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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Oh! ne craignez rien, puisqu�il faut que je cherche pour moi-m�me. Le pauvre enfant rentrait d�ordinaire exactement, continua le vieillard en s�avan�ant par les rues; mais, ce soir, j�avais comme un pressentiment. Je l�attendais; il �tait onze heures d�j�; ma femme apprit d�une voisine les malheurs de cette f�te. J�ai attendu deux heures, esp�rant toujours qu�il rentrerait; ne le voyant pas rentrer, j�ai pens� qu�il serait l�che � moi de dormir sans nouvelles.

� Ainsi, nous allons vers les maisons? demanda le jeune homme.

� Oui, vous l�avez dit, la foule a d� se porter de ce c�t� et s�y est port�e certainement. C�est l� sans doute qu�aura couru le malheureux enfant! Un provincial tout ignorant, non seulement des usages, mais des rues de la grande ville. Peut-�tre �tait-ce la premi�re fois qu�il venait sur la place Louis XV.

� H�las! ma s�ur aussi est de province, monsieur.

� Affreux spectacle! dit le vieillard en se d�tournant d�un groupe de cadavres entass�s.

� C�est pourtant l� qu�il faut chercher, dit le jeune homme, approchant r�solument sa lanterne de ce monceau de corps.

� Oh! je frissonne � regarder; car, homme simple que je suis, la destruction me cause une horreur que je ne puis vaincre.

� J�avais cette m�me horreur; mais, ce soir, j�ai fait mon apprentissage. Tenez, voici un jeune homme de seize � dix-huit ans; il a �t� �touff�, car je ne lui vois pas de blessure. Est-ce celui que vous cherchez?

Le vieillard fit un effort et approcha sa lanterne.

� Non, monsieur, dit-il, vraiment, non; le mien est plus jeune; des cheveux noirs, un visage p�le.

� H�las! ils sont tous p�les, ce soir, r�pliqua Philippe.

� Oh! voyez, dit le vieillard; nous voil� au pied du Garde-meubles. Voyez ces vestiges de la lutte. Ce sang sur les murailles, ces lambeaux sur les barres de fer, ces morceaux d�habit flottant aux lances des grilles, et puis, en v�rit�, on ne sait plus o� marcher.

� C��tait par ici, c��tait par ici, bien certainement, murmura Philippe.

� Que de souffrances!

� Ah! mon Dieu!

� Quoi?

� Un lambeau blanc sous ces cadavres. Ma s�ur avait une robe blanche. Pr�tez-moi votre falot, monsieur, je vous en supplie!

En effet, Philippe avait aper�u et saisi un lambeau d��toffe blanche. Il le quitta, n�ayant qu�une main pour prendre le falot.

� C�est un morceau de robe de femme que tient la main d�un jeune homme, s��cria-t-il, d�une robe blanche pareille � celle d�Andr�e� Oh! Andr�e! Andr�e!

Et le jeune homme poussa un sanglot d�chirant.

Le vieillard s�approcha � son tour.

� C�est lui! s��cria-t-il en ouvrant les bras.

Cette exclamation attira l�attention du jeune homme.

� Gilbert!� s��cria � son tour Philippe.

� Vous connaissez Gilbert, monsieur?

� C�est Gilbert que vous cherchez?

Ces deux exclamations se crois�rent simultan�ment.

Le vieillard saisit la main de Gilbert: elle �tait glac�e.

Philippe ouvrit le gilet du jeune homme, �carta la chemise, et posa la main sur son c�ur.

� Pauvre Gilbert! dit-il.

� Mon cher enfant! soupira le vieillard.

� Il respire! il vit!� il vit, vous dis-je! s��cria Philippe.

� Oh! croyez-vous?

� J�en suis s�r, son c�ur bat.

� C�est vrai! r�pondit le vieillard. Au secours! au secours! il y a l�-bas un chirurgien.

� Oh! secourons-le nous-m�mes, monsieur; tout � l�heure je lui ai demand� du secours et il m�a refus�.

� Il faudra bien qu�il soigne mon enfant! s��cria le vieillard exasp�r�. Il le faudra. Aidez-moi, monsieur, aidez-moi � lui conduire Gilbert.

� Je n�ai qu�un bras, dit Philippe, il est � vous, monsieur.

� Et moi, tout vieux que je suis, je serai fort. Allons!

Le vieillard saisit Gilbert par les �paules; le jeune homme passa les deux pieds sous son bras droit, et ils chemin�rent jusqu�au groupe que continuait de pr�sider l�op�rateur.

� Du secours! du secours! cria le vieillard.

� Les gens du peuple d�abord! r�pondit le chirurgien fid�le � sa maxime, et s�r qu�il �tait, chaque fois qu�il r�pondait ainsi, d�exciter un murmure d�admiration dans le groupe qui l�entourait.

� C�est un homme du peuple que j�apporte, dit le vieillard avec feu, mais commen�ant � ressentir un peu de cette admiration g�n�rale que cet absolutisme du jeune chirurgien soulevait autour de lui.

� Alors, apr�s les femmes, dit le chirurgien; les hommes ont plus de force que les femmes pour supporter la douleur.

� Une simple saign�e, monsieur, dit le vieillard, une saign�e suffira.

� Ah! c�est encore vous, monsieur le gentilhomme! dit le chirurgien apercevant Philippe avant d�apercevoir le vieillard.

Philippe ne r�pondit rien. Le vieillard crut que ces paroles s�adressaient � lui.

� Je ne suis pas gentilhomme, dit-il, je suis homme du peuple; je m�appelle Jean-Jacques Rousseau.

Le m�decin poussa un cri de surprise, et, faisant un signe imp�ratif:

� Place, dit-il, place � l�homme de la nature! Place � l��mancipateur de l�humanit�! Place au citoyen de Gen�ve!

� Merci, monsieur, dit Rousseau, merci.

� Vous serait-il arriv� quelque accident, monsieur? demanda le jeune m�decin.

� Non, mais � ce pauvre enfant, voyez!

� Ah! vous aussi, s��cria le m�decin, vous aussi, comme moi, vous repr�sentez la cause de l�humanit�.

Rousseau, �mu de ce triomphe inattendu, ne sut que balbutier quelques mots presque inintelligibles.

Philippe, saisi de stup�faction de se trouver en face du philosophe qu�il admirait, se tint � l��cart.

On aida Rousseau � d�poser Gilbert, toujours �vanoui, sur la table.

Ce fut en ce moment que Rousseau jeta un regard sur celui dont il invoquait le secours. C��tait un jeune homme de l��ge de Gilbert � peu pr�s, mais chez lequel aucun trait ne rappelait la jeunesse. Son teint jaune �tait fl�tri comme celui d�un vieillard, sa paupi�re flasque recouvrait un �il de serpent, et sa bouche �tait tordue comme l�est dans ses acc�s la bouche d�un �pileptique.

Les manches retrouss�es jusqu�au coude, les bras couverts de sang, entour� de tron�ons humains, il semblait bien plut�t un bourreau � l��uvre et enthousiaste de son m�tier, qu�un m�decin accomplissant sa triste et sainte mission.

Cependant le nom de Rousseau avait eu cette influence sur lui qu�il sembla un instant renoncer � sa brutalit� ordinaire: il ouvrit doucement la manche de Gilbert, comprima le bras avec une bande de linge, et piqua la veine.

Le sang coula goutte � goutte d�abord; mais, apr�s quelques secondes, ce sang pur et g�n�reux de la jeunesse commen�a de jaillir.

� Allons, allons, on le sauvera, dit l�op�rateur; mais il faudra de grands soins, la poitrine a �t� rudement froiss�e.

� Il me reste � vous remercier, monsieur, dit Rousseau, et � vous louer, non pas de l�exclusion que vous faites en faveur des pauvres, mais de votre d�vouement aux pauvres. Tous les hommes sont fr�res.

� M�me les nobles, m�me les aristocrates, m�me les riches? demanda le chirurgien avec un regard qui fit briller son �il aigu sous sa lourde paupi�re.

� M�me les nobles, m�me les aristocrates, m�me les riches, quand ils souffrent, dit Rousseau.

� Pardonnez, monsieur, dit l�op�rateur; mais je suis n� � Baudry, pr�s de Neuch�tel; je suis Suisse comme vous, et, par cons�quent, un peu d�mocrate.

� Un compatriote! s��cria Rousseau; un Suisse! Votre nom, s�il vous pla�t, monsieur, votre nom?

� Un nom obscur, monsieur, le nom d�un homme modeste qui voue sa vie � l��tude, en attendant qu�il puisse, comme vous, la vouer au bonheur de l�humanit�: je me nomme Jean-Paul Marat.

� Merci, monsieur Marat, dit Rousseau; mais, tout en �clairant ce peuple sur ses droits, ne l�excitez pas � la vengeance; car, s�il se venge jamais, vous serez peut-�tre effray� vous-m�me des repr�sailles.

Marat sourit d�un sourire affreux.

� Ah! si ce jour vient de mon vivant, dit-il, si j�ai le bonheur de voir ce jour�

Rousseau entendit ces paroles, et, effray� de l�accent avec lequel elles avaient �t� dites, comme un voyageur est effray� des premiers grondements d�un tonnerre lointain, il prit Gilbert dans ses bras et essaya de l�emporter.

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