, d�chira cette page qu�il garda pr�cieusement et vendit l�ouvrage � un libraire qui en donna trois livres.
Ce fut ainsi que le jeune homme put arriver, trois autres jours apr�s, en vue du Havre et qu�il aper�ut la mer au coucher du soleil.
Ses souliers �taient dans un �tat peu convenable pour un jeune monsieur qui mettait coquettement le jour des bas de soie pour traverser les villes; mais Gilbert eut encore une id�e. Il vendit ses bas de soie, ou plut�t les troqua pour une paire de souliers irr�prochables quant � la solidit�. Pour l��l�gance, nous n�en parlerons pas.
Cette derni�re nuit, il la passa dans Harfleur, log�, nourri pour seize sous. Il mangea l� des hu�tres pour la premi�re fois de sa vie.
� Un mets des riches, se dit-il, pour le plus pauvre des hommes, tant il est vrai que Dieu n�a jamais fait que le bien, tandis que les hommes ont fait le mal, selon la maxime de Rousseau.
� dix heures du matin, le 13 d�cembre, Gilbert entra dans le Havre et, du premier abord, aper�ut l�Adonis, beau brick de trois cents tonneaux, qui se balan�ait dans le bassin.
Le port �tait d�sert. Gilbert s�y aventura par le moyen d�une passerelle. Un mousse s�approcha de lui pour l�interroger.
� Le capitaine? demanda Gilbert.
Le mousse fit un signe dans l�entrepont et, bient�t apr�s, une voix partie d�en bas cria:
� Faites descendre.
Gilbert descendit. On le mena dans une petite chambre toute construite en bois d�acajou et meubl�e avec la plus sobre simplicit�.
Un homme de trente ans, p�le, nerveux, l��il vif et inquiet, lisait une gazette sur une table d�acajou comme les cloisons.
� Que veut monsieur? dit-il � Gilbert.
Gilbert fit signe � cet homme d��loigner son mousse, et le mousse partit en effet.
� Vous �tes le capitaine de l�Adonis, monsieur? dit Gilbert aussit�t.
� Oui, monsieur.
� C�est bien � vous alors qu�est adress� ce papier?
Il tendit au capitaine le billet de Balsamo.
� peine eut-il vu l��criture, que le capitaine se leva et dit pr�cipitamment � Gilbert avec un sourire plein d�affabilit�:
� Ah! vous aussi?� Si jeune? Bien! bien!
Gilbert se contenta de s�incliner.
� Vous allez?� dit-il.
� En Am�rique.
� Vous partez?�
� Quand vous partirez vous-m�me.
� Bien. Dans huit jours, alors.
� Que ferai-je pendant tout ce temps, capitaine?
� Avez-vous un passeport?
� Non.
� Alors, vous allez, ce soir m�me, revenir � bord, apr�s vous �tre promen� toute la journ�e hors de la ville, � Sainte-Adresse, par exemple. Ne parlez � personne.
� Il faut que je mange; je n�ai plus d�argent.
� Vous allez d�ner ici; vous souperez ce soir.
� Et apr�s?
� Une fois embarqu�, vous ne retournerez plus � terre; vous demeurerez cach� ici; vous partirez sans avoir revu le ciel� Une fois en mer, � vingt lieues, alors, libre tant que vous voudrez.
� Bien.
� Faites donc aujourd�hui tout ce qu�il vous reste � faire.
� J�ai une lettre � �crire.
� �crivez-la�
� O�?
� Sur cette table� Voici plume, encre et papier; la poste est au faubourg, le mousse vous conduira.
� Merci, capitaine!
Gilbert, demeur� seul, �crivit une courte lettre sur laquelle il mit cette suscription:
�Mademoiselle Andr�e de Taverney, Paris, rue Coq-H�ron, 9, la premi�re porte coch�re en partant de la rue Pl�tri�re.�
Puis il serra cette lettre dans sa poche, mangea ce que le capitaine lui-m�me lui servait, et suivit le mousse, qui le conduisit � la poste, o� la lettre fut jet�e.
Tout le jour, Gilbert regarda la mer du haut des falaises.
� la nuit, il revint. Le capitaine le guettait et le fit entrer dans le navire.
Chapitre 162. Le dernier adieu de Gilbert
Philippe avait pass� une nuit terrible. Ces pas sur la neige lui d�montraient jusqu�� l��vidence que quelqu�un s��tait introduit dans la maison pour enlever l�enfant; mais qui accuser? Nul autre indice ne pr�cisait ses soup�ons.
Philippe connaissait si bien son p�re, qu�il ne douta pas de sa complicit� dans cette affaire. M. de Taverney croyait Louis XV p�re de cet enfant; il devait attacher un grand prix � la conservation de ce t�moignage vivant d�une infid�lit� faite par le roi � madame du Barry. Le baron devait croire �galement que t�t ou tard Andr�e recourrait � la faveur et qu�elle rach�terait fort cher alors le principal moyen de sa fortune � venir.
Ces r�flexions, bas�es sur une r�v�lation toute fra�che encore du caract�re paternel, consol�rent un peu Philippe, qui crut possible de reconqu�rir cet enfant puisqu�il connaissait les ravisseurs.
Il guetta donc, � huit heures, l�entr�e du docteur Louis, auquel, dans la rue, en se promenant de long en large, il conta l�affreux �v�nement de la nuit.
Le docteur �tait homme de bon conseil; il examina les traces du jardin, et, apr�s r�flexion, conclut en faveur des suppositions de Philippe.
� Le baron m�est assez connu, dit-il, pour que je le crois capable de cette mauvaise action. Toutefois, ne se peut-il pas qu�un autre int�r�t, plus imm�diat, ait d�termin� l�enl�vement de cet enfant?
� Quel int�r�t, docteur?
� Celui du v�ritable p�re.
� Oh! s��cria Philippe, j�avais eu un moment cette pens�e; mais le malheureux n�a pas seulement de pain pour lui; c�est un fou, un exalt�, fugitif � l�heure qu�il est, et qui doit avoir peur m�me de mon ombre� Ne nous trompons pas, docteur, le mis�rable a commis ce crime par occasion; mais, � pr�sent que je suis plus �loign� de la col�re, bien que je le ha�sse, ce criminel, je crois que j��viterais sa rencontre, afin de ne pas le tuer. Je crois qu�il doit �prouver des remords qui le punissent; je crois que la faim et le vagabondage me vengeront de lui aussi efficacement que mon �p�e.
� N�en parlons plus, dit le docteur.
� Veuillez seulement, cher et excellent ami, consentir � un dernier mensonge: car il faut, avant tout, rassurer Andr�e; vous lui direz que vous �tiez hier inquiet de la sant� de cet enfant, que vous l��tes revenu prendre la nuit pour le porter chez sa nourrice. C�est la premi�re fable qui me soit venue � l�id�e, et que j�aie improvis�e pour Andr�e.
� Je dirai cela; cependant, vous chercherez cet enfant?
� J�ai un moyen de le retrouver. Je suis d�cid� � quitter la France; Andr�e entrera au monast�re de Saint-Denis; alors j�irai trouver M. de Taverney: je lui dirai que je sais tout; je le forcerai � me d�couvrir la retraite de l�enfant. Ses r�sistances, je les vaincrai par la menace d�une r�v�lation publique, par la menace d�une intervention de madame la dauphine.