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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Gilbert fut pr�t � demander de quelle couleur �tait Zamore; mais il se rappela la morale que Chon lui avait faite � propos de la curiosit�, et, de peur d�une seconde mercuriale, il se contint.

� Je t�cherai, se contenta-t-il de r�pondre avec un sourire plein de dignit�.

On arriva � Luciennes. Le philosophe avait tout vu: la route fra�chement plant�e, ces coteaux ombreux, le grand aqueduc qui semble un ouvrage romain, les bois de ch�taigniers � l��pais feuillage, puis, enfin, ce magnifique coup d��il de plaines et de bois qui accompagnent dans leur fuite vers Maisons les deux rives de la Seine.

� C�est donc l�, se dit Gilbert � lui-m�me, ce pavillon qui a co�t� tant d�argent � la France, au dire de M. le baron de Taverney!

Des chiens joyeux, des domestiques empress�s, accourant pour saluer Chon, interrompirent Gilbert au milieu de ses r�flexions aristocratico-philosophiques.

� Ma s�ur est-elle donc arriv�e? demanda Chon.

� Non, madame, mais on l�attend.

� Qui cela?

� Mais M. le chancelier, M. le lieutenant de police, M. le duc d�Aiguillon.

� Bien! courez vite m�ouvrir le cabinet de Chine, je veux �tre la premi�re � voir ma s�ur; vous la pr�viendrez que je suis l�, entendez-vous? � Ah! Sylvie, continua Chon s�adressant � une esp�ce de femme de chambre qui venait de s�emparer du coffret et du petit chien, donnez le coffret et Misapouf � M. Grange, et conduisez mon petit philosophe pr�s de Zamore.

Mademoiselle Sylvie regarda autour d�elle, cherchant sans doute de quelle sorte d�animal Chon voulait parler; mais ses regards et ceux de sa ma�tresse s��tant arr�t�s en m�me temps sur Gilbert, Chon fit signe que c��tait du jeune homme qu�il �tait question.

� Venez, dit Sylvie.

Gilbert, de plus en plus �tonn�, suivit la femme de chambre, tandis que Chon, l�g�re comme un oiseau, disparaissait par une des portes lat�rales du pavillon.

Sans le ton imp�ratif avec lequel Chon lui avait parl�, Gilbert e�t pris bien plut�t mademoiselle Sylvie pour une grande dame que pour une femme de chambre. En effet, elle ressemblait bien plus, pour le costume, � Andr�e qu�� Nicole; elle prit Gilbert par la main en lui adressant un gracieux sourire, car les paroles de mademoiselle Chon indiquaient � l�endroit du nouveau venu, sinon l�affection, du moins le caprice.

C��tait � mademoiselle Sylvie, bien entendu � une grande et belle fille aux yeux bleus fonc�s, au teint blanc, l�g�rement tach� de rousseur, aux magnifiques cheveux d�un blond ardent. Sa bouche fra�che et fine, ses dents blanches, son bras potel�, firent sur Gilbert une de ces impressions sensuelles auxquelles il �tait si accessible et qui lui rappela, par un doux fr�missement, cette lune de miel dont avait parl� Nicole.

Les femmes s�aper�oivent toujours de ces choses-l�; mademoiselle Sylvie s�en aper�ut donc, et souriant:

� Comment vous appelle-t-on, monsieur? dit-elle.

� Gilbert, mademoiselle, r�pondit notre jeune homme avec une voix assez douce.

� Eh bien! monsieur Gilbert, venez faire connaissance avec le seigneur Zamore.

� Avec le gouverneur du ch�teau de Luciennes?

� Avec le gouverneur.

Gilbert �tira ses bras, brossa son habit avec une manche, et passa son mouchoir sur ses mains. Il �tait assez intimid� au fond de para�tre devant un personnage si important; mais il se rappelait ces mots: �Zamore est une bonne cr�ature�, et ces mots le rassuraient.

Il �tait d�j� ami d�une comtesse, ami d�un vicomte, il allait �tre l�ami d�un gouverneur.

� Eh! pensa-t-il, calomnierait-on la cour, qu�il est si facile d�y avoir des amis? Ces gens-l� sont hospitaliers et bons, j�imagine.

Sylvie ouvrit la porte d�une antichambre qui semblait bien plut�t un boudoir; les panneaux en �taient d��caille incrust�e de cuivre dor�. On e�t dit l�atrium de Lucullus, si ce n�est que chez l�ancien Romain les incrustations �taient d�or pur. L�, sur un immense fauteuil, enfoui sous des coussins, se reposait, les jambes crois�es, en grignotant des pastilles de chocolat, le seigneur Zamore, que nous connaissons, mais que Gilbert ne connaissait pas.

Aussi l�effet que lui produisit l�apparition du futur gouverneur de Luciennes se traduisit-elle d�une fa�on assez curieuse sur le visage du philosophe.

� Oh! s��cria-t-il en contemplant avec saisissement l��trange figure, car c��tait la premi�re fois qu�il voyait un n�gre, oh! oh! qu�est-ce que ceci?

Quant � Zamore, il ne leva pas m�me la t�te et continua de grignoter ses pralines en roulant des yeux blancs de plaisir.

� Ceci, r�pondit Sylvie, c�est M. Zamore.

� Lui? fit Gilbert stup�fait.

� Sans doute, r�pliqua Sylvie riant malgr� elle de la tournure que prenait cette sc�ne.

� Le gouverneur! continua Gilbert; ce magot, gouverneur du ch�teau de Luciennes? Allons donc mademoiselle, vous vous moquez de moi.

� cette apostrophe, Zamore se redressa, montrant ses dents blanches.

� Moi gouverneur, dit-il, moi pas magot.

Gilbert promena de Zamore � Sylvie un regard inquiet qui devint courrouc� lorsqu�il vit la jeune femme �clater de rire malgr� les efforts qu�elle faisait pour se contenir.

Quant � Zamore, grave et impassible comme un f�tiche indien, il replongea sa griffe noire dans le sac de satin, et reprit ses grignotements.

En ce moment la porte s�ouvrit, et M. Grange entra suivi d�un tailleur.

� Voici, dit-il en d�signant Gilbert, la personne pour qui sera l�habit; prenez la mesure ainsi que je vous ai expliqu� qu�elle devait �tre prise.

Gilbert tendit machinalement ses bras et ses �paules, tandis que Sylvie et M. Grange causaient au fond de la chambre, et que mademoiselle Sylvie riait de plus en plus � chaque mot que lui disait l�intendant.

� Ah! ce sera charmant, dit mademoiselle Sylvie; et aura-t-il le bonnet pointu, comme Sganarelle?

Gilbert n��couta m�me pas la r�ponse, il repoussa brusquement le tailleur et ne voulut � aucun prix se pr�ter au reste de la c�r�monie. Il ne connaissait pas Sganarelle, mais le nom, et surtout les rires de mademoiselle Sylvie lui indiquaient que ce devait �tre un personnage �minemment ridicule.

� C�est bon, dit l�intendant au tailleur, ne lui faites pas violence; vous en savez assez, n�est-ce pas?

� Certainement, r�pondit le tailleur; d�ailleurs, l�ampleur ne nuit jamais � ces sortes d�habits. Je le tiendrai large.

Sur quoi, mademoiselle Sylvie, l�intendant et le tailleur partirent, en laissant Gilbert en t�te � t�te avec le n�grillon, qui continuait de grignoter ses pralines et de rouler ses yeux blancs.

Que d��nigmes pour le pauvre provincial! Que de craintes, que d�angoisses surtout pour le philosophe qui voyait ou croyait voir sa dignit� d�homme plus clairement compromise encore � Luciennes qu�� Taverney!

Cependant il essaya de parler � Zamore; il lui �tait venu � l�id�e que c��tait peut-�tre quelque prince indien, comme il en avait vu dans les romans de M. Cr�billon fils.

Mais le prince indien, au lieu de lui r�pondre, s�en alla devant chaque glace mirer son magnifique costume, comme fait une fianc�e de son habit de noces; puis, se mettant � califourchon sur une chaise � roulettes, � laquelle il donna l�impulsion avec ses pieds, il fit une dizaine de fois le tour de l�antichambre avec une v�locit� qui prouvait l��tude approfondie qu�il avait faite de cet ing�nieux exercice.

Tout � coup, une sonnette retentit. Zamore quitta sa chaise, qu�il laissa � l�endroit o� il la quittait, et s��lan�a par une des portes de l�antichambre dans la direction du bruit de cette sonnette.

Cette promptitude � ob�ir au timbre argentin acheva de convaincre Gilbert que Zamore n��tait point un prince.

Gilbert eut un instant l�envie de sortir par la m�me porte que Zamore; mais, en arrivant au bout du couloir, qui donnait dans un salon, il aper�ut tant de cordons bleus et tant de cordons rouges, le tout gard� par des laquais si effront�s, si insolents et si tapageurs, qu�il sentit un frisson courir par ses veines, et que, la sueur au front, il rentra dans son antichambre.

Une heure s��coula ainsi; Zamore ne revenait pas, mademoiselle Sylvie �tait toujours absente; Gilbert appelait de tous ses d�sirs un visage humain quelconque, f�t-ce celui de l�affreux tailleur qui allait instrumenter la mystification inconnue dont il �tait menac�.

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