Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
On vit alors la malade rougir et se renverser avec une contraction douloureuse; ses mains crisp�es s�accroch�rent aux franges du fauteuil, et la premi�re plainte s�exhala de ses l�vres violac�es.
� Cette douleur, cette chute, cette col�re ont avanc� la crise, dit le docteur. Retirez-vous dans votre chambre, monsieur de Taverney, et� du courage!
Philippe, le c�ur gonfl�, se pr�cipita vers Andr�e, qui avait entendu, qui palpitait, et qui, se soulevant malgr� la douleur, suspendit ses deux bras au cou de son fr�re.
Elle l��treignit �nergiquement, colla ses l�vres sur la joue froide du jeune homme, et lui dit tout bas:
� Adieu!� adieu!� adieu!�
� Docteur! docteur! s��cria Philippe au d�sespoir, entendez-vous�
Louis s�para les deux infortun�s avec une douce violence, repla�a Andr�e sur le fauteuil, conduisit Philippe dans la chambre, dont il tira les verrous qui gardaient la chambre d�Andr�e, puis, fermant les rideaux, les portes, il ensevelit ainsi, en la concentrant dans cette seule chambre, toute la sc�ne qui allait se passer du m�decin � la femme, de Dieu � tous les deux.
� trois heures du matin, le docteur ouvrit la porte derri�re laquelle pleurait et suppliait Philippe.
� Votre s�ur a donn� le jour � un fils, dit-il.
Philippe joignit les mains.
� N�entrez pas, dit le m�decin, elle dort.
� Elle dort� Oh! docteur, est-ce bien vrai, qu�elle dort?
� S�il en �tait autrement, monsieur, je vous dirais: �Votre s�ur a donn� le jour � un fils, mais ce fils a perdu sa m�re�� Voyez, d�ailleurs.
Philippe avan�a la t�te.
� �coutez sa respiration�
� Oui! oh! oui! murmura Philippe en embrassant le m�decin.
� Maintenant, vous savez que nous avons retenu une nourrice. J�avais, en passant au Point-du-Jour, o� demeure cette femme, pr�venu pour qu�elle se t�nt pr�te� Mais c�est vous seul qui pouvez l�amener ici; c�est vous seul qu�il faut qu�on voie� Profitez donc du sommeil de la malade, et partez avec la voiture qui m�a amen�.
� Mais vous, docteur? vous?�
� Moi, j�ai, place Royale, un malade � peu pr�s d�sesp�r� une pleur�sie� Je veux achever la nuit pr�s de son lit, afin de surveiller l�emploi des rem�des et leur r�sultat.
� Le froid, docteur�
� J�ai mon manteau.
� La ville est peu s�re.
� Vingt fois, depuis vingt ans, on m�a arr�t� la nuit. J�ai toujours r�pondu: �Mon ami, je suis m�decin, et je me rends chez un malade� Voulez-vous mon manteau? Prenez-le; mais ne me tuez pas; car, sans moi, mon malade mourrait.� Et, remarquez-le bien, monsieur, ce manteau a vingt ans de service. Les voleurs me l�ont toujours laiss�.
� Bon docteur!� Demain, n�est-ce pas?
� Demain, � huit heures, je serai ici. Adieu.
Le docteur prescrivit � la servante quelques soins et beaucoup d�assiduit� pr�s de la malade. Il voulait que l�enfant f�t plac� pr�s de la m�re, Philippe le supplia de l��loigner, se rappelant encore les derni�res manifestations de sa s�ur.
Louis installa donc lui-m�me cet enfant dans la chambre de la servante, puis s�esquiva par la rue Montorgueil, tandis que le fiacre emmenait Philippe du c�t� du Roule.
La servante s�endormit dans le fauteuil, pr�s de sa ma�tresse.
Chapitre 158. L�enl�vement
Dans les intervalles de ce sommeil r�parateur qui suit les grandes fatigues, l�esprit semble avoir conquis une double puissance: la facult� d�appr�cier le bien-�tre de la situation, et la facult� de veiller sur le corps, dont la prostration est semblable � la mort.
Andr�e, revenue au sentiment de la vie, ouvrit les yeux et vit � ses c�t�s la servante qui dormait. Elle entendit le p�tillement joyeux de l��tre, et admira ce silence ouat� de la chambre, o� tout reposait comme elle�
Cette intelligence n��tait pas toute la veille; ce n��tait pas non plus tout le sommeil. Andr�e prenait plaisir � prolonger cet �tat d�ind�cision, de molle somnolence; elle laissait les id�es rena�tre les unes apr�s les autres dans son cerveau fatigu�, comme si elle e�t craint l�invasion subite de sa raison tout enti�re.
Soudain un vagissement lointain, faible, perceptible � peine, arriva jusqu�� son oreille � travers l��paisseur de la cloison.
Ce bruit rendit � Andr�e les tressaillements qui l�avaient tant fait souffrir. Il lui rendit ce mouvement haineux qui, depuis quelques mois, troublait son innocence et sa bont�, comme le choc trouble un breuvage dans les vases o� sommeille la lie.
De ce moment, il n�y eut plus pour Andr�e de sommeil ni de repos, elle se souvenait, elle ha�ssait.
Mais la force des sensations est, d�ordinaire, en raison des forces corporelles. Andr�e ne trouva plus cette vigueur qu�elle avait manifest�e dans sa sc�ne du soir avec Philippe.
Le cri de l�enfant lui frappa le cerveau comme une douleur d�abord, puis comme une g�ne� Elle en vint � se demander si Philippe, en �loignant cet enfant avec sa d�licatesse accoutum�e, n�avait pas �t� l�ex�cuteur d�une volont� un peu cruelle.
La pens�e du mal qu�on souhaite � une cr�ature ne r�pugne jamais autant que le spectacle de ce mal. Andr�e, qui ex�crait cet enfant invisible, cette id�alit�, Andr�e, qui d�sirait sa mort, fut bless�e d�entendre crier le malheureux.
� Il souffre, pensa-t-elle.
Et aussit�t elle se r�pondit:
� Pourquoi m�int�resserais-je � ses souffrances� moi� la plus infortun�e des cr�atures vivantes?
L�enfant poussa un nouveau cri plus articul�, plus douloureux.
Alors Andr�e s�aper�ut que cette voix semblait �veiller en elle une voix inqui�te, et sentit son c�ur tir� comme par un lien invisible vers l��tre abandonn� qui g�missait.
Ce qu�avait pressenti la jeune fille se r�alisait. La nature avait accompli l�une de ses pr�parations; la douleur physique, cette puissante attache, venait de souder le c�ur de la m�re au moindre mouvement de son enfant.
� Il ne faut pas, pensa Andr�e, que ce pauvre orphelin crie en ce moment, crie vengeance contre moi vers le ciel. Dieu a mis dans ces petites cr�atures, � peine �closes, la plus �loquente des voix� On peut les tuer, c�est-�-dire les exempter de la souffrance, on n�a pas le droit de leur infliger une torture� Si l�on en avait le droit, Dieu ne leur aurait pas permis de se plaindre ainsi.
Andr�e souleva la t�te et voulut appeler sa servante; mais sa faible voix ne put r�veiller la robuste paysanne: d�j� l�enfant ne g�missait plus.
� Sans doute, pensa Andr�e, la nourrice est arriv�e, car j�entends le bruit de la premi�re porte� Oui, l�on marche dans la chambre voisine� et la petite cr�ature ne se plaint plus� une protection �trang�re s��tend d�j� sur elle, et rassure son informe intelligence. Oh! celle-l� est donc la m�re, qui prend soin de l�enfant?� Pour quelques �cus� l�enfant sorti de mes entrailles trouvera une m�re; et, plus tard, passant pr�s de moi qui ai tant souffert, pr�s de moi dont la vie lui causa la vie, cet enfant ne me regardera pas, et dira: �Ma m�re!� � une mercenaire plus g�n�reuse en son amour int�ress�, que moi dans mon juste ressentiment� Cela ne sera pas� J�ai souffert, j�ai achet� le droit de regarder cette cr�ature en face� j�ai le droit de la forcer � m�aimer pour mes soins, � me respecter pour mon sacrifice et mes douleurs!
Elle fit un mouvement plus prononc�, rassembla ses forces et appela:
� Marguerite! Marguerite!
La servante s��veilla lourdement et sans bouger de son fauteuil, o� la clouait un engourdissement presque l�thargique.
� M�entendez-vous? dit Andr�e.
� Oui, madame, oui! dit Marguerite, qui venait de comprendre.
Et elle s�approcha du lit.
� Madame veut boire?
� Non�
� Madame veut savoir l�heure, peut-�tre?
� Non� non.
Et ses yeux ne quittaient point la porte de la chambre voisine.
� Ah! je comprends� Madame veut savoir si monsieur son fr�re est revenu?
On voyait Andr�e lutter contre son d�sir avec toute la faiblesse d�une �me orgueilleuse, avec toute l��nergie d�un c�ur chaud et g�n�reux.
� Je veux, articula-t-elle enfin, je veux� Ouvrez donc cette porte, Marguerite.
� Oui, madame� Ah! comme il fait froid par l�!� Le vent, madame!� quel vent!�