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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Le dauphin, visiblement embarrass�, car il ne savait que r�pondre � ces reproches et surtout � cette m�lancolie exalt�e, si loin de son caract�re, le dauphin poussa � son tour un long soupir.

� Je vous afflige, dit Marie-Antoinette; cependant ne croyez pas que ce soit mon orgueil qui parle; oh! non, non! il n�en est rien; que ne m�a-t-on montr� seulement ce Trianon si riant, si ombreux, si fleuri, dont, h�las! l�orage effeuille sans piti� les bosquets et trouble les eaux; je me fusse content�e de ce nid charmant; mais les ruines m�effraient, elles r�pugnent � ma jeunesse, et pourtant que de ruines va faire encore cet affreux ouragan!

Une nouvelle bourrasque, plus terrible encore que la premi�re, �branla le palais. La princesse se leva �pouvant�e.

� Oh! mon Dieu! dites-moi qu�il n�y a pas de danger! dites-le-moi, y en e�t-il� Je meurs d�effroi!

� Il n�y en a point, madame. Versailles, b�ti en terrasse, ne peut attirer la foudre. Si elle tombait, ce serait probablement sur la chapelle, qui a un toit aigu, ou sur le petit ch�teau, qui offre des asp�rit�s. Vous savez que les pointes sollicitent le fluide �lectrique, et que les corps plats, au contraire, les repoussent.

� Non! s��cria Marie-Antoinette, je ne sais pas! je ne sais pas!

Louis prit la main de l�archiduchesse, main palpitante et glac�e.

En ce moment, un �clair blafard inonda la chambre de ses lueurs livides et violac�es; Marie-Antoinette poussa un cri et repoussa le dauphin.

� Mais, madame, demanda-t-il, qu�y a-t-il donc?

� Oh! dit-elle, vous m�avez apparu � la lueur de cet �clair p�le, d�fait, sanglant. J�ai cru voir un fant�me.

� C�est la r�flexion du feu de soufre, dit le prince, et je puis vous expliquer�

Un effroyable coup de tonnerre, dont les �chos se prolong�rent en g�missant jusqu�� ce que, arriv�s au point culminant, ils commen�assent � se perdre dans le lointain, un effroyable coup de tonnerre coupa court � l�explication scientifique que le jeune homme allait donner flegmatiquement � sa royale �pouse.

� Allons, madame, dit-il apr�s un moment de silence, du courage, je vous prie; laissons ces craintes au vulgaire: l�agitation physique est une des conditions de la nature. Il ne faut pas plus s�en �tonner que du calme; seulement, le calme et l�agitation se succ�dent; le calme est troubl� par l�agitation, l�agitation est refroidie par le calme. Apr�s tout, madame, ce n�est qu�un orage, et un orage est un des ph�nom�nes les plus naturels et les plus fr�quents de la cr�ation. Je ne sais donc pas pourquoi on s�en �pouvanterait.

� Oh! isol�, peut-�tre ne m��pouvanterait-il pas ainsi; mais cet orage, le jour m�me de nos noces, ne vous semble-t-il pas un effroyable pr�sage joint � ceux qui me poursuivent depuis mon entr�e en France?

� Que dites-vous, madame? s��cria le dauphin, �mu malgr� lui d�une terreur superstitieuse; des pr�sages, dites-vous?

� Oui, oui, affreux, sanglants!

� Et ces pr�sages, dites-les, madame; on m�accorde, en g�n�ral, un esprit ferme et froid; peut-�tre ces pr�sages qui vous �pouvantent, aurai-je le bonheur de les combattre et de les terrasser.

� Monsieur, la premi�re nuit que je passai en France, c��tait � Strasbourg; on m�installa dans une grande chambre o� l�on alluma des flambeaux, car il faisait nuit; or, ces flambeaux allum�s, leur lueur me montra une muraille ruisselante de sang. J�eus cependant le courage d�approcher des parois et d�examiner ces teintes rouges avec plus d�attention. Ces murs �taient tendus d�une tapisserie qui repr�sentait le massacre des Innocents. Partout le d�sespoir avec des regards d�sol�s, le meurtre avec des yeux flamboyants, partout l��clair de la hache ou de l��p�e, partout des larmes, des cris de m�re, des soupirs d�agonie semblaient s��lancer p�le-m�le de cette muraille proph�tique, qui, � force de la regarder, me semblait vivante. Oh! glac�e de terreur, je ne pus dormir� Et dites, dites, voyons, n��tait-ce pas un triste pr�sage?

� Pour une femme de l�Antiquit� peut-�tre, madame, mais non pour une princesse de notre si�cle.

� Monsieur, ce si�cle est gros de malheurs, ma m�re me l�a dit, comme ce ciel qui s�enflamme au-dessus de nos t�tes est gros de soufre, de feux et de d�solation. Oh! voil� pourquoi j�ai si grand-peur, voil� pourquoi tout pr�sage me semble un avertissement.

� Madame, aucun danger ne peut menacer le tr�ne o� nous montons; nous vivons, nous autres rois, dans une r�gion au-dessus des nuages. La foudre est � nos pieds, et, quand elle tombe sur la terre, c�est nous qui la lan�ons.

� H�las! h�las! ce n�est point ce qui m�a �t� pr�dit, monsieur.

� Et que vous a-t-on pr�dit?

� Quelque chose d�affreux, d��pouvantable.

� On vous a pr�dit?

� Ou plut�t on m�a fait voir.

� Voir?

� Oui, j�ai vu, vu, vous dis-je, et cette image est rest�e dans mon esprit, rest�e si profond�ment, qu�il n�y a pas de jour o� je ne frissonne en y songeant, pas de nuit o� je ne la revoie en r�ve.

� Et ne pouvez-vous nous dire ce que vous avez vu? A-t-on exig� de vous le silence?

� Rien, on n�a rien exig�.

� Alors, dites, madame.

� �coutez, c�est impossible � d�crire: c��tait une machine, �lev�e au-dessus de la terre comme un �chafaud, mais � cet �chafaud s�adaptaient comme les deux montants d�une �chelle, et entre ces deux montants glissait un couteau, un couperet, une hache. Je voyais cela, et, chose �trange, je voyais aussi ma t�te au-dessous du couteau. Le couteau glissa entre les deux montants, et s�para de mon corps ma t�te, qui tomba et roula � terre. Voil� ce que j�ai vu, monsieur, voil� ce que j�ai vu.

� Pure hallucination, madame, dit le dauphin; je connais � peu pr�s tous les instruments de supplice � l�aide desquels on donne la mort, et celui-l� n�existe point; rassurez-vous donc.

� H�las! dit Marie-Antoinette, h�las! je ne puis chasser cette odieuse pens�e. J�y fais ce que je puis cependant.

� Vous y parviendrez, madame, dit le dauphin en se rapprochant de sa femme; il y a pr�s de vous, � partir de ce moment, un ami affectueux, un protecteur assidu.

� H�las! r�p�ta Marie-Antoinette en fermant les yeux et en se laissant retomber sur son fauteuil.

Le dauphin se rapprocha encore de la princesse, et elle put sentir le souffle de son mari effleurer sa joue.

En ce moment, la porte par laquelle �tait entr� le dauphin s�entrouvrit doucement, et un regard curieux, avide, le regard de Louis XV, per�a la p�nombre de cette vaste chambre, que deux bougies demeur�es seules �clairaient � peine en coulant � flots sur le chandelier de vermeil.

Le vieux roi ouvrait la bouche pour formuler sans doute � voix basse un encouragement � son petit fils, lorsqu�un fracas qu�on ne saurait exprimer retentit dans le palais, accompagn� cette fois de l��clair qui avait toujours pr�c�d� les autres d�tonations; en m�me temps une colonne de flamme blanche, diapr�e de vert, se pr�cipita devant la fen�tre, faisant �clater toutes les vitres et �crasant une statue situ�e sous le balcon; puis, apr�s un d�chirement �pouvantable, elle remonta au ciel et s��vanouit comme un m�t�ore.

Les deux bougies s��teignirent, envelopp�es par la bouff�e de vent qui s�engouffra dans la chambre. Le dauphin, �pouvant�, chancelant, �bloui, recula jusqu�� la muraille, contre laquelle il demeura adoss�.

La dauphine, � demi �vanouie, alla tomber sur les marches de son prie-Dieu et y demeura ensevelie dans la plus mortelle torpeur.

Louis XV, tremblant, crut que la terre allait s�ab�mer sous lui et regagna, suivi de Lebel, ses appartements d�serts.

Pendant ce temps, au loin s�enfuyait comme une vol�e d�oiseaux effar�s, le peuple de Versailles et de Paris, �parpill� par les jardins, par les routes et par les bois, poursuivi dans toutes les directions par une gr�le �paisse, qui, d�chiquetant les fleurs dans le jardin, les feuillages dans la for�t, les seigles et les bl�s dans les champs, les ardoises et les fines sculptures sur les b�timents, ajoutait le d�g�t � la d�solation.

La dauphine, le front dans ses mains, priait avec des sanglots.

Le dauphin regardait d�un air morne et insensible l�eau qui ruisselait dans la chambre par les vitres bris�es et qui refl�tait sur le parquet, en nappes bleu�tres, les �clairs non interrompus pendant plusieurs heures.

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