Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Le vent s�engouffra en effet dans la chambre m�me d�Andr�e et secoua la flamme des bougies et de la veilleuse.
� C�est la nourrice qui aura laiss� une porte ou une fen�tre ouverte. Voyez, Marguerite, voyez� Cet� enfant doit avoir froid�
Marguerite se dirigea vers la chambre voisine.
� Je vais le couvrir, madame, dit-elle.
� Non� non! murmura Andr�e d�une voix br�ve et saccad�e; apportez-le moi.
Marguerite s�arr�ta au milieu de la chambre.
� Madame, dit-elle doucement, M. Philippe avait bien recommand� qu�on laiss�t l�enfant l�-bas� de peur, sans doute, d�incommoder madame ou de lui causer une �motion.
� Apportez-moi mon enfant! s��cria la jeune m�re avec une explosion qui dut briser son c�ur, car de ses yeux, rest�s secs au milieu m�me des souffrances, jaillirent deux larmes auxquelles durent sourire dans le ciel les bons anges protecteurs des petits enfants.
Marguerite s��lan�a dans la chambre. Andr�e, sur son s�ant, cachait son visage dans ses mains.
La servante rentra aussit�t, la stup�faction sur le visage.
� Eh bien? dit Andr�e.
� Eh bien!� madame� il est donc venu quelqu�un?
� Comment, quelqu�un?� qui?
� Madame, l�enfant n�est plus l�!
� J�ai entendu, en effet, du bruit tout � l�heure, dit Andr�e, des pas� La nourrice sera venue pendant que vous dormiez� elle n�aura pas voulu vous r�veiller� Mais mon fr�re, o� est-il? Voyez dans sa chambre.
Marguerite courut � la chambre de Philippe. Personne!
� C�est �trange! dit Andr�e avec un battement de c�ur; mon fr�re serait-il d�j� ressorti sans me voir?�
� Ah! madame, s��cria tout � coup la servante.
� Qu�y a-t-il?
� La porte de la rue vient de s�ouvrir!
� Voyez! voyez!
� C�est M. Philippe qui revient� Entrez, monsieur, entrez!
Philippe arrivait en effet. Derri�re lui, une paysanne, envelopp�e d�une grossi�re mante de laine ray�e faisait � la maison ce sourire bienveillant dont le mercenaire salue tout nouveau patronage.
� Ma s�ur, ma s�ur, me voici, dit Philippe en p�n�trant dans la chambre.
� Bon fr�re!� que de peines, que de chagrins je te cause! Ah! voici la nourrice� Je craignais tant qu�elle ne f�t partie�
� Partie?� Elle arrive.
� Elle revient, veux-tu dire? Non� je l�ai bien entendue tout � l�heure, si doucement qu�elle march�t�
� Je ne sais ce que tu veux dire, ma s�ur; personne�
� Oh! je te remercie, Philippe, dit Andr�e en l�attirant pr�s d�elle, et en accentuant chacune de ses paroles, je te remercie d�avoir si bien augur� de moi que tu n�aies pas voulu emporter cet enfant sans que je l�eusse vu� embrass�!� Philippe, tu connaissais bien mon c�ur� Oui, oui, sois tranquille, j�aimerai mon enfant.
Philippe saisit et couvrit de baisers la main d�Andr�e.
� Dis � la nourrice de me le rendre�, ajouta la jeune m�re.
� Mais, monsieur, dit la servante, vous savez bien que cet enfant n�est plus l�.
� Quoi? que dites-vous? r�pliqua Philippe.
Andr�e regarda son fr�re avec des yeux effar�s.
Le jeune homme courut vers le lit de la servante; il chercha, et, ne trouvant rien, poussa un cri terrible.
Andr�e suivait ses mouvements dans la glace; elle le vit revenir p�le, les bras inertes; elle comprit une partie de la v�rit�, et, r�pondant comme un �cho, par un soupir, au cri de son fr�re, elle se laissa tomber sans connaissance sur l�oreiller. Philippe ne s�attendait ni � ce malheur nouveau, ni � cette douleur immense. Il rassembla toute son �nergie, et, � force de caresses, de consolations, de larmes, il rappela Andr�e � la vie.
� Mon enfant? murmurait Andr�e, mon enfant!
� Sauvons la m�re, se dit Philippe. Ma s�ur, ma bonne s�ur, nous sommes tous fous, � ce qu�il para�t; nous oublions que ce bon docteur a emport� l�enfant avec lui.
� Le docteur! cria Andr�e avec la souffrance du doute, avec la joie de l�espoir.
� Mais oui; mais oui� Ah! mais on perd la t�te ici�
� Philippe, tu me jures?�
� Ch�re s�ur, tu n�es pas plus raisonnable que moi� Comment veux-tu que cet enfant� ait pu dispara�tre?
Et il affecta un rire qui gagna nourrice et servante.
Andr�e se ranima.
� Cependant, j�ai entendu�, dit-elle.
� Quoi?
� Des pas�
Philippe frissonna.
� Impossible! tu dormais.
� Non! non! j��tais bien �veill�e; j�ai entendu!� j�ai entendu!�
� Eh bien, tu as entendu ce bon docteur, qui, revenu derri�re moi parce qu�il craignait pour la sant� de cet enfant, aura voulu l�emporter� Il m�en avait parl�, d�ailleurs.
� Tu me rassures.
� Comment ne te rassurerais-je pas?� C�est si simple.
� Mais alors, moi, objecta la nourrice, moi, que fais-je ici?
� C�est juste� Le docteur vous attend chez vous�
� Oh!
� Chez lui, alors. Voil�� cette Marguerite dormait si fort qu�elle n�aura rien entendu de ce que le docteur disait� ou que le docteur n�aura rien voulu dire.
Andr�e retomba plus calme apr�s cette terrible secousse.
Philippe cong�dia la nourrice et consigna la servante.
Puis, prenant une lampe, il examina soigneusement la porte voisine, trouva une porte du jardin ouverte, vit des empreintes de pas sur la neige� et suivit ces empreintes jusqu�� la porte du jardin, o� elles aboutissaient.
� Des pas d�homme!� s��cria-t-il. L�enfant a �t� enlev� Malheur! malheur!
Chapitre 159. Le village d�Haramont
Ces pas imprim�s sur la neige �taient ceux de Gilbert, qui, depuis sa derni�re entrevue avec Balsamo, accomplissait sa t�che de surveillant et pr�parait sa vengeance.
Rien ne lui avait co�t�. Il avait r�ussi, � force de douces paroles et de petites complaisances, � se faire accepter, ch�rir m�me, par la femme de Rousseau. Le moyen �tait simple: sur les trente sous par jour que Rousseau allouait � son copiste, le sobre Gilbert pr�levait trois fois la semaine une livre, qu�il employait � l�achat d�un petit pr�sent destin� � Th�r�se.
C��tait quelquefois un ruban pour ses bonnets, quelquefois une friandise, ou une bouteille de vin de liqueur. La bonne dame, sensible � tout ce qui flattait ses go�ts ou son petit orgueil, se f�t au besoin content�e des exclamations que poussait Gilbert � table pour louer le talent culinaire de la ma�tresse de la maison.
Car le philosophe genevois avait r�ussi � faire admettre le jeune prot�g� � la table; et, depuis les deux derniers mois, Gilbert, ainsi favoris�, s��tait amass� deux louis � son tr�sor � lui, qui dormait sous la paillasse, � c�t� des vingt mille livres de Balsamo.
Mais quelle existence! quelle fixit� dans la tenue de conduite et dans la volont�! Lev� au jour, Gilbert commen�ait par examiner de son �il infaillible la position d�Andr�e, pour reconna�tre le moindre changement qui pourrait s��tre introduit dans l�existence si sombre et si r�guli�re de la recluse.
Rien alors n��chappait � ce regard: ni le sable du jardin sur lequel sa vue per�ante mesurait les empreintes du pied d�Andr�e, ni le pli des rideaux plus ou moins herm�tiquement ferm�s, et dont l�entreb�illement �tait pour Gilbert un indice certain de l�humeur de la ma�tresse; car, en ses jours de marasme, Andr�e se refusait m�me la vue de la lumi�re du ciel�
De cette fa�on, Gilbert savait ce qui se passait dans l��me et ce qui se passait dans la maison.
Il avait �galement trouv� moyen d�interpr�ter toutes les d�marches de Philippe, et, calculant comme il savait le faire, il ne se trompait ni sur l�intention au d�part, ni sur le r�sultat au retour.
Il poussa m�me la minutie jusqu�� suivre Philippe, un soir qu�il allait � Versailles trouver le docteur Louis� Cette visite � Versailles avait bien un peu troubl� les id�es du surveillant; mais, quand il vit, � deux jours de l�, le docteur se glisser furtivement dans le jardin par la rue Coq-H�ron, il comprit ce qui avait �t� un myst�re l�avant-veille.
Gilbert savait les dates et n�ignorait pas que le moment approchait de r�aliser toutes ses esp�rances. Il avait pris autant de pr�cautions qu�il en faut pour assurer le succ�s d�une entreprise h�riss�e de difficult�s. Voici comment son plan fut combin�:
Les deux louis lui servirent � louer dans le faubourg Saint-Denis un cabriolet avec deux chevaux. Cette voiture devait �tre � ses ordres le jour o� on la requerrait.