Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Et l�enfant, qu�en ferez-vous, votre s�ur �tant au couvent?
� Je le mettrai en nourrice chez une femme que vous me recommanderez� puis au coll�ge, et, quand il sera grand, je le prendrai avec moi, si je vis.
� Et vous croyez que la m�re consentira, soit � vous quitter, soit � quitter son enfant?
� Andr�e consentira d�sormais � tout ce que je voudrai. Elle sait que j�ai fait une d�marche aupr�s de madame la dauphine, dont j�ai la parole; elle ne m�exposera pas � manquer de respect � notre protectrice.
� Je vous prie, rentrons chez la pauvre m�re, dit le docteur.
Et il rentra en effet chez Andr�e, qui sommeillait doucement, consol�e par les soins de Philippe.
Son premier mot fut une question au docteur, qui avait d�j� r�pondu par une mine riante.
Andr�e entra d�s lors dans un calme parfait qui acc�l�ra si bien sa convalescence, que, dix jours apr�s, elle se levait et pouvait marcher dans la serre, � l�heure o� le soleil descendait sur les vitraux.
Le jour m�me de cette promenade, Philippe, qui s��tait absent� pendant quelques jours, revint � la maison de la rue Coq-H�ron avec un visage tellement sombre, que le docteur, en lui ouvrant la porte, pressentit un grand malheur.
� Qu�y a-t-il donc? demanda-t-il; est-ce que le p�re refuse de rendre l�enfant?
� Le p�re, dit Philippe, a �t� saisi d�un acc�s de fi�vre qui l�a clou� sur son lit trois jours apr�s son d�part de Paris, et le p�re �tait � l�extr�mit� quand je suis arriv�; j�ai pris toute cette maladie pour une ruse, pour une feinte, pour une preuve m�me de sa participation � l�enl�vement. J�ai insist�, j�ai menac�. M. de Taverney m�a jur� sur le Christ qu�il ne comprenait rien � ce que je voulais lui dire.
� En sorte que vous revenez sans nouvelles?
� Oui, docteur.
� Et convaincu de la v�racit� du baron?
� Presque convaincu.
� Plus rus� que vous, il n�a pas livr� son secret.
� J�ai menac� de faire intervenir madame la dauphine, et le baron a p�li. �Perdez-moi si vous voulez, a-t-il dit; d�shonorez votre p�re et vous-m�me, ce sera une folie furieuse qui n�am�nera aucun r�sultat. Je ne sais ce que vous voulez me dire.�
� En sorte que?�
� En sorte que je reviens au d�sespoir.
� ce moment, Philippe entendit la voix de sa s�ur qui criait:
� N�est-ce pas Philippe qui est entr�?
� Grand Dieu! la voici� Que lui dirai-je? murmura Philippe.
� Silence! fit le docteur.
Andr�e entra dans la chambre et vint embrasser son fr�re avec une tendresse joyeuse qui gla�a le c�ur du jeune homme.
� Eh bien, dit-elle, d�o� viens-tu?
� Je viens de chez mon p�re d�abord, ainsi que je t�en avais pr�venue.
� M. le baron est-il bien?
� Bien, oui, Andr�e; mais ce n�est pas la seule visite que j�aie faite� J�ai vu aussi plusieurs personnes pour ton entr�e � Saint-Denis. Dieu merci, maintenant tout est pr�par�; te voil� sauv�e, tu peux t�occuper de ton avenir avec intelligence et fermet�.
Andr�e s�approcha de son fr�re, et, avec un tendre sourire:
� Cher ami, lui dit-elle, mon avenir � moi ne m�occupe plus: il ne faut plus m�me que mon avenir occupe personne� L�avenir de mon enfant est tout pour moi, et je me consacrerai uniquement au fils que Dieu m�a donn�. Telle est ma r�solution, prise irr�vocablement depuis que, mes forces �tant revenues, je n�ai plus dout� de la solidit� de mon esprit. Vivre pour mon fils, vivre de privations, travailler m�me, s�il est n�cessaire, mais ne le quitter ni jour ni nuit, tel est l�avenir que je me suis trac�. Plus de couvent, plus d��go�sme; j�appartiens � quelqu�un; Dieu ne veut plus de moi!
Le docteur regarda Philippe comme pour lui dire: �Eh bien, qu�avais-je pr�dit?�
� Ma s�ur, s��cria le jeune homme, ma s�ur, que dis-tu?
� Ne m�accuse pas, Philippe, ce n�est pas l� un caprice de femme faible et vaine; je ne te g�nerai pas, je ne t�imposerai rien.
� Mais� mais, Andr�e, moi, je ne puis rester en France, moi, je veux quitter tout: je n�ai plus de fortune, moi; point d�avenir non plus: je pourrai consentir � t�abandonner au pied d�un autel, mais dans le monde, dans le travail� Andr�e, prends garde!
� J�ai tout pr�vu� Je t�aime sinc�rement, Philippe; mais, si tu me quittes, je d�vorerai mes larmes et j�irai me r�fugier pr�s du berceau de mon fils.
Le docteur s�approcha.
� Voil� de l�exag�ration, de la d�mence, dit-il.
� Ah! docteur, que voulez-vous!� �tre m�re, c�est un �tat de d�mence! mais cette d�mence, Dieu me l�a envoy�e. Tant que cet enfant aura besoin de moi, je persisterai dans ma r�solution.
Philippe et le docteur �chang�rent soudain un regard.
� Mon enfant, dit le docteur le premier, je ne suis pas un pr�dicateur bien �loquent; mais je crois me souvenir que Dieu d�fend les attachements trop vifs � la cr�ature.
� Oui, ma s�ur, ajouta Philippe.
� Dieu ne d�fend pas � une m�re d�aimer vivement son fils, je crois, docteur?
� Pardonnez-moi, ma fille, le philosophe, le praticien va essayer de mesurer l�ab�me que creuse le th�ologien pour les passions humaines. � toute prescription qui vient de Dieu, cherchez la cause, non seulement morale, c�est quelquefois une subtilit� de perfection, cherchez la raison mat�rielle. Dieu d�fend � une m�re d�aimer excessivement son enfant, parce que l�enfant est une plante fr�le, d�licate, accessible � tous les maux, � toutes les souffrances, et qu�aimer vivement une cr�ature �ph�m�re, c�est s�exposer au d�sespoir.
� Docteur, murmura Andr�e, pourquoi me dites-vous cela? Et vous, Philippe, pourquoi me consid�rez-vous avec cette compassion� cette p�leur?
� Ch�re Andr�e, interrompit le jeune homme, suivez mon conseil d�ami tendre; votre sant� est r�tablie, entrez le plus t�t possible au couvent de Saint-Denis.
� Moi!� Je vous ai dit que je ne quitterai pas mon fils.
� Tant qu�il aura besoin de vous, dit doucement le docteur.
� Mon Dieu! s��cria Andr�e, qu�y a-t-il? Parlez. Quelque chose de triste� de cruel?
� Prenez garde, murmura le docteur � l�oreille de Philippe; elle est bien faible encore pour supporter un coup d�cisif.
� Mon fr�re, tu ne r�ponds pas; explique-toi.
� Ch�re s�ur, tu sais que j�ai pass�, en revenant par le Point-du-Jour, o� ton fils est en nourrice.
� Oui� Eh bien?
� Eh bien, l�enfant est un peu malade.
� Malade� ce cher enfant! Vite, Marguerite� Marguerite� une voiture! je veux aller voir mon enfant!
� Impossible! s��cria le docteur; vous n��tes pas en �tat de sortir ni de supporter une voiture.
� Vous m�avez dit encore ce matin que cela �tait possible; vous m�avez dit que, demain, au retour de Philippe, j�irais voir le pauvre petit.
� J�augurais mieux de vous.
� Vous me trompiez?
Le docteur garda le silence.
� Marguerite! r�p�ta Andr�e, qu�on m�ob�isse� une voiture!
� Mais tu peux en mourir, interrompit Philippe.
� Eh bien, j�en mourrai!� je ne tiens pas tant � la vie!�
Marguerite attendait, regardant tour � tour sa ma�tresse, son ma�tre et le docteur.
� ��! quand je commande!� s��cria Andr�e, dont les joues se couvrirent d�une rougeur subite.
� Ch�re s�ur!
� Je n��coute plus rien et, si l�on me refuse une voiture, j�irai � pied.
� Andr�e, dit tout � coup Philippe en la prenant dans ses bras, tu n�iras pas, non, tu n�as pas besoin d�y aller.
� Mon enfant est mort! articula froidement la jeune fille en laissant tomber ses bras le long du fauteuil o� Philippe et le docteur venaient de l�asseoir.
Philippe ne r�pondit qu�en baisant une de ses mains froides et inertes� Peu � peu, le cou d�Andr�e perdit sa rigidit�; elle laissa tomber sa t�te sur son sein et versa d�abondantes larmes.
� Dieu a voulu, dit Philippe, que nous subissions ce nouveau malheur; Dieu, qui est si grand, si juste; Dieu, qui avait sur toi d�autres desseins peut-�tre; Dieu, enfin, qui jugeait, sans doute, que la pr�sence de cet enfant � tes c�t�s �tait un ch�timent imm�rit�.
� Mais enfin�, soupira la pauvre m�re, pourquoi Dieu a-t-il fait souffrir cette innocente cr�ature?
� Dieu ne l�a pas fait souffrir, mon enfant, dit le docteur; la nuit m�me de sa naissance, il mourut� Ne lui donnez pas plus de regrets qu�� l�ombre qui passe et s��vanouit.