Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
En pr�sence du roi arrivant ainsi inopin�ment, madame la dauphine s��tait laiss�e glisser de son lit et se tenait debout, envelopp�e de son grand peignoir, qui la cachait du bout des pieds jusqu�au col, aussi herm�tiquement que la stole d�une dame romaine.
� On voit bien qu�elle est maigre, murmura Louis XV. Au diable M. de Choiseul, qui, parmi toutes les archiduchesses, va justement me choisir celle-l�!
� Votre Majest�, dit madame de Noailles, peut remarquer que, quant � ce qui me concerne, l��tiquette a �t� strictement observ�e; il n�y a que du c�t� de Monseigneur le dauphin.
� Je prends l�infraction sur mon compte, dit Louis XV, et c�est trop juste, puisque c�est moi qui l�ai fait commettre. Mais, comme la circonstance �tait grave, ma ch�re madame de Noailles, j�esp�re que vous me la pardonnerez.
� Je ne comprends pas ce que Votre Majest� veut dire.
� Nous nous en irons ensemble, duchesse, et je vous conterai cela. Maintenant, voyons, que ces enfants se couchent.
Madame la dauphine s��loigna d�un pas du lit, et saisit le bras de madame de Noailles avec plus de terreur peut-�tre que la premi�re fois.
� Oh! par gr�ce, madame! dit-elle, j�en mourrais de honte.
� Sire, dit madame de Noailles, madame la dauphine vous supplie de la laisser se coucher comme une simple bourgeoise.
� Diable! diable! et c�est vous qui demandez cela, madame l��tiquette?
� Sire, je sais bien que c�est contraire aux lois du c�r�monial de France; mais regardez l�archiduchesse�
En effet, Marie-Antoinette, debout, p�le, se soutenant de son bras raidi au dossier d�un fauteuil, e�t sembl� une statue de l�Effroi si l�on n�e�t entendu le l�ger claquement de ses dents, accompagnant la sueur froide qui coulait sur son visage.
� Oh! je ne veux pas contrarier la dauphine � ce point, dit Louis XV, prince aussi ennemi du c�r�monial que Louis XIV en �tait ardent sectateur. Retirons-nous, duchesse. D�ailleurs, il y a des serrures aux portes, et ce sera bien plus dr�le.
Le dauphin entendit ces derni�res paroles de son grand-p�re et rougit.
La dauphine entendit aussi, mais elle ne comprit pas.
Le roi Louis XV embrassa sa bru, et il sortit entra�nant la duchesse de Noailles et riant de ce rire moqueur, si triste pour ceux qui ne partagent pas la gaiet� de celui qui rit.
Les autres assistants sortirent par l�autre porte.
Les deux jeunes gens se trouv�rent seuls.
Il se fit un instant de silence.
Enfin, le jeune prince s�approcha de Marie-Antoinette: son cour battait violemment; il sentait affluer � la poitrine, aux tempes, aux art�res des mains, ce sang r�volt� de la jeunesse et de l�amour.
Mais il sentait son grand-p�re derri�re la porte, et ce regard cynique, plongeant jusque dans l�alc�ve nuptiale, gla�ait encore le dauphin, fort timide d�ailleurs et fort gauche de sa nature.
� Madame, dit-il en regardant l�archiduchesse, souffririez-vous? Vous �tes bien p�le, et l�on dirait que vous tremblez.
� Monsieur, dit-elle, je ne vous cacherai pas que j��prouve une agitation �trange; il faut qu�il y ait quelque violent orage au cieclass="underline" l�orage a une influence terrible sur moi.
� Ah! vous croyez que nous sommes menac�s d�un ouragan, dit le dauphin.
� Oh! j�en suis s�re, j�en suis s�re; tout mon corps tremble, voyez.
Et en effet tout le corps de la pauvre princesse semblait fr�mir sous des secousses �lectriques.
En ce moment, comme pour justifier ses pr�visions, un coup de vent furieux, un de ces souffles puissants qui poussent la moiti� des mers sur l�autre, et qui rasent les montagnes, pareil au premier cri de la temp�te qui s�avan�ait, emplit le ch�teau de tumulte, d�angoisses et de craquements intenses.
Les feuilles arrach�es aux branches, les branches arrach�es aux arbres, les statues arrach�es � leur base, une longue et immense clameur des cent mille spectateurs r�pandus dans les jardins, un mugissement lugubre et infini courant dans les galeries et dans les corridors du ch�teau, compos�rent en ce moment la plus sauvage et la plus lugubre harmonie qui ait jamais vibr� aux oreilles humaines.
Puis un cliquetis sinistre succ�da au mugissement; c��taient les vitres qui, bris�es en mille pi�ces, tombaient sur les marbres des escaliers et des corniches, en lan�ant cette note saccad�e et nerveuse qui grince en s�envolant dans l�espace.
Le vent avait du m�me coup arrach� du p�ne une des persiennes mal ferm�es qui avait �t� battre contre la muraille, comme l�aile gigantesque d�un oiseau de nuit.
Partout o� les fen�tres �taient ouvertes dans le ch�teau les lumi�res s��teignirent, an�anties par ce coup de vent.
Le dauphin s�approcha de la fen�tre, sans doute pour refermer la persienne; mais la dauphine l�arr�ta.
� Oh! monsieur, monsieur, par gr�ce, dit-elle, n�ouvrez pas cette fen�tre, nos bougies s��teindraient et je mourrais de peur.
Le dauphin s�arr�ta.
On voyait, � travers le rideau qu�il venait de tirer, les cimes sombres des arbres du parc agit�es et tordues, comme si le bras de quelque g�ant invisible e�t secou� leurs tiges au milieu des t�n�bres.
Toutes les illuminations s��teignirent.
Alors on put voir au ciel des l�gions de grosses nu�es noires qui roulaient en tourbillonnant, ainsi que des escadrons lanc�s � la charge.
Le dauphin resta p�le et debout, une main appuy�e � l�espagnolette de la fen�tre. La dauphine tomba sur une chaise en poussant un soupir.
� Vous avez bien peur, madame? demanda le dauphin.
� Oh! oui; cependant votre pr�sence me rassure. Oh! quelle temp�te! quelle temp�te! Toutes les illuminations se sont �teintes.
� Oui, dit Louis, le vent souffle sud-sud-ouest, et c�est celui qui annonce les ouragans les plus acharn�s. S�il continue, je ne sais comment on fera pour tirer le feu d�artifice.
� Oh! monsieur, pour qui le tirerait-on? Personne ne restera dans les jardins par un temps pareil.
� Ah! madame, vous ne connaissez pas les Fran�ais, il leur faut leur feu d�artifice; celui-l� sera superbe; le plan m�en a �t� communiqu� par l�ing�nieur. Eh! tenez, voyez que je ne me trompais pas, voici les premi�res fus�es.
En effet, brillantes comme de longs serpents de flamme, les fus�es d�annonce s��lanc�rent vers le ciel; mais en m�me temps, comme si l�orage e�t pris ces jets br�lants pour un d�fi, un seul �clair, mais qui sembla fendre le ciel, serpenta entre les pi�ces d�artifice et m�la son feu bleu�tre au feu rouge des fus�es.
� En v�rit�, dit l�archiduchesse, c�est une impi�t� � l�homme que de lutter avec Dieu.
Ces fus�es d�annonce n�avaient pr�c�d� l�embrasement g�n�ral du feu d�artifice que de quelques secondes; l�ing�nieur sentait qu�il lui fallait se presser, et il mit le feu aux premi�res pi�ces, que salua une immense clameur de joie.
Mais, comme s�il y e�t en effet lutte entre la terre et le ciel; comme si, ainsi que l�avait dit l�archiduchesse, l�homme e�t commis une impi�t� envers son Dieu, l�orage, irrit�, couvrit de sa clameur immense la clameur populaire, et toutes les cataractes du ciel s�ouvrant � la fois, des torrents de pluie se pr�cipit�rent du haut des nues.
Le vent avait �teint les illuminations, l�eau �teignit le feu d�artifice.
� Ah! quel malheur! dit le dauphin, voil� le feu d�artifice manqu�!
� Eh! monsieur, r�pliqua tristement Marie-Antoinette, tout ne manque-t-il pas depuis mon arriv�e en France?
� Comment cela, madame?
� Avez-vous vu Versailles?
� Sans doute, madame. Versailles ne vous pla�t-il point?
� Oh! si fait, Versailles me plairait s�il �tait aujourd�hui tel que l�a laiss� votre illustre a�eul Louis XIV. Mais dans quel �tat avons-nous trouv� Versailles? Dites. Partout le deuil, la ruine. Oh! oui, oui, la temp�te s�accorde bien avec la f�te qu�on me fait. N�est-il pas convenable qu�il y ait un ouragan pour cacher � notre peuple les mis�res de notre palais? la nuit ne sera-t-elle pas favorable et bien venue qui cachera ces all�es pleines d�herbe, ces groupes de tritons vaseux, ces bassins sans eau et ces statues mutil�es? Oh! oui, oui, souffle, vent du sud; mugis, temp�te; amoncelez-vous, �pais nuages; cachez bien � tous les yeux l��trange r�ception que fait la France � une fille des C�sars, le jour o� elle met sa main dans la main de son roi futur!