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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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Écrire à un homme que j’inventerais… Un homme qui m’écouterait. L’ordinateur avait toujours la gueule ouverte. Iris l’avait acheté le lendemain de leur arrivée à Megève. Si je pose mes doigts sur le clavier, il me les tranchera. Elle eut un petit rire nerveux et frissonna.

C’est avec l’argent des traductions que tu l’as acheté ? avait murmuré Philippe dans les cheveux de Jo qui avait rougi violemment. Iris était occupée à allumer le feu dans la cheminée. « Je suis enchanté de ma nouvelle collaboratrice, avait-il ajouté en se redressant, sur le contrat Massipov tu nous as évité une grosse bourde. » Je suis en train de devenir la reine du mensonge et de la dissimulation, avait pensé Jo. Traduire des contrats pour Philippe, passe encore, mais si la maison d’édition d’Audrey Hepburn lui proposait un livre à traduire, si son directeur de thèse demandait à lire son dossier, elle ne suffirait plus à la tâche, il faudra que je prenne un nègre. Elle avait pouffé de rire. Iris s’était retournée, « c’est si drôle ce que te raconte Philippe ? Tu devrais en faire profiter tout le monde… ». Jo avait bafouillé une excuse. Joséphine était de plus en plus à l’aise avec Philippe. Ils n’étaient pas encore intimes, et probablement ne le seraient jamais, Philippe n’inspirant ni l’abandon ni la confidence, mais ils s’entendaient très bien. Il y a des gens dont le regard vous améliore. C’est très rare, mais quand on les rencontre, il ne faut pas les laisser passer. Il y avait, chez Philippe, une étrange douceur dans le regard qu’il posait parfois sur elle, une tendresse étonnée. D’habitude, songea-t-elle, quand on me regarde, c’est pour me demander ou me prendre quelque chose. Philippe, lui, donne. Et sous son regard bienveillant, je grandis. Peut-être un jour deviendra-t-il mon ami ?

Le rayon de soleil s’était éteint et l’égouttoir ne luisait plus. La cuisine était plongée dans une lumière froide et triste de mois de janvier. Joséphine soupira, il lui fallait faire de l’ordre pour installer un espace de travail. Bientôt, elle serait à l’étroit.

C’est en poussant la table de la cuisine qu’elle retrouva le triangle rouge. Il avait glissé derrière le grille-pain. Elle se pencha, saisit la feuille de papier entre ses doigts, la tourna, la retourna, ferma les yeux et remonta le temps. Juillet dernier. Antoine vient chercher les filles pour les emmener en vacances. Elle croise les bras sur le pas de la porte. Se mord les lèvres pour ne pas montrer son émotion. Crie « bonnes vacances, mes chéries, amusez-vous bien ». Appuie fort sur ses lèvres avec ses doigts pour ne pas pleurer. Entend les pas qui dégringolent les escaliers. Tout à coup, elle s’élance, se précipite sur le balcon. Se penche. Aperçoit un coude rouge qui déborde de la voiture. Le coude rouge de Mylène… et Antoine qui place les valises dans le coffre, en pousse une, en déplace une autre avec l’attention d’un bon père de famille qui part en vacances. Un éclair tombe sur la tête de Jo qui comprend en une fraction de seconde que c’est fini. Un homme range des valises dans un coffre, un coude rouge dépasse, une femme sur un balcon regarde. Le couple éclate et la femme sur le balcon a envie de sauter dans le vide.

Joséphine déchira le triangle rouge et le jeta à la poubelle.

C’est de ma faute aussi. Je l’ai ennuyé avec mon amour. J’ai vidé mon cœur dans le sien. Jusqu’à la dernière goutte. Je l’ai rassasié. Il n’y a pas seulement l’amour, il y a la politique de l’amour, disait Barbey d’Aurevilly.

Elle leva les yeux sur l’horloge et s’exclama : sept heures ! elle réfléchissait depuis quatre heures. Quatre heures envolées à la vitesse de dix minutes ! Les filles allaient rentrer de l’école. L’étude finissait à six heures et demie.

Elle n’avait pas préparé le dîner.

Elle sortit une casserole, la remplit d’eau, y plongea des pommes de terre, je les éplucherai quand elles seront cuites, prit une salade dans le frigidaire, la fit tremper, mit la table, se raisonna, ne panique pas, tu vas y arriver, un écrivain n’a pas besoin d’être intelligent, il doit savoir traduire ce qu’il ressent, trouver les mots qui habillent les émotions, à qui aurais-je envie d’écrire une lettre ? Séduire en écrivant, séduire un homme, je ne veux séduire personne, c’est là mon problème, je me trouve moche, grosse, pourtant j’ai perdu du poids… Elle commença une vinaigrette, huile de tournesol ou huile d’olive, avec l’argent du livre je ne prendrai plus que de la bonne huile d’olive, de la première pression à froid, celle qui coûte le plus cher, qui a gagné plein de concours, l’argent, je ne vais plus en manquer, cinquante mille euros tout de même, ils sont fous ces éditeurs, est-ce que j’ai vraiment maigri ou est-ce que j’ai mal lu la balance, je me repèserai demain, Érec et Énide, quelle belle histoire, quelle bonne idée de commencer un roman avec un mariage et d’explorer ensuite la survivance du désir, le contraire de ce qu’il se passe habituellement dans les contes de fées, pourquoi faut-il être mince pour plaire aux hommes, au XIIe siècle les femmes étaient des armoires à glace, elles se devaient d’être grasses, est-ce que mon héroïne sera solide ou la ferai-je fragile, en tous les cas, elle sera belle et luisante d’onguents, soigneusement épilée par des bandelettes de poix car le poil était mal vu, et comment vais-je l’appeler, ne pas mettre trop de moutarde dans la vinaigrette, Hortense n’aime pas, y aura-t-il des enfants dans mon histoire ? Quand on s’est mariés avec Antoine, on en voulait quatre, on s’est arrêtés à deux, aujourd’hui, je le regrette, il exagère d’avoir pris cet emprunt sans me le dire, il aurait pu m’en parler ! Et moi, bonne pomme, j’ai signé, les yeux fermés, ça ne lui portera pas bonheur ! Et l’autre, Mylène, je parie qu’elle dépense mon argent, je la déteste celle-là, je voudrais qu’elle perde ses cheveux, qu’elle perde ses dents, qu’elle perde sa ligne, qu’elle perde… Et comment trouve-t-on des noms et des prénoms ? Aliénor ? non… trop prévisible… Emma, Adèle, Rose, Gertrude, Marie, Godelive, Cécile, Sibylle, Florence… Et lui ? Richard, Robert, Eustache, Baudouin, Arnoud, Charles, Thierry, Philippe, Henri, Guibert… Et pourquoi n’aurait-elle qu’un amoureux, elle n’est pas aussi nunuche que moi ! Ou alors, c’est une nunuche qui réussit… malgré elle ! Ce serait drôle, ça, une fille qui n’aspire qu’à un bonheur tout simple et qui se trouve aspirée par le succès, la gloire et la fortune car tout ce qu’elle approche se transforme en or ! Quand l’histoire commence, elle veut être religieuse, mais ses parents s’y refusent… elle doit se marier. Avec un riche noble car elle appartient à une famille de petite noblesse, ruinée par les guerres locales, qui ne peut entretenir ses terres et est dépossédée. Elle doit se marier avec Guibert le félon à la barbe fourchue, mais…

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