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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Gilbert �couta.

� Dans quelques mois, dit-il, je ne r�pondrais pas non; mais, aujourd�hui, je dois vous dire: �Merci, monsieur le comte, votre proposition est �blouissante pour un malheureux; toutefois, je la refuse.�

� La vengeance d�un moment ne vaut pas un avenir de cinquante ann�es, peut-�tre?

� Monsieur, ma fantaisie ou mon caprice vaut toujours pour moi plus que tout l�univers, au moment o� j�ai cette fantaisie ou ce caprice. D�ailleurs, outre la vengeance, j�ai un devoir � remplir.

� Voici tes vingt mille livres, r�pliqua Balsamo sans h�sitation.

Gilbert prit deux billets de caisse, et, regardant son bienfaiteur:

� Vous obligez comme un roi! dit-il.

� Oh! mieux, j�esp�re, dit Balsamo; car je ne demande pas m�me qu�on me garde un souvenir.

� Bien; mais je suis reconnaissant, comme vous disiez tout � l�heure, et, lorsque ma t�che sera remplie, je vous paierai ces vingt mille livres.

� Comment?

� En me mettant � votre service autant d�ann�es qu�il en faut � un serviteur pour payer vingt mille livres � son ma�tre.

� Tu es encore cette fois illogique, Gilbert. Tu me disais, il n�y a qu�un moment: �Je vous demande vingt mille livres, que vous me devez.�

� C�est vrai; mais vous m�avez gagn� le c�ur.

� J�en suis aise, dit Balsamo sans aucune expression. Ainsi, tu seras � moi, si je veux?

� Oui.

� Que sais-tu faire?

� Rien; mais tout est dans moi.

� C�est vrai.

� Mais je veux avoir dans ma poche un moyen de quitter la France en deux heures, si besoin �tait.

� Ah! voil� mon service d�sert�.

� Je saurai bien vous revenir.

� Et je saurai bien te retrouver. Voyons, terminons l�, causer si longuement me fatigue. Avance la table.

� Voici.

� Passe-moi les papiers qui sont dans ce petit carton sur le chiffonnier.

� Voici.

Balsamo prit les papiers, et lut � mi-voix les lignes sur un des papiers couvert de trois signatures, ou plut�t de trois chiffres �tranges.

�Le 15 d�cembre, au Havre, pour Boston, P. J. l�Adonis.�

� Que penses-tu de l�Am�rique, Gilbert?

� Que ce n�est pas la France, et qu�il me sera fort doux d�aller par mer, � un moment donn�, dans un pays quelconque qui ne sera pas la France.

� Bien!� Vers le 15 d�cembre: n�est-ce pas ce moment donn� dont tu parles?

Gilbert compta sur ses doigts en r�fl�chissant.

� Pr�cis�ment, dit-il.

Balsamo prit une plume et se contenta d��crire sur une feuille blanche ces deux lignes:

�Recevez sur l�Adonis un passager.

Joseph Balsamo.�

� Mais ce papier est dangereux, dit Gilbert, et moi qui cherche un g�te, je pourrai bien trouver la Bastille.

� � force d�avoir de l�esprit, on ressemble � un sot, dit le comte. L�Adonis, mon cher monsieur Gilbert, est un navire marchand dont je suis le principal armateur.

� Pardonnez-moi, monsieur le comte, dit Gilbert en s�inclinant; je suis, en effet, un mis�rable � qui la t�te tourne quelquefois, mais jamais deux fois de suite; pardonnez-moi donc, et croyez � toute ma reconnaissance.

� Allez, mon ami.

� Adieu, monsieur le comte.

� Au revoir, dit Balsamo en lui tournant le dos.

Chapitre 156. Derni�re audience

En novembre, c�est-�-dire plusieurs mois apr�s les �v�nements que nous avons racont�s, Philippe de Taverney sortit de grand matin pour la saison, c�est-�-dire au petit jour, de la maison qu�il habitait avec sa s�ur. D�j� s��taient �veill�es, sous les lanternes encore allum�es, toutes les petites industries parisiennes: les petits g�teaux fumants que le pauvre marchand de la campagne d�vore comme un r�gal � l�air vif du matin, les hottes charg�es de l�gumes, les charrettes pleines de poissons et d�hu�tres qui courent � la halle, et, dans ce mouvement de la foule laborieuse, une sorte de r�serve impos�e aux travailleurs par le respect du sommeil des riches.

Philippe se h�ta de traverser le quartier populeux et embarrass� qu�il habitait pour gagner les Champs-�lys�es, absolument d�serts.

Les feuilles tournoyaient rouill�es � la cime des arbres; la plus grande partie jonchait d�j� les all�es battues du Cours la Reine, et les jeux de boule, abandonn�s � cette heure, �taient cach�s sous un �pais tapis de ces feuilles frissonnantes.

Le jeune homme �tait v�tu, comme les bourgeois les plus ais�s de Paris, d�un habit � larges basques, d�une culotte et de bas de soie; il portait l��p�e; sa coiffure, tr�s soign�e, annon�ait qu�il avait d� se livrer bien longtemps avant le jour aux mains du perruquier, ressource supr�me de toute la beaut� de cette �poque.

Aussi, quand Philippe s�aper�ut que le vent du matin commen�ait � d�ranger sa coiffure et � disperser la poudre, promena-t-il un regard plein de d�plaisir sur l�avenue des Champs-�lys�es, pour voir si quelqu�une des voitures de louage affect�es au service de cette route ne se serait pas d�j� mise en chemin.

Il n�attendit pas longtemps: un carrosse us�, fan�, bris�, tir� par une maigre jument isabelle, commen�ait � cahoter la route; son cocher, � l��il vigilant et morne, cherchait au loin un voyageur dans les arbres, comme �n�e un de ses vaisseaux dans les vagues de la mer Tyrrh�nienne.

En apercevant Philippe, l�autom�don fit sentir plus �nergiquement le fouet � sa jument; si bien que le carrosse rejoignit le voyageur.

� Arrangez-vous de fa�on, dit Philippe, qu�� neuf heures pr�cises je sois � Versailles, et vous aurez un demi-�cu.

� neuf heures, en effet, Philippe avait de la dauphine une de ces audiences matinales comme elle commen�ait � en donner. Vigilante et s�affranchissant de toute loi d��tiquette, la princesse avait l�habitude de visiter le matin les travaux qu�elle faisait ex�cuter dans Trianon; et, trouvant sur son passage les solliciteurs � qui elle avait accord� un entretien, elle terminait rapidement avec eux, avec une pr�sence d�esprit et une affabilit� qui n�excluaient point la dignit�, parfois m�me la hauteur, quand elle s�apercevait qu�on se m�prenait � ses d�licatesses.

Philippe avait d�abord r�solu de faire la route � pied, car il en �tait r�duit aux plus dures �conomies; mais le sentiment de l�amour-propre, ou peut-�tre seulement celui d�un respect que tout militaire ne perd jamais pour sa tenue vis-�-vis du sup�rieur, avait forc� le jeune homme � d�penser une journ�e d��conomies pour se rendre en habit d�cent � Versailles.

Philippe comptait bien revenir � pied. Sur le m�me degr� de l��chelle, partis de deux points oppos�s, le patricien Philippe et le pl�b�ien Gilbert s��taient, comme on voit, rencontr�s.

Philippe revit, avec le c�ur serr�, tout ce Versailles encore magique, o� tant de r�ves dor�s et roses l�avaient enchant� de leurs promesses. Il revit avec le c�ur bris� Trianon, souvenir de malheur et de honte; � neuf heures pr�cises, il longeait, muni de sa lettre d�audience, le petit parterre aux abords du pavillon.

Il aper�ut, � une distance de cent pas environ, la princesse causant avec son architecte, envelopp�e de fourrures de martre, bien qu�il ne f�t pas un temps froid; la jeune dauphine, avec un petit chapeau comme les dames de Watteau, se d�tachait sur les haies d�arbres verts. Quelquefois le son de sa voix argentine et vibrante arrivait jusqu�� Philippe, et remuait en lui des sentiments qui, d�ordinaire, effacent tout ce qui est chagrin dans un c�ur bless�.

Plusieurs personnes, favoris�es d�audiences comme Philippe, se pr�sent�rent les unes apr�s les autres � la porte du pavillon, dans l�antichambre duquel un huissier les venait chercher � tour de r�le. Plac�es sur le passage de la princesse chaque fois qu�elle revenait en sens inverse, avec Mique, ces personnes recevaient un mot de Marie-Antoinette, ou m�me la faveur sp�ciale d�un �change de quelques paroles dites en particulier.

Puis la princesse attendait qu�une autre visite se pr�sent�t.

Philippe demeurait le dernier. Il avait vu d�j� les yeux de la dauphine se tourner vers lui, comme si elle e�t cherch� � le reconna�tre; alors il rougissait et t�chait de prendre, � sa place, l�attitude la plus modeste et la plus patiente.

L�huissier vint enfin lui demander s�il ne se pr�sentait pas aussi, attendu que madame la dauphine n�allait pas tarder � rentrer, et que, une fois rentr�e, elle ne recevait plus personne.

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