Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
On a ramassé toutes ces choses à l’hôtel, quatre jours plus tôt.
Après avoir quitté la chambre de la jeune femme morte, Camille est redescendu au rez-de-chaussée où Armand prenait la déposition du réceptionniste, un jeune homme avec les cheveux couchés au gel sur le côté, comme si on venait de le gifler. Pour des raisons qui semblent purement pratiques, Armand s’est installé dans la salle du restaurant où les clients prennent leur petit déjeuner. Il a dit :
— Vous permettez ?
Sans attendre la réponse, il s’est servi un pot de café, quatre croissants, un verre de jus d’orange, une assiette de céréales, un œuf dur, deux tranches de jambon et quelques portions de fromage fondu. Tout en mangeant, il pose ses questions et il écoute très attentivement les réponses parce que même la bouche pleine, il peut rectifier :
— Vous m’avez dit vingt-deux heures trente tout à l’heure.
— Oui, dit le réceptionniste, effaré par l’appétit d’un flic aussi maigre, mais à cinq minutes près, on ne peut jamais dire…
Armand fait signe qu’il comprend. À la fin de l’interrogatoire, il va dire :
— Vous n’auriez pas une boîte ou quelque chose ?
Mais sans attendre la réponse, il va étaler trois serviettes en papier, y renverser un panier entier de viennoiseries et refermer proprement les quatre coins, faire un joli nœud, on dirait un petit baluchon pour faire un cadeau. Il dit au réceptionniste, préoccupé :
— Pour ce midi… Avec cette affaire, on n’aura pas le temps d’aller manger.
Il est sept heures et demie du matin.
Camille entre dans une salle destinée aux séminaires que Louis a réquisitionnée pour les dépositions. Il y interroge la femme de ménage qui a découvert Alex, une femme de cinquante ans au visage pâle, usée par le travail. Elle fait la maintenance après le repas du soir, rentre chez elle mais parfois, manque de personnel, elle doit revenir le matin, dès six heures pour le premier service de ménage. Elle est lourde, avec le dos creusé.
Normalement, elle n’entre dans les chambres qu’en fin de matinée et seulement après avoir longuement frappé et écouté à la porte parce qu’elle en a vu de ces scènes… Elle pourrait en raconter mais la présence du petit flic qui est entré et qui les observe, ça la glace un peu. Il ne dit rien, il reste là, les mains dans les poches de son manteau qu’il n’a pas quitté depuis son arrivée, il doit être malade ou frileux, cet homme. Sauf que ce matin, elle s’est trompée. Sur son papier, on lui a noté « 317 », le client est censé avoir quitté l’hôtel, c’est le feu vert pour le ménage.
— C’était mal écrit. J’ai lu « 314 », explique-t-elle.
Elle est assez véhémente, elle ne veut pas que ce soit sa faute, toute cette histoire. Elle n’y est pour rien.
— Si on avait bien écrit le numéro de la chambre, ça ne serait pas arrivé.
Pour calmer, pour rassurer, Louis pose sa belle main manucurée sur son avant-bras et ferme les yeux, il a vraiment des allures de cardinal, parfois. Pour la première fois depuis son entrée inopinée dans la chambre 314, la femme prend conscience qu’au-delà de cet impair regrettable, qu’elle ne cesse de ressasser, il y a avant tout une jeune femme de trente ans qui s’est donné la mort.
— J’ai tout de suite vu qu’elle était morte.
Elle se tait, cherche des mots, elle en a déjà vu, des cadavres dans sa vie. N’empêche, chaque fois, c’est inattendu, ça vous fauche.
— Ça m’a fait un de ces coups !
Elle pose sa main en travers de sa bouche, rien qu’à ce souvenir. Louis compatit silencieusement, Camille ne dit rien, il regarde, il attend.
— Une belle jeune fille comme ça. Qui avait l’air si vive…
— Vous lui avez trouvé l’air vif, vous ?
C’est Camille qui a posé la question.
— Bah, dans la chambre, non, évidemment… C’est pas ça que je veux dire…
Et, comme les deux hommes ne rebondissent pas, elle complète, elle veut bien faire, elle veut aider, en somme. Avec cette histoire de numéro de chambre, elle ne se défait pas de l’idée qu’on va finir par lui reprocher quelque chose. Elle veut se défendre.
— Quand je l’ai vue, la veille, elle avait l’air vive ! C’est ça que je veux dire ! Elle marchait d’un air décidé, quoi, je ne sais pas comment vous dire, moi !
Elle s’énerve. Louis reprend calmement :
— La veille, vous l’avez vue marcher où ?
— Bah, sur la rue là-bas devant ! Elle sortait avec ses sacs-poubelle.
Elle n’a pas eu le temps de terminer sa phrase, les deux hommes ont déjà disparu. Elle les a vus courir vers la sortie.
Camille a harponné au passage Armand et trois agents, tout le monde court vers la sortie. À droite et à gauche, de chaque côté de la rue, à une cinquantaine de mètres, un camion-poubelle avale les conteneurs que les employés chargent en courant, les flics hurlent mais de loin personne ne comprend ce qu’ils veulent. Camille remonte la rue avec Armand en gesticulant, Louis la descend, on brandit les cartes de police, les agents soufflent de toutes leurs forces dans leurs sifflets, ça a un effet paralysant sur les éboueurs, chacun suspend son geste. Les flics arrivent, hors d’haleine. Des flics qui arrêtent des poubelles, de carrière d’éboueur, on n’avait pas encore vu ça.
La femme de ménage, impressionnée, est conduite sur place comme une célébrité débutante entourée de reporters et d’admirateurs. Elle désigne l’endroit où elle se trouvait la veille au soir quand elle a croisé la jeune femme.
— J’arrivais en scooter, de là. Je l’ai vue ici. À peu près, hein ! je peux pas dire exactement.
On fait rouler une vingtaine de conteneurs jusque sur le parking de l’hôtel. Le patron s’affole aussitôt.
— Vous ne pouvez pas…, commence-t-il.
Camille l’interrompt :
— Qu’est-ce que je ne peux pas ?
Le patron renonce, vraiment une sale journée, les poubelles éventrées sur le parking, comme si ça ne suffisait pas, un suicide.
C’est Armand qui découvre les trois sacs.
Le flair. L’expérience.
53
Le dimanche matin, Camille ouvre la fenêtre à Doudouche pour qu’elle regarde le marché, elle adore. Et dès qu’il a terminé de déjeuner, il n’est même pas huit heures et il a très mal dormi, il entre dans une de ces longues périodes d’hésitation comme il en a toujours eu, où toutes les solutions semblent se balancer, où faire et ne pas faire revêt le même intérêt. Le terrible, dans ces incertitudes, c’est de savoir au fond de soi ce qui va finalement l’emporter. Faire mine de s’interroger n’est qu’une manière de recouvrir une décision discutable d’un semblant de rationalité.
C’est le jour de la vente aux enchères des œuvres de sa mère. Il a dit qu’il n’irait pas. Maintenant, il en est certain.
C’est presque comme si la vente était passée, Camille se projette dans l’après. Sa réflexion concerne maintenant son produit. Et cette idée de ne pas conserver cet argent, de le donner. Jusqu’ici, il s’est refusé à se demander combien il touchera. S’il ne veut pas compter, son cerveau a tout de même aligné les chiffres, c’est plus fort que lui. Il ne sera jamais aussi riche que Louis, mais tout de même. Pas loin de cent cinquante mille euros, selon lui. Peut-être plus, deux cents. Ça le fâche contre lui-même de faire ce genre de compte mais qui ne le ferait pas. À la mort d’Irène, les assurances ont payé l’appartement qu’ils avaient acheté et qu’il a aussitôt revendu. Avec le produit, il a acheté celui-ci, pris un petit crédit de complément que la vente des œuvres de sa mère pourrait rembourser. Ce genre de pensée est la première faille dans les meilleures résolutions. Il va se dire, je pourrais au moins payer les traites et donner le reste. Puis il se dira, payer les traites et changer de voiture et donner le reste. L’engrenage. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de reste. Il finira par envoyer deux cents euros à la recherche contre le cancer.