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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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Allons, se dit Camille en s’ébrouant. Concentre-toi sur l’essentiel.

Il abandonne Doudouche vers dix heures, traverse le marché et comme il fait froid et beau, il se rend à la Brigade à pied, ça prendra le temps que ça prendra. Camille marche aussi vite qu’il le peut mais il a de petites jambes. Et donc, passé l’obstination et la bonne résolution, il prend le métro.

C’est dimanche mais Louis a dit qu’il le rejoindrait à la Brigade vers treize heures.

Depuis son arrivée dans les locaux, Camille est en conversation silencieuse avec les objets alignés sur la grande table. On se croirait devant l’étal d’une petite fille le jour d’un vide-grenier.

Le soir de la découverte, après que le frère d’Alex eut procédé à la reconnaissance du corps à l’Institut médico-légal, on a demandé à Mme Prévost, la mère, de commenter ce qu’elle reconnaissait.

C’est une femme assez petite, énergique, au visage anguleux qui revendique ses cheveux blancs et ses vêtements usagés. Tout, chez elle, véhicule le même message : nous sommes de milieu modeste. Elle n’a pas voulu retirer son manteau ni poser son sac, elle avait vraiment hâte de repartir.

— Ça lui a fait quand même pas mal de nouvelles à digérer d’un seul coup, a dit Armand qui a été le premier à la recevoir. Votre fille s’est suicidée la nuit dernière après avoir assassiné au moins six personnes, c’est un peu désarmant, on peut comprendre.

Camille lui a longuement parlé dans le couloir pour la préparer à l’épreuve, elle va se trouver face à tant de choses personnelles de sa fille petite, puis jeune, puis adolescente, le genre d’objets sans grande valeur qui vous font un mal infini le jour où votre enfant meurt. Mme Prévost prend sur elle, ne pleure pas, dit qu’elle comprend mais quand elle se retrouve devant la table aux souvenirs, elle s’effondre, on lui apporte une chaise. Ces instants-là sont pénibles quand on est spectateur, on danse d’un pied sur l’autre, condamné à la patience, à l’inaction. Mme Prévost n’a pas lâché son sac, comme si elle était en visite, elle va rester assise, désigner les objets, il y en a beaucoup qu’elle ne connaît pas ou dont elle ne se souvient pas. Elle est souvent perplexe, incertaine, on dirait qu’elle est devant un portrait chinois de sa fille et qu’elle ne la reconnaît pas. Pour elle, ce sont comme des pièces détachées. Réduire sa fille disparue à cet étalage incohérent de broutilles revêt quelque chose d’injuste, l’émotion cède la place à l’indignation, elle tourne la tête dans tous les sens :

— Pourquoi elle gardait toutes ces saloperies, d’abord ? Vous êtes sûr que c’est à elle ?

Camille écarte les bras. Il met cette réaction au rang des défenses devant la violence de la situation, on rencontre souvent ça, chez les gens choqués, une certaine brutalité.

— Remarquez, reprend-elle, oui, ça, c’est bien à elle.

Elle désigne la petite tête de nègre en bois noir. Elle va pour raconter l’histoire mais elle renonce. Puis les pages des romans.

— Elle lisait beaucoup. Tout le temps.

Quand Louis arrive enfin, il est presque quatorze heures. Il commence par les feuillets. Demain dans la bataille pense à moi. Anna Karénine. Des passages sont soulignés à l’encre violette. Middlemarch, Le Docteur Jivago. Louis les a tous lus, Aurélien, Les Buddenbrook, on avait parlé de Duras, des œuvres complètes, mais dans le lot, il n’y a qu’une page ou deux de La Douleur. Louis ne fait pas de rapprochements entre les titres, il y a pas mal de romantisme dans tout ça, on s’y attendait, les jeunes filles sentimentales et les grandes meurtrières sont des êtres au cœur fragile.

Ils vont déjeuner. Pendant le repas Camille reçoit l’appel de l’ami de sa mère qui a organisé la vente aux enchères de ce matin. Ils n’ont pas grand-chose à se dire, Camille remercie à nouveau, il ne sait pas comment faire, il propose discrètement de l’argent. On devine qu’à l’autre bout, l’ami dit qu’on parlera de ça plus tard, qu’avant tout, il a fait ça pour Maud. Camille se tait, on convient de se voir bientôt en sachant qu’on ne le fera pas. Camille raccroche. Deux cent quatre-vingt mille euros. La vente aux enchères a fait exploser toutes les espérances. Le petit autoportrait, œuvre mineure, à lui seul, dix-huit mille euros.

Louis n’est pas surpris. Il connaît les cours, les cotes, il a l’expérience.

Deux cent quatre-vingt mille. Camille n’en revient pas. Il voudrait faire le calcul, ça fait combien de salaires ? Beaucoup. Ça le met mal à l’aise, l’impression que ses poches sont lourdes, en fait ce sont ses épaules. Il ploie un peu.

— J’ai fait une connerie de tout vendre ?

— Pas nécessairement, dit Louis, circonspect.

Camille se demande tout de même.

54

Rasé de près, visage rectangulaire, volontaire, des yeux vifs et une bouche expressive, charnue, gourmande. Il se tient très droit, avec un côté vaguement militaire s’il n’y avait ces cheveux bruns, ondulés, ramenés en arrière. La ceinture à boucle argentée souligne le volume d’un ventre qui se veut proportionnel à la position sociale, résultat des repas d’affaires ou du mariage ou du stress ou des trois. Il fait quarante ans passés. Il en a trente-sept. Il mesure plus d’un mètre quatre-vingts, il est large d’épaules. Louis n’est pas gros mais il est grand, et pourtant, à côté, on dirait un adolescent.

Camille l’a déjà vu à l’Institut médico-légal quand il est venu reconnaître le corps. Il a penché sur la table en aluminium un visage compassé, douloureux, il n’a rien dit, juste fait un signe de tête, oui c’est elle, on a rabattu le drap.

Ce jour-là, à l’IML, ils ne se sont pas parlé. C’est difficile de présenter des condoléances quand la défunte est une tueuse en série qui a ravagé la vie d’une demi-douzaine de familles. On ne sait pas quoi dire ; heureusement, ce n’est pas le rôle des flics.

Dans le couloir, au retour, Camille se taisait. Louis a dit :

— Je l’ai connu plus facétieux…

C’est vrai, s’est souvenu Camille, c’est Louis qui l’a rencontré la première fois lors de l’enquête sur la mort du fils Trarieux.

Lundi dix-sept heures. Les locaux de la Brigade criminelle.

Louis (costume Brioni, chemise Ralph Lauren, chaussures Forzieri) est à son bureau. Armand est à côté de lui, ses chaussettes tirebouchonnent sur ses chaussures.

Camille est assis sur une chaise assez loin, au fond du bureau, les pieds ballants, il est penché sur un bloc comme si l’affaire ne le concernait pas. Pour l’instant, il esquisse, de mémoire, le portrait ombrageux de Guadalupe Victoria qu’il a vu sur une pièce mexicaine.

— Le corps nous sera rendu quand ?

— Bientôt, dit Louis. Très bientôt.

— Ça fait déjà quatre jours…

— Oui, je sais, c’est toujours très long.

Objectivement, dans cet exercice, Louis atteint la perfection. Il a dû apprendre très tôt cette expression inimitable de commisération, un héritage de famille, héritage de caste. Ce matin, Camille le peindrait en saint Marc présentant le doge de Venise.

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