Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Au bout de cette heure, la porte par laquelle il �tait entr� se rouvrit, et un laquais parut qui lui dit:
� Venez!
Chapitre 41. Le m�decin malgr� lui
Gilbert se sentait d�sagr�ablement affect� d�avoir � ob�ir � un laquais; n�anmoins, comme il s�agissait sans doute d�un changement dans son �tat, et qu�il lui semblait que tout changement lui devait �tre avantageux, il se h�ta.
Mademoiselle Chon, libre enfin de toute n�gociation apr�s avoir mis sa belle-s�ur au courant de sa mission pr�s de madame de B�arn, d�jeunait fort � l�aise, dans un beau d�shabill� du matin, pr�s d�une fen�tre, � la hauteur de laquelle montaient les acacias et les marronniers du plus prochain quinconce.
Elle mangeait de fort bon app�tit, et Gilbert remarqua que cet app�tit �tait justifi� par un salmis de faisans et par une galantine aux truffes.
Le philosophe Gilbert, introduit aupr�s de mademoiselle Chon, chercha des yeux sur le gu�ridon la place de son couvert: il s�attendait � une invitation.
Mais Chon ne lui offrit pas m�me un si�ge.
Elle se contenta de jeter un coup d��il sur Gilbert; puis ayant aval� un petit verre de vin couleur de topaze:
� Voyons, mon cher m�decin, o� en �tes-vous avec Zamore? dit-elle.
� O� j�en suis? demanda Gilbert.
� Sans doute; j�esp�re que vous avez fait connaissance.
� Comment voulez-vous que je fasse connaissance avec une esp�ce d�animal qui ne parle pas, et qui, lorsqu�on lui parle, se contente de rouler les yeux et de montrer les dents?
� Vous m�effrayez, r�pondit Chon sans discontinuer son repas et sans que l�air de son visage correspond�t aucunement � ses paroles; vous �tes donc bien rev�che en amiti�?
� L�amiti� suppose l��galit�, mademoiselle.
� Belle maxime! dit Chon. Alors vous ne vous �tes pas cru l��gal de Zamore?
� C�est-�-dire, reprit Gilbert, que je n�ai pas cru qu�il f�t le mien.
� En v�rit�, dit Chon comme se parlant � elle-m�me, il est ravissant!
Puis, se retournant vers Gilbert, dont elle remarqua l�air rogue:
� Vous disiez donc, cher docteur, ajouta-t-elle, que vous donnez difficilement votre c�ur?
� Tr�s difficilement, madame.
� Alors, je me trompais quand je me flattais d��tre de vos amies, et des bonnes?
� J�ai beaucoup de penchant pour vous personnellement, madame, dit Gilbert avec raideur. Mais�
� Ah! grand merci pour cet effort; vous me comblez! Et combien de temps faut-il, mon beau d�daigneux, pour qu�on obtienne vos bonnes gr�ces?
� Beaucoup de temps, madame; il y a m�me des gens qui, quelque chose qu�ils fassent, ne les obtiendront jamais.
� Ah! cela m�explique comment, apr�s �tre rest� dix-huit ans dans la maison du baron de Taverney, vous l�avez quitt�e tout d�un coup. Les Taverney n�avaient pas eu la chance de se mettre dans vos bonnes gr�ces. C�est cela, n�est-ce pas?
Gilbert rougit.
� Eh bien! vous ne r�pondez pas? continua Chon.
� Que voulez-vous que je vous r�ponde, madame, si ce n�est que toute amiti� et toute confiance doivent se m�riter.
� Peste! il para�trait, en ce cas, que les h�tes de Taverney n�auraient m�rit� ni cette amiti�, ni cette confiance?
� Tous? Non, madame.
� Et que vous avaient fait ceux qui ont eu le malheur de vous d�plaire?
� Je ne me plains point, madame, dit fi�rement Gilbert.
� Allons, allons, dit Chon, je vois que, moi aussi, je suis exclue de la confiance de M. Gilbert. Ce n�est cependant pas l�envie de la conqu�rir qui me manque; c�est l�ignorance o� je suis des moyens que l�on doit employer.
Gilbert se pin�a les l�vres.
� Bref, ces Taverney n�ont pas su vous contenter, ajouta Chon avec une curiosit� dont Gilbert sentit la tendance. Dites-moi donc un peu ce que vous faisiez chez eux?
Gilbert fut assez embarrass�, car il ne savait pas lui-m�me ce qu�il faisait � Taverney.
� Madame, dit-il, j��tais�, j��tais homme de confiance.
� ces mots, prononc�s avec le flegme philosophique qui caract�risait Gilbert, Chon fut prise d�un tel acc�s de rire, qu�elle se renversa sur sa chaise en �clatant.
� Vous en doutez? dit Gilbert en fron�ant le sourcil.
� Dieu m�en garde! Savez-vous, mon cher ami, que vous �tes f�roce et que l�on ne peut vous rien dire. Je vous demandais quels gens �taient ces Taverney. Ce n�est point pour vous d�sobliger, mais bien plut�t pour vous servir en vous vengeant.
� Je ne me venge pas, ou je me venge moi-m�me, madame.
� Tr�s bien; mais nous avons nous-m�mes un grief contre les Taverney; puisque de votre c�t� vous en avez un, et m�me peut-�tre plusieurs, nous sommes donc naturellement alli�s.
� Vous vous trompez, madame; ma fa�on de me venger ne peut avoir aucun rapport avec la v�tre, car vous parlez des Taverney en g�n�ral, et moi j�admets diff�rentes nuances dans les divers sentiments que je leur porte.
� Et M. Philippe de Taverney, par exemple, est-il dans les nuances sombres ou dans les nuances tendres?
� Je n�ai rien contre M. Philippe. M. Philippe ne m�a jamais fait ni bien ni mal. Je ne l�aime ni le d�teste; il m�est tout � fait indiff�rent.
� Alors vous ne d�poseriez pas devant le roi ou devant M. de Choiseul contre M. Philippe de Taverney?
� � quel propos?
� � propos de son duel avec mon fr�re.
� Je dirais ce que je sais, madame, si j��tais appel� � d�poser.
� Et que savez-vous?
� La v�rit�.
� Voyons, qu�appelez-vous la v�rit�? C�est un mot bien plastique.
� Jamais pour celui qui sait distinguer le bien du mal, le juste de l�injuste.
� Je comprends: le bien� c�est M. Philippe de Taverney; le mal� c�est M. le vicomte du Barry.
� Oui, madame, � mon avis, et selon ma conscience, du moins.
� Voil� ce que j�ai recueilli en chemin! dit Chon avec aigreur; voil� comment me r�compense celui qui me doit la vie!
� C�est-�-dire, madame, celui qui ne vous doit pas la mort.
� C�est la m�me chose.
� C�est bien diff�rent, au contraire.
� Comment cela?
� Je ne vous dois pas la vie; vous avez emp�ch� vos chevaux de me l��ter, voil� tout, et encore ce n�est pas vous, c�est le postillon.
Chon regarda fixement le petit logicien qui marchandait si peu avec les termes.
� J�aurais attendu, dit-elle en adoucissant son sourire et sa voix, un peu plus de galanterie de la part d�un compagnon de voyage qui savait si bien, pendant la route, trouver mon bras sous un coussin et mon pied sur son genou.
Chon �tait si provocante avec cette douceur et cette familiarit�, que Gilbert oublia Zamore, le tailleur et le d�jeuner auquel on avait oubli� de l�inviter.
� Allons! allons, nous voil� redevenu gentil, dit Chon en prenant le menton de Gilbert dans sa main. Vous t�moignerez contre Philippe de Taverney, n�est-ce pas?
� Oh! pour cela, non, fit Gilbert. Jamais!
� Pourquoi donc, ent�t�?
� Parce que M. le vicomte Jean a eu tort.
� Et en quoi a-t-il eu tort, s�il vous pla�t?
� En insultant la dauphine. Tandis qu�au contraire, M. Philippe de Taverney�
� Eh bien?
� Avait raison en la d�fendant.
� Ah! nous tenons pour la dauphine, � ce qu�il semble?
� Non, je tiens pour la justice.
� Vous �tes un fou, Gilbert! taisez-vous, qu�on ne vous entende point parler ainsi dans ce ch�teau.
� Alors dispensez-moi de r�pondre quand vous m�interrogerez.
� Changeons de conversation, en ce cas.
Gilbert s�inclina en signe d�assentiment.
� �a, petit gar�on, demanda la jeune femme d�un ton de voix assez dur, que comptez-vous faire ici, si vous ne vous y rendez agr�able?
� Faut-il me rendre agr�able en me parjurant?
� Mais o� donc allez-vous prendre tous ces grands mots-l�?
� Dans le droit que chaque homme a de rester fid�le � sa conscience.
� Bah! dit Chon, quand on sert un ma�tre, ce ma�tre assume sur lui toute responsabilit�.
� Je n�ai pas de ma�tre, grommela Gilbert.
� Et au train dont vous y allez, petit niais, dit Chon en se levant comme une belle paresseuse, vous n�aurez jamais de ma�tresse. Maintenant, je r�p�te ma question, r�pondez-y cat�goriquement: que comptez-vous faire chez nous?