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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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On disait que bien des cadavres avaient d�j� �t� jet�s au fleuve par la pr�v�t� de Paris, qui, coupable d�imprudence, voulait cacher ce nombre effrayant de morts que son imprudence avait faits.

Puis, quand ils ont rassasi� leur vue de ce spectacle st�rile, quand ils en ont �t� satur�s, les deux pieds mouill�s par l�eau de la Seine, l��me �treinte de cette derni�re angoisse que tra�ne avec lui le cours nocturne d�une rivi�re, ils partent, leur lanterne � la main, pour explorer les rues voisines de la place, o�, dit-on, beaucoup de bless�s se sont tra�n�s pour avoir du secours et fuir du moins le th��tre de leurs souffrances.

Quand, par malheur, ils ont trouv� parmi les cadavres l�objet regrett�, l�ami perdu, alors les cris succ�dent � la d�chirante surprise, et des sanglots, s��levant vers un nouveau point du th��tre sanglant, r�pondent � d�autres sanglots!

Parfois encore la place retentit de bruits soudains. Tout � coup une lanterne tombe et se brise; le vivant s�est jet� � corps perdu sur le mort pour l�embrasser une derni�re fois.

Il y a d�autres bruits encore dans ce vaste cimeti�re.

Quelques bless�s dont les membres ont �t� bris�s par la chute, dont la poitrine a �t� labour�e par l��p�e ou comprim�e par l�oppression de la foule, r�lent un cri ou poussent un g�missement en forme de pri�re, et aussit�t accourent ceux qui esp�rent trouver leur ami, et qui s��loignent quand ils ne l�ont pas reconnu.

Toutefois, � l�extr�mit� de la place, pr�s du jardin, s�organise, avec le d�vouement de la charit� populaire, une ambulance. Un jeune chirurgien, on le reconna�t pour tel du moins � la profusion d�instruments dont il est entour�; un jeune chirurgien se fait apporter les hommes et les femmes bless�s; il les panse, et, tout en les pansant, il leur dit de ces mots qui expriment plut�t la haine contre la cause que la piti� pour l�effet.

� ses deux aides, robustes colporteurs, qui lui font passer la sanglante revue, il crie incessamment:

� Les femmes du peuple, les hommes du peuple d�abord. Ils sont ais�s � reconna�tre, plus bless�s presque toujours, moins richement par�s, certainement!

� ces mots, r�p�t�s apr�s chaque pansement avec une stridente monotonie, un jeune homme au front p�le, qui, un falot � la main, cherche parmi les cadavres, a pour la seconde fois relev� la t�te.

Une large blessure qui lui sillonne le front laisse �chapper quelques gouttes de sang vermeil; un de ses bras est soutenu par son habit, qui l�enferme entre deux boutons; son visage, couvert de sueur, trahit une �motion incessante et profonde.

� cette recommandation du m�decin entendue, comme nous l�avons dit, pour la seconde fois, il releva la t�te, et, regardant tristement ces membres mutil�s que l�op�rateur semblait, lui, regarder presque avec d�lice:

� Oh! monsieur, dit-il, pourquoi choisissez-vous parmi les victimes?

� Parce que, dit le chirurgien levant la t�te � cette interpellation, parce que personne ne soignera les pauvres, si je ne pense pas � eux, et que les riches seront toujours assez recherch�s! Abaissez votre lanterne et interrogez le pav�; vous trouvez cent pauvres pour un riche ou un noble. Et dans cette catastrophe encore, avec un bonheur qui finira par lasser Dieu lui-m�me, les nobles et les riches ont pay� le tribut qu�ils payent d�ordinaire: un sur mille.

Le jeune homme �leva son falot � la hauteur de son front sanglant.

� Alors je suis donc le seul, dit-il sans s�irriter, moi, gentilhomme perdu comme tant d�autres en cette foule, moi qu�un coup de pied de cheval a bless� au front, et qui me suis bris� le bras gauche en tombant dans un foss�. On court apr�s les riches et les nobles, dites-vous? Vous voyez bien cependant que je ne suis pas encore pans�.

� Vous avez votre h�tel, vous�, votre m�decin; retournez chez vous, puisque vous marchez.

� Je ne vous demande pas vos soins, monsieur; je cherche ma s�ur, une belle jeune fille de seize ans, h�las! tu�e sans doute, quoiqu�elle ne soit pas du peuple. Elle avait une robe blanche et un collier avec une croix au cou; bien qu�elle ait son h�tel et son m�decin, r�pondez-moi, par piti�: avez-vous vu, monsieur, celle que je cherche?

� Monsieur, dit le jeune chirurgien avec une v�h�mence fi�vreuse qui prouvait que les id�es exprim�es par lui bouillonnaient depuis longtemps dans sa poitrine; monsieur, l�humanit� me guide; c�est pour elle que je me d�voue, et, quand je laisse sur son lit de mort l�aristocratie pour relever le peuple en souffrance, j�ob�is � la loi v�ritable de cette humanit� dont j�ai fait ma d�esse. Tous les malheurs arriv�s aujourd�hui viennent de vous; ils viennent de vos abus, de vos envahissements; supportez-en donc les cons�quences. Non, monsieur, je n�ai pas vu votre s�ur.

Et, sur cette foudroyante apostrophe, l�op�rateur se remet � la besogne. On venait de lui apporter une pauvre femme dont un carrosse avait broy� les deux jambes.

� Voyez, ajouta-t-il en poursuivant de ce cri Philippe qui s�enfuyait, voyez, sont-ce les pauvres qui lancent dans les f�tes publiques leurs carrosses de fa�on � broyer les jambes des riches?

Philippe, qui appartenait � cette jeune noblesse qui nous a donn� les La Fayette et les Lameth, avait plus d�une fois profess� les m�mes maximes qui l��pouvantaient dans la bouche de ce jeune homme: leur application retomba sur lui comme un ch�timent.

Le c�ur bris�, il s��loigna des environs de l�ambulance pour suivre sa triste exploration; au bout d�un instant, emport� par la douleur, on l�entendit crier d�une voix pleine de larmes:

� Andr�e! Andr�e!

Pr�s de lui passait en ce moment, marchant d�un pas pr�cipit�, un homme d�j� vieux, v�tu d�un habit de drap gris, de bas drap�s, et de la main droite s�appuyant sur une canne, tandis que, de la gauche, il tenait une de ces lanternes faites d�une chandelle enferm�e dans du papier huil�.

Entendant g�mir ainsi Philippe, cet homme comprit ce qu�il souffrait, et murmura:

� Pauvre jeune homme!

Mais, comme il paraissait �tre venu pour une cause pareille � la sienne, il passa outre.

Puis tout � coup, comme s�il se f�t reproch� d��tre pass� devant une si grande douleur sans avoir essay� d�y apporter quelque consolation:

� Monsieur, lui dit-il, pardonnez-moi de m�ler ma douleur � la v�tre, mais ceux qui sont frapp�s du m�me coup doivent s�appuyer l�un � l�autre pour ne pas tomber. D�ailleurs� vous pouvez m��tre utile. Vous cherchez depuis longtemps, car votre bougie est pr�s de s��teindre, vous devez donc conna�tre les endroits les plus funestes de la place.

� Oh! oui, monsieur je les connais.

� Eh bien! moi aussi, je cherche quelqu�un.

� Alors, voyez d�abord au grand foss�; l�, vous trouverez plus de cinquante cadavres.

� Cinquante, juste ciel! tant de victimes tu�es au milieu d�une f�te!

� Tant de victimes, monsieur! J�ai d�j� �clair� mille visages, et je n�ai pas encore retrouv� ma s�ur.

� Votre s�ur?

� C�est l�-bas, dans cette direction, qu�elle �tait. Je l�ai perdue pr�s d�un banc. J�ai retrouv� la place o� je l�avais perdue, mais d�elle, nulle trace. Je vais recommencer � la chercher � partir du bastion.

� De quel c�t� allait la foule, monsieur?

� Vers les b�timents neufs, vers la rue de la Madeleine.

� Alors, ce doit �tre de ce c�t�?

� Sans doute; aussi ai-je cherch� de ce c�t� d�abord; mais il y avait de terribles remous. Puis le flot allait par l�, c�est vrai; mais une pauvre femme qui a la t�te perdue ne sait o� elle va, et cherche � fuir dans toutes les directions.

� Monsieur, c�est peu probable qu�elle ait lutt� contre le courant; je vais chercher du c�t� des rues; venez avec moi, et, tous deux r�unis, peut-�tre nous trouverons.

� Et que cherchez-vous? votre fils? demanda timidement Philippe.

� Non, monsieur, mais un enfant que j�avais presque adopt�.

� Vous l�avez laiss� venir seul?

� Oh! c��tait un jeune homme d�j�: dix-huit � dix-neuf ans. Ma�tre de ses actions, il a voulu venir, je n�ai pas pu l�emp�cher. D�ailleurs, on �tait si loin de deviner cette horrible catastrophe!� Votre bougie s��teint.

� Oui, monsieur.

� Venez avec moi, je vous �clairerai.

� Merci, vous �tes bien bon, mais je vous g�nerais.

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