Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Gilbert �couta.
� Dans quelques mois, dit-il, je ne r�pondrais pas non; mais, aujourd�hui, je dois vous dire: �Merci, monsieur le comte, votre proposition est �blouissante pour un malheureux; toutefois, je la refuse.�
� La vengeance d�un moment ne vaut pas un avenir de cinquante ann�es, peut-�tre?
� Monsieur, ma fantaisie ou mon caprice vaut toujours pour moi plus que tout l�univers, au moment o� j�ai cette fantaisie ou ce caprice. D�ailleurs, outre la vengeance, j�ai un devoir � remplir.
� Voici tes vingt mille livres, r�pliqua Balsamo sans h�sitation.
Gilbert prit deux billets de caisse, et, regardant son bienfaiteur:
� Vous obligez comme un roi! dit-il.
� Oh! mieux, j�esp�re, dit Balsamo; car je ne demande pas m�me qu�on me garde un souvenir.
� Bien; mais je suis reconnaissant, comme vous disiez tout � l�heure, et, lorsque ma t�che sera remplie, je vous paierai ces vingt mille livres.
� Comment?
� En me mettant � votre service autant d�ann�es qu�il en faut � un serviteur pour payer vingt mille livres � son ma�tre.
� Tu es encore cette fois illogique, Gilbert. Tu me disais, il n�y a qu�un moment: �Je vous demande vingt mille livres, que vous me devez.�
� C�est vrai; mais vous m�avez gagn� le c�ur.
� J�en suis aise, dit Balsamo sans aucune expression. Ainsi, tu seras � moi, si je veux?
� Oui.
� Que sais-tu faire?
� Rien; mais tout est dans moi.
� C�est vrai.
� Mais je veux avoir dans ma poche un moyen de quitter la France en deux heures, si besoin �tait.
� Ah! voil� mon service d�sert�.
� Je saurai bien vous revenir.
� Et je saurai bien te retrouver. Voyons, terminons l�, causer si longuement me fatigue. Avance la table.
� Voici.
� Passe-moi les papiers qui sont dans ce petit carton sur le chiffonnier.
� Voici.
Balsamo prit les papiers, et lut � mi-voix les lignes sur un des papiers couvert de trois signatures, ou plut�t de trois chiffres �tranges.
�Le 15 d�cembre, au Havre, pour Boston, P. J. l�Adonis.�
� Que penses-tu de l�Am�rique, Gilbert?
� Que ce n�est pas la France, et qu�il me sera fort doux d�aller par mer, � un moment donn�, dans un pays quelconque qui ne sera pas la France.
� Bien!� Vers le 15 d�cembre: n�est-ce pas ce moment donn� dont tu parles?
Gilbert compta sur ses doigts en r�fl�chissant.
� Pr�cis�ment, dit-il.
Balsamo prit une plume et se contenta d��crire sur une feuille blanche ces deux lignes:
�Recevez sur l�Adonis un passager.
Joseph Balsamo.�
� Mais ce papier est dangereux, dit Gilbert, et moi qui cherche un g�te, je pourrai bien trouver la Bastille.
� � force d�avoir de l�esprit, on ressemble � un sot, dit le comte. L�Adonis, mon cher monsieur Gilbert, est un navire marchand dont je suis le principal armateur.
� Pardonnez-moi, monsieur le comte, dit Gilbert en s�inclinant; je suis, en effet, un mis�rable � qui la t�te tourne quelquefois, mais jamais deux fois de suite; pardonnez-moi donc, et croyez � toute ma reconnaissance.
� Allez, mon ami.
� Adieu, monsieur le comte.
� Au revoir, dit Balsamo en lui tournant le dos.
Chapitre 156. Derni�re audience
En novembre, c�est-�-dire plusieurs mois apr�s les �v�nements que nous avons racont�s, Philippe de Taverney sortit de grand matin pour la saison, c�est-�-dire au petit jour, de la maison qu�il habitait avec sa s�ur. D�j� s��taient �veill�es, sous les lanternes encore allum�es, toutes les petites industries parisiennes: les petits g�teaux fumants que le pauvre marchand de la campagne d�vore comme un r�gal � l�air vif du matin, les hottes charg�es de l�gumes, les charrettes pleines de poissons et d�hu�tres qui courent � la halle, et, dans ce mouvement de la foule laborieuse, une sorte de r�serve impos�e aux travailleurs par le respect du sommeil des riches.
Philippe se h�ta de traverser le quartier populeux et embarrass� qu�il habitait pour gagner les Champs-�lys�es, absolument d�serts.
Les feuilles tournoyaient rouill�es � la cime des arbres; la plus grande partie jonchait d�j� les all�es battues du Cours la Reine, et les jeux de boule, abandonn�s � cette heure, �taient cach�s sous un �pais tapis de ces feuilles frissonnantes.
Le jeune homme �tait v�tu, comme les bourgeois les plus ais�s de Paris, d�un habit � larges basques, d�une culotte et de bas de soie; il portait l��p�e; sa coiffure, tr�s soign�e, annon�ait qu�il avait d� se livrer bien longtemps avant le jour aux mains du perruquier, ressource supr�me de toute la beaut� de cette �poque.
Aussi, quand Philippe s�aper�ut que le vent du matin commen�ait � d�ranger sa coiffure et � disperser la poudre, promena-t-il un regard plein de d�plaisir sur l�avenue des Champs-�lys�es, pour voir si quelqu�une des voitures de louage affect�es au service de cette route ne se serait pas d�j� mise en chemin.
Il n�attendit pas longtemps: un carrosse us�, fan�, bris�, tir� par une maigre jument isabelle, commen�ait � cahoter la route; son cocher, � l��il vigilant et morne, cherchait au loin un voyageur dans les arbres, comme �n�e un de ses vaisseaux dans les vagues de la mer Tyrrh�nienne.
En apercevant Philippe, l�autom�don fit sentir plus �nergiquement le fouet � sa jument; si bien que le carrosse rejoignit le voyageur.
� Arrangez-vous de fa�on, dit Philippe, qu�� neuf heures pr�cises je sois � Versailles, et vous aurez un demi-�cu.
� neuf heures, en effet, Philippe avait de la dauphine une de ces audiences matinales comme elle commen�ait � en donner. Vigilante et s�affranchissant de toute loi d��tiquette, la princesse avait l�habitude de visiter le matin les travaux qu�elle faisait ex�cuter dans Trianon; et, trouvant sur son passage les solliciteurs � qui elle avait accord� un entretien, elle terminait rapidement avec eux, avec une pr�sence d�esprit et une affabilit� qui n�excluaient point la dignit�, parfois m�me la hauteur, quand elle s�apercevait qu�on se m�prenait � ses d�licatesses.
Philippe avait d�abord r�solu de faire la route � pied, car il en �tait r�duit aux plus dures �conomies; mais le sentiment de l�amour-propre, ou peut-�tre seulement celui d�un respect que tout militaire ne perd jamais pour sa tenue vis-�-vis du sup�rieur, avait forc� le jeune homme � d�penser une journ�e d��conomies pour se rendre en habit d�cent � Versailles.
Philippe comptait bien revenir � pied. Sur le m�me degr� de l��chelle, partis de deux points oppos�s, le patricien Philippe et le pl�b�ien Gilbert s��taient, comme on voit, rencontr�s.
Philippe revit, avec le c�ur serr�, tout ce Versailles encore magique, o� tant de r�ves dor�s et roses l�avaient enchant� de leurs promesses. Il revit avec le c�ur bris� Trianon, souvenir de malheur et de honte; � neuf heures pr�cises, il longeait, muni de sa lettre d�audience, le petit parterre aux abords du pavillon.
Il aper�ut, � une distance de cent pas environ, la princesse causant avec son architecte, envelopp�e de fourrures de martre, bien qu�il ne f�t pas un temps froid; la jeune dauphine, avec un petit chapeau comme les dames de Watteau, se d�tachait sur les haies d�arbres verts. Quelquefois le son de sa voix argentine et vibrante arrivait jusqu�� Philippe, et remuait en lui des sentiments qui, d�ordinaire, effacent tout ce qui est chagrin dans un c�ur bless�.
Plusieurs personnes, favoris�es d�audiences comme Philippe, se pr�sent�rent les unes apr�s les autres � la porte du pavillon, dans l�antichambre duquel un huissier les venait chercher � tour de r�le. Plac�es sur le passage de la princesse chaque fois qu�elle revenait en sens inverse, avec Mique, ces personnes recevaient un mot de Marie-Antoinette, ou m�me la faveur sp�ciale d�un �change de quelques paroles dites en particulier.
Puis la princesse attendait qu�une autre visite se pr�sent�t.
Philippe demeurait le dernier. Il avait vu d�j� les yeux de la dauphine se tourner vers lui, comme si elle e�t cherch� � le reconna�tre; alors il rougissait et t�chait de prendre, � sa place, l�attitude la plus modeste et la plus patiente.
L�huissier vint enfin lui demander s�il ne se pr�sentait pas aussi, attendu que madame la dauphine n�allait pas tarder � rentrer, et que, une fois rentr�e, elle ne recevait plus personne.