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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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Louis attrape son carnet, son dossier. L’air de vouloir en finir rapidement avec des formalités pénibles.

— Donc, Thomas Vasseur, né le 16 décembre 1969.

— C’est dans le dossier, je crois.

Pas agressif mais cassant. Agacé.

— Oh oui, oui ! assure Louis avec une sincérité débordante. On doit juste vérifier que tout est en ordre. Pour boucler le dossier, rien d’autre. Votre sœur, à notre connaissance, a tué six personnes, cinq hommes et une femme. Sa mort nous empêche de reconstituer les événements. Il faut bien dire quelque chose aux familles, vous comprenez. Sans compter le juge.

Tiens, pense Camille, le juge, précisément. Il mourait d’envie de communiquer, celui-là, il n’a pas tardé à obtenir l’aval de sa hiérarchie, tout le monde mourait d’envie de communiquer. Ça n’est pas glorieux, une meurtrière en série qui se donne la mort, c’est moins valorisant qu’une arrestation, mais côté sécurité publique, tranquillité des citoyens, paix civile et tout le bordel, c’est toujours bon à prendre. La meurtrière est morte. C’est comme l’annonce de la mort du loup au Moyen Âge, on sait bien que ça ne change pas la face du monde mais ça soulage et ça donne le sentiment qu’une justice supérieure nous protège. La justice supérieure s’est donc vautrée. Vidard s’est rendu, comme à son corps défendant, devant les journalistes. À l’écouter, la meurtrière était tellement acculée par la police qu’elle n’avait pas d’autre possibilité que se rendre ou mourir. Camille et Louis ont vu ça sur le téléviseur du bistro. Louis était résigné, Camille rigolait en dedans. Depuis cet instant de gloire, le juge s’est calmé. Il a péroré devant les micros mais, à présent, la tâche d’en finir revient quand même aux flics.

Donc, il est question d’informer les familles des victimes. Thomas Vasseur comprend, il fait oui de la tête mais il reste irrité.

Louis s’absorbe un instant dans son dossier puis relève la tête, remonte sa mèche de la main gauche :

— Donc, né le 16 décembre 1969 ?

— Oui.

— Et vous êtes directeur des ventes dans une entreprise de location de jeux ?

— C’est ça, jeux de casinos, brasseries, boîtes de nuit, on loue des machines. Partout en France.

— Vous êtes marié, vous avez trois enfants.

— Voilà, vous savez tout.

Louis prend scrupuleusement note. Puis il relève la tête :

— Et vous aviez donc… sept ans de plus qu’Alex.

Cette fois, Thomas Vasseur fait simplement signe qu’il est d’accord.

— Alex n’a pas connu son père, dit Louis.

— Non. Mon père est mort assez jeune. Ma mère a eu Alex bien plus tard mais elle n’a pas voulu refaire sa vie avec cet homme-là. Il a disparu.

— Somme toute, comme père, elle n’a eu que vous.

— Je me suis occupé d’elle, oui. Pas mal. Elle en avait besoin.

Louis laisse filer. Le silence dure. Vasseur reprend :

— Alex était déjà, je veux dire, Alex était très instable.

— Oui, dit Louis. Instable, c’est ce que nous a dit votre maman.

Il fronce légèrement les sourcils.

— Nous n’avons retrouvé aucun épisode psychiatrique, il ne semble pas qu’elle ait été hospitalisée ou mise en observation.

— Alex n’était pas folle ! Elle était instable !

— Le manque de père…

— Le caractère, surtout. Très jeune, elle n’arrivait pas à se faire des amies, elle était renfermée, solitaire, ne parlait pas beaucoup. Et puis, pas de suite dans les idées.

Louis fait signe qu’il comprend. Et comme rien ne vient, il propose :

— Besoin d’être encadrée…

Difficile de savoir si c’est une question, une affirmation, un commentaire. Thomas Vasseur choisit d’entendre une question.

— Absolument, répond-il.

— Votre mère n’y suffisait pas.

— Ça ne remplace pas un père.

— Alex en parlait, de son père ? Je veux dire, elle posait des questions ? Elle demandait à le voir ?

— Non. Elle avait ce qu’il lui fallait à la maison.

— Vous et votre mère.

— Ma mère et moi.

— L’amour et l’autorité.

— Si vous voulez.

Le divisionnaire Le Guen s’occupe du juge Vidard. Il fait écran entre Camille et lui, il a tout ce qu’il faut pour ça, la stature, l’inertie, la patience. On peut penser ce qu’on veut de ce juge, il est peut-être désagréable mais Camille est vraiment encombrant. Depuis plusieurs jours, depuis le suicide de la fille, on entend des bruits. Verhœven n’est plus ce qu’il était, il est impossible dans le travail, plus à sa place dans les enquêtes d’envergure. Tout le monde se passe le mot, l’histoire de cette fille qui dézingue six personnes en deux ans, sans compter la manière, forcément, ça attire l’attention de tous et c’est vrai que Camille donne l’impression d’avoir toujours eu un train de retard. Jusqu’à la fin.

Le Guen relit les conclusions, le dernier rapport de Camille. Ils se sont vus, une heure avant. Il a demandé :

— Tu es sûr de ton coup, Camille ?

— Absolument.

Le Guen hoche la tête.

— Si tu le dis…

— Si tu préfères, je peux…

— Non non non non, le coupe Le Guen, je m’en occupe ! Je vais voir le juge moi-même, je lui explique, je te tiens au courant.

Camille lève les mains en signe de reddition.

— Quand même, Camille, qu’est-ce que tu as avec les juges ? Toujours en conflit, tout de suite, tout le temps ! On dirait que c’est plus fort que toi.

— C’est aux juges qu’il faut poser la question !

Derrière la question du divisionnaire, il y a tout de même un sous-entendu embarrassant : est-ce sa taille qui conduit ainsi Camille à s’opposer à l’autorité ?

— Et Pascal Trarieux, donc, vous l’avez connu au collège.

Thomas Vasseur, impatient, souffle en l’air, comme pour éteindre une bougie au plafond. Il montre qu’il prend sur lui et lâche un « oui » ferme, dense, le genre de oui qui, normalement, décourage de poser une autre question.

Cette fois, Louis ne se retranche pas derrière le dossier. Il a un avantage, c’est lui qui l’a interrogé, un mois plus tôt.

— À l’époque vous m’avez dit, je cite : « Si Pascal nous a cassé les couilles avec sa copine, sa Nathalie…! Remarquez, pour une fois qu’il en avait une ! »

— Et…?

— Et nous savons aujourd’hui que cette Nathalie était en fait votre sœur Alex.

— Vous le savez aujourd’hui, mais moi, à l’époque, je ne pouvais pas me douter…

Comme Louis ne dit rien, Vasseur se pense contraint de développer un peu :

— Vous savez, Pascal, c’était un garçon pas compliqué. Des filles, il n’en a jamais eu beaucoup. J’ai même pensé qu’il se vantait. Il en parlait tout le temps, de sa Nathalie, mais il ne la présentait à personne. Ça nous faisait plutôt marrer, en fait. Moi, en tout cas, je n’ai pas pris ça tellement au sérieux.

— C’est pourtant vous qui lui avez présenté Alex, à votre ami Pascal.

— Non. Et d’abord, ça n’était pas mon ami !

— Ah bon, c’était quoi ?

— Écoutez, je vais être franc. Pascal était une vraie buse, ce type avait un QI d’oursin. Alors, c’était un copain de collège, copain d’enfance si vous voulez mieux, je le croisais ici et là mais c’est tout. Ça n’était pas « un ami ».

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