Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Ce serait un grand malheur, un malheur qui n�arrivera point, dit Gilbert. Voil� donc les mois de nourrice r�gl�s, vous �tes satisfaite?
� Oh! oui, monsieur.
� Passons aux payements d�une pension pour les autres ann�es.
� L�enfant nous resterait?
� Probablement.
� En ce cas, monsieur, c�est nous qui serions ses p�re et m�re?
Gilbert p�lit.
� Oui, dit-il d�une voix �touff�e.
� Alors, monsieur, il est donc abandonn�, ce pauvre petit?
Gilbert ne s�attendait pas � cette �motion, � ces questions. Il se remit pourtant.
� Je ne vous ai pas tout dit, ajouta-t-il; le pauvre p�re est mort de douleur.
Les deux bonnes femmes joignirent les mains avec expression.
� Et la m�re? demanda Ang�lique.
� Oh! la m�re� la m�re, r�pliqua Gilbert en respirant p�niblement� jamais son enfant, n� ou � na�tre, ne devait compter sur elle.
Ils en �taient l� quand le p�re Pitou rentra des champs, l�air calme et joyeux. C��tait une de ces natures �paisses et honn�tes, bourr�es de douceur et de sant�, comme les a peintes Greuze dans ses bons tableaux.
Quelques mots le mirent au courant. Il comprenait d�ailleurs par amour propre les choses, surtout celles qu�il ne comprenait pas�
Gilbert expliqua que la pension de l�enfant devait �tre pay�e jusqu�� ce qu�il f�t devenu un homme, et capable de vivre seul avec l�aide de sa raison et de ses bras.
� Soit, dit Pitou; je crois que nous aimerons cet enfant, car il est mignon.
� Lui aussi! dirent Ang�lique et Madeleine, il le trouve comme nous!
� Venez donc avec moi, je vous prie, chez ma�tre Niquet; je d�poserai chez lui l�argent n�cessaire, afin que vous soyez contents et que l�enfant puisse �tre heureux.
� Tout de suite, monsieur, r�pliqua Pitou p�re.
Et il se leva.
Alors Gilbert prit cong� des bonnes femmes et s�approcha du berceau dans lequel on avait d�j� plac� le nouveau venu au d�triment de l�enfant de la maison.
Il se pencha sur le berceau d�un air sombre, et, pour la premi�re fois, regardant le visage de son fils, il s�aper�ut qu�il ressemblait � Andr�e.
Cette vue lui brisa le c�ur; il fut oblig� de s�enfoncer les ongles dans la chair, pour comprimer une larme qui montait de ce c�ur bless� � sa paupi�re.
Il d�posa un baiser timide, tremblant m�me, sur la joue fra�che du nouveau n� et recula en chancelant.
Le p�re Pitou �tait d�j� sur le seuil, un b�ton ferr� en main, sa belle veste sur le dos, en sautoir.
Gilbert donna un demi-louis au gros Ange Pitou, qui r�dait entre ses jambes, et les deux femmes lui demand�rent l�honneur de l�embrasser, avec la touchante familiarit� des campagnes.
Tant d��motions avaient accabl� ce p�re de dix-huit ans, qu�un peu plus il y succombait. P�le, nerveux, il commen�ait � perdre la t�te.
� Partons, dit-il � Pitou.
� � vos souhaits, monsieur, r�pliqua le paysan en ouvrant la marche.
Et ils partirent en effet.
Tout � coup, Madeleine se mit � crier du seuiclass="underline"
� Monsieur! monsieur!
� Qu�y a-t-il? dit Gilbert.
� Son nom! son nom! Comment voulez-vous qu�on le nomme?
� Il s�appelle Gilbert! r�pliqua le jeune homme avec un m�le orgueil.
Chapitre 161. Le d�part
Ce fut chez le tabellion une affaire bien promptement r�gl�e. Gilbert d�posa, sous son nom, une somme de vingt mille moins quelques cent livres destin�e � subvenir aux frais d��ducation et d�entretien de l�enfant, comme aussi � lui former un �tablissement de laboureur lorsqu�il aurait atteint l��ge d�homme.
Gilbert r�gla �ducation et entretien � la somme de cinq cents livres par an, pendant quinze ans, et d�cida que le reste de l�argent serait attribu� � une dot quelconque ou � un achat d��tablissement ou de terre.
Ayant ainsi pens� � l�enfant, Gilbert pensa aux nourriciers. Il voulut que deux mille quatre cents livres fussent donn�es aux Pitou par l�enfant d�s qu�il aurait atteint dix-huit ans. Jusque-l�, ma�tre Niquet ne devait fournir les sommes annuelles que jusqu�� la concurrence de cinq cents livres.
Ma�tre Niquet devait jouir de l�int�r�t de l�argent, pour fruit de ses peines.
Gilbert se fit donner un re�u en bonne forme, de l�argent par Niquet, de l�enfant par Pitou: Pitou ayant contr�l� la signature de Niquet pour la somme; Niquet, celle de Pitou pour l�enfant; en sorte qu�il put partir vers l�heure de midi, laissant Niquet dans l�admiration de cette sagesse pr�matur�e; Pitou, dans la jubilation d�une fortune si rapide.
Aux confins du village d�Haramont, Gilbert crut qu�il se s�parait du monde entier. Rien pour lui n�avait plus ni signification ni promesses. Il venait de divorcer avec la vie insouciante du jeune homme, et d�accomplir une de ces actions s�rieuses que les hommes pouvaient appeler un crime, que Dieu pouvait punir d�un ch�timent s�v�re.
Toutefois, confiant en ses propres id�es, en ses propres forces, Gilbert eut le courage de s�arracher des bras de ma�tre Niquet, qui l�avait accompagn�, qui l�avait pris dans une amiti� vive, et qui le tentait par mille et mille s�ductions.
Mais l�esprit est capricieux, la nature humaine est sujette aux faiblesses. Plus un homme a de volont�, de ressort spontan�ment, plus vite lanc� dans l�ex�cution des entreprises, il mesure la distance qui le s�pare d�j� de son premier pas. C�est alors que s�inqui�tent les meilleurs courages; c�est alors qu�ils se disent comme C�sar: �Ai-je bien fait de passer le Rubicon?�
Gilbert, se trouvant sur la lisi�re de la for�t, tourna encore une fois ses regards sur le taillis aux cimes rougissantes qui lui cachaient tout Haramont, except� le clocher. Ce tableau ravissant de bonheur et de paix le plongea dans une r�verie pleine de regrets et de d�lices.
� Fou que je suis, se dit-il, o� vais-je? Dieu ne se d�tourne-t-il pas avec col�re dans la profondeur du ciel? Quoi! une id�e s�est offerte � moi; quoi! une circonstance a favoris� l�ex�cution de cette id�e; quoi! un homme suscit� par Dieu pour causer le mal que j�ai fait a consenti � r�parer ce mal, et je me trouve aujourd�hui possesseur d�un tr�sor et de mon enfant! Ainsi, avec dix mille livres � dix mille autres �tant r�serv�es � l�enfant � je puis ici vivre comme un heureux cultivateur, parmi ces bons villageois, au sein de cette nature sublime et f�conde. Je puis m�ensevelir � jamais dans une douce b�atitude, travailler et penser, oublier le monde et m�en faire oublier; je puis, bonheur immense! �lever moi-m�me cet enfant et jouir ainsi de mon ouvrage.
�Pourquoi non? ces bonnes chances ne sont-elles pas la compensation de toutes mes souffrances pass�es? Oh! oui, je puis vivre ainsi; oui, je puis me substituer, dans le partage, � cet enfant que, d�ailleurs, j�aurai �lev� moi-m�me, gagnant ainsi l�argent qui sera donn� � des mercenaires. Je puis avouer � ma�tre Niquet que je suis son p�re, je puis tout!�
Et son c�ur s�emplit peu � peu d�une joie indicible et d�un espoir qu�il n�avait pas encore savour�, m�me dans les hallucinations les plus riantes de ses r�ves.
Tout � coup, le ver qui sommeillait au fond de ce beau fruit se r�veilla et montra sa t�te hideuse; c��tait le remords, c��tait la honte, c��tait le malheur.
� Je ne puis, se dit Gilbert en p�lissant. J�ai vol� l�enfant � cette femme, comme je lui ai vol� son honneur� J�ai vol� l�argent � cet homme pour en faire, ai-je dit, une r�paration. Je n�ai donc plus le droit de m�en faire du bonheur � moi-m�me; je n�ai pas non plus le droit de garder l�enfant, puisqu�une autre ne l�aura pas. Il est � nous deux, cet enfant, ou � personne.
Et, sur ces mots, douloureux comme des blessures, Gilbert se releva d�sesp�r�; son visage exprima alors les plus sombres, les plus haineuses passions.
� Soit! dit-il, je serai malheureux; soit! je souffrirai; soit! je manquerai de tous et de tout; mais le partage qu�il me fallait faire du bien, je veux le faire du mal. Mon patrimoine, d�sormais, c�est la vengeance et le malheur. Ne crains rien, Andr�e, je partagerai fid�lement avec toi!
Il d�tourna sur la droite et, apr�s s��tre orient� par un moment de r�flexion, il s�enfon�a dans les bois, o� il marcha tout le jour pour gagner la Normandie, qu�il avait supput� devoir rencontrer dans quatre jours de marche.