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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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En pr�sence du roi arrivant ainsi inopin�ment, madame la dauphine s��tait laiss�e glisser de son lit et se tenait debout, envelopp�e de son grand peignoir, qui la cachait du bout des pieds jusqu�au col, aussi herm�tiquement que la stole d�une dame romaine.

� On voit bien qu�elle est maigre, murmura Louis XV. Au diable M. de Choiseul, qui, parmi toutes les archiduchesses, va justement me choisir celle-l�!

� Votre Majest�, dit madame de Noailles, peut remarquer que, quant � ce qui me concerne, l��tiquette a �t� strictement observ�e; il n�y a que du c�t� de Monseigneur le dauphin.

� Je prends l�infraction sur mon compte, dit Louis XV, et c�est trop juste, puisque c�est moi qui l�ai fait commettre. Mais, comme la circonstance �tait grave, ma ch�re madame de Noailles, j�esp�re que vous me la pardonnerez.

� Je ne comprends pas ce que Votre Majest� veut dire.

� Nous nous en irons ensemble, duchesse, et je vous conterai cela. Maintenant, voyons, que ces enfants se couchent.

Madame la dauphine s��loigna d�un pas du lit, et saisit le bras de madame de Noailles avec plus de terreur peut-�tre que la premi�re fois.

� Oh! par gr�ce, madame! dit-elle, j�en mourrais de honte.

� Sire, dit madame de Noailles, madame la dauphine vous supplie de la laisser se coucher comme une simple bourgeoise.

� Diable! diable! et c�est vous qui demandez cela, madame l��tiquette?

� Sire, je sais bien que c�est contraire aux lois du c�r�monial de France; mais regardez l�archiduchesse�

En effet, Marie-Antoinette, debout, p�le, se soutenant de son bras raidi au dossier d�un fauteuil, e�t sembl� une statue de l�Effroi si l�on n�e�t entendu le l�ger claquement de ses dents, accompagnant la sueur froide qui coulait sur son visage.

� Oh! je ne veux pas contrarier la dauphine � ce point, dit Louis XV, prince aussi ennemi du c�r�monial que Louis XIV en �tait ardent sectateur. Retirons-nous, duchesse. D�ailleurs, il y a des serrures aux portes, et ce sera bien plus dr�le.

Le dauphin entendit ces derni�res paroles de son grand-p�re et rougit.

La dauphine entendit aussi, mais elle ne comprit pas.

Le roi Louis XV embrassa sa bru, et il sortit entra�nant la duchesse de Noailles et riant de ce rire moqueur, si triste pour ceux qui ne partagent pas la gaiet� de celui qui rit.

Les autres assistants sortirent par l�autre porte.

Les deux jeunes gens se trouv�rent seuls.

Il se fit un instant de silence.

Enfin, le jeune prince s�approcha de Marie-Antoinette: son cour battait violemment; il sentait affluer � la poitrine, aux tempes, aux art�res des mains, ce sang r�volt� de la jeunesse et de l�amour.

Mais il sentait son grand-p�re derri�re la porte, et ce regard cynique, plongeant jusque dans l�alc�ve nuptiale, gla�ait encore le dauphin, fort timide d�ailleurs et fort gauche de sa nature.

� Madame, dit-il en regardant l�archiduchesse, souffririez-vous? Vous �tes bien p�le, et l�on dirait que vous tremblez.

� Monsieur, dit-elle, je ne vous cacherai pas que j��prouve une agitation �trange; il faut qu�il y ait quelque violent orage au cieclass="underline" l�orage a une influence terrible sur moi.

� Ah! vous croyez que nous sommes menac�s d�un ouragan, dit le dauphin.

� Oh! j�en suis s�re, j�en suis s�re; tout mon corps tremble, voyez.

Et en effet tout le corps de la pauvre princesse semblait fr�mir sous des secousses �lectriques.

En ce moment, comme pour justifier ses pr�visions, un coup de vent furieux, un de ces souffles puissants qui poussent la moiti� des mers sur l�autre, et qui rasent les montagnes, pareil au premier cri de la temp�te qui s�avan�ait, emplit le ch�teau de tumulte, d�angoisses et de craquements intenses.

Les feuilles arrach�es aux branches, les branches arrach�es aux arbres, les statues arrach�es � leur base, une longue et immense clameur des cent mille spectateurs r�pandus dans les jardins, un mugissement lugubre et infini courant dans les galeries et dans les corridors du ch�teau, compos�rent en ce moment la plus sauvage et la plus lugubre harmonie qui ait jamais vibr� aux oreilles humaines.

Puis un cliquetis sinistre succ�da au mugissement; c��taient les vitres qui, bris�es en mille pi�ces, tombaient sur les marbres des escaliers et des corniches, en lan�ant cette note saccad�e et nerveuse qui grince en s�envolant dans l�espace.

Le vent avait du m�me coup arrach� du p�ne une des persiennes mal ferm�es qui avait �t� battre contre la muraille, comme l�aile gigantesque d�un oiseau de nuit.

Partout o� les fen�tres �taient ouvertes dans le ch�teau les lumi�res s��teignirent, an�anties par ce coup de vent.

Le dauphin s�approcha de la fen�tre, sans doute pour refermer la persienne; mais la dauphine l�arr�ta.

� Oh! monsieur, monsieur, par gr�ce, dit-elle, n�ouvrez pas cette fen�tre, nos bougies s��teindraient et je mourrais de peur.

Le dauphin s�arr�ta.

On voyait, � travers le rideau qu�il venait de tirer, les cimes sombres des arbres du parc agit�es et tordues, comme si le bras de quelque g�ant invisible e�t secou� leurs tiges au milieu des t�n�bres.

Toutes les illuminations s��teignirent.

Alors on put voir au ciel des l�gions de grosses nu�es noires qui roulaient en tourbillonnant, ainsi que des escadrons lanc�s � la charge.

Le dauphin resta p�le et debout, une main appuy�e � l�espagnolette de la fen�tre. La dauphine tomba sur une chaise en poussant un soupir.

� Vous avez bien peur, madame? demanda le dauphin.

� Oh! oui; cependant votre pr�sence me rassure. Oh! quelle temp�te! quelle temp�te! Toutes les illuminations se sont �teintes.

� Oui, dit Louis, le vent souffle sud-sud-ouest, et c�est celui qui annonce les ouragans les plus acharn�s. S�il continue, je ne sais comment on fera pour tirer le feu d�artifice.

� Oh! monsieur, pour qui le tirerait-on? Personne ne restera dans les jardins par un temps pareil.

� Ah! madame, vous ne connaissez pas les Fran�ais, il leur faut leur feu d�artifice; celui-l� sera superbe; le plan m�en a �t� communiqu� par l�ing�nieur. Eh! tenez, voyez que je ne me trompais pas, voici les premi�res fus�es.

En effet, brillantes comme de longs serpents de flamme, les fus�es d�annonce s��lanc�rent vers le ciel; mais en m�me temps, comme si l�orage e�t pris ces jets br�lants pour un d�fi, un seul �clair, mais qui sembla fendre le ciel, serpenta entre les pi�ces d�artifice et m�la son feu bleu�tre au feu rouge des fus�es.

� En v�rit�, dit l�archiduchesse, c�est une impi�t� � l�homme que de lutter avec Dieu.

Ces fus�es d�annonce n�avaient pr�c�d� l�embrasement g�n�ral du feu d�artifice que de quelques secondes; l�ing�nieur sentait qu�il lui fallait se presser, et il mit le feu aux premi�res pi�ces, que salua une immense clameur de joie.

Mais, comme s�il y e�t en effet lutte entre la terre et le ciel; comme si, ainsi que l�avait dit l�archiduchesse, l�homme e�t commis une impi�t� envers son Dieu, l�orage, irrit�, couvrit de sa clameur immense la clameur populaire, et toutes les cataractes du ciel s�ouvrant � la fois, des torrents de pluie se pr�cipit�rent du haut des nues.

Le vent avait �teint les illuminations, l�eau �teignit le feu d�artifice.

� Ah! quel malheur! dit le dauphin, voil� le feu d�artifice manqu�!

� Eh! monsieur, r�pliqua tristement Marie-Antoinette, tout ne manque-t-il pas depuis mon arriv�e en France?

� Comment cela, madame?

� Avez-vous vu Versailles?

� Sans doute, madame. Versailles ne vous pla�t-il point?

� Oh! si fait, Versailles me plairait s�il �tait aujourd�hui tel que l�a laiss� votre illustre a�eul Louis XIV. Mais dans quel �tat avons-nous trouv� Versailles? Dites. Partout le deuil, la ruine. Oh! oui, oui, la temp�te s�accorde bien avec la f�te qu�on me fait. N�est-il pas convenable qu�il y ait un ouragan pour cacher � notre peuple les mis�res de notre palais? la nuit ne sera-t-elle pas favorable et bien venue qui cachera ces all�es pleines d�herbe, ces groupes de tritons vaseux, ces bassins sans eau et ces statues mutil�es? Oh! oui, oui, souffle, vent du sud; mugis, temp�te; amoncelez-vous, �pais nuages; cachez bien � tous les yeux l��trange r�ception que fait la France � une fille des C�sars, le jour o� elle met sa main dans la main de son roi futur!

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