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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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M. de Sartine fut pris d�une toux d�irritation.

Balsamo s�arr�ta, et attendit tranquillement que la toux f�t calm�e.

� Donc, continua-t-il quand le lieutenant de police lui en laissa le loisir, voil� le sp�culateur au grenier enrichi du surcro�t de la valeur; voyons, est ce clair, cela?

� Parfaitement clair, dit M. de Sartine; mais, � ce que je vois, monsieur, vous auriez la pr�tention de me d�noncer une conspiration ou un crime dont Sa Majest� serait l�auteur.

� Justement, reprit Balsamo, vous comprenez.

� C�est hardi, monsieur, et je suis v�ritablement curieux de savoir comment le roi prendra votre accusation; j�ai bien peur que le r�sultat ne soit pr�cis�ment le m�me que je me proposais en feuilletant les papiers de cette cassette avant votre arriv�e; prenez-y garde, monsieur, vous aboutirez toujours � la Bastille.

� Ah! voil� que vous ne me comprenez plus.

� Comment cela?

� Mon Dieu, que vous me jugez mal et que vous me faites tort, monsieur, en me prenant pour un sot! Comment, vous vous figurez que je vais m�aller attaquer au roi, moi, un ambassadeur, un curieux?� Mais ce que vous dites l� serait l��uvre d�un niais. �coutez-moi donc jusqu�au bout, je vous prie.

M. de Sartine fit un mouvement de t�te.

� Ceux qui ont d�couvert cette conspiration contre le peuple fran�ais� � pardonnez-moi le temps pr�cieux que je vous prends, monsieur; mais vous verrez tout � l�heure que ce n�est point du temps perdu � ceux qui ont d�couvert cette conspiration contre le peuple fran�ais sont des �conomistes, qui, tr�s laborieux, tr�s minutieux, en appliquant leur loupe investigatrice sur ce tripotage, ont remarqu� que le roi ne jouait pas seul. Ils savent bien que Sa Majest� tient un registre exact du taux des grains sur les divers march�s; ils savent bien que Sa Majest� se frotte les mains quand la hausse lui a produit huit ou dix mille �cus; mais ils savent aussi qu�� c�t� de Sa Majest� est un homme dont la position facilite les march�s, un homme qui, tout naturellement, gr�ce � certaines fonctions � c�est un fonctionnaire, vous comprenez � surveille les achats, les arrivages, les encaissements, un homme, enfin, qui s�entremet pour le roi; or, les �conomistes, les gens � loupe, comme je les appelle, ne s�attaquent pas au roi, attendu que ce ne sont point des imb�ciles, mais � l�homme, mon cher monsieur, mais au fonctionnaire, mais � l�agent qui tripote pour Sa Majest�.

M. de Sartine essaya de rendre l��quilibre � sa perruque, mais ce fut en vain.

� Or, continua Balsamo, j�arrive au fait. De m�me que vous saviez, vous qui avez une police, que j��tais M. le comte de F�nix, je sais, moi, que vous �tes M. de Sartine.

� Eh bien, apr�s? dit le magistrat embarrass�. Oui, je suis M. de Sartine. La belle affaire!

� Ah! mais comprenez donc, ce M. de Sartine est pr�cis�ment l�homme aux carnets, aux tripotages, aux encaissements, celui qui, soit � l�insu du roi, soit � sa connaissance, trafique des estomacs de vingt-sept millions de Fran�ais que ses fonctions lui prescrivent de nourrir aux meilleures conditions possibles. Or, figurez-vous un peu l�effet d�une d�couverte pareille! Vous �tes peu aim� du peuple: le roi n�est pas un homme tendre; aussit�t que le cri des affam�s demandera votre t�te, Sa Majest�, pour �carter tout soup�on de connivence avec vous, s�il y a connivence, ou pour faire justice, s�il n�y a pas complicit�, Sa Majest� se h�tera de vous faire accrocher � un gibet pareil � celui d�Enguerrand de Marigny, vous rappelez-vous?

� Imparfaitement, dit M. de Sartine fort p�le, et vous faites preuve de bien mauvais go�t, monsieur, ce me semble, en parlant gibet � un homme de ma condition.

� Oh! si je vous en parle, mon cher monsieur, dit Balsamo, c�est qu�il me semble encore le voir, ce pauvre Enguerrand. C��tait, je vous jure, un parfait gentilhomme de Normandie, d�une tr�s ancienne famille et d�une tr�s noble maison. Il �tait chambellan de France, capitaine du Louvre, intendant des finances et des b�timents; il �tait comte de Longueville, qui est comt� plus consid�rable que celui d�Alby qui est le v�tre. Eh bien, monsieur, je l�ai vu accroch� au gibet de Montfaucon qu�il avait fait construire; et, Dieu merci! ce n�est pas faute de lui avoir r�p�t�: �Enguerrand, mon cher Enguerrand, prenez garde! vous taillez dans les finances avec une largeur que Charles de Valois ne vous pardonnera pas.� Il ne m��couta point, monsieur, et p�rit malheureusement. H�las! si vous saviez combien j�en ai vu de pr�fets de police, depuis Ponce-Pilate, qui condamna J�sus-Christ, jusqu�� M. Bertin de Belle-Isle, comte de Bourdeilles, seigneur de Brant�me, votre pr�d�cesseur, qui a �tabli les lanternes et d�fendu les bouquets!

M. de Sartine se leva, essayant en vain de dissimuler l�agitation � laquelle il �tait en proie.

� Eh bien, dit-il, vous m�accuserez si vous voulez; que m�importe le t�moignage d�un homme comme vous, qui ne tient � rien?

� Prenez garde, monsieur! dit Balsamo, ce sont souvent ceux qui ont l�air de ne tenir � rien qui tiennent � tout; et, lorsque j��crirai dans tous ses d�tails l�histoire de ces bl�s accapar�s � mon correspondant ou � Fr�d�ric, qui est philosophe, comme vous savez; lorsque Fr�d�ric se sera empress� d��crire la chose, comment�e de sa main, � M. Arouet de Voltaire; lorsque celui-ci en aura fait avec sa plume, que vous connaissez de r�putation au moins, je l�esp�re, un petit conte drolatique dans le genre de l�Homme aux quarante �cus. Lorsque M. d�Alembert, cet admirable g�om�tre, aura calcul� qu�avec les grains de bl� d�rob�s par vous � la subsistance publique on e�t pu nourrir cent millions d�hommes pendant trois ou quatre ans; lorsque Helv�tius aura �tabli que le prix de ces grains, traduit en �cus de six livres et pos� en pile, pourrait monter jusqu�� la lune, ou bien, en billets de caisse pos�s les uns � c�t� des autres, pourrait s��tendre jusqu�� Saint-P�tersbourg; lorsque ce calcul aura inspir� un mauvais drame � M. de La Harpe, un entretien du P�re de famille � Diderot et une paraphrase terrible de cet entretien avec commentaires � Jean-Jacques Rousseau, de Gen�ve, qui mord aussi pas mal quand il s�y met; un m�moire � M. Caron de Beaumarchais, � qui Dieu vous pr�serve de marcher sur le pied; une petite lettre � M. Grimm, une grosse boutade � M. d�Holbach, un aimable conte moral � M. de Marmontel, qui vous assassinera en vous d�fendant mal; lorsqu�on parlera de cela au caf� de la R�gence, au Palais-Royal, chez Audinot, chez les grands danseurs du roi, entretenus, comme vous savez, par M. Nicolet: ah! monsieur le comte d�Alby, vous serez un lieutenant de police bien autrement malade que ce pauvre Enguerrand de Marigny, dont vous ne voulez pas entendre parler, le fut, �lev� sur son gibet, car il se disait innocent, lui, et cela de si bonne foi, que, parole d�honneur, je l�ai cru quand il me l�a affirm�.

� ces mots, M. de Sartine, sans prendre garde plus longtemps au d�corum, �ta sa perruque et essuya son cr�ne, tout ruisselant de sueur.

� Eh bien, soit, dit-il, mais tout cela n�emp�chera rien. Perdez-moi si vous pouvez. Vous avez vos preuves, j�ai les miennes. Gardez votre secret, je garde la cassette.

� Eh bien, monsieur, dit Balsamo, voil� encore une profonde erreur dans laquelle je suis �tonn� de voir tomber un homme de votre force; cette cassette�

� Eh bien, cette cassette?

� Vous ne la garderez pas.

� Oh! s��cria M. de Sartine avec un rire ironique, c�est vrai; j�oubliais que M. le comte de F�nix est un gentilhomme de grand chemin qui d�trousse les gens � main arm�e. Je ne voyais plus votre pistolet, parce que vous l�avez remis dans votre poche. Excusez-moi, monsieur l�ambassadeur.

� Eh! mon Dieu! il ne s�agit pas de pistolet ici, monsieur de Sartine; vous ne croyez pas, bien certainement, que je vais, de vive force, de haute lutte, vous enlever ce coffret, pour qu�une fois sur l�escalier j�entende votre sonnette tinter et votre voix crier au voleur. Non pas! lorsque je dis que vous ne garderez pas le coffret, j�entends dire par l� que vous allez, de bonne gr�ce et de votre pleine volont�, me le restituer vous-m�me.

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