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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Ce serait un grand malheur, un malheur qui n�arrivera point, dit Gilbert. Voil� donc les mois de nourrice r�gl�s, vous �tes satisfaite?

� Oh! oui, monsieur.

� Passons aux payements d�une pension pour les autres ann�es.

� L�enfant nous resterait?

� Probablement.

� En ce cas, monsieur, c�est nous qui serions ses p�re et m�re?

Gilbert p�lit.

� Oui, dit-il d�une voix �touff�e.

� Alors, monsieur, il est donc abandonn�, ce pauvre petit?

Gilbert ne s�attendait pas � cette �motion, � ces questions. Il se remit pourtant.

� Je ne vous ai pas tout dit, ajouta-t-il; le pauvre p�re est mort de douleur.

Les deux bonnes femmes joignirent les mains avec expression.

� Et la m�re? demanda Ang�lique.

� Oh! la m�re� la m�re, r�pliqua Gilbert en respirant p�niblement� jamais son enfant, n� ou � na�tre, ne devait compter sur elle.

Ils en �taient l� quand le p�re Pitou rentra des champs, l�air calme et joyeux. C��tait une de ces natures �paisses et honn�tes, bourr�es de douceur et de sant�, comme les a peintes Greuze dans ses bons tableaux.

Quelques mots le mirent au courant. Il comprenait d�ailleurs par amour propre les choses, surtout celles qu�il ne comprenait pas�

Gilbert expliqua que la pension de l�enfant devait �tre pay�e jusqu�� ce qu�il f�t devenu un homme, et capable de vivre seul avec l�aide de sa raison et de ses bras.

� Soit, dit Pitou; je crois que nous aimerons cet enfant, car il est mignon.

� Lui aussi! dirent Ang�lique et Madeleine, il le trouve comme nous!

� Venez donc avec moi, je vous prie, chez ma�tre Niquet; je d�poserai chez lui l�argent n�cessaire, afin que vous soyez contents et que l�enfant puisse �tre heureux.

� Tout de suite, monsieur, r�pliqua Pitou p�re.

Et il se leva.

Alors Gilbert prit cong� des bonnes femmes et s�approcha du berceau dans lequel on avait d�j� plac� le nouveau venu au d�triment de l�enfant de la maison.

Il se pencha sur le berceau d�un air sombre, et, pour la premi�re fois, regardant le visage de son fils, il s�aper�ut qu�il ressemblait � Andr�e.

Cette vue lui brisa le c�ur; il fut oblig� de s�enfoncer les ongles dans la chair, pour comprimer une larme qui montait de ce c�ur bless� � sa paupi�re.

Il d�posa un baiser timide, tremblant m�me, sur la joue fra�che du nouveau n� et recula en chancelant.

Le p�re Pitou �tait d�j� sur le seuil, un b�ton ferr� en main, sa belle veste sur le dos, en sautoir.

Gilbert donna un demi-louis au gros Ange Pitou, qui r�dait entre ses jambes, et les deux femmes lui demand�rent l�honneur de l�embrasser, avec la touchante familiarit� des campagnes.

Tant d��motions avaient accabl� ce p�re de dix-huit ans, qu�un peu plus il y succombait. P�le, nerveux, il commen�ait � perdre la t�te.

� Partons, dit-il � Pitou.

� � vos souhaits, monsieur, r�pliqua le paysan en ouvrant la marche.

Et ils partirent en effet.

Tout � coup, Madeleine se mit � crier du seuiclass="underline"

� Monsieur! monsieur!

� Qu�y a-t-il? dit Gilbert.

� Son nom! son nom! Comment voulez-vous qu�on le nomme?

� Il s�appelle Gilbert! r�pliqua le jeune homme avec un m�le orgueil.

Chapitre 161. Le d�part

Ce fut chez le tabellion une affaire bien promptement r�gl�e. Gilbert d�posa, sous son nom, une somme de vingt mille moins quelques cent livres destin�e � subvenir aux frais d��ducation et d�entretien de l�enfant, comme aussi � lui former un �tablissement de laboureur lorsqu�il aurait atteint l��ge d�homme.

Gilbert r�gla �ducation et entretien � la somme de cinq cents livres par an, pendant quinze ans, et d�cida que le reste de l�argent serait attribu� � une dot quelconque ou � un achat d��tablissement ou de terre.

Ayant ainsi pens� � l�enfant, Gilbert pensa aux nourriciers. Il voulut que deux mille quatre cents livres fussent donn�es aux Pitou par l�enfant d�s qu�il aurait atteint dix-huit ans. Jusque-l�, ma�tre Niquet ne devait fournir les sommes annuelles que jusqu�� la concurrence de cinq cents livres.

Ma�tre Niquet devait jouir de l�int�r�t de l�argent, pour fruit de ses peines.

Gilbert se fit donner un re�u en bonne forme, de l�argent par Niquet, de l�enfant par Pitou: Pitou ayant contr�l� la signature de Niquet pour la somme; Niquet, celle de Pitou pour l�enfant; en sorte qu�il put partir vers l�heure de midi, laissant Niquet dans l�admiration de cette sagesse pr�matur�e; Pitou, dans la jubilation d�une fortune si rapide.

Aux confins du village d�Haramont, Gilbert crut qu�il se s�parait du monde entier. Rien pour lui n�avait plus ni signification ni promesses. Il venait de divorcer avec la vie insouciante du jeune homme, et d�accomplir une de ces actions s�rieuses que les hommes pouvaient appeler un crime, que Dieu pouvait punir d�un ch�timent s�v�re.

Toutefois, confiant en ses propres id�es, en ses propres forces, Gilbert eut le courage de s�arracher des bras de ma�tre Niquet, qui l�avait accompagn�, qui l�avait pris dans une amiti� vive, et qui le tentait par mille et mille s�ductions.

Mais l�esprit est capricieux, la nature humaine est sujette aux faiblesses. Plus un homme a de volont�, de ressort spontan�ment, plus vite lanc� dans l�ex�cution des entreprises, il mesure la distance qui le s�pare d�j� de son premier pas. C�est alors que s�inqui�tent les meilleurs courages; c�est alors qu�ils se disent comme C�sar: �Ai-je bien fait de passer le Rubicon?�

Gilbert, se trouvant sur la lisi�re de la for�t, tourna encore une fois ses regards sur le taillis aux cimes rougissantes qui lui cachaient tout Haramont, except� le clocher. Ce tableau ravissant de bonheur et de paix le plongea dans une r�verie pleine de regrets et de d�lices.

� Fou que je suis, se dit-il, o� vais-je? Dieu ne se d�tourne-t-il pas avec col�re dans la profondeur du ciel? Quoi! une id�e s�est offerte � moi; quoi! une circonstance a favoris� l�ex�cution de cette id�e; quoi! un homme suscit� par Dieu pour causer le mal que j�ai fait a consenti � r�parer ce mal, et je me trouve aujourd�hui possesseur d�un tr�sor et de mon enfant! Ainsi, avec dix mille livres � dix mille autres �tant r�serv�es � l�enfant � je puis ici vivre comme un heureux cultivateur, parmi ces bons villageois, au sein de cette nature sublime et f�conde. Je puis m�ensevelir � jamais dans une douce b�atitude, travailler et penser, oublier le monde et m�en faire oublier; je puis, bonheur immense! �lever moi-m�me cet enfant et jouir ainsi de mon ouvrage.

�Pourquoi non? ces bonnes chances ne sont-elles pas la compensation de toutes mes souffrances pass�es? Oh! oui, je puis vivre ainsi; oui, je puis me substituer, dans le partage, � cet enfant que, d�ailleurs, j�aurai �lev� moi-m�me, gagnant ainsi l�argent qui sera donn� � des mercenaires. Je puis avouer � ma�tre Niquet que je suis son p�re, je puis tout!�

Et son c�ur s�emplit peu � peu d�une joie indicible et d�un espoir qu�il n�avait pas encore savour�, m�me dans les hallucinations les plus riantes de ses r�ves.

Tout � coup, le ver qui sommeillait au fond de ce beau fruit se r�veilla et montra sa t�te hideuse; c��tait le remords, c��tait la honte, c��tait le malheur.

� Je ne puis, se dit Gilbert en p�lissant. J�ai vol� l�enfant � cette femme, comme je lui ai vol� son honneur� J�ai vol� l�argent � cet homme pour en faire, ai-je dit, une r�paration. Je n�ai donc plus le droit de m�en faire du bonheur � moi-m�me; je n�ai pas non plus le droit de garder l�enfant, puisqu�une autre ne l�aura pas. Il est � nous deux, cet enfant, ou � personne.

Et, sur ces mots, douloureux comme des blessures, Gilbert se releva d�sesp�r�; son visage exprima alors les plus sombres, les plus haineuses passions.

� Soit! dit-il, je serai malheureux; soit! je souffrirai; soit! je manquerai de tous et de tout; mais le partage qu�il me fallait faire du bien, je veux le faire du mal. Mon patrimoine, d�sormais, c�est la vengeance et le malheur. Ne crains rien, Andr�e, je partagerai fid�lement avec toi!

Il d�tourna sur la droite et, apr�s s��tre orient� par un moment de r�flexion, il s�enfon�a dans les bois, o� il marcha tout le jour pour gagner la Normandie, qu�il avait supput� devoir rencontrer dans quatre jours de marche.

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