Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� mesure que l�habitude diminuait les souffrances, Philippe reprenait de la s�r�nit� comme le ciel. Quelques beaux jours, purs et exempts d�orages, annonc�rent aux passagers l�approche des latitudes temp�r�es. Alors on demeura plus longtemps sur le pont; alors, m�me pendant la nuit, Philippe, qui s��tait fait une loi de ne communiquer avec personne, et qui avait cach�, m�me au capitaine, son nom, pour n�avoir de conversation sur aucun sujet qu�il redoutait d�aborder, Philippe entendait, de sa chambre, des pas au-dessus de sa t�te; il entendait m�me la voix du capitaine se promenant sans doute avec quelque passager. C��tait une raison pour lui de ne pas monter. Il ouvrait alors son hublot pour aspirer un peu de fra�cheur, et attendait le lendemain.
Une seule fois, la nuit, n�entendant ni colloques ni promenades, il monta sur le pont. La nuit �tait ti�de, le ciel couvert, et derri�re le vaisseau, dans le sillage, on voyait sourdre, du milieu des tourbillons, des milliers de grains phosphorescents. Cette nuit avait paru, sans doute, trop noire et trop orageuse aux passagers, car Philippe n�en vit aucun sur la dunette. Seulement, � l�avant, sur la proue, pench� sur le m�t de beaupr�, dormait ou r�vait une figure noire, que Philippe distingua p�niblement dans l�ombre, quelque passager de la seconde chambre, sans doute, quelque pauvre exil� qui regardait en avant, d�sirant le port de l�Am�rique, tandis que Philippe regrettait le port de France.
Philippe regarda longtemps ce voyageur immobile dans sa contemplation; puis le froid du matin le saisit; il se pr�parait � rentrer dans sa cabine� Cependant, le passager de l�avant observait aussi le ciel qui commen�ait � blanchir. Philippe entendit le capitaine s�approcher, il se retourna.
� Vous prenez le frais, capitaine? dit-il.
� Monsieur, je me l�ve.
� Vous avez �t� devanc� par vos passagers, comme vous voyez.
� Par vous; mais les officiers sont matineux comme les marins.
� Oh! non seulement par moi�, dit Philippe. Voyez, l�-bas, cet homme qui r�ve si profond�ment; c�est un de vos passagers aussi, n�est-ce pas?
Le capitaine regarda et parut surpris.
� Qui est cet homme? demanda Philippe.
� Un� marchand, dit le capitaine avec embarras.
� Qui court apr�s la fortune? murmura Philippe. Ce brick va trop lentement pour lui.
Le capitaine, au lieu de r�pondre, alla tout � l�avant trouver ce passager, auquel il dit quelques mots, et Philippe le vit dispara�tre dans l�entrepont.
� Vous avez troubl� son r�ve, dit Philippe au capitaine quand ce dernier l�eut rejoint; il ne me g�nait pas, pourtant.
� Non, monsieur, je l�ai averti que le froid du matin est dangereux dans ces parages: les passagers de seconde classe n�ont pas, comme vous, de bons manteaux.
� O� sommes-nous, capitaine?
� Monsieur, nous verrons demain les A�ores, � l�une desquelles nous ferons un peu d�eau fra�che, car il fait bien chaud.
Chapitre 164. Les �les A�ores
� l�heure fix�e par le capitaine, on aper�ut � l�avant du navire, bien loin dans le soleil �blouissant, les c�tes de quelques �les situ�es au nord-est.
C��taient les �les A�ores.
Le vent portait de ce c�t�; le brick marchait bien. On arriva en vue compl�te des �les vers trois heures de l�apr�s-midi.
Philippe vit ces hauts pitons de collines aux formes �tranges, � l�aspect lugubre; des rochers noircis comme par l�action du feu volcanique, des d�coupures aux cr�tes lumineuses, aux ab�mes profonds.
� peine arriv� � distance du canon de la premi�re de ces �les, le brick mit en panne, et l��quipage pr�para un d�barquement pour faire quelques tonnes d�eau fra�che, ainsi que l�avait accord� le capitaine.
Tous les passagers se promettaient le plaisir d�une excursion � terre. Poser le pied sur un sol immobile apr�s vingt jours et vingt nuits d�une navigation p�nible, c�est une partie de plaisir que peuvent seuls appr�cier ceux qui ont fait un voyage de long cours.
� Messieurs, dit le capitaine aux passagers, qu�il crut voir ind�cis, vous avez cinq heures pour aller � terre. Profitez de l�occasion. Vous trouverez dans cette petite �le, compl�tement inhabit�e, des sources d�eau glac�e, si vous �tes naturalistes; des lapins et des perdrix rouges, si vous �tes chasseurs.
Philippe prit son fusil, des balles et du plomb.
� Mais vous, capitaine, dit-il, vous restez � bord? Pourquoi ne venez-vous pas avec nous?
� Parce que, l�-bas, r�pliqua l�officier en montrant la mer, vient un navire aux allures suspectes; un navire qui me suit depuis quatre jours � peu pr�s; une mauvaise mine de navire, comme nous disons, et que je veux surveiller tout ce qu�il fera.
Philippe, satisfait de l�explication, monta dans la derni�re embarcation et partit pour la terre.
Les dames, plusieurs passagers de l�avant ou de l�arri�re ne se hasard�rent pas � descendre, ou attendirent leur tour.
On vit donc s��loigner les deux canots avec les matelots joyeux, et les passagers plus joyeux encore.
Le dernier mot du capitaine fut celui-ci:
� � huit heures, messieurs, le dernier canot vous ira chercher; tenez-vous le pour dit; les retardataires seraient abandonn�s.
Quand tout le monde, naturalistes et chasseurs, eut abord�, les matelots entr�rent tout de suite dans une caverne situ�e � cent pas du rivage, et qui faisait un coude comme pour fuir les rayons du soleil.
Une source fra�che, d�une eau azur�e, exquise, glissait sous les roches moussues et s�allait perdre, sans sortir de la grotte elle-m�me, sur un fond de sables fins et mouvants.
Les matelots s�arr�t�rent l�, disons-nous, et emplirent leurs tonnes, qu�ils se mirent en devoir de rouler jusqu�au rivage.
Philippe les regarda faire. Il admirait l�ombre bleu�tre de cette caverne, la fra�cheur, le doux bruit de l�eau glissant de cascade en cascade; il s��tonnait d�avoir trouv� d�abord les t�n�bres les plus opaques et le froid le plus intense, tandis qu�au bout de quelques minutes la temp�rature semblait douce et l�ombre sem�e de clart�s molles et myst�rieuses. Aussi, c��tait avec les mains �tendues et se heurtant aux parois des roches qu�il avait commenc� par suivre les marins sans les voir; puis, peu � peu, chaque physionomie, chaque tournure s��tait dessin�e, �clair�e; et Philippe pr�f�rait, comme nettet�, la lumi�re de cette grotte � celle du ciel, toute criarde et brutale en plein jour dans ces parages.
Cependant il entendait les voix de ses compagnons se perdre au loin. Un ou deux coups de fusil retentirent dans la montagne, puis le bruit s��teignit, et Philippe resta seul.
De leur c�t�, les matelots avaient accompli leur t�che; ils ne devaient plus revenir dans la grotte.
Philippe se laissa entra�ner peu � peu par le charme de cette solitude et par le tourbillon de ses pens�es; il s��tendit sur le sable doux et moelleux, s�adossa aux roches tapiss�es d�herbes aromatiques et r�va.
Les heures s��coul�rent ainsi. Il avait oubli� le monde. � c�t� de lui, son fusil d�sarm� dormait sur la pierre, et, pour pouvoir se coucher � l�aise, il avait sorti de ses poches les pistolets qui ne le quittaient pas.
Tout son pass� revenait vers lui, lentement, solennellement, comme un enseignement ou un reproche. Tout son avenir s�envolait aust�re comme ces oiseaux farouches qu�on touche parfois du regard; de la main, jamais.
Pendant que Philippe r�vait ainsi, sans doute on r�vait, on riait, on esp�rait � cent pas de lui. Il avait la perception insensible de ce mouvement, et plus d�une fois il lui avait sembl� entendre la rame des canots qui amenaient au rivage ou qui reconduisaient � bord des passagers, les uns blas�s sur le plaisir de cette journ�e, les autres avides d�en jouir � leur tour.