Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Puis, roulant le nouveau-n� dans une couverture de laine il l�emporta, laissant la porte entreb�ill�e, pour ne pas redoubler le bruit si dangereux.
Une minute apr�s, il avait gagn� la rue par le jardin; il courait � la rencontre de son cabriolet, en chassait le postillon qui s��tait endormi sous la capote, et, fermant le rideau de cuir, tandis que l�homme remontait � chevaclass="underline"
� Un demi-louis pour toi, dit-il, si dans un quart d�heure nous avons franchi la barri�re.
Les chevaux, ferr�s � glace, partirent au galop.
Chapitre 160. La famille Pitou
Pendant la route, tout effrayait Gilbert. Le bruit des voitures qui suivaient ou d�passaient la sienne, les plaintes du vent dans les arbres dess�ch�s lui semblaient �tre une poursuite organis�e, ou des cris pouss�s par ceux � qui l�enfant avait �t� pris.
Cependant, rien ne mena�ait. Le postillon fit bravement son devoir et les deux chevaux arriv�rent fumants � Dammartin � l�heure que Gilbert avait fix�e, c�est-�-dire avant les premi�res clart�s du jour.
Gilbert donna son demi-louis, changea de chevaux et de postillon, et la course recommen�a.
Pendant toute la premi�re partie de la route, l�enfant, soigneusement abrit� par la couverture et garanti par Gilbert lui-m�me, n�avait pas senti les atteintes du froid et n�avait point pouss� un seul cri. Sit�t que le jour parut, apercevant au loin la campagne, Gilbert se sentit plus courageux, et, pour couvrir les plaintes que l�enfant commen�ait � faire entendre, il entama une de ces �ternelles chansons comme il en chantait � Taverney au retour de ses chasses.
Le cri de l�essieu, des soupentes, le bruit de ferraille de toute la voiture, les grelots des chevaux, lui firent un accompagnement diabolique dont le postillon augmenta lui-m�me l�intensit� en m�lant au refrain de Gilbert les �clats d�une Bourbonnaise tant soit peu s�ditieuse.
Il en r�sulta que ce dernier conducteur ne soup�onna m�me pas que Gilbert emportait un enfant dans le cabriolet. Il arr�ta ses chevaux en avant de Villers-Cotter�ts, re�ut, comme on en �tait convenu, le prix du voyage, plus un �cu de six livres, et Gilbert reprenant son fardeau soigneusement enferm� par les plis de la couverture, entonnant le plus s�rieusement possible sa chanson, s��loigna subitement, enjamba un foss� et disparut dans un sentier jonch� de feuilles, qui descendait, en tournoyant � gauche de la route, vers le village d�Haramont.
Le temps s��tait mis au froid. Plus de neige depuis quelques heures; un terrain ferme et h�riss� de broussailles aux longs filaments, aux touffes �pineuses. Au-dessus se dessinaient, sans feuilles et attrist�s, les arbres de la for�t, par les branchages desquels brillait l�azur p�le d�un ciel encore embrum�.
L�air si vif, les parfums des essences de ch�ne, les perles de glace suspendues aux extr�mit�s des branches, toute cette libert�, toute cette po�sie frapp�rent vivement l�imagination du jeune homme.
Il marcha d�un pas rapide et fier par la petite ravine, sans broncher, sans chercher; car il interrogeait, au milieu des bouquets d�arbres, le clocher du hameau et la fum�e bleue des chemin�es qui filtrait parmi les treillis gris�tres des branchages. Au bout d�une petite demi-heure, il franchissait un ruisseau bord� de lierre et de cresson jaunis, et demandait, � la premi�re cabane, aux enfants d�un laboureur, de le conduire chez Madeleine Pitou.
Muets et attentifs, sans �tre h�b�t�s ni immobiles comme d�autres paysans, les enfants se lev�rent, et regardant l��tranger dans les yeux, ils le conduisirent, se tenant par la main, jusqu�� une chaumi�re assez grande, d�assez bonne apparence, et situ�e sur le bord du ruisseau qui longeait la plupart des maisons du village.
Ce ruisseau roulait ses eaux limpides et un peu grossies par les premi�res fontes de neige. Un pont de bois, c�est-�-dire une grosse planche, joignait la route aux degr�s de terre qui conduisaient � la maison.
L�un des enfants, ses guides, montra de la t�te � Gilbert que l� demeurait Madeleine Pitou.
� L�? r�p�ta Gilbert.
L�enfant baissa le menton sans articuler un mot.
� Madeleine Pitou? demanda encore une fois Gilbert � l�enfant.
Et celui-ci ayant r�it�r� sa muette affirmation, Gilbert franchit le petit pont et vint pousser la porte de la chaumi�re, tandis que les enfants, qui s��taient repris la main, regardaient de toutes leurs forces ce que venait faire chez Madeleine ce beau monsieur en habit brun, avec des souliers � boucles.
Du reste, Gilbert n�avait encore aper�u dans le village d�autres cr�atures vivantes que ces enfants. Haramont �tait bien r�ellement le d�sert tant souhait�.
Aussit�t que la porte eut �t� ouverte, un spectacle plein de charme pour tout le monde en g�n�ral, et pour un apprenti philosophe en particulier, frappa les regards de Gilbert.
Une robuste paysanne allaitait un bel enfant de quelques mois, tandis que, agenouill� devant elle, un autre enfant, vigoureux gars de quatre � cinq ans, faisait � haute voix une pri�re.
Dans un coin de la chemin�e, pr�s d�une fen�tre, ou plut�t d�un trou perc� dans la muraille et ferm� par une vitre, une autre paysanne de trente-cinq � trente-six ans filait du lin, son rouet � droite d�elle, un tabouret de bois sous ses pieds, un bon gros chien caniche sur ce tabouret.
Le chien, apercevant Gilbert, aboya d�une fa�on assez hospitali�re et civile, tout juste ce qu�il fallait pour t�moigner de sa vigilance. L�enfant en pri�res se retourna, coupant la phrase du Pater, et les deux femmes pouss�rent une sorte d�exclamation qui tenait le milieu entre la surprise et la joie.
Gilbert commen�a par sourire � la nourrice.
� Bonne dame Madeleine, dit-il, je vous salue.
La paysanne fit un bond.
� Monsieur sait mon nom? dit-elle.
� Comme vous voyez; mais ne vous interrompez pas, je vous prie. En effet, au lieu d�un nourrisson que vous avez, vous allez en avoir deux.
Et il d�posa sur le berceau grossier de l�enfant campagnard le petit enfant citadin qu�il avait apport�.
� Oh! qu�il est mignon! s��cria la paysanne qui filait.
� Oui, s�ur Ang�lique, bien mignon, dit Madeleine.
� Madame est votre s�ur? demanda Gilbert en d�signant la fileuse.
� Ma s�ur, oui, monsieur, r�pliqua Madeleine; la s�ur de mon homme.
� Oui, ma tante, ma tante G�lique, murmura d�une voix de basse-taille le marmot, qui se m�lait � la conversation sans s��tre relev�.
� Tais-toi, Ange, tais-toi, dit la m�re; tu interromps monsieur.
� Ce que j�ai � vous proposer est bien simple, bonne dame. L�enfant que voici est fils d�un fermier de mon ma�tre� un fermier ruin� Mon ma�tre, parrain de cet enfant, veut qu�il soit �lev� � la campagne, et qu�il devienne un bon laboureur� bonne sant� bonnes m�urs� Voulez-vous vous charger de cet enfant?
� Mais, monsieur�
� Il est n� hier, et n�a pas encore eu de nourrice, interrompit Gilbert. D�ailleurs, c�est le nourrisson dont a d� vous parler ma�tre Niquet, tabellion � Villers-Cotter�ts.
Madeleine saisit aussit�t l�enfant et lui donna le sein avec une imp�tuosit� g�n�reuse qui attendrit profond�ment Gilbert.
� On ne m�avait pas tromp�, dit-il; vous �tes une brave femme. Je vous confie donc cet enfant au nom de mon ma�tre. Je vois qu�il sera heureux ici, et je veux qu�il apporte en cette chaumi�re un r�ve de bonheur en �change de celui qu�il y trouvera. Combien avez-vous pris par mois aux enfants de ma�tre Niquet, de Villers-Cotter�ts?
� Douze livres, monsieur; mais M. Niquet est riche, et il ajoutait bien par ci par-l� quelques livres pour le sucre et l�entretien.
� M�re Madeleine, dit Gilbert avec fiert�, l�enfant que voici vous payera vingt livres par mois, ce qui fait deux cent quarante livres par an.
� J�sus! s��cria Madeleine; merci, monsieur.
� Voici la premi�re ann�e, dit Gilbert en �talant sur la table dix beaux louis qui firent ouvrir de grands yeux aux deux femmes, et sur lesquels le petit Ange Pitou allongea sa main d�vastatrice.
� Mais monsieur, si l�enfant ne vivait pas? objecta timidement la nourrice.