Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Gilbert fut pr�t � demander de quelle couleur �tait Zamore; mais il se rappela la morale que Chon lui avait faite � propos de la curiosit�, et, de peur d�une seconde mercuriale, il se contint.
� Je t�cherai, se contenta-t-il de r�pondre avec un sourire plein de dignit�.
On arriva � Luciennes. Le philosophe avait tout vu: la route fra�chement plant�e, ces coteaux ombreux, le grand aqueduc qui semble un ouvrage romain, les bois de ch�taigniers � l��pais feuillage, puis, enfin, ce magnifique coup d��il de plaines et de bois qui accompagnent dans leur fuite vers Maisons les deux rives de la Seine.
� C�est donc l�, se dit Gilbert � lui-m�me, ce pavillon qui a co�t� tant d�argent � la France, au dire de M. le baron de Taverney!
Des chiens joyeux, des domestiques empress�s, accourant pour saluer Chon, interrompirent Gilbert au milieu de ses r�flexions aristocratico-philosophiques.
� Ma s�ur est-elle donc arriv�e? demanda Chon.
� Non, madame, mais on l�attend.
� Qui cela?
� Mais M. le chancelier, M. le lieutenant de police, M. le duc d�Aiguillon.
� Bien! courez vite m�ouvrir le cabinet de Chine, je veux �tre la premi�re � voir ma s�ur; vous la pr�viendrez que je suis l�, entendez-vous? � Ah! Sylvie, continua Chon s�adressant � une esp�ce de femme de chambre qui venait de s�emparer du coffret et du petit chien, donnez le coffret et Misapouf � M. Grange, et conduisez mon petit philosophe pr�s de Zamore.
Mademoiselle Sylvie regarda autour d�elle, cherchant sans doute de quelle sorte d�animal Chon voulait parler; mais ses regards et ceux de sa ma�tresse s��tant arr�t�s en m�me temps sur Gilbert, Chon fit signe que c��tait du jeune homme qu�il �tait question.
� Venez, dit Sylvie.
Gilbert, de plus en plus �tonn�, suivit la femme de chambre, tandis que Chon, l�g�re comme un oiseau, disparaissait par une des portes lat�rales du pavillon.
Sans le ton imp�ratif avec lequel Chon lui avait parl�, Gilbert e�t pris bien plut�t mademoiselle Sylvie pour une grande dame que pour une femme de chambre. En effet, elle ressemblait bien plus, pour le costume, � Andr�e qu�� Nicole; elle prit Gilbert par la main en lui adressant un gracieux sourire, car les paroles de mademoiselle Chon indiquaient � l�endroit du nouveau venu, sinon l�affection, du moins le caprice.
C��tait � mademoiselle Sylvie, bien entendu � une grande et belle fille aux yeux bleus fonc�s, au teint blanc, l�g�rement tach� de rousseur, aux magnifiques cheveux d�un blond ardent. Sa bouche fra�che et fine, ses dents blanches, son bras potel�, firent sur Gilbert une de ces impressions sensuelles auxquelles il �tait si accessible et qui lui rappela, par un doux fr�missement, cette lune de miel dont avait parl� Nicole.
Les femmes s�aper�oivent toujours de ces choses-l�; mademoiselle Sylvie s�en aper�ut donc, et souriant:
� Comment vous appelle-t-on, monsieur? dit-elle.
� Gilbert, mademoiselle, r�pondit notre jeune homme avec une voix assez douce.
� Eh bien! monsieur Gilbert, venez faire connaissance avec le seigneur Zamore.
� Avec le gouverneur du ch�teau de Luciennes?
� Avec le gouverneur.
Gilbert �tira ses bras, brossa son habit avec une manche, et passa son mouchoir sur ses mains. Il �tait assez intimid� au fond de para�tre devant un personnage si important; mais il se rappelait ces mots: �Zamore est une bonne cr�ature�, et ces mots le rassuraient.
Il �tait d�j� ami d�une comtesse, ami d�un vicomte, il allait �tre l�ami d�un gouverneur.
� Eh! pensa-t-il, calomnierait-on la cour, qu�il est si facile d�y avoir des amis? Ces gens-l� sont hospitaliers et bons, j�imagine.
Sylvie ouvrit la porte d�une antichambre qui semblait bien plut�t un boudoir; les panneaux en �taient d��caille incrust�e de cuivre dor�. On e�t dit l�atrium de Lucullus, si ce n�est que chez l�ancien Romain les incrustations �taient d�or pur. L�, sur un immense fauteuil, enfoui sous des coussins, se reposait, les jambes crois�es, en grignotant des pastilles de chocolat, le seigneur Zamore, que nous connaissons, mais que Gilbert ne connaissait pas.
Aussi l�effet que lui produisit l�apparition du futur gouverneur de Luciennes se traduisit-elle d�une fa�on assez curieuse sur le visage du philosophe.
� Oh! s��cria-t-il en contemplant avec saisissement l��trange figure, car c��tait la premi�re fois qu�il voyait un n�gre, oh! oh! qu�est-ce que ceci?
Quant � Zamore, il ne leva pas m�me la t�te et continua de grignoter ses pralines en roulant des yeux blancs de plaisir.
� Ceci, r�pondit Sylvie, c�est M. Zamore.
� Lui? fit Gilbert stup�fait.
� Sans doute, r�pliqua Sylvie riant malgr� elle de la tournure que prenait cette sc�ne.
� Le gouverneur! continua Gilbert; ce magot, gouverneur du ch�teau de Luciennes? Allons donc mademoiselle, vous vous moquez de moi.
� cette apostrophe, Zamore se redressa, montrant ses dents blanches.
� Moi gouverneur, dit-il, moi pas magot.
Gilbert promena de Zamore � Sylvie un regard inquiet qui devint courrouc� lorsqu�il vit la jeune femme �clater de rire malgr� les efforts qu�elle faisait pour se contenir.
Quant � Zamore, grave et impassible comme un f�tiche indien, il replongea sa griffe noire dans le sac de satin, et reprit ses grignotements.
En ce moment la porte s�ouvrit, et M. Grange entra suivi d�un tailleur.
� Voici, dit-il en d�signant Gilbert, la personne pour qui sera l�habit; prenez la mesure ainsi que je vous ai expliqu� qu�elle devait �tre prise.
Gilbert tendit machinalement ses bras et ses �paules, tandis que Sylvie et M. Grange causaient au fond de la chambre, et que mademoiselle Sylvie riait de plus en plus � chaque mot que lui disait l�intendant.
� Ah! ce sera charmant, dit mademoiselle Sylvie; et aura-t-il le bonnet pointu, comme Sganarelle?
Gilbert n��couta m�me pas la r�ponse, il repoussa brusquement le tailleur et ne voulut � aucun prix se pr�ter au reste de la c�r�monie. Il ne connaissait pas Sganarelle, mais le nom, et surtout les rires de mademoiselle Sylvie lui indiquaient que ce devait �tre un personnage �minemment ridicule.
� C�est bon, dit l�intendant au tailleur, ne lui faites pas violence; vous en savez assez, n�est-ce pas?
� Certainement, r�pondit le tailleur; d�ailleurs, l�ampleur ne nuit jamais � ces sortes d�habits. Je le tiendrai large.
Sur quoi, mademoiselle Sylvie, l�intendant et le tailleur partirent, en laissant Gilbert en t�te � t�te avec le n�grillon, qui continuait de grignoter ses pralines et de rouler ses yeux blancs.
Que d��nigmes pour le pauvre provincial! Que de craintes, que d�angoisses surtout pour le philosophe qui voyait ou croyait voir sa dignit� d�homme plus clairement compromise encore � Luciennes qu�� Taverney!
Cependant il essaya de parler � Zamore; il lui �tait venu � l�id�e que c��tait peut-�tre quelque prince indien, comme il en avait vu dans les romans de M. Cr�billon fils.
Mais le prince indien, au lieu de lui r�pondre, s�en alla devant chaque glace mirer son magnifique costume, comme fait une fianc�e de son habit de noces; puis, se mettant � califourchon sur une chaise � roulettes, � laquelle il donna l�impulsion avec ses pieds, il fit une dizaine de fois le tour de l�antichambre avec une v�locit� qui prouvait l��tude approfondie qu�il avait faite de cet ing�nieux exercice.
Tout � coup, une sonnette retentit. Zamore quitta sa chaise, qu�il laissa � l�endroit o� il la quittait, et s��lan�a par une des portes de l�antichambre dans la direction du bruit de cette sonnette.
Cette promptitude � ob�ir au timbre argentin acheva de convaincre Gilbert que Zamore n��tait point un prince.
Gilbert eut un instant l�envie de sortir par la m�me porte que Zamore; mais, en arrivant au bout du couloir, qui donnait dans un salon, il aper�ut tant de cordons bleus et tant de cordons rouges, le tout gard� par des laquais si effront�s, si insolents et si tapageurs, qu�il sentit un frisson courir par ses veines, et que, la sueur au front, il rentra dans son antichambre.
Une heure s��coula ainsi; Zamore ne revenait pas, mademoiselle Sylvie �tait toujours absente; Gilbert appelait de tous ses d�sirs un visage humain quelconque, f�t-ce celui de l�affreux tailleur qui allait instrumenter la mystification inconnue dont il �tait menac�.