Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Philippe s�avan�a donc. La dauphine ne le perdit pas du regard pendant tout le temps qu�il mit � franchir cette distance de cent pas, et lui choisit le moment le plus favorable pour bien placer son salut respectueux.
La dauphine, se tournant vers l�huissier:
� Le nom de cette personne qui salue? dit-elle.
L�huissier lut sur le billet d�audience:
� M. Philippe de Taverney, madame, r�pliqua-t-il.
� C�est vrai�, dit la princesse.
Et elle attacha sur le jeune homme un plus long, un plus curieux regard.
Philippe attendait � demi courb�.
� Bonjour, monsieur de Taverney, dit Marie-Antoinette. Comment se porte mademoiselle Andr�e?
� Assez mal, madame, r�pliqua le jeune homme; mais ma s�ur sera bien heureuse de ce t�moignage d�int�r�t que daigne lui donner Votre Altesse royale.
La dauphine ne r�pondit pas; elle avait lu bien des souffrances sur les traits amaigris et p�les de Philippe; elle reconnaissait bien difficilement sous l�habit modeste du citadin ce bel officier qui, le premier, lui avait servi de guide sur la terre de France.
� Monsieur Mique, dit-elle en se rapprochant de l�architecte, nous sommes donc convenus de l�ornement de la salle de danse; la plantation du bois voisin est d�j� d�cid�e. Pardonnez-moi de vous avoir tenu au froid si longtemps.
C��tait le cong�. Mique salua et partit.
La dauphine salua aussit�t toutes les personnes qui attendaient � quelque distance, et ces personnes se retir�rent imm�diatement. Philippe crut que ce salut l�allait atteindre comme les autres, et d�j� son c�ur souffrait, lorsque la princesse, passant devant lui:
� Vous disiez donc, monsieur, continua-t-elle, que votre s�ur est malade?
� Sinon malade, madame, se h�ta de r�pondre Philippe, du moins languissante.
� Languissante! s��cria la dauphine avec int�r�t; une si belle sant�!
Philippe s�inclina. La jeune princesse lui lan�a encore un de ces regards investigateurs que, chez un homme de sa race, on e�t appel� un regard de l�aigle. Puis, apr�s une pause:
� Permettez que je marche un peu, dit-elle, le vent est froid.
Elle fit quelques pas; Philippe �tait rest� en place.
� Quoi! vous ne me suivez pas? dit Marie-Antoinette en se retournant.
Philippe, en deux bonds, fut pr�s d�elle.
� Pourquoi donc ne m�avez-vous pas pr�venue plus t�t de cet �tat de mademoiselle Andr�e, � qui je m�int�resse?
� H�las! dit Philippe, Votre Altesse vient de dire le mot� Votre Altesse s�int�ressait � ma s�ur� mais, maintenant�
� Je m�int�resse encore, sans doute, monsieur� Cependant, il me semble que mademoiselle de Taverney a quitt� mon service bien pr�matur�ment.
� La n�cessit�, madame! dit tout bas Philippe.
� Quoi! ce mot est affreux: la n�cessit�!� Expliquez-moi ce mot, monsieur.
Philippe ne r�pondit pas.
� Le docteur Louis, continua la dauphine, m�a racont� que l�air de Versailles �tait funeste � la sant� de mademoiselle de Taverney; que cette sant� se r�tablirait dans le s�jour de la maison paternelle� Voil� tout ce qu�on m�a dit; or, votre s�ur m�a rendu une seule visite avant son d�part. Elle �tait p�le, elle �tait triste; je dois dire qu�elle me t�moigna beaucoup de d�vouement dans cette derni�re entrevue, car elle pleura des larmes abondantes!
� Des larmes sinc�res, madame, dit Philippe, dont le c�ur battait violemment, des larmes qui ne sont pas taries.
� J�ai cru voir, poursuivit la princesse, que monsieur votre p�re avait forc� sa fille � venir � la cour, et que, sans doute, cette enfant regrettait votre pays, quelque affection�
� Madame, se h�ta de dire Philippe, ma s�ur ne regrette que Votre Altesse.
� Et elle souffre� Maladie �trange, que l�air du pays devait gu�rir, et que l�air du pays aggrave.
� Je n�abuserai pas Votre Altesse plus longtemps, dit Philippe; la maladie de ma s�ur est un profond chagrin qui l�a conduite � un �tat voisin du d�sespoir. Mademoiselle de Taverney n�aime cependant au monde que Votre Altesse et moi, mais elle commence � pr�f�rer Dieu � toutes les affections, et l�audience que j�ai eu l�honneur de solliciter, madame, a pour but de vous demander votre protection relativement � ce d�sir de ma s�ur.
La dauphine leva la t�te.
� Elle veut entrer en religion, n�est-ce pas?
� Oui, madame.
� Et vous souffrirez cela, vous qui aimez cette enfant?
� Je crois juger sainement sa position, madame, et ce conseil est venu de moi. Cependant, j�aime assez ma s�ur pour que ce conseil ne soit pas suspect, et le monde ne l�attribuera point � mon avarice. Je n�ai rien � gagner � la claustration d�Andr�e: nous ne poss�dons rien ni l�un ni l�autre.
La dauphine s�arr�ta, et, jetant � la d�rob�e un nouveau regard sur Philippe:
� Voil� ce que je disais tout � l�heure quand vous n�avez pas voulu me comprendre, monsieur; vous n��tes pas riche?
� Votre Altesse�
� Pas de fausse honte, monsieur; il s�agit du bonheur de cette pauvre fille� R�pondez-moi sinc�rement, comme un honn�te homme� que vous �tes, j�en suis certaine.
L��il brillant et loyal de Philippe rencontra celui de la princesse et ne se baissa point.
� Je r�pondrai, madame, dit-il.
� Eh bien, est-ce par n�cessit� que votre s�ur veut quitter le monde? Qu�elle parle! Bon Dieu! les princes sont malheureux! Dieu leur a donn� un c�ur pour plaindre les infortunes, mais il leur a refus� cette clairvoyance supr�me qui devine le malheur sous les voiles de la discr�tion. R�pondez donc franchement: est-ce cela?
� Non, madame, dit Philippe avec fermet�; non, ce n�est pas cela; pourtant, ma s�ur d�sire entrer au couvent de Saint-Denis, et nous ne poss�dons que le tiers de la dot.
� La dot est de soixante mille livres! s��cria la princesse; vous n�avez donc que vingt mille livres?
� � peine, madame; mais nous savons que Votre Altesse peut d�un mot, et sans bourse d�lier, faire admettre une pensionnaire.
� Certes, je le puis.
� Voil� donc l�unique faveur que j�oserai solliciter de Votre Altesse, si d�j� elle n�a promis son intercession � quelqu�un aupr�s de Madame Louise de France.
� Colonel, vous me surprenez �trangement dit Marie-Antoinette; quoi! si pr�s de moi, j�ai tant de noble mis�re! Eh! colonel, c�est mal de m�avoir ainsi tromp�e.
� Je ne suis pas colonel, madame, r�pliqua doucement Philippe, je ne suis rien qu�un d�vou� serviteur de Votre Altesse.
� Pas colonel, dites-vous? Et depuis quand?
� Je ne l�ai jamais �t�, madame.
� Le roi a promis en ma pr�sence un r�giment�
� Dont le brevet n�a jamais �t� exp�di�.
� Mais vous aviez un grade�
� Que j�ai abandonn�, madame, �tant tomb� dans la disgr�ce du roi.
� Pourquoi?
� Je l�ignore.
� Oh! fit la dauphine avec une profonde tristesse; oh! la cour!
Alors Philippe sourit avec m�lancolie.
� Vous �tes un ange du ciel, madame, dit-il, et je regrette bien de ne pas servir la maison de France, afin d�avoir l�occasion de mourir pour vous.
Un �clair si vif et si ardent passa dans les yeux de la dauphine, que Philippe cacha son visage dans ses deux mains. La princesse n�essaya pas m�me de le consoler ou de l�arracher � la pens�e qui le dominait en ce moment.
Muette et respirant avec effort, elle effeuillait quelques roses du Bengale arrach�es � leur tige par sa main nerveuse et inqui�te.
Philippe revint � lui.
� Veuillez me pardonner, dit-il, madame.
Marie-Antoinette ne r�pondit pas � ces paroles.
� Votre s�ur entrera d�s demain, si elle veut, � Saint-Denis, dit-elle avec la vivacit� de la fi�vre, et vous, dans un mois, vous serez � la t�te d�un r�giment; je le veux!
� Madame, r�pliqua Philippe, voulez-vous avoir encore cette bont� de m�entendre en mes derni�res explications? Ma s�ur accepte le bienfait de Votre Altesse royale; moi, je dois le refuser.
� Vous refusez?
� Oui, madame; j�ai re�u un affront de la cour� Les ennemis qui me l�ont fait infliger trouveraient moyen de me frapper plus fort, me voyant plus �lev�.