Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
D�autres pi�ces d�artifice s�embrasant aussi au m�me instant devaient former de gigantesques pots � fleurs sur la terrasse du palais de l�Hymen.
Enfin, toujours sur ce m�me palais, destin� � porter tant de choses diff�rentes, s��levait une pyramide lumineuse termin�e par le globe du monde; ce globe, apr�s avoir fulgur� sourdement, devait �clater comme un tonnerre en une masse de girandoles de couleur.
Quant au bouquet, r�serve obligatoire et si importante que jamais Parisien ne juge d�un feu d�artifice que par le bouquet, Ruggieri l�avait s�par� du corps de la machine: il �tait plac� du c�t� de la rivi�re, apr�s la statue, dans un bastion tout bourr� de pi�ces de rechange, de sorte que le coup d��il devait gagner encore � cette sur�l�vation de trois � quatre toises, qui pla�ait le pied de la gerbe sur un pi�destal.
Voil� les d�tails dont se pr�occupait Paris. Depuis quinze jours, les Parisiens regardaient avec beaucoup d�admiration Ruggieri et ses aides passant comme des ombres dans les lueurs fun�bres de leurs �chafaudages, et s�arr�tant avec des gestes �tranges pour attacher leurs m�ches, assurer leurs amorces.
Aussi le moment o� les lanternes furent apport�es sur la terrasse de la charpente, moment qui indiquait l�approche de l�embrasement, produisit-il une vive sensation dans la foule, et quelques rangs des plus intr�pides recul�rent-ils, ce qui produisit une longue oscillation jusqu�aux extr�mit�s de la foule.
Les voitures continuaient d�arriver et commen�aient � envahir la place elle-m�me. Les chevaux appuyaient leurs t�tes sur les �paules des derniers spectateurs, qui commen�aient � s�inqui�ter de ces dangereux voisins. Bient�t derri�re les voitures s�amassa la foule toujours croissante, de sorte que les voitures eussent-elles voulu se retirer elles-m�mes ne le pouvaient plus, embo�t�es qu�elles se trouvaient par cette inondation compacte et tumultueuse. Alors on vit, avec cette audace du Parisien qui envahit, laquelle n�a de pendant que la longanimit� du Parisien qui se laisse envahir, alors on vit monter sur ces imp�riales, comme des naufrag�s sur des rocs, des gardes-fran�aises, des ouvriers, des laquais.
L�illumination des boulevards jetait de loin sa lueur rouge sur les t�tes des milliers de curieux au milieu desquelles la ba�onnette d�un archer bourgeois, scintillante comme l��clair, apparaissait aussi rare que le sont les �pis rest�s debout dans un champ que l�on vient de faucher.
Aux flancs des b�timents neufs, aujourd�hui l�h�tel Crillon et le Garde-meubles de la couronne, les voitures des invit�s, au milieu desquelles on n�avait pris la pr�caution de m�nager aucun passage, les voitures des invit�s, disons-nous, avaient form� trois rangs qui s��tendaient, d�un c�t�, du boulevard aux Tuileries, de l�autre, du boulevard � la rue des Champs-�lys�es, en tournant comme un serpent trois fois repli� sur lui-m�me.
Le long de ce triple rang de carrosses, on voyait errer, comme des spectres au bord du Styx, ceux des convi�s que les voitures de leurs pr�d�cesseurs emp�chaient d�aborder � la grande porte et qui, �tourdis par le bruit, craignant de fouler, surtout les femmes tout habill�es et chauss�es de satin, ce pav� poudreux, se heurtaient aux flots du peuple qui les raillait sur leur d�licatesse, et cherchant un passage entre les roues des voitures et les pieds des chevaux, se glissaient comme ils pouvaient jusqu�� leur destination, but aussi envi� que l�est le port dans une temp�te.
Un de ces carrosses arriva vers neuf heures, c�est-�-dire quelques minutes � peine avant l�heure fix�e pour mettre le feu � l�artifice, pour se frayer � son tour un passage jusqu�� la porte du gouverneur. Mais cette pr�tention, d�j� si disput�e depuis quelque temps, �tait, � ce moment, devenue au moins t�m�raire, sinon impossible. Un quatri�me rang avait commenc� de se former, renfor�ant les trois premiers, et les chevaux qui en faisaient partie, tourment�s par la foule, de fringants devenus furieux, lan�aient � droite et � gauche, � la moindre irritation, des coups de pied qui avaient d�j� produit quelques accidents perdus dans le bruit et dans la foule.
Accroch� aux ressorts de cette voiture qui venait de frayer son chemin dans la foule, un jeune homme marchait, �loignant tous les survenants qui essayaient de s�emparer de ce b�n�fice d�une locomotion qu�il semblait avoir confisqu�e � son profit.
Quand le carrosse s�arr�ta, le jeune homme se jeta de c�t�, mais sans l�cher le ressort protecteur auquel il continua de se cramponner d�une main. Il put donc entendre par la porti�re ouverte la conversation anim�e des ma�tres de la voiture.
Une t�te de femme, v�tue de blanc et coiff�e avec quelques fleurs naturelles, se pencha hors de la porti�re. Aussit�t une voix lui cria:
� Allons, Andr�e, provinciale que vous �tes, ne vous penchez pas ainsi, ou mordieu! vous risquez d��tre embrass�e par le premier rustre qui passera. Ne croyez-vous pas que notre carrosse est au milieu de ce peuple comme il serait au milieu de la rivi�re? Nous sommes dans l�eau, ma ch�re, et dans l�eau sale; ne nous mouillons pas.
La t�te de la jeune fille rentra dans la voiture.
� C�est qu�on ne voit rien d�ici, monsieur, dit-elle; si seulement nos chevaux pouvaient faire un demi-tour, nous verrions par la porti�re, et nous serions presque aussi bien qu�� la fen�tre du gouverneur.
� Tournez, cocher, cria le baron.
� C�est chose impossible, monsieur le baron, r�pondit celui-ci; il me faudrait �craser dix personnes.
� Eh! pardieu! �crase.
� Oh! monsieur! dit Andr�e.
� Oh! mon p�re! dit Philippe.
� Qu�est-ce que c�est que ce baron-l� qui veut �craser le pauvre monde? cri�rent quelques voix mena�antes.
� Parbleu, c�est moi, dit de Taverney, qui se pencha, et, en se penchant, montra un grand cordon rouge en sautoir.
Dans ce temps-l�, on respectait encore les grands cordons, m�me les grands cordons rouges; on grommela, mais sur une gamme descendante.
� Attendez, mon p�re, je vais descendre, dit Philippe, et voir s�il y a moyen de passer.
� Prenez garde, mon fr�re, vous allez vous faire tuer; entendez-vous les hennissements des chevaux qui se battent?
� Vous pouvez bien dire des rugissements, reprit le baron. Voyons, nous allons descendre; dites qu�on se d�range, Philippe, et que nous passions.
� Ah! vous ne connaissez plus Paris, mon p�re, dit Philippe. Ces fa�ons de ma�tre �taient bonnes autrefois; mais aujourd�hui peut-�tre bien pourraient-elles ne point r�ussir, et vous ne voudriez point compromettre votre dignit�, n�est-ce pas?
� Cependant, quand ces dr�les sauront qui je suis�
� Mon p�re, dit en souriant Philippe, quand vous seriez le dauphin lui m�me, on ne se d�rangerait pas pour vous, j�en ai bien peur, en ce moment surtout, car voil� le feu d�artifice qui va commencer.
� Alors nous ne verrons rien, dit Andr�e avec humeur.
� C�est votre faute, pardieu! r�pondit le baron; vous avez mis plus de deux heures � votre toilette.
� Mon fr�re, dit Andr�e, ne pourrais-je prendre votre bras et me placer avec vous au milieu de tout le monde?
� Oui, oui, ma petite dame, dirent plusieurs voix d�hommes touch�s par la beaut� d�Andr�e; oui, venez, vous n��tes pas grosse et l�on vous fera une place.
� Voulez-vous, Andr�e? demanda Philippe.
� Je veux bien, dit Andr�e.
Et elle s��lan�a l�g�rement sans toucher le marchepied de la voiture.
� Soit, dit le baron; mais, moi qui me moque des feux d�artifice, moi, je reste ici.