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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Lorsqu�il sentit sur son c�ur cette forme, cette beaut�, ce cadavre peut-�tre, un �clair d�orgueil illumina son visage; le sublime de la situation, lui! le sublime de la force et du courage! Il se lan�a avec son fardeau dans un courant d�hommes dont le torrent e�t certes enfonc� un mur en fuyant. Ce groupe le soutint, le porta, lui et la jeune fille; il marcha, ou plut�t il roula ainsi durant quelques minutes. Tout � coup le torrent s�arr�ta comme bris� par quelque obstacle. Les pieds de Gilbert touch�rent la terre; alors seulement il sentit le poids d�Andr�e, leva la t�te pour se rendre compte de l�obstacle, et se vit � trois pas du Garde-meubles. Cette masse de pierres avait broy� la masse de chair.

Pendant ce moment de halte anxieuse, il eut le temps de contempler Andr�e, endormie d�un sommeil �pais comme la mort: le c�ur ne battait plus, les yeux �taient ferm�s, le visage �tait violac� comme une rose qui se fane.

Gilbert la crut morte. � son tour, il poussa un cri, appuya ses l�vres sur la robe d�abord, sur la mai; puis, s�enhardissant par l�insensibilit�, il d�vora de baisers ce visage froid, ces yeux gonfl�s sous leurs paupi�res clou�es. Il rougit, pleura, rugit, essaya de faire passer son �me dans la poitrine d�Andr�e, s��tonnant que ses baisers, qui eussent �chauff� un marbre, fussent sans force sur ce cadavre.

Soudain Gilbert sentit le c�ur battre sous sa main.

� Elle est sauv�e! s��cria-t-il en voyant fuir cette tourbe noire et sanglante, en �coutant les impr�cations, les cris, les soupirs, l�agonie des victimes. Elle est sauv�e! c�est moi qui l�ai sauv�e!

Le malheureux, le dos appuy� � la muraille, les yeux fix�s vers le pont, n�avait pas regard� � sa droite; � sa droite devant les carrosses, arr�t�s longtemps par les masses, mais qui, moins serr�s enfin dans leur �treinte, commen�aient � s��branler; � droite, devant les carrosses galopant bient�t comme si cochers et chevaux eussent �t� pris d�un vertige g�n�ral, fuyaient vingt mille malheureux, mutil�s, atteints, broy�s les uns par les autres.

Instinctivement ils longeaient les murailles, contre lesquelles les plus proches �taient �cras�s.

Cette masse entra�nait ou �touffait tous ceux qui, ayant pris terre aupr�s du Garde-meubles, se croyaient �chapp�s au naufrage. Un nouveau d�luge de coups, de corps, de cadavres, inonda Gilbert; il trouva des renfoncements produits par les grilles et s�y appliqua.

Le poids des fuyards fit craquer ce mur.

Gilbert, �touff�, se sentit pr�t � l�cher prise; mais, r�unissant toutes ses forces par un supr�me effort, il entoura le corps d�Andr�e de ses bras, appuyant sa t�te contre la poitrine de la jeune fille. On e�t dit qu�il voulait �touffer celle qu�il prot�geait.

� Adieu! adieu! murmura-t-il en mordant sa robe plut�t qu�il ne l�embrassait; adieu!

Puis il releva les yeux pour l�implorer d�un dernier regard.

Alors une vision �trange s�offrit � ses yeux.

C��tait debout sur une borne, accroch� de l� main droite � un anneau scell� dans la muraille, tandis que de la main gauche il semblait rallier une arm�e de fugitifs; c��tait un homme qui, voyant passer toute cette mer furieuse � ses pieds, tant�t lan�ait une parole, tant�t faisait un geste. � cette parole, � ce geste, on voyait alors parmi la foule quelque individu isol� s�arr�tant, faisant un effort, luttant, se cramponnant pour arriver jusqu�� cet homme. D�autres, arriv�s � lui, semblaient dans les nouveaux venus reconna�tre des fr�res, et ces fr�res, ils les aidaient � se tirer de la foule, les soulevant, les soutenant, les attirant � eux. Ainsi d�j� ce noyau d�hommes luttant avec ensemble, pareil � la pile d�un pont qui divise l�eau, �tait parvenu � diviser la foule et � tenir en �chec les masses des fugitifs.

� chaque instant, de nouveaux lutteurs qui semblaient sortir de dessous terre � ces mots �tranges prononc�s, � ces singuliers gestes r�p�t�s, venaient faire cort�ge � cet homme.

Gilbert se souleva par un dernier effort; il sentait que l� �tait le salut, car l� �tait le calme et la puissance. Un dernier rayon de la flamme des charpentes, se ravivant pour mourir, �claira le visage de cet homme. Gilbert jeta un cri de surprise.

� Oh! que je meure, que je meure, murmura-t-il, mais qu�elle vive! Cet homme a le pouvoir de la sauver.

Et dans un �tat d�abn�gation sublime, soulevant la jeune fille sur ses deux poings:

� Monsieur le baron de Balsamo! cria-t-il, sauvez mademoiselle Andr�e de Taverney!

Balsamo entendit cette voix, qui, comme celle de la Bible, criait des profondeurs de la foule; il vit se lever au-dessus de cette onde d�vorante une forme blanche; son cort�ge bouleversa tout ce qui lui faisait obstacle; et, saisissant Andr�e, que soutenaient encore les bras d�faillants de Gilbert, il la prit, et, pouss� par un mouvement de cette foule qu�il avait cess� de contenir, il l�emporta sans avoir le temps de d�tourner la t�te.

Gilbert voulut articuler un dernier mot; peut-�tre, apr�s avoir implor� la protection de cet homme �trange pour Andr�e, voulait-il la demander pour lui-m�me, mais il n�eut que la force de coller ses l�vres au bras pendant de la jeune fille, et d�arracher, de sa main crisp�e, un morceau de la robe de cette nouvelle Eurydice que lui arrachait l�enfer.

Apr�s ce baiser supr�me, apr�s ce dernier adieu, le jeune homme n�avait plus qu�� mourir; aussi n�essaya-t-il point de lutter plus longtemps; il ferma les yeux, et, mourant, tomba sur un monceau de morts.

Chapitre 68. Le champ des morts

Aux grandes temp�tes succ�de toujours le calme, calme effrayant, mais r�parateur.

Il �tait deux heures du matin ou � peu pr�s; de grands nuages blancs courant sur Paris dessinaient en traits �nergiques, sous une lune blafarde, les in�galit�s de ce terrain funeste, aux foss�s duquel la foule qui s�enfuyait avait trouv� la chute et la mort.

�� et l�, � la lueur de la lune, perdue de temps en temps au sein de ces grands nuages floconneux dont nous avons parl� et qui tamisaient sa lumi�re, �� et l�, disons-nous, au bord des talus, dans les fondri�res, apparaissaient des cadavres aux v�tements en d�sordre, les jambes raides, le front livide, les mains �tendues en signe de terreur ou de pri�re.

Au milieu de la place, une fum�e jaune et infecte, s��chappant des d�combres de la charpente, contribuait � donner � la place Louis XV une apparence de champ de bataille.

� travers cette place sanglante et d�sol�e serpentaient myst�rieusement et d�un pas rapide des ombres qui s�arr�taient, regardaient autour d�elles, se baissaient et fuyaient: c��taient les voleurs de la mort, attir�s vers leur proie comme des corbeaux; ils n�avaient pu d�pouiller les vivants, ils venaient d�pouiller les cadavres, tout surpris d�avoir �t� pr�venus par des confr�res. On les voyait se sauver m�contents et effar�s � la vue des tardives ba�onnettes qui les mena�aient; mais, au milieu de ces longues files de morts, les voleurs et le guet n��taient pas les seuls que l�on v�t se mouvoir.

Il y avait, munis de lanternes, des gens que l�on e�t pu prendre pour des curieux.

Tristes curieux, h�las! car c��taient les parents et les amis inquiets qui n�avaient vu rentrer ni leurs fr�res, ni leurs amis, ni leurs ma�tresses. Or, ils arrivaient des quartiers les plus �loign�s, car l�horrible nouvelle s��tait d�j� r�pandue dans Paris, d�solante comme un ouragan, et les anxi�t�s s��taient subitement traduites en recherches.

C��tait un spectacle plus affreux � voir peut-�tre que celui de la catastrophe.

Toutes les impressions se peignaient sur ces visages p�les, depuis le d�sespoir de ceux qui retrouvaient le cadavre bien-aim� jusqu�au morne doute de celui qui ne retrouvait rien et qui jetait un coup d��il avide vers la rivi�re, qui coulait monotone et fr�missante.

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