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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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Camille se lève, s’avance prudemment sur les planches de la véranda qui grincent et menacent de s’effondrer à leur tour. Il ne parvient pas à se souvenir où il était exactement.

À quoi ça sert, d’essayer de se souvenir ? À gagner du temps.

Alors Camille retourne vers la porte. Elle a été clouée à la va-vite mais ça ne sert plus à rien parce que les deux fenêtres du pignon ont été cassées, il ne reste pas un carreau. Il enjambe la fenêtre, retombe de l’autre côté, la vieille tomette rouge branle toujours sous les pieds, ses yeux commencent à accommoder.

Son cœur bat vite et fort, ses jambes peinent à le porter. Il s’avance de quelques pas.

Les murs, passés à la chaux, sont couverts d’inscriptions. Le lieu a été visité, squatté, on a posé un matelas, aujourd’hui éventré, deux assiettes, par terre portent des bougies brûlées jusqu’au bout et çà et là, des bouteilles vides, des canettes. Le vent s’engouffre dans la pièce. Un pan du toit est effondré, à l’angle de l’atelier, on a la vue sur la forêt.

Tout ça est terriblement triste parce qu’il ne reste plus rien à quoi accrocher son chagrin. Le chagrin lui-même est différent. Quelque chose lui revient, violemment, d’un coup, sans prévenir.

Le corps d’Irène, le bébé.

Camille tombe à genoux et fond en larmes.

49

Dans la chambre, Alex tourne lentement sur elle-même, nue, silencieuse, les yeux fermés, elle tient son tee-shirt à bout de bras comme un ruban de danse ou de gymnastique et elle laisse les images remonter, elle les revoit un à un, ses morts, dans un ordre étrange, aléatoire. Tandis que le tee-shirt, son étendard, effleure au passage les murs de la chambre en de grands tourbillons, revient à sa mémoire le visage bouffi de ce cafetier de Reims dont elle a oublié le nom, ses yeux exorbités, d’autres souvenirs remontent, Alex danse, tourne, tourne et son étendard devient son arme, voici maintenant le rictus épouvanté du chauffeur routier. Bobby. Elle se souvient de son nom à celui-là. Son tee-shirt roulé en boule autour de son poing s’abat sur la porte de la chambre et glisse lentement, comme pour planter un tournevis dans un œil imaginaire puis elle appuie, frotte pour faire entrer l’outil plus loin encore, la poignée de la porte semble hurler sous la pression, fait résistance, Alex tourne vigoureusement le poignet, l’arme s’enfonce et disparaît, Alex est heureuse, elle tourne et vole, danse et rit, et ainsi, un long moment, de son arme roulée en boule autour de son poing, Alex tue et retue, vit et revit. Puis la danse enfin s’épuise, comme la danseuse. Tous ces hommes l’ont-ils vraiment désirée ? Assise sur son lit, la bouteille de whisky serrée entre les genoux, Alex imagine le désir des hommes, tiens Félix, elle revoit ses yeux fiévreux. Lui, du désir, il en était plein. S’il était en face d’elle, elle le regarderait bien au fond des yeux, les lèvres légèrement entrouvertes, elle ferait comme ça, avec son tee-shirt dans les mains, elle caresserait lentement, savamment, la bouteille de whisky coincée entre ses genoux comme un phallus géant, il exploserait, le Félix, d’ailleurs c’est ce qu’il a fait, explosé en plein vol, l’ogive a volé de l’autre côté du lit. Détachée du corps de la fusée.

Alex jette dans les airs son tee-shirt qu’elle imagine sanguinolent et qui atterrit mollement, comme un oiseau de mer, sur le fauteuil défoncé, près de l’entrée.

Plus tard, la nuit est complètement tombée, le voisin a éteint son téléviseur et dort sans se rendre compte du miracle que c’est que de rester vivant à côté d’Alex.

Debout devant le lavabo, le plus loin possible pour se voir tout entière dans le miroir, nue, grave et un peu solennelle, Alex se regarde, sans rien faire, rien que ça, pour se voir.

Alors, c’est ça, Alex. Ça n’est que ça.

Il est impossible de ne pas pleurer quand vous êtes exactement en face de vous-même.

En elle, la fêlure craque, elle sent que ça s’effondre, qu’elle est rattrapée.

Cette image d’elle dans le miroir, c’est tellement fort.

Elle se retourne alors brusquement, dos au miroir, se met à genoux et, sans hésiter, se cogne violemment l’arrière de la tête contre la faïence du lavabo, une fois, deux, trois, quatre, cinq fois, très fort, chaque fois plus puissante que la précédente, au même endroit du crâne. Les chocs font un bruit infernal, comme un gong, parce que Alex y met toute son énergie. Au dernier coup, elle est assommée, désorientée, totalement en larmes. Il y a des choses fêlées, cassées dans ce crâne mais ça n’est pas d’aujourd’hui. Cassées depuis longtemps. Elle se lève en titubant, s’avance jusqu’au lit, s’effondre. Sa tête lui fait un mal incroyable, les douleurs arrivent en vagues serrées, elle en ferme les yeux, se demande si ça saigne en dessous, sur l’oreiller. De la main gauche elle attrape, avec toute la précision dont elle est encore capable, le tube de barbituriques, le pose sur son ventre, fait glisser avec précaution (quelle torture dans la tête !) le contenu complet dans sa main, avale tout d’un seul coup. Elle s’accoude maladroitement, se tourne vers la table de nuit, vacille, attrape la bouteille de whisky, la serre fort, le plus fort qu’elle le peut, et boit, au goulot, boit, boit, aussi longtemps que sa respiration le lui permet, elle vide plus de la moitié de la bouteille en quelques secondes, la lâche enfin, l’entend qui roule sur la moquette.

Alex s’effondre comme une masse sur le lit.

Elle contient à grand-peine les nausées qui l’assaillent.

Elle fond en larmes mais elle ne s’en rend pas compte.

Son corps est ici mais son esprit est déjà ailleurs.

Il roule sur lui-même. Tout s’enroule autour de sa vie, ce qu’il en reste se replie sur soi.

Son cerveau est soudain saisi de panique, c’est purement neuronal.

Ce qui va se passer maintenant ne concerne plus que son enveloppe ; instants comptés, instants sans retour, la conscience d’Alex est déjà ailleurs.

S’il y a un ailleurs.

50

L’établissement est sens dessus dessous. Accès bloqués, parking ceinturé, gyrophares, voitures, uniformes. Pour les clients, on dirait une série TV, sauf qu’il ne fait pas nuit. Dans les séries, ces choses-là, souvent, c’est la nuit. Il est sept heures du matin, le moment du coup de feu, les départs, l’agitation est à son comble. Depuis une heure le patron se désole pour la clientèle, se confond en excuses, distribue des assurances de toutes sortes, on se demande bien ce qu’il peut promettre.

Le patron de l’hôtel est à l’entrée lorsque Camille et Louis arrivent. Dès qu’il comprend la situation, Louis précède son chef, il a l’habitude, il préfère parler au patron de l’hôtel le premier, dans ce genre de circonstances, si on laisse faire Camille, c’est la guerre civile dans la demi-heure.

Alors, Louis, le geste bienveillant et compréhensif, éloigne le patron et le passage est libre. Camille suit un agent du commissariat local, c’est lui qui est arrivé le premier.

— J’ai tout de suite reconnu la fille de l’avis de recherche.

Il s’attend à des félicitations mais rien, ce petit flic est tout sauf aimable, il marche vite et on dirait qu’il est tout rassemblé à l’intérieur de lui-même, comme enfermé. Il refuse l’ascenseur, on monte à pied dans l’escalier en béton que personne n’emprunte et qui résonne comme une cathédrale.

L’agent ajoute tout de même :

— Tant que vous n’étiez pas là, on n’a laissé entrer personne.

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