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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Quoi! m�me avec ma protection?

� Surtout avec votre gracieuse protection, madame, dit Philippe r�solument.

� C�est vrai! murmura la princesse en p�lissant.

� Et puis, madame, non� j�oubliais, j�oubliais en vous parlant, qu�il n�y a plus de bonheur sur la terre� j�oubliais que, rentr� dans l�ombre, je n�en dois plus sortir; dans l�ombre un homme de c�ur prie et se souvient!

Philippe pronon�a ces mots avec un accent qui fit tressaillir la princesse.

� Un jour viendra, dit-elle, o� j�aurai le droit de dire ce que je ne puis que penser en ce moment. Monsieur, votre s�ur peut, d�s qu�il lui plaira, entrer � Saint-Denis.

� Merci, madame, merci.

� Quant � vous� je veux que vous m�adressiez une demande.

� Mais, madame�

� Je le veux!

Philippe vit s�abaisser vers lui la main gant�e de la princesse; cette main demeurait suspendue comme dans l�attente; peut-�tre n�exprimait-elle que la volont�.

Le jeune homme s�agenouilla, prit cette main, et lentement, avec un c�ur gonfl�, palpitant, y posa ses l�vres.

� Cette demande! voyons, dit la dauphine si �mue, qu�elle ne retira pas sa main.

Philippe courba la t�te. Un flot d�am�res pens�es l�engloutit comme le naufrag� dans une temp�te� Il demeura quelques secondes muet et immobile; puis, se relevant d�color� et les yeux �teints:

� Un passeport pour quitter la France, dit-il, le jour o� ma s�ur entrera dans le couvent de Saint-Denis.

La dauphine se recula comme �pouvant�e; puis, voyant toute cette douleur que sans doute elle comprit, que peut-�tre elle partageait, elle ne trouva rien � r�pondre que ces mots � peine intelligibles:

� C�est bien.

Et elle disparut dans une all�e de cypr�s, les seuls qui eussent conserv� intactes leurs feuilles �ternelles, parure des tombeaux.

Chapitre 157. L�enfant sans p�re

Le jour de douleur, le jour de honte approchait. Andr�e, malgr� les visites de plus en plus fr�quentes du bon docteur Louis, malgr� les soins affectueux et les consolations de Philippe, s�assombrissait d�heure en heure, comme les condamn�s que leur derni�re heure menace.

Ce fr�re malheureux trouvait quelquefois Andr�e r�veuse et fr�missante� Ses yeux �taient secs� pendant des journ�es enti�res, elle ne laissait �chapper aucune parole; puis, tout � coup, se levant, elle faisait deux ou trois tours pr�cipit�s dans sa chambre, essayant, comme Didon, de s��lancer hors d�elle-m�me, c�est-�-dire hors de la douleur qui la tuait.

Un soir enfin, la voyant plus p�le, plus inqui�te, plus nerveuse que de coutume, Philippe envoya chercher le docteur, pour qu�il arriv�t dans la nuit m�me.

C��tait le 29 novembre. Philippe avait eu l�art de prolonger fort tard la veill�e d�Andr�e; il avait abord� avec elle les sujets de conversation les plus tristes, les plus intimes, ceux m�me que la jeune fille redoutait, comme le bless� redoute les approches d�une main brutale et lourde pour sa blessure.

Il �tait assis aupr�s du feu; la servante, en allant � Versailles chercher le docteur, avait oubli� de fermer les persiennes, en sorte que le reflet de la lampe, celui du feu m�me, �clairait doucement le tapis de neige jet� sur le sable du jardin par les premiers froids de l�hiver.

Philippe laissa venir le moment o� l�esprit d�Andr�e commen�ait � se tranquilliser; puis, sans pr�ambule:

� Ch�re s�ur, dit-il, avez-vous enfin pris votre r�solution?

� � quel sujet? r�pondit Andr�e avec un douloureux soupir.

� Au sujet� de votre enfant, ma s�ur.

Andr�e tressaillit.

� Le moment approche, continua Philippe.

� Mon Dieu!

� Et je ne serais pas surpris que demain�

� Demain?

� Aujourd�hui m�me, ch�re s�ur.

Andr�e devint si p�le, que Philippe, effray�, lui prit et lui baisa la main.

Andr�e se remit aussit�t.

� Mon fr�re, dit-elle, je n�aurai pas avec vous de ces hypocrisies qui d�shonorent les �mes vulgaires. Le pr�jug� du bien est chez moi confondu avec le pr�jug� du mal. Ce qui est mal, je ne le connais plus depuis que je me d�fie de ce qui est bien. Ainsi, ne me jugez pas plus rigoureusement qu�on ne juge une folle, � moins que vous ne pr�f�riez prendre au s�rieux la philosophie que je vais vous esquisser, et qui, je vous jure, est l�expression parfaite, unique de mes sentiments, comme le r�sum� de mes sensations.

� Quoi que vous disiez, Andr�e, quoi que vous fassiez, vous serez toujours pour moi la plus ch�rie, la plus respect�e des femmes.

� Merci, mon seul ami. J�ose dire que je ne suis pas indigne de ce que vous me promettez. Je suis m�re, Philippe; mais Dieu a voulu, je le crois du moins, ajouta-t-elle en rougissant, que la maternit� f�t, chez la cr�ature, un �tat analogue � celui de la fructification chez la plante. Le fruit ne vient qu�apr�s la fleur. Pendant la floraison, la plante s�est pr�par�e, transform�e; car la floraison, � mon sens, c�est l�amour.

� Vous avez raison, Andr�e.

� Moi, reprit vivement la jeune fille, moi, je n�ai connu ni pr�paration, ni transformation; moi, je suis une anomalie; moi, je n�ai pas aim�, je n�ai pas d�sir�; moi, j�ai l�esprit et le c�ur aussi vierges que le corps� Et cependant!� triste prodige!� ce que je n�ai pas d�sir�, ce que je n�ai pas r�v� m�me, Dieu me l�envoie� lui qui n�a jamais donn� de fruits � l�arbre cr�� pour �tre st�rile� O� sont chez moi les aptitudes, les instincts? O� sont les ressources m�me?� La m�re qui souffre les douleurs de l�enfantement conna�t et appr�cie son sort; moi, je ne sais rien; moi, je tremble de penser; moi, je vais � ce dernier jour comme si j�allais � l��chafaud� Philippe, je suis maudite!�

� Andr�e, ma s�ur!

� Philippe, reprit-elle avec une v�h�mence inexprimable, ne sens-je pas bien que je hais cet enfant?� Oh! oui, je le hais! je me rappellerai toute ma vie, si je vis, Philippe, le jour o� pour la premi�re fois s��veilla dans mon flanc cet ennemi mortel que je porte; je frissonne encore quand je me souviens que ce tressaillement, si doux aux m�res, de cette cr�ature innocente alluma dans mon sang une fi�vre de col�re et fit monter le blasph�me � mes l�vres, jusque-l� si pures. Philippe, je suis une mauvaise m�re! Philippe, je suis maudite!

� Au nom du ciel, bonne Andr�e, calme-toi; n��gare pas ton c�ur avec ton esprit. Cet enfant, c�est ta vie et le sang de tes entrailles; cet enfant, je l�aime, car il vient de toi.

� Tu l�aimes! s��cria-t-elle, furieuse et livide; tu oses me dire, � moi, que tu aimes mon d�shonneur et le tien! tu oses me d�clarer que tu aimes ce souvenir d�un crime, cette repr�sentation du l�che criminel!� Eh bien, Philippe, je te l�ai dit, je ne suis pas l�che, moi, je ne suis pas fausse; je hais l�enfant parce qu�il n�est pas mon enfant et que je ne l�ai pas appel�! Je l�ex�cre parce qu�il ressemblera peut-�tre � son p�re� Son p�re!� Oh! je mourrai un jour en pronon�ant cet horrible mot! Mon Dieu! dit-elle en se jetant � genoux sur le parquet, je ne peux tuer cet enfant � sa naissance, c�est vous qui l�avez anim� Je n�ai pu me tuer moi-m�me tant que je le portais, car vous avez proscrit le suicide aussi bien que le meurtre; mais, je vous en prie, je vous en supplie, je vous en conjure, si vous �tes juste, mon Dieu, si vous avez souci des mis�res de ce monde, et si vous n�avez pas d�cr�t� que je mourrais de d�sespoir apr�s avoir v�cu d�opprobre et de larmes, mon Dieu, reprenez cet enfant! mon Dieu, tuez cet enfant! mon Dieu, d�livrez moi! vengez-moi!

Effrayante de col�re et sublime d�action, elle frappait son front sur le chambranle de marbre, malgr� les efforts de Philippe, qui l��treignait dans ses bras.

Soudain la porte s�ouvrit: la servante rentra, conduisant le docteur, qui, du premier regard, devina toute la sc�ne.

� Madame, dit-il avec ce calme du m�decin qui impose toujours, aux uns la contrainte, aux autres la soumission; madame, ne vous exag�rez pas les douleurs de ce travail, qui ne peut tarder� Vous, dit-il � la servante, pr�parez tout ce que je vous ai dit en route. Vous, dit-il � Philippe, soyez plus raisonnable que madame, et, au lieu de partager ses craintes ou ses faiblesses, joignez vos exhortations aux miennes.

Andr�e se releva, presque honteuse. Philippe l�assit sur un fauteuil.

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