Les yeux jaunes des crocodiles
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:
— Ça vous va ou vous en voulez encore ? les menaça-t-elle en se baissant pour récupérer leurs sacs.
Les trois garçons se tenaient les côtes et se roulaient par terre.
— Tu m’as pété une dent, connasse, lui lança le plus balèze.
— Rien qu’une ? lança Shirley en lui balançant un nouveau coup de pied dans la bouche.
Il poussa un hurlement et se mit en boule pour se protéger. Les deux autres se relevèrent et déguerpirent, prenant leurs jambes à leur cou. Celui qui était resté à terre gémissait. Il se mit à ramper sur les coudes. « Salope, putain de ta race ! » bredouilla-t-il en constatant qu’il crachait du sang. Shirley se baissa, l’agrippa par le col de son blouson et, le forçant à rester à quatre pattes, le dépouilla entièrement. Lui arracha ses vêtements un par un comme on déculotte un enfant. Jusqu’à ce qu’il soit en slip et en chaussettes, accroupi, au milieu de l’esplanade. Elle lui arracha une plaque en métal qu’il avait autour du cou et lui ordonna de la regarder droit dans les yeux.
— Maintenant, petit connard, tu vas m’écouter… Pourquoi tu nous as attaquées ? Parce qu’on est deux femmes seules, hein ?
— Mais m’dame… C’était pas mon idée, c’est mon pote qui…
— Trouillard, lâche, tu devrais avoir honte !
— Rendez-moi ma plaque, m’dame, rendez-la-moi…
— Tu nous aurais rendu nos sacs, toi, hein ? Réponds !
Elle lui frappa la tête contre le sol. Il cria, promit qu’il ne le ferait plus, qu’il toucherait plus à une femme seule. Il se tordait, nu et blanc sur le sol noir.
Shirley, maintenant la pression sur le gars à terre, s’approcha d’une grille d’aération et laissa tomber la plaque en métal. On entendit le bruit sourd de la plaque qui rebondissait au fond du soupirail. Le garçon lâcha une injure et Shirley lui donna un nouveau coup dans la nuque, du tranchant du coude cette fois. Plié en deux de douleur, il choisit de ne plus résister et s’étala sur le sol.
— Tu vois : je viens de te faire à peu près ce que tu nous as fait tout à l’heure. Ta plaque, elle est perdue… Alors casse-toi et médite. T’as compris, trou-du-cul !
Le garçon, le bras toujours levé pour se protéger, se releva en titubant, fit un geste pour ramasser ses vêtements mais Shirley secoua la tête.
— Tu vas repartir comme ça… en slip et en chaussettes. Allez, connard.
Il détala sans protester. Shirley attendit qu’il eût disparu. Elle fit une boule de ses vêtements et les balança dans une benne de chantier. Puis elle se rajusta, remonta son pantalon, remit en place son manteau et poussa un dernier juron en anglais.
Joséphine la fixait, stupéfaite par le déchaînement de violence auquel elle venait d’assister. Elle en avait le souffle coupé. Elle adressa un regard muet à Shirley qui haussa les épaules et laissa tomber :
— Ça aussi ça fait partie du fait que je n’aie pas de fiancé… Deuxième indice !
Elle s’approcha de Jo, observa son nez qui saignait, sortit un Kleenex de sa poche et lui tamponna le visage. Joséphine grimaça de douleur.
— Ça va…, dit Shirley. Il n’est pas cassé. Juste un gros choc ! Il va être de toutes les couleurs, demain. Tu diras que tu t’es pris la porte vitrée du salon en sortant. Pas un mot aux enfants ce soir, d’accord ?
Joséphine hocha la tête. Elle aurait bien demandé à Shirley où elle avait appris à se battre, mais elle n’osait plus poser de questions.
Shirley ouvrit son sac et vérifia qu’il ne manquait rien.
— T’as tout ?
— Oui…
— Allez !
Elle la prit par le bras et la força à avancer. Joséphine avait les genoux qui tremblaient et demanda à s’arrêter pour reprendre ses esprits.
— C’est normal, lâcha Shirley. C’est ta première bagarre. Après, tu t’habitues… Tu te sens capable d’affronter les enfants sans rien dire ?
— Je boirais bien un petit verre d’alcool… J’ai la tête qui tourne !
Dans l’entrée de l’immeuble, elles aperçurent Max Barthillet, assis sur les marches près de l’ascenseur.
— J’ai pas la clé et ma mère n’est pas rentrée…
— Mets-lui un mot, dis-lui que tu l’attends chez moi, décida Shirley sur un ton si autoritaire que le gamin acquiesça. T’as de quoi écrire ?
Il dit oui de la tête en montrant son cartable. Et monta à pied les deux étages pour laisser le mot sur sa porte.
Jo et Shirley prirent l’ascenseur.
— J’ai pas de cadeau pour lui ! dit Jo en regardant son nez dans la glace de l’ascenseur. Mince, je suis défigurée !
— Joséphine, quand diras-tu merde comme tout le monde ! Je vais lui donner un billet dans une enveloppe, c’est ce dont ils ont le plus besoin les Barthillet en ce moment.
Elle tourna le visage de Jo vers elle, inspecta son nez longuement.
— Je vais te mettre un peu de glace dessus… Et souviens-toi : tu t’es pris la porte vitrée du salon de coiffure. Pas de gaffe ! C’est Noël, pas besoin de gâcher la fête et de leur foutre la trouille !
Joséphine alla chercher les filles et les cadeaux qu’elle avait cachés sur la plus haute étagère de l’armoire de sa chambre. Elles s’esclaffèrent devant la maladresse de leur mère et son nez enflé. Quand elles sonnèrent chez Shirley, elles entendirent des chants de Noël anglais et Shirley ouvrit la porte avec un grand sourire. Jo eut du mal à reconnaître la furie qui avait mis trois voyous en déroute.
Hortense et Zoé poussèrent des cris de joie en ouvrant leurs cadeaux. Gary découvrit l’iPod offert par Jo et fit un bond de joie. « Yes, Jo ! rugit-il, maman ne voulait pas que j’en aie un ! T’es vraiment trop… ! Trop top ! » Il se jeta à son cou, lui écrasant le nez. Zoé regardait sans y croire les films de Disney et caressait le lecteur de DVD. Hortense était stupéfaite : sa mère lui avait acheté le dernier modèle de chez Apple, pas un truc au rabais ! Et Max Barthillet contemplait le billet de cent euros que Shirley avait glissé dans une enveloppe avec un petit mot.
— Putain ! remercia-t-il avec un sourire émerveillé. T’es trop bien, Shirley, tu as pensé à moi ! C’est pour ça que maman est pas là… Elle savait que tu faisais une fête et elle m’a rien dit pour me faire la surprise.
Joséphine tourna la tête vers Shirley pour lui faire un signe de connivence. Elle tendit son cadeau à Shirley : une édition originale d’Alice au pays des merveilles, en anglais, qu’elle avait trouvée aux Puces. Et Shirley lui offrit un magnifique col roulé en cachemire noir.
— Pour frimer à Megève !
Jo la serra dans ses bras. Shirley eut un mouvement d’abandon qui la rendit légère et douce. « On fait une sacrée équipe, toutes les deux », murmura Shirley. Jo ne sut que répondre et resserra son étreinte.
Gary s’était emparé de l’ordinateur d’Hortense et lui montrait comment s’en servir. Max et Zoé étaient penchés sur les films de Walt Disney.
— Tu regardes encore des dessins animés ? demanda Jo à Max.
Il leva vers elle le regard ébloui d’un tout petit garçon et Jo fut à nouveau au bord des larmes. Il faut que je fasse attention à ne pas finir en fontaine, se dit-elle. Cette fête qu’elle redoutait à cause de l’absence d’Antoine se déroulait comme elle n’avait pas osé l’imaginer. Shirley avait dressé et orné un sapin. La table était décorée de branches de houx, de flocons de neige en coton hydrophile, d’étoiles en papier doré. De hautes bougies rouges brûlaient dans des bougeoirs en bois, donnant l’apparence d’un rêve à toute la scène.