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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Bien, restez, dit Philippe, nous ne nous �loignons pas, mon p�re.

En effet, la foule toujours respectueuse quand aucune passion ne l�irrite, toujours respectueuse devant cette reine supr�me qu�on appelle la beaut�, la foule s�ouvrit devant Andr�e et son fr�re, et un bon bourgeois, possesseur avec sa famille d�un banc de pierre, fit �carter sa femme et sa fille pour qu�Andr�e trouv�t une place entre elles.

Philippe se pla�a aux pieds de sa s�ur, qui appuya une de ses mains sur son �paule.

Gilbert les avait suivis, et, plac� � quatre pas des deux jeunes gens, d�vorait des yeux Andr�e.

� �tes-vous bien, Andr�e? demanda Philippe.

� � merveille, r�pondit la jeune fille.

� Voil� ce que c�est que d��tre belle, dit en souriant le vicomte.

� Oui, oui! belle, bien belle! murmura Gilbert.

Andr�e entendit ces paroles; mais, comme elles venaient sans doute de la bouche de quelque homme du peuple, elle ne s�en pr�occupa pas plus qu�un dieu de l�Inde ne se pr�occupe de l�hommage que d�pose � ses pieds un pauvre paria.

Chapitre 67. Le feu d�artifice

Andr�e et son fr�re �taient � peine �tablis sur le banc, que les premi�res fus�es serpent�rent dans les nuages, et qu�un grand cri s��leva de la foule, d�sormais tout enti�re au coup d��il qu�allait offrir le centre de la place.

Le commencement de l�embrasement fut magnifique et digne en tout de la haute r�putation de Ruggieri. La d�coration du temple s�alluma progressivement et pr�senta bient�t une fa�ade de feux. Des applaudissements retentirent; mais ces applaudissements se chang�rent bient�t en bravos fr�n�tiques, lorsque, de la gueule des dauphins et des urnes des fleuves, s��lanc�rent des jets de flamme qui crois�rent leurs cascades de feux de diff�rentes couleurs.

Andr�e, transport�e d��tonnement � la vue de ce spectacle qui n�a pas d��quivalent au monde, celui d�une population de sept cent mille �mes rugissant de joie en face d�un palais de flammes, Andr�e ne cherchait pas m�me � cacher ses impressions.

� trois pas d�elle, cach� par les �paules hercul�ennes d�un portefaix, qui �levait en l�air son enfant, Gilbert regardait Andr�e pour elle, et le feu d�artifice parce qu�elle le regardait.

Gilbert voyait Andr�e de profil; chaque fus�e �clairait ce beau visage et causait un tressaillement au jeune homme; il lui semblait que l�admiration g�n�rale naissait de cette contemplation adorable, de cette cr�ature divine qu�il idol�trait.

Andr�e n�avait jamais vu ni Paris, ni la foule, ni les splendeurs d�une f�te; cette multiplicit� de r�v�lations qui venaient assi�ger son esprit l��tourdissait.

Tout � coup une vive lueur �clata, s��lan�ant en diagonale du c�t� de la rivi�re. C��tait une bombe �clatant avec fracas et dont Andr�e admirait les feux diversifi�s.

� Voyez donc, Philippe, que c�est beau! dit-elle.

� Mon Dieu! s��cria le jeune homme inquiet, sans lui r�pondre, cette derni�re fus�e est bien mal dirig�e: elle a d�vi� certainement de sa route, car, au lieu de d�crire sa parabole, elle s�est �chapp�e presque horizontalement.

Philippe achevait � peine de manifester une inqui�tude qui commen�ait � se faire ressentir par les fr�missements de la foule, qu�un tourbillon de flammes jaillit du bastion sur lequel �taient plac�s le bouquet et la r�serve des artifices. Un bruit pareil � celui de cent tonnerres se croisant en tous sens gronda sur la place, et, comme si ce feu e�t renferm� une mitraille d�vorante, il mit en d�route les curieux les plus rapproch�s, qui sentirent un instant cette flamme inattendue les mordre au visage.

� D�j� le bouquet! d�j� le bouquet! criaient les spectateurs les plus �loign�s. Pas encore. C�est trop t�t!

� D�j�! r�p�ta Andr�e. Oh! oui, c�est trop t�t!

� Non, dit Philippe, non, ce n�est pas le bouquet: c�est un accident qui, dans un moment, va bouleverser comme les flots de la mer cette foule encore calme. Venez, Andr�e; regagnons notre voiture; venez.

� Oh! laissez-moi voir encore, Philippe; c�est si beau!

� Andr�e, pas un instant � perdre, au contraire; suivez-moi. C�est le malheur que j�appr�hendais. Une fus�e perdue a mis le feu au bastion. On s��crase d�j� l�-bas. Entendez-vous des cris? Ceux-l� ne sont plus des cris de joie, mais des cris de d�tresse. Vite, vite, � la voiture� Messieurs, messieurs, place, s�il vous pla�t!

Et Philippe, passant son bras autour de la taille de sa s�ur, l�entra�na du c�t� de son p�re, qui, inquiet, lui aussi, et pressentant, aux clameurs qui se faisaient entendre, un danger dont il ne pouvait se rendre compte, mais dont la pr�sence lui �tait d�montr�e, penchait sa t�te hors de la porti�re et cherchait des yeux ses enfants.

Il �tait d�j� trop tard, et la pr�diction de Philippe se r�alisait. Le bouquet, compos� de quinze mille fus�es, �clatait, s��chappant dans toutes les directions et poursuivant les curieux comme ces dards de feu que l�on lance dans l�ar�ne aux taureaux que l�on veut exciter au combat.

Les spectateurs, �tonn�s d�abord, puis effray�s, avaient recul� avec la force de l�irr�flexion; devant cette r�trogression invincible de cent mille personnes, cent mille autres, �touff�es, avaient donn� le m�me mouvement � leur arri�re-garde; la charpente prenait feu, les enfants criaient, les femmes, suffoqu�es, levaient les bras; les archers frappaient � droite et � gauche, croyant faire taire les criards et r�tablir l�ordre par la violence. Toutes ces causes combin�es firent que le flot dont parlait Philippe tomba comme une trombe sur le coin de la place qu�il occupait; au lieu de rejoindre la voiture du baron, comme il y comptait, le jeune homme fut donc entra�n� par le courant, courant irr�sistible, et dont nulle description ne saurait donner une id�e, car les forces individuelles, d�cupl�es d�j� par l� peur et la douleur, se centuplaient par l�adjonction des forces g�n�rales.

Au moment o� Philippe avait entra�n� Andr�e, Gilbert s��tait laiss� aller dans le flot qui les emportait; mais, au bout d�une vingtaine de pas, une bande de fuyards, qui tournaient � gauche dans la rue de la Madeleine, souleva Gilbert, et l�entra�na, tout rugissant de se sentir s�par� d�Andr�e.

Andr�e, cramponn�e au bras de Philippe, fut englob�e dans un groupe qui cherchait � �viter la rencontre d�un carrosse attel� de deux chevaux furieux. Philippe le vit venir � lui rapide et mena�ant; les chevaux semblaient jeter le feu par les yeux, l��cume par les naseaux. Il fit des efforts surhumains pour d�vier de son passage. Mais tout fut inutile, il vit s�ouvrir la foule derri�re lui, il aper�ut les t�tes fumantes des deux animaux insens�s; il les vit se cabrer comme ces chevaux de marbre qui gardent l�entr�e des Tuileries, et, comme l�esclave qui essaye de les dompter, l�chant le bras d�Andr�e et la repoussant autant qu�il �tait en lui hors de la voie dangereuse, il sauta au mors du cheval qui se trouvait de son c�t�; le cheval se cabra. Andr�e vit son fr�re retomber, fl�chir et dispara�tre; elle jeta un cri, �tendit les bras, fut repouss�e, tournoya, et au bout d�un instant se trouva seule, chancelante, emport�e comme la plume au vent, sans pouvoir faire � la force qui l�attirait plus de r�sistance qu�elle.

Des cris assourdissants, bien plus terribles que des cris de guerre, des hennissements de chevaux, un bruit affreux de roues qui tant�t broyaient le pav�, tant�t les cadavres, le feu livide des charpentes qui br�laient, l��clair sinistre des sabres qu�avaient tir�s quelques soldats furieux, et, par dessus tout ce sanglant chaos, la statue en bronze, �clair�e de fauves reflets et pr�sidant au carnage, c��tait plus qu�il n�en fallait pour troubler la raison d�Andr�e et lui enlever toutes ses forces. D�ailleurs les forces d�un Titan eussent �t� impuissantes dans une pareille lutte, lutte d�un seul contre tous, plus la mort.

Andr�e poussa un cri d�chirant; un soldat s�ouvrit un passage dans la foule en frappant la foule de son �p�e.

L��p�e avait brill� au-dessus de sa t�te.

Elle joignit les mains comme fait le naufrag� quand passe la derni�re vague sur son front, cria: �Mon Dieu!� et tomba.

Lorsqu�on tombait, on �tait mort.

Mais ce cri terrible, supr�me, quelqu�un l�avait entendu, reconnu, recueilli; Gilbert, entra�n� loin d�Andr�e, � force de lutter, s��tait rapproch� d�elle; courb� sous le m�me flot qui avait englouti Andr�e, il se releva, sauta sur cette �p�e qui machinalement avait menac� Andr�e, �treignit � la gorge le soldat qui allait frapper, le renversa; pr�s du soldat �tait �tendue une jeune femme v�tue d�une robe blanche; il la saisit, l�enleva comme eut fait un g�ant.

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