Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
M. de Sartine fut pris d�une toux d�irritation.
Balsamo s�arr�ta, et attendit tranquillement que la toux f�t calm�e.
� Donc, continua-t-il quand le lieutenant de police lui en laissa le loisir, voil� le sp�culateur au grenier enrichi du surcro�t de la valeur; voyons, est ce clair, cela?
� Parfaitement clair, dit M. de Sartine; mais, � ce que je vois, monsieur, vous auriez la pr�tention de me d�noncer une conspiration ou un crime dont Sa Majest� serait l�auteur.
� Justement, reprit Balsamo, vous comprenez.
� C�est hardi, monsieur, et je suis v�ritablement curieux de savoir comment le roi prendra votre accusation; j�ai bien peur que le r�sultat ne soit pr�cis�ment le m�me que je me proposais en feuilletant les papiers de cette cassette avant votre arriv�e; prenez-y garde, monsieur, vous aboutirez toujours � la Bastille.
� Ah! voil� que vous ne me comprenez plus.
� Comment cela?
� Mon Dieu, que vous me jugez mal et que vous me faites tort, monsieur, en me prenant pour un sot! Comment, vous vous figurez que je vais m�aller attaquer au roi, moi, un ambassadeur, un curieux?� Mais ce que vous dites l� serait l��uvre d�un niais. �coutez-moi donc jusqu�au bout, je vous prie.
M. de Sartine fit un mouvement de t�te.
� Ceux qui ont d�couvert cette conspiration contre le peuple fran�ais� � pardonnez-moi le temps pr�cieux que je vous prends, monsieur; mais vous verrez tout � l�heure que ce n�est point du temps perdu � ceux qui ont d�couvert cette conspiration contre le peuple fran�ais sont des �conomistes, qui, tr�s laborieux, tr�s minutieux, en appliquant leur loupe investigatrice sur ce tripotage, ont remarqu� que le roi ne jouait pas seul. Ils savent bien que Sa Majest� tient un registre exact du taux des grains sur les divers march�s; ils savent bien que Sa Majest� se frotte les mains quand la hausse lui a produit huit ou dix mille �cus; mais ils savent aussi qu�� c�t� de Sa Majest� est un homme dont la position facilite les march�s, un homme qui, tout naturellement, gr�ce � certaines fonctions � c�est un fonctionnaire, vous comprenez � surveille les achats, les arrivages, les encaissements, un homme, enfin, qui s�entremet pour le roi; or, les �conomistes, les gens � loupe, comme je les appelle, ne s�attaquent pas au roi, attendu que ce ne sont point des imb�ciles, mais � l�homme, mon cher monsieur, mais au fonctionnaire, mais � l�agent qui tripote pour Sa Majest�.
M. de Sartine essaya de rendre l��quilibre � sa perruque, mais ce fut en vain.
� Or, continua Balsamo, j�arrive au fait. De m�me que vous saviez, vous qui avez une police, que j��tais M. le comte de F�nix, je sais, moi, que vous �tes M. de Sartine.
� Eh bien, apr�s? dit le magistrat embarrass�. Oui, je suis M. de Sartine. La belle affaire!
� Ah! mais comprenez donc, ce M. de Sartine est pr�cis�ment l�homme aux carnets, aux tripotages, aux encaissements, celui qui, soit � l�insu du roi, soit � sa connaissance, trafique des estomacs de vingt-sept millions de Fran�ais que ses fonctions lui prescrivent de nourrir aux meilleures conditions possibles. Or, figurez-vous un peu l�effet d�une d�couverte pareille! Vous �tes peu aim� du peuple: le roi n�est pas un homme tendre; aussit�t que le cri des affam�s demandera votre t�te, Sa Majest�, pour �carter tout soup�on de connivence avec vous, s�il y a connivence, ou pour faire justice, s�il n�y a pas complicit�, Sa Majest� se h�tera de vous faire accrocher � un gibet pareil � celui d�Enguerrand de Marigny, vous rappelez-vous?
� Imparfaitement, dit M. de Sartine fort p�le, et vous faites preuve de bien mauvais go�t, monsieur, ce me semble, en parlant gibet � un homme de ma condition.
� Oh! si je vous en parle, mon cher monsieur, dit Balsamo, c�est qu�il me semble encore le voir, ce pauvre Enguerrand. C��tait, je vous jure, un parfait gentilhomme de Normandie, d�une tr�s ancienne famille et d�une tr�s noble maison. Il �tait chambellan de France, capitaine du Louvre, intendant des finances et des b�timents; il �tait comte de Longueville, qui est comt� plus consid�rable que celui d�Alby qui est le v�tre. Eh bien, monsieur, je l�ai vu accroch� au gibet de Montfaucon qu�il avait fait construire; et, Dieu merci! ce n�est pas faute de lui avoir r�p�t�: �Enguerrand, mon cher Enguerrand, prenez garde! vous taillez dans les finances avec une largeur que Charles de Valois ne vous pardonnera pas.� Il ne m��couta point, monsieur, et p�rit malheureusement. H�las! si vous saviez combien j�en ai vu de pr�fets de police, depuis Ponce-Pilate, qui condamna J�sus-Christ, jusqu�� M. Bertin de Belle-Isle, comte de Bourdeilles, seigneur de Brant�me, votre pr�d�cesseur, qui a �tabli les lanternes et d�fendu les bouquets!
M. de Sartine se leva, essayant en vain de dissimuler l�agitation � laquelle il �tait en proie.
� Eh bien, dit-il, vous m�accuserez si vous voulez; que m�importe le t�moignage d�un homme comme vous, qui ne tient � rien?
� Prenez garde, monsieur! dit Balsamo, ce sont souvent ceux qui ont l�air de ne tenir � rien qui tiennent � tout; et, lorsque j��crirai dans tous ses d�tails l�histoire de ces bl�s accapar�s � mon correspondant ou � Fr�d�ric, qui est philosophe, comme vous savez; lorsque Fr�d�ric se sera empress� d��crire la chose, comment�e de sa main, � M. Arouet de Voltaire; lorsque celui-ci en aura fait avec sa plume, que vous connaissez de r�putation au moins, je l�esp�re, un petit conte drolatique dans le genre de l�Homme aux quarante �cus. Lorsque M. d�Alembert, cet admirable g�om�tre, aura calcul� qu�avec les grains de bl� d�rob�s par vous � la subsistance publique on e�t pu nourrir cent millions d�hommes pendant trois ou quatre ans; lorsque Helv�tius aura �tabli que le prix de ces grains, traduit en �cus de six livres et pos� en pile, pourrait monter jusqu�� la lune, ou bien, en billets de caisse pos�s les uns � c�t� des autres, pourrait s��tendre jusqu�� Saint-P�tersbourg; lorsque ce calcul aura inspir� un mauvais drame � M. de La Harpe, un entretien du P�re de famille � Diderot et une paraphrase terrible de cet entretien avec commentaires � Jean-Jacques Rousseau, de Gen�ve, qui mord aussi pas mal quand il s�y met; un m�moire � M. Caron de Beaumarchais, � qui Dieu vous pr�serve de marcher sur le pied; une petite lettre � M. Grimm, une grosse boutade � M. d�Holbach, un aimable conte moral � M. de Marmontel, qui vous assassinera en vous d�fendant mal; lorsqu�on parlera de cela au caf� de la R�gence, au Palais-Royal, chez Audinot, chez les grands danseurs du roi, entretenus, comme vous savez, par M. Nicolet: ah! monsieur le comte d�Alby, vous serez un lieutenant de police bien autrement malade que ce pauvre Enguerrand de Marigny, dont vous ne voulez pas entendre parler, le fut, �lev� sur son gibet, car il se disait innocent, lui, et cela de si bonne foi, que, parole d�honneur, je l�ai cru quand il me l�a affirm�.
� ces mots, M. de Sartine, sans prendre garde plus longtemps au d�corum, �ta sa perruque et essuya son cr�ne, tout ruisselant de sueur.
� Eh bien, soit, dit-il, mais tout cela n�emp�chera rien. Perdez-moi si vous pouvez. Vous avez vos preuves, j�ai les miennes. Gardez votre secret, je garde la cassette.
� Eh bien, monsieur, dit Balsamo, voil� encore une profonde erreur dans laquelle je suis �tonn� de voir tomber un homme de votre force; cette cassette�
� Eh bien, cette cassette?
� Vous ne la garderez pas.
� Oh! s��cria M. de Sartine avec un rire ironique, c�est vrai; j�oubliais que M. le comte de F�nix est un gentilhomme de grand chemin qui d�trousse les gens � main arm�e. Je ne voyais plus votre pistolet, parce que vous l�avez remis dans votre poche. Excusez-moi, monsieur l�ambassadeur.
� Eh! mon Dieu! il ne s�agit pas de pistolet ici, monsieur de Sartine; vous ne croyez pas, bien certainement, que je vais, de vive force, de haute lutte, vous enlever ce coffret, pour qu�une fois sur l�escalier j�entende votre sonnette tinter et votre voix crier au voleur. Non pas! lorsque je dis que vous ne garderez pas le coffret, j�entends dire par l� que vous allez, de bonne gr�ce et de votre pleine volont�, me le restituer vous-m�me.