Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Il quitta la lucarne, et, apr�s avoir donn� un coup d��il � ses habits, il descendit l�escalier pour se rendre chez Balsamo.
Chapitre 155. Au 15 d�cembre
Gilbert n��prouva, de la part de Fritz, aucune difficult� pour �tre introduit pr�s de Balsamo.
Le comte se reposait sur un sofa, comme les gens riches et oisifs, de la fatigue d�avoir dormi toute la nuit; du moins c�est ce que pensa Gilbert en le voyant ainsi �tendu � une pareille heure.
Il faut croire que l�ordre avait �t� donn� au valet de chambre d�introduire Gilbert aussit�t qu�il se pr�senterait, car il n�eut pas besoin de dire son nom ou m�me d�ouvrir la bouche.
� son entr�e dans le salon, Balsamo se souleva l�g�rement sur son coude et referma son livre, qu�il tenait ouvert sans le lire.
� Oh! oh! dit-il, voici un gar�on qui se marie.
Gilbert ne r�pondit rien.
� C�est bon, fit le comte en reprenant son attitude insolente, tu es heureux et tu es presque reconnaissant. C�est fort beau. Tu viens me remercier; c�est du superflu. Garde cela, Gilbert, pour de nouveaux besoins. Les remerciements sont une monnaie de retour qui satisfait beaucoup de gens lorsqu�elle est distribu�e avec un sourire. Va, mon ami, va.
Il y avait dans ces paroles et dans le ton que Balsamo avait mis � les prononcer quelque chose de profond�ment lugubre et doucereux, qui frappa Gilbert � la fois comme un reproche et comme une r�v�lation.
� Non, dit-il, vous vous trompez, monsieur, je ne me marie pas du tout.
� Ah! fit le comte, que fais-tu donc alors?� Que t�est-il arriv�?
� Il est arriv� qu�on m�a �conduit, r�pliqua Gilbert.
Le comte se retourna tout � fait.
� Tu t�y es mal pris, mon cher.
� Mais non pas, monsieur; je ne crois pas, du moins.
� Qui t�a �vinc�?
� La demoiselle.
� C��tait certain; pourquoi n�as-tu pas parl� au p�re?
� Parce que la fatalit� n�a pas voulu.
� Ah! nous sommes fataliste?
� Je n�ai pas le moyen d�avoir de la foi.
Balsamo fron�a le sourcil, et regarda Gilbert avec une sorte de curiosit�.
� Ne parle pas ainsi des choses que tu ne connais pas, dit-il; chez les hommes faits, c�est de la b�tise; chez les enfants, c�est de l�outrecuidance. Je te permets d�avoir de l�orgueil, mais non d��tre un imb�cile; dis-moi que tu n�as pas le moyen d��tre un sot, et je t�approuverai. Au r�sum�, qu�as-tu fait?
� Voici. J�ai voulu, comme les po�tes, aller songer au lieu d�agir; j�ai voulu m�aller promener dans des all�es o� j�avais eu du plaisir � r�ver d�amour, et tout � coup la r�alit� s�est pr�sent�e � moi sans que je fusse pr�par�: la r�alit� m�a tu� sur place.
� C�est encore bien fait, Gilbert; car un homme, dans la situation o� tu te trouves, ressemble aux �claireurs d�une arm�e. Ces gens-l� ne doivent marcher que le mousqueton au poing droit et la lanterne sourde au poing gauche.
� Enfin, monsieur, j�ai �chou�; mademoiselle Andr�e m�a appel� sc�l�rat, assassin, et m�a dit qu�elle me ferait tuer.
� Bon! mais son enfant?
� Elle m�a dit que son enfant �tait � elle, non � moi.
� Apr�s?
� Apr�s, je me suis retir�.
� Ah!
Gilbert releva la t�te.
� Qu�eussiez-vous fait, vous? dit-il.
� Je ne sais pas encore; dis-moi ce que tu veux faire.
� La punir de ce qu�elle m�a fait subir d�humiliations.
� C�est un mot, cela.
� Non, monsieur, c�est une r�solution.
� Mais� tu t�es laiss� peut-�tre arracher ton secret� ton argent?
� Mon secret est � moi, et je ne le laisserai prendre � personne; l�argent �tait � vous, je le rapporte.
Et Gilbert ouvrit sa veste et en tira les trente billets de caisse, qu�il compta minutieusement en les �talant sur la table de Balsamo.
Le comte les prit, les plia, toujours en observant Gilbert, dont le visage ne trahit pas la plus l�g�re �motion.
� Il est honn�te, il n�est pas avide� Il a de l�esprit, de la fermet� c�est un homme, pensa-t-il.
� Maintenant, monsieur le comte, dit Gilbert, j�ai � vous rendre raison de deux louis que vous m�avez donn�s.
� N�exag�re rien, r�pliqua Balsamo; c�est beau de rendre cent mille �cus, c�est pu�ril de rendre quarante-huit livres.
� Je ne voulais pas vous les rendre; je voulais seulement vous dire ce que j�ai fait de ces louis afin que vous sachiez pertinemment que j�ai besoin d�en avoir d�autres.
� Voil� qui est diff�rent� Tu demandes, alors?
� Je demande�
� Pourquoi?
� Pour faire une chose de ce que vous avez tout � l�heure nomm� un mot.
� Soit. Tu veux te venger?
� Noblement, je le crois.
� Je n�en doute pas; mais cruellement, est-ce vrai?
� C�est vrai.
� Combien te faut-il?
� Il me faut vingt mille livres.
� Et tu ne toucheras pas � cette jeune femme? dit Balsamo croyant arr�ter Gilbert par cette question.
� Je ne la toucherai pas.
� Son fr�re?
� Non plus; son p�re non plus.
� Tu ne la calomnieras pas?
� Je n�ouvrirai jamais la bouche pour prononcer son nom.
� Bien, je te comprends� Mais c�est tout un, de poignarder une femme avec le fer, ou de la tuer par des bravades continuelles� Tu veux la braver en te montrant, en la suivant, en l�accablant de sourires pleins d�insulte et de haine.
� Je veux si peu faire ce que vous dites, que je viens vous demander, au cas o� l�envie me prendrait de quitter la France, un moyen de passer la mer sans qu�il m�en co�te.
Balsamo se r�cria.
� Ma�tre Gilbert, dit-il de sa voix � la fois aigre et caressante, qui ne contenait cependant ni douleur ni joie; ma�tre Gilbert, il me semble que vous n��tes pas cons�quent avec votre �talage de d�sint�ressement. Vous me demandez vingt mille livres, et, sur ces vingt mille livres, vous n�en pouvez prendre mille pour vous embarquer?
� Non, monsieur, et cela pour deux raisons.
� Voyons les raisons.
� La premi�re, c�est que je n�aurai effectivement pas un denier le jour o� je m�embarquerai; car, notez bien ceci, monsieur le comte, ce n�est pas pour moi que je demande; je demande pour la r�paration d�une faute que vous m�avez facilit�e�
� Ah! tu es tenace! dit Balsamo la bouche crisp�e.
� Parce que j�ai raison. Je vous demande de l�argent pour r�parer, vous dis-je, et non pour vivre ou pour me consoler; pas un sou de ces vingt mille livres n�effleurera ma poche: ils ont leur destination.
� Ton enfant, je vois cela�
� Mon enfant, oui, monsieur, r�pliqua Gilbert avec un certain orgueil.
� Mais toi?
� Moi, je suis fort, libre et intelligent; je vivrai toujours; je veux vivre!
� Oh! tu vivras! Jamais Dieu n�a donn� une volont� de cette force � des �mes qui doivent quitter pr�matur�ment la terre. Dieu habille chaudement les plantes qui ont besoin de braver de longs hivers; il donne la cuirasse d�acier aux c�urs qui ont � subir les longues �preuves. Mais tu avais, ce me semble, annonc� deux motifs pour ne pas garder mille livres: la d�licatesse d�abord�
� Ensuite la prudence. Le jour o� je quitterai la France, force me sera de me cacher� Ce n�est donc pas en allant trouver un capitaine dans un port, en lui remettant de l�argent � car je pr�sume que c�est ainsi qu�on fait �, ce n�est pas, dis-je, en m�allant vendre moi-m�me que je r�ussirai � me cacher.
� Alors, tu supposes que je puis t�aider � dispara�tre?
� Je sais que vous le pouvez.
� Qui te l�a dit?
� Oh! vous avez trop de moyens surnaturels � votre disposition pour n�avoir pas aussi l�arsenal tout entier des moyens naturels. Un sorcier n�est jamais si s�r de lui qu�il n�ait quelque bonne porte de salut.
� Gilbert, dit tout � coup Balsamo en �tendant la main sur le jeune homme, tu es un esprit aventureux, hardi; tu es p�tri de bien et de mal, comme une femme; tu es sto�que et probe sans aff�terie; je ferai de toi un homme tr�s grand; demeure avec moi. Je te crois capable de reconnaissance; demeure ici, te dis-je, cet h�tel est un asile s�r; moi, d�ailleurs, je quitte l�Europe dans quelques mois, je t�emm�nerai.