Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
— Et maintenant, monsieur Vasseur, avec votre ADN, pensez-vous que ce sera suffisant ?
Jusqu’ici, Thomas Vasseur s’est montré très réactif. Ainsi formulée, l’accusation portée par le commandant Verhœven devrait le faire sauter en l’air. Or, pas du tout. Les flics le regardent, incertains de la conduite à adopter parce que Vasseur est maintenant plongé dans une réflexion très intense, il s’est absenté de l’interrogatoire, il n’est plus là. Il a posé ses coudes sur ses genoux, les mains grandes ouvertes se rejoignent dans un mouvement spasmodique, comme s’il applaudissait du bout des doigts. Son regard balaye le sol, très rapidement. Il tape du pied nerveusement. On deviendrait presque inquiet pour sa santé mentale mais il se relève brutalement, fixe Camille, il a arrêté tout mouvement.
— Elle l’a fait exprès…
On dirait vraiment qu’il se parle à lui-même. Mais c’est bien aux flics qu’il s’adresse :
— Elle a tout organisé pour me mettre ça sur le dos… Hein, c’est ça ?
Il est redescendu sur terre. Sa voix vibre d’excitation. Normalement, les flics devraient se montrer surpris par cette hypothèse, mais pas du tout. Louis reclasse minutieusement son dossier, Armand se cure consciencieusement les ongles avec un demi-trombone. Seul Camille est encore présent dans la conversation mais, pas décidé à intervenir, il a croisé ses mains à plat sur son bureau et il attend.
— J’ai giflé Alex…, dit Vasseur.
C’est une voix sans timbre, il regarde Camille mais c’est comme s’il se parlait à lui-même.
— Au café. Quand j’ai vu ses médicaments, ça m’a mis en colère. Elle a voulu me calmer, elle a passé sa main dans mes cheveux mais sa bague s’y est prise… Quand elle l’a retirée, elle m’a fait mal. Il y avait des cheveux accrochés. Ça a été un réflexe, je l’ai giflée. Mes cheveux…
Vasseur sort de sa torpeur.
— Depuis le début, elle a tout organisé, c’est ça ?
Il cherche du secours dans les regards. Il n’en trouve aucun. Armand, Louis, Camille, tous trois le fixent simplement.
— Vous savez que c’est un coup monté, hein ? C’est une manipulation pure et simple, vous le savez ! Cette histoire de billet pour Zurich, l’achat de la valise, le taxi qu’elle commande… c’est pour vous faire croire qu’elle voulait s’enfuir. Qu’elle n’avait pas l’intention de se suicider ! Elle me donne rendez-vous là où personne ne me verra, elle se frappe la tête contre le lavabo, elle essuie ses empreintes, elle laisse le tube de médicament avec les miennes, elle dépose un de mes cheveux par terre…
— Ce sera difficile à prouver, je le crains. Pour nous, vous étiez sur place, vous deviez vous débarrasser d’Alex, vous l’avez frappée, vous l’avez forcée à ingurgiter de l’alcool puis des barbituriques, vos empreintes et votre ADN confirment notre thèse.
Camille se lève.
— J’ai une bonne nouvelle et une mauvaise. La bonne, c’est que la garde à vue est levée. La mauvaise, c’est que vous êtes en état d’arrestation pour meurtre.
Camille sourit. Vasseur, effondré sur sa chaise, relève tout de même la tête.
— C’est pas moi ! Vous savez que c’est elle, hein ? Vous le savez !
Cette fois, c’est Camille qu’il apostrophe, personnellement :
— Vous savez parfaitement que ça n’est pas moi !
Camille continue de sourire.
— Vous avez montré que vous n’êtes pas ennemi de l’humour noir, monsieur Vasseur, je vais donc me permettre une pointe d’esprit. Je dirais que cette fois, c’est Alex qui vous a baisé.
À l’autre bout du bureau, Armand, qui vient de placer sa cigarette artisanale sur son oreille, s’est enfin levé, il est allé vers la porte, deux agents en uniforme entrent. Camille conclut simplement, sincèrement embêté :
— Désolé de vous avoir retenu ainsi aussi longtemps en garde à vue, monsieur Vasseur. Deux jours, je sais c’est très long. Mais les tests et les comparatifs ADN… Le Labo est un peu débordé. Deux jours, en ce moment, c’est quasiment le minimum.
62
C’est la cigarette d’Armand, allez savoir pourquoi, qui a servi de déclic, c’est inexplicable. Peut-être à cause de la pauvreté qu’évoque une cigarette fabriquée à partir de mégots. Camille marque le pas, tellement cette découverte le bouleverse. À aucun moment il ne doute, ça non plus ne s’explique pas, il est certain, voilà tout.
Louis marche dans le couloir, derrière lui, Armand, les épaules éternellement voûtées, le pas traînant, avec ses chaussures éculées, toujours les mêmes, propres mais vieilles, épuisées.
Camille rentre précipitamment dans son bureau et rédige un chèque de dix-huit mille euros. Il en tremble.
Puis il ramasse ses documents, reprend le couloir à pas rapides. Il est très ému, il réfléchira plus tard aux sentiments que ça implique.
Le voici presque aussitôt devant le bureau de son collègue. Il pose le chèque devant lui.
— C’est très gentil, Armand, ça m’a fait vraiment plaisir.
Armand arrondit la bouche, il en fait tomber le cure-dent en bois qu’il suçotait, regarde le chèque.
— Ah non, Camille, dit-il, presque offensé. Un cadeau, c’est un cadeau.
Camille sourit. Il approuve. Danse d’un pied sur l’autre.
Il fouille sa sacoche, prend le cliché qui représente l’autoportrait et le lui tend. Armand le saisit.
— Oh, c’est sympa, Camille. Vraiment sympa !
Il est sincèrement content.
Le Guen reste debout, deux marches plus bas que Camille. Il fait froid de nouveau, il est tard, c’est comme une nuit d’hiver avant l’heure.
— Bien, messieurs…, dit le juge en tendant la main au divisionnaire.
Puis il descend d’une marche et tend la main à Camille.
— Commandant…
Camille lui serre la main.
— Monsieur Vasseur va parler de machination, monsieur le juge. Il dit qu’il « va exiger la vérité ».
— Oui, j’ai cru comprendre, dit le juge.
Il semble absorbé un moment par cette pensée puis il se remue :
— Bah, la vérité, la vérité… Qui peut dire ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, commandant ! Pour nous, l’essentiel, ce n’est pas la vérité, c’est la justice, non ?
Camille sourit en hochant la tête.
REMERCIEMENTS
Merci à Samuel pour son infatigable gentillesse, à Gérald pour sa relecture toujours éclairée, à Joëlle pour ses conseils en matière médicale et à Cathy, mon affectueux sponsor. À l’équipe d’Albin Michel.
Enfin, bien sûr, à Pascaline, l’évidence.
Comme toujours, je dois beaucoup à bien des auteurs.
Dans l’ordre alphabétique : Louis Aragon, Marcel Aymé, Roland Barthes, Pierre Bost, Fédor Dostoïevski, Cynthia Fleury, John Harvey, Antonio Muñoz Molina, Boris Pasternak, Maurice Pons, Marcel Proust et quelques autres trouveront ici, pour le léger emprunt que je leur fais, l’expression de ma gratitude.