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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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Il se leva pour se servir un verre, décida de prendre la bouteille et de boire au goulot. S’il allait à Paris, il mettrait au point une stratégie avec Faugeron pour se faire payer. Faugeron avait toujours été bienveillant. Sûrement à cause de l’argent de Chef et des relations de Philippe, ricana-t-il en approchant une nouvelle fois le goulot de ses lèvres, n’empêche, il est gentil, je parlerai avec lui et on trouvera un moyen pour faire payer le vieux Chinois. Se prend pour qui, celui-là ? L’empereur de Chine ? C’est fini, ce temps-là !

Il aurait cru qu’au nom de mister Wei, la peur lui aurait encore noué les tripes, mais il n’en fut rien. Non seulement il n’avait plus peur mais il exultait. Il était rempli d’une joie folle, une joie d’homme qui sait exactement comment il va casser la gueule au mec qui l’entube depuis des mois. Il voyait très précisément ce qu’il allait faire : aller à Paris, discuter avec Faugeron, mettre un plan sur pied et se faire payer. Il y avait sûrement un moyen de tirer du blé de ce Croco Park à la mords-moi-le-nœud ! Qui c’est qui la fait tourner cette plantation à la con ? C’est moi, Tonio Cortès… Personne d’autre. Et pas un gamin en culottes courtes qui a peur de lâcher la main de sa maman, non ! Un vrai gars qui en a une belle paire ! Un gars qui pourrait même aller faire un bisou au crocodile hargneux… Il éclata de rire et leva sa bouteille à la santé du crocodile.

La lueur du petit matin avait effacé les taches jaunes des crocodiles. Le soleil se levait derrière le toit de la maison avec une lenteur majestueuse qui emplit Antoine d’un respect ému. Il s’inclina profondément, mima une révérence puis une autre, perdit l’équilibre et s’étala dans la poussière.

Il se releva, but une gorgée au goulot puis, fixant chaque paire d’yeux jaunes, il ouvrit sa braguette et lâcha un jet chaud, doré, sonore face aux reptiles. Il allait leur montrer que non seulement il n’avait plus honte, mais qu’il n’avait plus peur et qu’ils avaient intérêt à se tenir à carreau.

— Tu as quelque chose à prouver pour pisser ainsi face à ces sales bêtes ? demanda une voix ensommeillée derrière lui.

Il se retourna et vit Mylène qui descendait les marches en serrant un tissu en coton sur ses hanches. Il la regarda, hébété.

— Quelle allure ! s’esclaffa-t-elle.

Il se demanda s’il rêvait ou s’il n’y avait pas une pointe de mépris dans sa voix. Il éclata d’un rire énorme qu’il voulait naturel et s’inclina à nouveau en disant :

— The new Tonio is facing you !

— Parle français, s’il te plaît ! J’aimerais bien tout comprendre…

— T’occupe ! Mais moi je sais ce que je sais et je sais que ça ne va pas durer longtemps comme ça…

— C’est bien ce que craignais, soupira Mylène en resserrant le pagne autour de ses reins. Allez, viens, on va prendre le petit-déjeuner, Pong est déjà en cuisine…

Et comme Antoine se dirigeait en titubant vers la maison, elle éleva la voix suffisamment haut pour qu’il l’entende et lâcha d’un ton sec :

— J’aimerais bien que tu sois aussi brave et déterminé face à cet escroc de Wei. Quand je pense qu’on est en train de dépenser toutes mes économies, ça me file vraiment les boules !

Antoine n’entendit pas. Il avait raté la marche du perron, s’était étalé de tout son long sur le sol de la véranda. La bouteille de whisky roula sur les marches, descendit jusqu’à la dernière où elle finit de répandre sur le sol une flaque de liquide ambré qui accrocha les plus hauts rayons du soleil.

— Alors je lui ai dit que vous devriez vous revoir, que c’était stupide que vous ne vous parliez plus et elle m’a dit non, pas tant qu’elle ne m’a pas fait des excuses, des excuses pensées, des excuses venues du cœur, pas des excuses bâclées, c’est elle qui m’a agressée, elle est ma fille, elle me doit le respect ! Je lui ai dit que je te ferais la commission et…

— C’est tout vu, je ne lui ferai pas d’excuses.

— Donc vous n’êtes pas près de vous revoir…

— Je vis très bien sans elle. Je n’ai besoin ni de ses conseils, ni de son argent, ni de l’amour qu’elle croit donner et qui n’est en fait qu’abus d’autorité. Tu crois qu’elle m’aime, ma chère mère ? Tu le crois vraiment ? Moi, je ne le crois pas, je pense qu’elle a fait son devoir en nous élevant mais qu’elle ne nous aime pas. Elle n’aime qu’elle et l’argent. Toi, elle te respecte parce que tu as fait un beau mariage, qu’elle parade en parlant de son gendre merveilleux, de ton grand appartement, de tes amis, de ton train de vie mais moi… elle me méprise.

— Jo, ça fait près de huit mois que tu ne l’as pas vue. Imagine qu’il lui arrive quelque chose… C’est ta mère tout de même !

— Il ne lui arrivera rien : la méchanceté conserve ! Papa est mort à quarante ans d’une crise cardiaque, elle, elle finira centenaire.

— Là, tu es carrément méchante.

— Non, pas méchante, vivante ! Depuis que je ne la vois plus, je me porte à merveille…

Iris ne répondit pas. Elle jeta un regard aiguisé sur une ravissante blonde qui entrait en éclatant de rire.

— Tu changes, Jo, tu changes. Tu t’endurcis… fais attention !

— Dis-moi, Iris, tu ne m’as pas donné rendez-vous dans ce café porte d’Asnières pour me parler de notre mère et me faire la morale ?

Iris haussa les épaules et soupira.

— Je suis passée chez Chef avant de venir, Hortense était dans ses bureaux : elle cherche un stage pour le mois de juin, pour son école ; je peux te dire que les petits gars de l’entrepôt avaient le sang en ébullition. La vie s’est arrêtée quand Hortense est arrivée…

— Je sais, elle fait cet effet-là à tout le monde…

À l’intérieur du Café des Carrefours, Jo et Iris déjeunaient. Les camions faisaient trembler les parois vitrées de l’établissement en freinant juste avant de tourner et de se lancer sur le périphérique ; des habitués entraient en faisant battre les portes. Des jeunes, pour la plupart, qui devaient travailler dans les bureaux avoisinants. Ils arrivaient en se poussant, criaient qu’ils mouraient de faim et choisissaient le menu à dix euros, quart de vin compris. Iris avait demandé des œufs au plat-jambon, Joséphine une salade verte avec un yaourt.

— J’ai vu Serrurier… l’éditeur, commença Iris. Il a lu… et…

— Et ? souffla Joséphine, nouée d’angoisse.

— Et… Il est enchanté par ton idée, enchanté par les vingt feuillets que tu m’as donnés, il m’a noyée sous les compliments et… et…

Elle prit son sac, l’ouvrit, en sortit une enveloppe qu’elle agita dans l’air.

— Il m’a donné une première avance. La moitié des cinquante mille euros… le reste viendra quand je lui remettrai la totalité du manuscrit. Je t’ai aussitôt rédigé un chèque de vingt-cinq mille euros, comme ça ni vu ni connu, tu l’empoches.

Elle tendit l’enveloppe à Joséphine qui la prit avec infiniment de respect. Soudain, alors qu’elle refermait son sac, une question vint la tarauder.

— Comment tu vas faire pour les impôts ? demanda-t-elle à Iris.

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