Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Bien, restez, dit Philippe, nous ne nous �loignons pas, mon p�re.
En effet, la foule toujours respectueuse quand aucune passion ne l�irrite, toujours respectueuse devant cette reine supr�me qu�on appelle la beaut�, la foule s�ouvrit devant Andr�e et son fr�re, et un bon bourgeois, possesseur avec sa famille d�un banc de pierre, fit �carter sa femme et sa fille pour qu�Andr�e trouv�t une place entre elles.
Philippe se pla�a aux pieds de sa s�ur, qui appuya une de ses mains sur son �paule.
Gilbert les avait suivis, et, plac� � quatre pas des deux jeunes gens, d�vorait des yeux Andr�e.
� �tes-vous bien, Andr�e? demanda Philippe.
� � merveille, r�pondit la jeune fille.
� Voil� ce que c�est que d��tre belle, dit en souriant le vicomte.
� Oui, oui! belle, bien belle! murmura Gilbert.
Andr�e entendit ces paroles; mais, comme elles venaient sans doute de la bouche de quelque homme du peuple, elle ne s�en pr�occupa pas plus qu�un dieu de l�Inde ne se pr�occupe de l�hommage que d�pose � ses pieds un pauvre paria.
Chapitre 67. Le feu d�artifice
Andr�e et son fr�re �taient � peine �tablis sur le banc, que les premi�res fus�es serpent�rent dans les nuages, et qu�un grand cri s��leva de la foule, d�sormais tout enti�re au coup d��il qu�allait offrir le centre de la place.
Le commencement de l�embrasement fut magnifique et digne en tout de la haute r�putation de Ruggieri. La d�coration du temple s�alluma progressivement et pr�senta bient�t une fa�ade de feux. Des applaudissements retentirent; mais ces applaudissements se chang�rent bient�t en bravos fr�n�tiques, lorsque, de la gueule des dauphins et des urnes des fleuves, s��lanc�rent des jets de flamme qui crois�rent leurs cascades de feux de diff�rentes couleurs.
Andr�e, transport�e d��tonnement � la vue de ce spectacle qui n�a pas d��quivalent au monde, celui d�une population de sept cent mille �mes rugissant de joie en face d�un palais de flammes, Andr�e ne cherchait pas m�me � cacher ses impressions.
� trois pas d�elle, cach� par les �paules hercul�ennes d�un portefaix, qui �levait en l�air son enfant, Gilbert regardait Andr�e pour elle, et le feu d�artifice parce qu�elle le regardait.
Gilbert voyait Andr�e de profil; chaque fus�e �clairait ce beau visage et causait un tressaillement au jeune homme; il lui semblait que l�admiration g�n�rale naissait de cette contemplation adorable, de cette cr�ature divine qu�il idol�trait.
Andr�e n�avait jamais vu ni Paris, ni la foule, ni les splendeurs d�une f�te; cette multiplicit� de r�v�lations qui venaient assi�ger son esprit l��tourdissait.
Tout � coup une vive lueur �clata, s��lan�ant en diagonale du c�t� de la rivi�re. C��tait une bombe �clatant avec fracas et dont Andr�e admirait les feux diversifi�s.
� Voyez donc, Philippe, que c�est beau! dit-elle.
� Mon Dieu! s��cria le jeune homme inquiet, sans lui r�pondre, cette derni�re fus�e est bien mal dirig�e: elle a d�vi� certainement de sa route, car, au lieu de d�crire sa parabole, elle s�est �chapp�e presque horizontalement.
Philippe achevait � peine de manifester une inqui�tude qui commen�ait � se faire ressentir par les fr�missements de la foule, qu�un tourbillon de flammes jaillit du bastion sur lequel �taient plac�s le bouquet et la r�serve des artifices. Un bruit pareil � celui de cent tonnerres se croisant en tous sens gronda sur la place, et, comme si ce feu e�t renferm� une mitraille d�vorante, il mit en d�route les curieux les plus rapproch�s, qui sentirent un instant cette flamme inattendue les mordre au visage.
� D�j� le bouquet! d�j� le bouquet! criaient les spectateurs les plus �loign�s. Pas encore. C�est trop t�t!
� D�j�! r�p�ta Andr�e. Oh! oui, c�est trop t�t!
� Non, dit Philippe, non, ce n�est pas le bouquet: c�est un accident qui, dans un moment, va bouleverser comme les flots de la mer cette foule encore calme. Venez, Andr�e; regagnons notre voiture; venez.
� Oh! laissez-moi voir encore, Philippe; c�est si beau!
� Andr�e, pas un instant � perdre, au contraire; suivez-moi. C�est le malheur que j�appr�hendais. Une fus�e perdue a mis le feu au bastion. On s��crase d�j� l�-bas. Entendez-vous des cris? Ceux-l� ne sont plus des cris de joie, mais des cris de d�tresse. Vite, vite, � la voiture� Messieurs, messieurs, place, s�il vous pla�t!
Et Philippe, passant son bras autour de la taille de sa s�ur, l�entra�na du c�t� de son p�re, qui, inquiet, lui aussi, et pressentant, aux clameurs qui se faisaient entendre, un danger dont il ne pouvait se rendre compte, mais dont la pr�sence lui �tait d�montr�e, penchait sa t�te hors de la porti�re et cherchait des yeux ses enfants.
Il �tait d�j� trop tard, et la pr�diction de Philippe se r�alisait. Le bouquet, compos� de quinze mille fus�es, �clatait, s��chappant dans toutes les directions et poursuivant les curieux comme ces dards de feu que l�on lance dans l�ar�ne aux taureaux que l�on veut exciter au combat.
Les spectateurs, �tonn�s d�abord, puis effray�s, avaient recul� avec la force de l�irr�flexion; devant cette r�trogression invincible de cent mille personnes, cent mille autres, �touff�es, avaient donn� le m�me mouvement � leur arri�re-garde; la charpente prenait feu, les enfants criaient, les femmes, suffoqu�es, levaient les bras; les archers frappaient � droite et � gauche, croyant faire taire les criards et r�tablir l�ordre par la violence. Toutes ces causes combin�es firent que le flot dont parlait Philippe tomba comme une trombe sur le coin de la place qu�il occupait; au lieu de rejoindre la voiture du baron, comme il y comptait, le jeune homme fut donc entra�n� par le courant, courant irr�sistible, et dont nulle description ne saurait donner une id�e, car les forces individuelles, d�cupl�es d�j� par l� peur et la douleur, se centuplaient par l�adjonction des forces g�n�rales.
Au moment o� Philippe avait entra�n� Andr�e, Gilbert s��tait laiss� aller dans le flot qui les emportait; mais, au bout d�une vingtaine de pas, une bande de fuyards, qui tournaient � gauche dans la rue de la Madeleine, souleva Gilbert, et l�entra�na, tout rugissant de se sentir s�par� d�Andr�e.
Andr�e, cramponn�e au bras de Philippe, fut englob�e dans un groupe qui cherchait � �viter la rencontre d�un carrosse attel� de deux chevaux furieux. Philippe le vit venir � lui rapide et mena�ant; les chevaux semblaient jeter le feu par les yeux, l��cume par les naseaux. Il fit des efforts surhumains pour d�vier de son passage. Mais tout fut inutile, il vit s�ouvrir la foule derri�re lui, il aper�ut les t�tes fumantes des deux animaux insens�s; il les vit se cabrer comme ces chevaux de marbre qui gardent l�entr�e des Tuileries, et, comme l�esclave qui essaye de les dompter, l�chant le bras d�Andr�e et la repoussant autant qu�il �tait en lui hors de la voie dangereuse, il sauta au mors du cheval qui se trouvait de son c�t�; le cheval se cabra. Andr�e vit son fr�re retomber, fl�chir et dispara�tre; elle jeta un cri, �tendit les bras, fut repouss�e, tournoya, et au bout d�un instant se trouva seule, chancelante, emport�e comme la plume au vent, sans pouvoir faire � la force qui l�attirait plus de r�sistance qu�elle.
Des cris assourdissants, bien plus terribles que des cris de guerre, des hennissements de chevaux, un bruit affreux de roues qui tant�t broyaient le pav�, tant�t les cadavres, le feu livide des charpentes qui br�laient, l��clair sinistre des sabres qu�avaient tir�s quelques soldats furieux, et, par dessus tout ce sanglant chaos, la statue en bronze, �clair�e de fauves reflets et pr�sidant au carnage, c��tait plus qu�il n�en fallait pour troubler la raison d�Andr�e et lui enlever toutes ses forces. D�ailleurs les forces d�un Titan eussent �t� impuissantes dans une pareille lutte, lutte d�un seul contre tous, plus la mort.
Andr�e poussa un cri d�chirant; un soldat s�ouvrit un passage dans la foule en frappant la foule de son �p�e.
L��p�e avait brill� au-dessus de sa t�te.
Elle joignit les mains comme fait le naufrag� quand passe la derni�re vague sur son front, cria: �Mon Dieu!� et tomba.
Lorsqu�on tombait, on �tait mort.
Mais ce cri terrible, supr�me, quelqu�un l�avait entendu, reconnu, recueilli; Gilbert, entra�n� loin d�Andr�e, � force de lutter, s��tait rapproch� d�elle; courb� sous le m�me flot qui avait englouti Andr�e, il se releva, sauta sur cette �p�e qui machinalement avait menac� Andr�e, �treignit � la gorge le soldat qui allait frapper, le renversa; pr�s du soldat �tait �tendue une jeune femme v�tue d�une robe blanche; il la saisit, l�enleva comme eut fait un g�ant.