Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Quoi! m�me avec ma protection?
� Surtout avec votre gracieuse protection, madame, dit Philippe r�solument.
� C�est vrai! murmura la princesse en p�lissant.
� Et puis, madame, non� j�oubliais, j�oubliais en vous parlant, qu�il n�y a plus de bonheur sur la terre� j�oubliais que, rentr� dans l�ombre, je n�en dois plus sortir; dans l�ombre un homme de c�ur prie et se souvient!
Philippe pronon�a ces mots avec un accent qui fit tressaillir la princesse.
� Un jour viendra, dit-elle, o� j�aurai le droit de dire ce que je ne puis que penser en ce moment. Monsieur, votre s�ur peut, d�s qu�il lui plaira, entrer � Saint-Denis.
� Merci, madame, merci.
� Quant � vous� je veux que vous m�adressiez une demande.
� Mais, madame�
� Je le veux!
Philippe vit s�abaisser vers lui la main gant�e de la princesse; cette main demeurait suspendue comme dans l�attente; peut-�tre n�exprimait-elle que la volont�.
Le jeune homme s�agenouilla, prit cette main, et lentement, avec un c�ur gonfl�, palpitant, y posa ses l�vres.
� Cette demande! voyons, dit la dauphine si �mue, qu�elle ne retira pas sa main.
Philippe courba la t�te. Un flot d�am�res pens�es l�engloutit comme le naufrag� dans une temp�te� Il demeura quelques secondes muet et immobile; puis, se relevant d�color� et les yeux �teints:
� Un passeport pour quitter la France, dit-il, le jour o� ma s�ur entrera dans le couvent de Saint-Denis.
La dauphine se recula comme �pouvant�e; puis, voyant toute cette douleur que sans doute elle comprit, que peut-�tre elle partageait, elle ne trouva rien � r�pondre que ces mots � peine intelligibles:
� C�est bien.
Et elle disparut dans une all�e de cypr�s, les seuls qui eussent conserv� intactes leurs feuilles �ternelles, parure des tombeaux.
Chapitre 157. L�enfant sans p�re
Le jour de douleur, le jour de honte approchait. Andr�e, malgr� les visites de plus en plus fr�quentes du bon docteur Louis, malgr� les soins affectueux et les consolations de Philippe, s�assombrissait d�heure en heure, comme les condamn�s que leur derni�re heure menace.
Ce fr�re malheureux trouvait quelquefois Andr�e r�veuse et fr�missante� Ses yeux �taient secs� pendant des journ�es enti�res, elle ne laissait �chapper aucune parole; puis, tout � coup, se levant, elle faisait deux ou trois tours pr�cipit�s dans sa chambre, essayant, comme Didon, de s��lancer hors d�elle-m�me, c�est-�-dire hors de la douleur qui la tuait.
Un soir enfin, la voyant plus p�le, plus inqui�te, plus nerveuse que de coutume, Philippe envoya chercher le docteur, pour qu�il arriv�t dans la nuit m�me.
C��tait le 29 novembre. Philippe avait eu l�art de prolonger fort tard la veill�e d�Andr�e; il avait abord� avec elle les sujets de conversation les plus tristes, les plus intimes, ceux m�me que la jeune fille redoutait, comme le bless� redoute les approches d�une main brutale et lourde pour sa blessure.
Il �tait assis aupr�s du feu; la servante, en allant � Versailles chercher le docteur, avait oubli� de fermer les persiennes, en sorte que le reflet de la lampe, celui du feu m�me, �clairait doucement le tapis de neige jet� sur le sable du jardin par les premiers froids de l�hiver.
Philippe laissa venir le moment o� l�esprit d�Andr�e commen�ait � se tranquilliser; puis, sans pr�ambule:
� Ch�re s�ur, dit-il, avez-vous enfin pris votre r�solution?
� � quel sujet? r�pondit Andr�e avec un douloureux soupir.
� Au sujet� de votre enfant, ma s�ur.
Andr�e tressaillit.
� Le moment approche, continua Philippe.
� Mon Dieu!
� Et je ne serais pas surpris que demain�
� Demain?
� Aujourd�hui m�me, ch�re s�ur.
Andr�e devint si p�le, que Philippe, effray�, lui prit et lui baisa la main.
Andr�e se remit aussit�t.
� Mon fr�re, dit-elle, je n�aurai pas avec vous de ces hypocrisies qui d�shonorent les �mes vulgaires. Le pr�jug� du bien est chez moi confondu avec le pr�jug� du mal. Ce qui est mal, je ne le connais plus depuis que je me d�fie de ce qui est bien. Ainsi, ne me jugez pas plus rigoureusement qu�on ne juge une folle, � moins que vous ne pr�f�riez prendre au s�rieux la philosophie que je vais vous esquisser, et qui, je vous jure, est l�expression parfaite, unique de mes sentiments, comme le r�sum� de mes sensations.
� Quoi que vous disiez, Andr�e, quoi que vous fassiez, vous serez toujours pour moi la plus ch�rie, la plus respect�e des femmes.
� Merci, mon seul ami. J�ose dire que je ne suis pas indigne de ce que vous me promettez. Je suis m�re, Philippe; mais Dieu a voulu, je le crois du moins, ajouta-t-elle en rougissant, que la maternit� f�t, chez la cr�ature, un �tat analogue � celui de la fructification chez la plante. Le fruit ne vient qu�apr�s la fleur. Pendant la floraison, la plante s�est pr�par�e, transform�e; car la floraison, � mon sens, c�est l�amour.
� Vous avez raison, Andr�e.
� Moi, reprit vivement la jeune fille, moi, je n�ai connu ni pr�paration, ni transformation; moi, je suis une anomalie; moi, je n�ai pas aim�, je n�ai pas d�sir�; moi, j�ai l�esprit et le c�ur aussi vierges que le corps� Et cependant!� triste prodige!� ce que je n�ai pas d�sir�, ce que je n�ai pas r�v� m�me, Dieu me l�envoie� lui qui n�a jamais donn� de fruits � l�arbre cr�� pour �tre st�rile� O� sont chez moi les aptitudes, les instincts? O� sont les ressources m�me?� La m�re qui souffre les douleurs de l�enfantement conna�t et appr�cie son sort; moi, je ne sais rien; moi, je tremble de penser; moi, je vais � ce dernier jour comme si j�allais � l��chafaud� Philippe, je suis maudite!�
� Andr�e, ma s�ur!
� Philippe, reprit-elle avec une v�h�mence inexprimable, ne sens-je pas bien que je hais cet enfant?� Oh! oui, je le hais! je me rappellerai toute ma vie, si je vis, Philippe, le jour o� pour la premi�re fois s��veilla dans mon flanc cet ennemi mortel que je porte; je frissonne encore quand je me souviens que ce tressaillement, si doux aux m�res, de cette cr�ature innocente alluma dans mon sang une fi�vre de col�re et fit monter le blasph�me � mes l�vres, jusque-l� si pures. Philippe, je suis une mauvaise m�re! Philippe, je suis maudite!
� Au nom du ciel, bonne Andr�e, calme-toi; n��gare pas ton c�ur avec ton esprit. Cet enfant, c�est ta vie et le sang de tes entrailles; cet enfant, je l�aime, car il vient de toi.
� Tu l�aimes! s��cria-t-elle, furieuse et livide; tu oses me dire, � moi, que tu aimes mon d�shonneur et le tien! tu oses me d�clarer que tu aimes ce souvenir d�un crime, cette repr�sentation du l�che criminel!� Eh bien, Philippe, je te l�ai dit, je ne suis pas l�che, moi, je ne suis pas fausse; je hais l�enfant parce qu�il n�est pas mon enfant et que je ne l�ai pas appel�! Je l�ex�cre parce qu�il ressemblera peut-�tre � son p�re� Son p�re!� Oh! je mourrai un jour en pronon�ant cet horrible mot! Mon Dieu! dit-elle en se jetant � genoux sur le parquet, je ne peux tuer cet enfant � sa naissance, c�est vous qui l�avez anim� Je n�ai pu me tuer moi-m�me tant que je le portais, car vous avez proscrit le suicide aussi bien que le meurtre; mais, je vous en prie, je vous en supplie, je vous en conjure, si vous �tes juste, mon Dieu, si vous avez souci des mis�res de ce monde, et si vous n�avez pas d�cr�t� que je mourrais de d�sespoir apr�s avoir v�cu d�opprobre et de larmes, mon Dieu, reprenez cet enfant! mon Dieu, tuez cet enfant! mon Dieu, d�livrez moi! vengez-moi!
Effrayante de col�re et sublime d�action, elle frappait son front sur le chambranle de marbre, malgr� les efforts de Philippe, qui l��treignait dans ses bras.
Soudain la porte s�ouvrit: la servante rentra, conduisant le docteur, qui, du premier regard, devina toute la sc�ne.
� Madame, dit-il avec ce calme du m�decin qui impose toujours, aux uns la contrainte, aux autres la soumission; madame, ne vous exag�rez pas les douleurs de ce travail, qui ne peut tarder� Vous, dit-il � la servante, pr�parez tout ce que je vous ai dit en route. Vous, dit-il � Philippe, soyez plus raisonnable que madame, et, au lieu de partager ses craintes ou ses faiblesses, joignez vos exhortations aux miennes.
Andr�e se releva, presque honteuse. Philippe l�assit sur un fauteuil.