Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
— Je ne pense pas que ça va se passer comme ça, dit Camille.
Thomas se retourne :
— Ah bon ? Et ça va se passer comment, d’après vous ?
— D’après moi, vous allez vous rasseoir et répondre à nos questions.
— À quel sujet ?
— Vos relations sexuelles avec votre sœur.
Vasseur regarde tour à tour Louis et Camille et, faussement alarmé :
— Pourquoi, elle a porté plainte ?
Maintenant, il est franchement rigolard.
— Vous êtes vraiment des marrants, vous. Je ne vais pas vous faire des confidences, vous n’aurez pas ce plaisir.
Il croise les bras et penche la tête sur le côté comme un artiste qui cherche l’inspiration. Il prend un ton câlin :
— Pour dire la vérité, j’aimais beaucoup Alex. Vraiment beaucoup. Énormément. C’était une petite fille charmante, vous n’imaginez pas. Un peu maigrelette, visage ingrat mais tellement délicieuse. Et douce. Instable, certes. Elle avait besoin de beaucoup d’autorité, vous comprenez. Et de beaucoup d’amour. Souvent, les petites filles.
Il se tourne vers Louis et ouvre les mains, paumes en l’air, souriant :
— Comme vous l’avez dit, j’ai été un peu son papa !
Après quoi, il croise les bras de nouveau, satisfait :
— Alors, messieurs, Alex a déposé plainte pour viol ? Je peux en avoir une copie ?
55
D’après les calculs de Camille, les recoupements qu’il a faits, quand Thomas « vient dans sa chambre », Alex doit avoir un peu moins de onze ans. Lui, dix-sept. Pour arriver à ce résultat, il a fallu faire pas mal d’hypothèses et de déductions. Demi-frère. Protecteur. Ce qu’il y a comme violence dans cette histoire, se dit Camille. Et on me reproche d’être brutal…
Il revient à Alex. On a quelques photos de cette époque mais elles ne sont pas datées, on doit se référer aux éléments du décor (les voitures, les vêtements) pour les situer. Et au physique d’Alex. D’une image à l’autre, elle grandit.
Camille a pensé et repensé à l’histoire familiale. La mère, Carole Prévost, aide-soignante, épouse François Vasseur, ouvrier imprimeur, en 1969. Elle a vingt ans. Naissance de Thomas la même année. Mort de l’imprimeur en 1974. Le gamin a cinq ans et sans doute aucun souvenir de son père. Naissance d’Alex en 1976.
Du père inconnu :
« Il ne valait pas le coup », a dit Mme Vasseur d’un ton définitif, sans se rendre compte de l’énormité de ce qu’elle disait.
Pas trop le sens de l’humour. En même temps, être la mère d’une fille six fois meurtrière, ça n’incite pas à la plaisanterie. Camille n’a pas voulu lui montrer les quelques photos trouvées dans les affaires d’Alex, il les a retirées de la table. Au contraire, il lui en a demandé d’autres. Il en a obtenu tout un lot. Avec Louis, ils les ont classées, ils ont noté les lieux, les années, les personnages que Mme Vasseur leur a indiqués. Thomas, lui, n’a fourni aucune photo, il dit qu’il n’en a pas.
Sur celles d’Alex enfant, on voit une petite fille d’une maigreur insensée, au visage creux. Les os des pommettes font saillie dans le visage et les yeux sont sombres, la bouche, mince, reste pincée. Elle pose sans envie. C’est à la plage, on voit des ballons, des parasols, le soleil est de face. Le Lavandou, a dit Mme Vasseur. Les deux enfants. Alex, dix ans, Thomas, dix-sept. Il la domine de la tête et des épaules. Elle porte un maillot de bain deux pièces, elle pourrait se passer du haut, c’est une coquetterie. On ferait le tour de ses poignets avec deux doigts. Les jambes sont si maigres qu’on ne voit que les genoux. Les pieds ne sont pas parallèles, ils rentrent un peu en dedans. Maladive, souffreteuse, ça ne serait rien encore mais ses traits sont disgracieux. Rien que ses épaules, il faut voir. C’est franchement bouleversant quand on sait.
C’est à cette époque à peu près que Thomas commence à venir dans sa chambre. Un peu avant ou un peu après, ça ne change rien. Parce que les photos de la période suivante ne sont pas plus encourageantes. Voici Alex, disons treize ans. Photo de groupe, photo de famille. Alex à droite, sa mère au centre, Thomas à gauche. La terrasse d’un pavillon de banlieue. Un anniversaire. « Chez mon défunt frère », a dit Mme Vasseur, en disant cela, elle s’est signée rapidement. Un simple geste ouvre parfois des perspectives inouïes. Dans la famille Prévost, on croit, ou on a cru, en tout cas on se signe. Selon Camille, ça ne présage rien de bon pour la petite. Alex a un peu grandi, pas beaucoup mais elle pousse tout en hauteur, toujours aussi maigre, dégingandée, on sent la fille maladroite, mal à l’aise dans son corps. Elle déclenche inévitablement chez vous un désir de protection. Sur cette photo, elle est un peu derrière les autres. Au dos, bien plus tard, écriture adulte, Alex a écrit : « La reine mère ». Elle ne fait pas très royale, Mme Vasseur, plutôt femme de ménage endimanchée, elle tourne la tête et sourit à son fils.
— Robert Praderie.
Armand a pris le relais. Il note les réponses avec un stylo à bille neuf, sur un carnet neuf. Jour de fête à la Criminelle.
— Connais pas. C’est une des victimes d’Alex, non ?
— Oui, dit Armand. Il était chauffeur routier. Son corps a été retrouvé sur une aire de l’autoroute de l’Est, dans son camion. Alex lui a planté un tournevis dans l’œil, un autre dans la gorge et lui a déversé un demi-litre d’acide sulfurique dans le larynx.
Thomas réfléchit.
— Elle avait peut-être une dent contre lui…
Armand ne sourit pas. C’est sa force, on dirait qu’il ne comprend pas ce qu’on lui dit ou que ça l’indiffère, en fait, il est concentré.
— Oui, sans doute, dit-il. Alex était un peu colérique, à ce qu’il semble.
— Les filles…
Sous-entendu, vous savez comment elles sont. Vasseur est du genre à dire quelque chose de salace et à chercher du regard la complicité des autres. On trouve ça chez les vieux beaux, chez les impuissants, chez les pervers, en fait, on le voit souvent chez les hommes.
— Et donc, Robert Praderie, reprend Armand, ça ne vous dit rien de particulier ?
— Rien du tout. Ça devrait ?
Armand ne répond pas, fouille dans son dossier.
— Et Gattegno, Bernard ?
— Vous allez les passer en revue un par un ?
— Ça n’en fait que six, ça ira vite.
— Quel rapport j’ai avec tout ça, moi ?
— Eh bien, le rapport avec vous, c’est que Bernard Gattegno, lui, vous le connaissiez.
— M’étonnerait !
— Mais si, rappelez-vous ! Gattegno, garagiste à Étampes. Vous lui avez acheté une moto en… (il vérifie dans son dossier)… en 1988.
Vasseur réfléchit et concède :
— Peut-être. Ça remonte à loin. En 1988, j’avais dix-neuf ans, vous parlez si je me souviens de ça…
— Pourtant…
Armand feuillette une à une les pages volantes de son dossier.
— Voila. Nous avons un témoignage d’un ami de M. Gattegno qui se souvient très bien de vous. Vous étiez de grands amateurs de moto, à l’époque, vous avez fait des sorties, des virées…
— Quand ?
— Années 88, 89…
— Et vous vous souvenez de tous les gens que vous avez connus en 1988, vous ?
— Non, mais ce n’est pas à moi que la question est posée, c’est à vous.
Thomas Vasseur prend un air fatigué.
— Bon, admettons. Des virées en moto. Il y a vingt ans. Et alors ?