Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Devant lui �tait le rivage; une barque attendait: l�heure du d�part avait �t� annonc�e du bord pour huit heures, il �tait huit heures et quelques minutes.
� Ah! vous voil�, monsieur, lui dirent les matelots� Vous �tes le dernier� chacun a regagn� le bord. Qu�avez-vous tu�?
Philippe, entendant ce mot, perdit connaissance. On le rapporta ainsi au navire, qui commen�ait d�appareiller.
� Tout le monde est rentr�? demanda le capitaine.
� Voici le dernier passager que nous ramenons, r�pondirent les matelots. Il aura fait une chute, car il vient de s��vanouir.
Le capitaine commanda une man�uvre d�cisive, et le brick s��loigna rapidement des �les A�ores, juste au moment o� le b�timent inconnu qui l�avait si longtemps inqui�t� entrait dans le port sous le pavillon am�ricain.
Le capitaine de l�Adonis �changea un signal avec ce b�timent et, rassur�, en apparence du moins, il continua sa route vers l�occident, et se perdit bient�t dans les ombres de la nuit.
Ce ne fut que le lendemain que l�on s�aper�ut qu�un passager manquait � bord.
�pilogue
Le 9 mai de l�an 1774, � huit heures du soir, Versailles pr�sentait le plus curieux et le plus int�ressant spectacle.
Depuis le premier jour du mois, le roi Louis XV, atteint d�une maladie terrible dont les m�decins n�osaient lui avouer d�abord la gravit�, gardait le lit et commen�ait � chercher des yeux autour de lui la v�rit� ou l�esp�rance.
Le m�decin Bordeu avait signal� chez le roi une petite v�role des plus malignes, et le m�decin La Martini�re, qui la reconnaissait comme son coll�gue, opinait pour qu�on avert�t le roi, afin qu�il pr�t spirituellement et mat�riellement, comme chr�tien, des mesures pour son salut et pour celui du royaume.
� Le roi Tr�s Chr�tien, disait-il, devrait se faire administrer l�extr�me onction.
La Martini�re repr�sentait le parti du dauphin, l�opposition. Bordeu pr�tendait que le simple aveu de la gravit� du mal tuerait le roi et que, pour sa part, il reculait devant un r�gicide.
Bordeu repr�sentait le parti du Barry.
En effet, appeler la religion chez le roi, c��tait expulser la favorite. Quand Dieu entre par une porte, il faut bien que Satan sorte par l�autre.
Or, pendant toutes les divisions intestines de la Facult�, de la famille et des partis, la maladie se logeait � l�aise dans ce corps vieilli, us�, g�t� par la d�bauche; elle s�y fortifiait de telle fa�on, que ni rem�des ni prescriptions ne purent la d�busquer.
D�s les premi�res atteintes du mal caus� par une infid�lit� de Louis XV, � laquelle madame du Barry avait pr�t� complaisamment la main, le roi avait vu se r�unir autour de son lit ses deux filles, la favorite et les courtisans les mieux en faveur. On riait encore et l�on s�aidait.
Tout � coup parut � Versailles l�aust�re et sinistre figure de Madame Louise de France; elle quittait sa cellule de Saint-Denis pour venir donner aussi � son p�re des consolations et des soins.
Elle entra p�le et sombre comme la statue de la Fatalit�; ce n��tait plus une fille pour son p�re, une s�ur pour ses s�urs; elle ressemblait aux proph�tesses antiques qui, dans les jours lugubres de l�adversit�, venaient crier aux rois �blouis: �Malheur! malheur! malheur!� Elle tomba dans Versailles � une heure du jour o� Louis baisait les mains de madame du Barry et les appliquait comme de douces caresses sur son front malade, sur ses joues enflamm�es.
� son aspect, tout s�enfuit: les s�urs se r�fugi�rent tremblantes dans la chambre voisine; madame du Barry fl�chit le genou et courut � son appartement; les courtisans privil�gi�s recul�rent jusqu�aux antichambres; les deux m�decins seuls demeur�rent au coin de la chemin�e.
� Ma fille! murmura le roi en ouvrant ses yeux ferm�s par la douleur et la fi�vre.
� Votre fille, oui, sire, dit la princesse.
� Qui vient�
� De la part de Dieu!
Le roi se souleva, �bauchant un sourire.
� Car vous oubliez Dieu, reprit Madame Louise.
� Moi?�
� Je veux vous le rappeler.
� Ma fille! je ne suis pas assez pr�s de la mort, j�esp�re, pour qu�une exhortation soit urgente. Ma maladie est l�g�re: une courbature, un peu d�inflammation.
� Votre maladie, sire, interrompit la princesse, est celle qui, d�apr�s l��tiquette, doit r�unir au chevet de Sa Majest� les grands pr�lats du royaume. Quand un membre de la famille royale est atteint de la petite v�role, il doit �tre administr� sur-le-champ.
� Madame!� s��cria le roi fort agit�, fort p�le, que dites-vous?
� Madame!� firent les m�decins avec terreur.
� Je dis, continua la princesse, que Votre Majest� est atteinte de la petite v�role.
Le roi poussa un cri.
� Les m�decins ne l�ont pas dit, r�pliqua-t-il.
� Ils n�osent; moi, je vois pour Votre Majest� un autre royaume que le royaume de France. Approchez-vous de Dieu, sire, et passez en revue toutes vos ann�es.
� La petite v�role! murmurait Louis XV; maladie mortelle!� Bordeu!� La Martini�re!� est-ce donc vrai?
Les deux praticiens baiss�rent la t�te.
� Mais je suis perdu alors? r�p�ta le roi, plus �pouvant� que jamais.
� On gu�rit de toutes les maladies, sire, dit Bordeu prenant l�initiative, surtout lorsqu�on conserve sa tranquillit� d�esprit.
� Dieu donne la tranquillit� de l�esprit et le salut du corps, r�pondit la princesse.
� Madame, dit hardiment Bordeu, quoique � voix basse, vous tuez le roi!
La princesse ne daigna pas r�pondre. Elle se rapprocha du malade et, lui prenant la main qu�elle couvrit de baisers:
� Rompez avec le pass�, sire, dit-elle, et donnez l�exemple � vos peuples. Nul ne vous avertissait; vous couriez risque d��tre perdu pour l��ternit�. Promettez de vivre en chr�tien, si vous vivez; mourez en chr�tien, si Dieu vous appelle � lui.
Elle acheva ces mots par un nouveau baiser sur la main royale et reprit � pas lents le chemin des antichambres. L�, elle rabattit son long voile noir sur son visage, descendit les degr�s et monta dans son carrosse, laissant derri�re elle une stup�faction, une �pouvante dont rien ne saurait donner une id�e.
Le roi n�avait pu reprendre ses esprits qu�� force de questionner les m�decins; mais il �tait frapp�.
� Je ne veux pas, dit-il, que les sc�nes de Metz avec la duchesse de Ch�teauroux se renouvellent; qu�on fasse venir madame d�Aiguillon et qu�on la prie d�emmener � Rueil madame du Barry.
Cet ordre fut l�explosion. Bordeu voulut dire quelques mots; le roi lui imposa silence. Bordeu voyait, d�ailleurs, son coll�gue pr�t � tout rapporter au dauphin; Bordeu savait l�issue de la maladie du roi, il ne lutta pas et, quittant la chambre royale, avertit madame du Barry du coup qui la frappait.
La comtesse, �pouvant�e de l�aspect sinistre et insultant qu�avaient d�j� tous les visages, se h�ta de dispara�tre. En une heure, elle fut hors de Versailles et la duchesse d�Aiguillon, fid�le et reconnaissante amie, emmena la disgraci�e au ch�teau de Rueil, qui lui venait par h�ritage du grand Richelieu. Bordeu, de son c�t�, ferma la porte du roi � toute la famille royale, sous pr�texte de contagion. Cette chambre de Louis XV �tait d�sormais mur�e; il n�y devait plus entrer que la religion et la mort. Le roi fut administr� le jour m�me, et cette nouvelle se r�pandit dans Paris o�, d�j�, la disgr�ce de la favorite �tait un �v�nement rebattu.
Toute la cour vint se faire annoncer chez le dauphin qui ferma sa porte et ne re�ut pas une personne.
Mais, le lendemain, le roi se portait mieux et avait envoy� le duc d�Aiguillon porter ses compliments � madame du Barry.
Ce lendemain, c��tait le 9 mai 1774.
La cour d�serta le pavillon du dauphin et se porta en telle affluence � Rueil, o� la favorite habitait, que, depuis l�exil de M. de Choiseul � Chanteloup, on n�avait vu pareille file de carrosses.
Les choses en �taient donc l�. Le roi vivra-t-il et madame du Barry est-elle toujours la reine?