Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Deux hommes de bonne volont� pour aider M. Rousseau, deux hommes du peuple, dit le chirurgien.
� Nous! nous! cri�rent dix voix.
Rousseau n�eut qu�� choisir; il d�signa deux vigoureux commissionnaires qui prirent l�enfant entre leurs bras.
En se retirant, il passa pr�s de Philippe.
� Tenez, monsieur, dit-il, moi, je n�ai plus besoin de ma lanterne: prenez-la.
� Merci, monsieur, merci, dit Philippe.
Il saisit la lanterne, et, tandis que Rousseau reprenait le chemin de la rue Pl�tri�re, il se remit � sa recherche.
� Pauvre jeune homme! murmura Rousseau en se retournant et en le voyant dispara�tre dans les rues encombr�es.
Et il continuait son chemin en frissonnant, car on entendait toujours vibrer au-dessus de ce champ de deuil la voix stridente du chirurgien qui criait:
� Les gens du peuple! rien que les gens du peuple! Malheur aux nobles, aux riches et aux aristocrates!
Chapitre 69. Le retour
Pendant que ces mille catastrophes se succ�daient les unes aux autres, M. de Taverney �chappait comme par miracle � tous les dangers.
Incapable de d�ployer une r�sistance physique quelconque � cette force d�vorante qui brisait tout ce qu�elle rencontrait, mais calme et habile, il avait su se maintenir au centre d�un groupe qui roulait vers la rue de la Madeleine.
Ce groupe, froiss� aux parapets de la place, broy� aux angles du Garde-meubles, laissait sur ses flancs une longue tra�n�e de bless�s et de morts, mais avait r�ussi, tout d�cim� qu�il �tait, � pousser son centre hors du p�ril.
Aussit�t la grappe d�hommes et de femmes s��tait �parpill�e sur le boulevard, en plein air, en jetant des cris de joie.
M. de Taverney se trouva alors, comme tous ceux qui l�entouraient, tout � fait hors de danger.
Ce que nous allons dire serait chose difficile � croire, si nous n�avions pas dessin� depuis longtemps et d�une fa�on si franche le caract�re du baron; pendant tout cet effroyable voyage, Dieu lui pardonne, mais M. de Taverney n�avait absolument song� qu�� lui.
Outre qu�il n��tait pas d�une complexion fort tendre, le baron �tait homme d�action, et, dans les grandes crises de la vie, ces sortes de temp�raments mettent toujours en pratique cet adage de C�sar: Age quod agis. [5]
Ne disons donc point que M. de Taverney avait �t� �go�ste; admettons seulement qu�il avait �t� distrait.
Mais, une fois sur le pav� des boulevards, une fois � l�aise dans ses mouvements, une fois �chapp� de la mort pour rentrer dans la vie, une fois s�r de lui-m�me enfin, le baron poussa un grand cri de satisfaction, qui fut suivi d�un autre cri.
Ce dernier cri, plus faible que le premier, �tait cependant un cri de douleur.
� Ma fille! dit-il; ma fille!
Et il demeura immobile, laissant retomber ses mains contre son corps, les yeux fixes et atones, cherchant dans ses souvenirs tous les d�tails de cette s�paration.
� Pauvre cher homme! murmur�rent quelques femmes compatissantes.
Et il se fit un cercle autour du baron, cercle pr�t � plaindre, mais surtout pr�t � interroger.
M. de Taverney n�avait pas les instincts populaires. Il se trouva mal � l�aise au milieu de ce cercle de gens compatissants; il fit un effort pour le rompre, le rompit, et, disons-le � sa louange, fit quelques pas vers la place.
Mais ces quelques pas �taient le mouvement irr�fl�chi de l�amour paternel, lequel n�est jamais compl�tement �teint dans le c�ur de l�homme. Le raisonnement vint � l�instant m�me � l�aide du baron et l�arr�ta court.
Suivons, si on le veut, la marche de sa dialectique.
D�abord, l�impossibilit� de remettre le pied sur la place Louis XV. Il y avait l�-bas encombrement, massacre, et, les flots arrivant de la place, il e�t �t� aussi absurde de chercher � les fendre qu�il serait insens� au nageur de chercher � remonter la chute du Rhin � Schaffhouse.
En outre, quand m�me un bras divin l�e�t replac� dans la foule, comment retrouver une femme parmi ces cent mille femmes? Comment ne pas s�exposer de nouveau et pour rien � une mort miraculeusement �vit�e?
Puis venait l�esp�rance, cette lueur qui dore toujours les franges de la plus sombre nuit.
Andr�e n��tait-elle pas pr�s de Philippe, suspendue � son bras, sous la protection de l�homme et du fr�re?
Que lui, le baron, un vieillard faible et chancelant, ait �t� entra�n�, rien de plus simple; mais Philippe, cette nature ardente, vigoureuse, vivace; Philippe, ce bras d�acier; Philippe responsable de sa s�ur, c��tait impossible: Philippe avait lutt� et devait avoir vaincu.
Le baron, comme tout �go�ste, ornait Philippe de toutes les qualit�s qu�exclut l��go�ste pour lui-m�me, mais qu�il recherche dans les autres: ne pas �tre fort, g�n�reux, vaillant, pour l��go�ste, c�est �tre �go�ste, c�est-�-dire son rival, son adversaire, son ennemi; c�est lui voler des avantages qu�il croit avoir le droit de pr�lever sur la soci�t�.
M. de Taverney s��tant ainsi rassur� par la force de son propre raisonnement, conclut d�abord que Philippe avait tout naturellement d� sauver sa s�ur; qu�il avait perdu peut-�tre un peu de temps � chercher son p�re, pour le sauver � son tour; mais que, vraisemblablement, certainement m�me, il avait repris le chemin de la rue Coq-H�ron, pour ramener Andr�e un peu �tourdie de tout ce fracas.
Il fit donc volte-face, et, descendant la rue du couvent des Capucines, il gagna la place des Conqu�tes ou Louis-le-Grand, appel�e aujourd�hui la place des Victoires.
Mais � peine le baron �tait-il arriv� � vingt pas de l�h�tel, que Nicole, plac�e en sentinelle sur le seuil de la porte, o� elle bavardait avec quelques comm�res, cria:
� Et monsieur Philippe! et mademoiselle Andr�e! que sont-ils devenus?
Car tout Paris savait d�j� des premiers fuyards la catastrophe, exag�r�e encore par la terreur.
� Oh! mon Dieu! s��cria le baron un peu �mu, est-ce qu�ils ne sont pas rentr�s, Nicole?
� Mais non, mais non, monsieur, on ne les a pas vus.
� Ils auront �t� forc�s de faire un d�tour, r�pliqua le baron tremblant de plus en plus � mesure que se d�molissaient les calculs de sa logique.
Le baron demeura donc dans la rue � attendre � son tour, avec Nicole, qui g�missait, et La Brie, qui levait les bras au ciel.
� Ah! voici M. Philippe, s��cria Nicole avec un accent de terreur impossible � d�crire, car Philippe �tait seul.
En effet, dans l�ombre de la nuit accourait Philippe, haletant, d�sesp�r�.
� Ma s�ur est-elle ici? cria-t-il du plus loin qu�il aper�ut le groupe qui encombrait le seuil de l�h�tel.
� Oh! mon Dieu! fit le baron p�le et tr�buchant.
� Andr�e! Andr�e! cria le jeune homme en approchant de plus en plus; o� est Andr�e?
� Nous ne l�avons pas vue; elle n�est pas ici, monsieur Philippe. Oh! mon Dieu! mon Dieu! ch�re demoiselle! cria Nicole �clatant en sanglots.
� Et tu es revenu? dit le baron avec une col�re d�autant plus injuste, que nous avons fait assister le lecteur aux secrets de sa logique.
Philippe, pour toute r�ponse, s�approcha, montra son visage sanglant et son bras bris� et pendant � son c�t� comme une branche morte.
� H�las! h�las! soupira le vieillard, Andr�e, ma pauvre Andr�e!
Il retomba sur le banc de pierre adoss� � la porte.
� Je la retrouverai morte ou vive! s��cria Philippe d�un air sombre.
Et il reprit sa course avec une fi�vreuse activit�. Tout en courant, il arrangeait de son bras droit son bras gauche dans l�ouverture de sa veste. Ce bras inutile l�e�t g�n� pour rentrer dans la foule, et, s�il e�t eu une hache, il se le f�t abattu en ce moment.
Ce fut alors qu�il retrouva sur ce champ fatal des morts, que nous avons visit�, Rousseau, Gilbert et le fatal op�rateur qui, rouge de sang, semblait bien plut�t le d�mon infernal qui avait pr�sid� au massacre que le g�nie bienfaisant qui venait y porter secours.
Philippe erra une partie de la nuit sur la place Louis XV.
Ne pouvant se d�tacher de ces murailles du Garde-meubles, pr�s duquel Gilbert avait �t� retrouv�, portant incessamment ses yeux sur ce lambeau de mousseline blanche que le jeune homme avait conserv�, froiss� dans sa main.
[5] �Fais ce que tu fais.�