Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Cependant, tout ce chaos se d�brouilla au matin; les premiers rayons du jour, glissant sur des nuages cuivr�s, d�couvrirent aux yeux les ravages de l�ouragan nocturne.
Versailles n��tait plus reconnaissable.
La terre avait bu ce d�luge d�eau; les arbres avaient absorb� ce d�luge de feu; partout de la fange et des arbres bris�s, tordus, calcin�s par ce serpent aux br�lantes �treintes qu�on appelle la foudre.
Louis XV, qui n�avait pu dormir, tant sa terreur �tait grande, se fit habiller � l�aurore par Lebel, qui ne l�avait point quitt�, et retourna par cette m�me galerie, o� grima�aient honteusement, aux livides lueurs du petit jour, les peintures que nous connaissons, peintures faites pour �tre encadr�es dans les fleurs, les cristaux et les cand�labres enflamm�s.
Louis XV, pour la troisi�me fois depuis la veille, poussa la porte de la chambre nuptiale, et frissonna en apercevant sur le prie-Dieu, renvers�e, p�le, avec des yeux violac�s comme ceux de la sublime Madeleine de Rubens, la future reine de France, dont le sommeil avait enfin suspendu les douleurs, et dont l�aube azurait la robe blanche avec un religieux respect.
Au fond de la chambre, sur un fauteuil adoss� � la muraille, reposait, les pieds chauss�s de soie, �tendus dans une mare d�eau, le dauphin de France, aussi p�le que sa jeune �pouse, et comme elle ayant la sueur du cauchemar au front.
Le lit nuptial �tait comme le roi l�avait vu la veille.
Louis XV fron�a le sourciclass="underline" une douleur qu�il n�avait point ressentie encore traversa comme un fer rouge ce front glac� par l��go�sme, alors m�me que la d�bauche essayait de le r�chauffer.
Il secoua la t�te, poussa un soupir et rentra dans son appartement, plus sombre et plus effray� peut-�tre � cette heure qu�il ne l�avait �t� dans la nuit.
Chapitre 66. Andr�e de Taverney
Le 30 mai suivant, c�est-�-dire le surlendemain de cette effroyable nuit, nuit, comme l�avait dit Marie-Antoinette, pleine de pr�sages et d�avertissements, Paris c�l�brait � son tour les f�tes du mariage de son roi futur. Toute la population, en cons�quence, se dirigea vers la place Louis XV, o� devait �tre tir� le feu d�artifice, ce compl�ment de toute grande solennit� publique que le Parisien prend en badinant, mais dont il ne peut se passer.
L�emplacement �tait bien choisi. Six cent mille spectateurs y pouvaient circuler � l�aise. Autour de la statue �questre de Louis XV, des charpentes avaient �t� dispos�es circulairement, de fa�on � permettre la vue du feu � tous les spectateurs de la place, en �levant ce feu de dix � douze pieds au dessus du sol.
Les Parisiens arriv�rent, selon leur habitude, par groupes, et cherch�rent longtemps les meilleures positions, privil�ge inattaquable des premiers venus.
Les enfants trouv�rent des arbres, les hommes graves des bornes, les femmes des garde-fous, des foss�s et des �chafaudages mobiles dress�s en plein vent par les sp�culateurs boh�mes comme on en trouve � toutes les f�tes parisiennes, et � qui une riche imagination permet de changer de sp�culation chaque jour.
Vers sept heures du soir, avec les premiers curieux, on vit arriver quelques escouades d�archers.
Le service de surveillance ne se fit point par les gardes-fran�aises, auxquelles le bureau de la ville ne voulut pas accorder la gratification de mille �cus demand�e par le colonel mar�chal duc de Biron.
Ce r�giment �tait � la fois craint et aim� de la population, pr�s de laquelle chaque membre de ce corps passait � la fois pour un C�sar et pour un Mandrin. Les gardes-fran�aises, terribles sur le champ de bataille, inexorables dans l�accomplissement de leurs fonctions, avaient, en temps de paix et hors de service, une affreuse r�putation de bandits; en tenue ils �taient beaux, vaillants, intraitables, et leurs �volutions plaisaient aux femmes et imposaient aux maris. Mais, libres de la consigne, diss�min�s en simples particuliers dans la foule, ils devenaient la terreur de ceux dont la veille ils avaient fait l�admiration, et pers�cutaient fort ceux qu�ils allaient prot�ger le lendemain.
Or, la ville, trouvant dans ses vieux ressentiments contre ces coureurs de nuit et ces habitu�s de tripots une raison de ne pas donner les mille �cus aux gardes fran�aises, la ville, disons-nous, envoya ses seuls archers bourgeois, sous ce pr�texte sp�cieux, du reste, que, dans une f�te de famille pareille � celle qui se pr�parait, le gardien ordinaire de la famille devait suffire.
On vit alors les gardes-fran�aises en cong� se m�ler aux groupes dont nous avons parl�, et, licencieux autant qu�ils eussent �t� s�v�res, causer dans la foule, en leur qualit� de bourgeois de gu�rite, tous les petits d�sordres qu�ils eussent r�prim�s de la crosse, des pieds et du coude, voire m�me de l�arrestation, si leur chef, leur C�sar Biron, e�t eu le droit de les appeler ce soir-l� soldats.
Les cris des femmes, les grognements des bourgeois, les plaintes des marchands, dont on mangeait gratis les petits g�teaux et le pain d��pice, pr�paraient un faux tumulte avant le vrai tumulte qui devait naturellement avoir lieu quand six cent mille curieux seraient r�unis sur cette place, et ils animaient la sc�ne de mani�re � reproduire, vers les huit heures du soir, sur la place Louis XV, un vaste tableau de Teniers avec des grimaces fran�aises.
Apr�s que les gamins parisiens, � la fois les plus press�s et les plus paresseux du monde connu, se furent plac�s ou hiss�s, que les bourgeois et le peuple eurent pris position, arriv�rent les voitures de la noblesse et de la finance.
Aucun itin�raire n�avait �t� trac�; elles d�bouch�rent donc sans ordre par les rues de la Madeleine et Saint-Honor�, amenant aux b�timents neufs ceux qui avaient re�u des invitations pour les fen�tres et les balcons du gouverneur, fen�tres et balcons d�o� l�on devait voir le feu admirablement.
Ceux des gens � voiture qui n�avaient pas d�invitation laiss�rent leurs carrosses au tournant de la place et se m�l�rent � pied, pr�c�d�s de leurs valets, � la foule serr�e d�j�, mais qui laisse toujours de la place � quiconque sait la conqu�rir.
Il �tait curieux de voir avec quelle sagacit� ces curieux savaient dans la nuit aider leur marche ambitieuse de chaque in�galit� de terrain. La rue tr�s large, mais non encore achev�e, qui devait s�appeler rue Royale, �tait coup�e �� et l� de foss�s profonds au bord desquels on avait entass� des d�combres et des terres de fouille. Chacune de ces petites �minences avait son groupe, pareil � un flot plus �lev� au milieu de cette mer humaine.
De temps en temps, le flot, pouss� par les autres flots, s��croulait au milieu des rires de la multitude encore assez peu press�e pour qu�il n�y e�t point de danger � de pareilles chutes, et pour que ceux qui �taient tomb�s pussent se relever.
Vers huit heures et demie, tous les regards, divergents jusque-l�, commenc�rent � se braquer dans la m�me direction et se fix�rent sur la charpente du feu d�artifice. Ce fut alors que les coudes, jouant sans rel�che, commenc�rent � maintenir s�rieusement l�int�grit� de la possession du terrain contre les envahisseurs sans cesse renaissants.
Ce feu d�artifice, combin� par Ruggieri, �tait destin� � rivaliser, rivalit� que l�orage de la surveille avait rendue facile, �tait destin� � rivaliser, disons-nous, avec le feu d�artifice ex�cut� � Versailles par l�ing�nieur Torre. On savait � Paris que l�on avait peu profit� � Versailles de la lib�ralit� royale, qui avait accord� cinquante mille livres pour ce feu, puisqu�aux premi�res fus�es, ce feu avait �t� �teint par la pluie, et, comme le temps �tait beau le soir du 30 mai, les Parisiens jouissaient d�avance de leur triomphe assur� sur leurs voisins les Versaillais.
D�ailleurs, Paris attendait beaucoup mieux de la vieille popularit� de Ruggieri que de la nouvelle r�putation de Torre.
Au reste, le plan de Ruggieri, moins capricieux et moins vague que celui de son confr�re, accusait des intentions pyrotechniques d�un ordre tout � fait distingu�: l�all�gorie, reine de cette �poque, s�y mariait au style architectonique le plus gracieux; la charpente figurait ce vieux temple de l�Hymen qui, chez les Fran�ais, rivalise de jeunesse avec le temple de la Gloire: il �tait soutenu par une colonnade gigantesque, et entour� d�un parapet aux angles duquel des dauphins, gueule b�ante, n�attendaient que le signal pour vomir des torrents de flammes. En face des dauphins s��levaient, majestueux et guind�s, sur leurs urnes, la Loire, le Rh�ne, la Seine et le Rhin, ce fleuve que nous nous obstinons � naturaliser fran�ais malgr� tout le monde, et, s�il faut en croire les chants modernes de nos amis les Allemands, malgr� lui-m�me; tous quatre � nous parlons des fleuves � tous quatre, disons-nous, pr�ts � �pancher, au lieu de leurs eaux, le feu bleu, blanc, vert et rose au moment o� devait s�enflammer la colonnade.