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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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— Tu n’es pas choquée ?

— Je suis choquée par tellement de choses que j’en perds le souffle ! Alors j’ai décidé de devenir positive sinon je deviens folle.

— On marche sur la tête, Shirley, si des gamins de quinze ans classent les filles selon l’accès à leur vagin.

— Calme-toi. Je te parie que le même Max Barthillet deviendra une petite fleur bleue, le jour où il sera vraiment amoureux. En attendant, il joue les caïds et roule des mécaniques ! Tiens Zoé loin de lui un moment, et tu verras, ils redeviendront copains sans problème.

— Je ne veux pas qu’il l’agresse !

— Il ne lui fera rien. Et s’il fait quelque chose, ce sera avec une autre. Je parie n’importe quoi qu’il a fait ça pour impressionner… Hortense ! Ils fantasment tous sur ta petite peste. Mon fils le premier ! Il croit que je ne le vois pas : il la mange des yeux !

— Quand j’étais petite, c’était pareil avec Iris. Tous les garçons en étaient fous.

— On a vu ce que ça a donné.

— Ben… Elle a plutôt réussi, non ?

— Oui. Elle a fait un beau mariage… si tu appelles ça réussir. Mais sans le fric de son mari, elle n’est rien !

— Tu es dure, avec elle.

— Non ! Je suis lucide… Et toi, tu devrais t’entraîner à l’être un peu plus.

L’intonation agressive d’Iris, l’autre jour, à la piscine, revint à la mémoire de Jo. Et l’autre soir, au téléphone… quand Jo avait essayé de lui donner des idées pour son livre… je t’aiderai, Iris, je te trouverai des histoires, des documents, tu n’auras plus qu’à écrire ! Tiens, sais-tu comment on appelait les « impôts » en ce temps-là ? Et comme elle ne répondait pas, Jo avait lâché : « banalités », on appelait ça les « banalités » ! Tu ne trouves pas ça drôle ? Et alors… Alors… Iris, sa sœur, sa sœur bien-aimée, avait répondu… Tu fais chier, Jo, tu fais chier ! Tu es trop… ! Et elle avait raccroché. Trop quoi ? s’était demandé Jo, interloquée. Elle avait décelé une réelle méchanceté dans ce « tu fais chier, Jo ». Elle ne le raconterait pas à Shirley, ce serait lui donner raison. Iris devait être malheureuse pour réagir ainsi. C’est ça, elle est malheureuse…, avait répété Jo en écoutant le combiné qui sonnait occupé, dans le vide.

— Elle est gentille avec les filles.

— Pour ce que ça lui coûte !

— Tu ne l’as jamais aimée, je ne sais pas pourquoi.

— Et ton Hortense… si tu ne la visses pas, elle finira comme sa tante. Ce n’est pas un métier d’être « la femme de… » ! Le jour où Philippe laissera tomber Iris, il ne lui restera que sa petite culotte pour pleurer.

— Il ne la laissera jamais tomber, il est fou amoureux d’elle.

— Qu’est-ce que tu en sais ?

Jo ne répondit pas. Depuis qu’elle travaillait pour Philippe, elle avait appris à le connaître. Quand elle allait dans son cabinet d’avocats, avenue Victor-Hugo, elle jetait un œil dans son bureau, si la porte était entrouverte. L’autre fois, elle l’avait fait rire… il faut appuyer sur une télécommande pour que tu relèves la tête de tes dossiers ? avait-elle demandé dans l’embrasure de la porte. Il lui avait fait signe d’entrer.

— Encore un quart d’heure et je rince, déclara Denise, la coloriste, en écartant les papillotes argentées avec la pointe de son peigne. Ça prend bien, ça va être magnifique ! Et vous, lança-t-elle à Shirley, dans dix minutes, je vous emmène au bac.

Elle s’éloigna en roulant des hanches dans sa blouse rose.

— Dis donc…, interrogea Jo, suivant des yeux la croupe de Denise, elle ne travaillait pas ici, Mylène ?

— Si. Elle m’avait fait les ongles, une fois. Très bien d’ailleurs. T’as des nouvelles d’Antoine ?

— Aucune. Mais les filles en ont…

— C’est le principal. C’est un brave mec, Antoine. Un peu faible, un peu mou. Encore un qui n’a pas fini de grandir.

En entendant le nom d’Antoine, Jo sentit son estomac se contracter. Une masse noire se jeta sur elle et la prit à la gorge : la dette ! Mille cinq cents euros par mois ! Monsieur Faugeron… Le Crédit commercial ! Si elle prenait en compte l’échéance de janvier, il ne lui resterait plus rien des huit mille douze euros. Elle avait dépensé ses derniers sous en achetant un cadeau pour Gary, un cadeau pour Shirley. Elle s’était dit au point où j’en suis, quelques euros de plus, quelques euros de moins… et puis la bouille de Gary quand il ouvrirait le paquet.

Elle se laissa glisser dans le fauteuil, dérangeant l’ordre des papillotes.

— Ça ne va pas ?

— Si, si…

— T’es blanche comme un linceul… Tu veux un journal ?

— Oui… Merci !

Shirley lui passa le Elle. Jo l’ouvrit. Sans arriver à lire. Mille cinq cents euros. Mille cinq cents euros. On vint chercher Shirley pour la conduire au bac de rinçage.

— Dans cinq minutes, c’est à vous, dit la jeune fille.

Joséphine acquiesça et se força à regarder le journal. Elle ne lisait jamais les journaux. Elle regardait les couvertures en devanture des kiosques ou dans le métro, par-dessus l’épaule de ses voisines, déchiffrait la moitié d’un régime, le début d’un horoscope, guettait la photo d’une actrice qu’elle aimait. Parfois elle en ramassait un, oublié sur une banquette et le rapportait à la maison.

Elle ouvrit le journal, le feuilleta et poussa un cri.

— Shirley, Shirley, regarde !

Elle se leva et alla au bac à shampooing en brandissant le journal.

La tête renversée, les yeux fermés, Shirley déclara :

— Tu vois bien que je ne peux pas lire.

— Juste regarde la photo ! Cette pub-là pour une marque de parfum.

Joséphine s’assit sur le fauteuil à côté de Shirley et lui mit le journal sous le nez.

— Oui et alors ? fit Shirley en grimaçant. Vous m’avez mis de la mousse dans l’œil.

Joséphine agita le journal et Shirley se tortilla le cou dans le bac.

— Regarde l’homme sur la photo…

Shirley écarquilla les yeux.

— Pas mal ! Pas mal du tout !

— C’est tout ?

— J’ai dit pas mal… You want me to fall on my knees ?

— C’est le type de la bibliothèque, Shirley ! Le type en duffle-coat ! Il est mannequin. Et la fille blonde sur la photo, c’est celle du passage clouté. Ils faisaient la photo quand on les a vus. Qu’est-ce qu’il est beau ! Mais qu’est-ce qu’il est beau !

— C’est bizarre : sur le passage clouté, il ne m’avait pas marquée…

— Toi, t’aimes pas les hommes.

— Sorry : je les ai trop aimés, c’est pour ça que je les tiens à distance.

— N’empêche : il est beau, il est vivant, il fait des photos de mode.

— Et tu vas tourner de l’œil !

— Non, je vais découper la photo et la glisser dans mon porte-monnaie… Oh, Shirley, c’est un signe !

— Un signe de quoi ?

— Un signe qu’il va revenir dans ma vie.

— Tu crois à ces conneries, toi ?

Jo hocha la tête. Oui et je parle aux étoiles, pensa-t-elle sans oser le dire.

— Allez, madame, suivez-moi, on va rincer, l’interrompit Denise. Vous allez être métamorphosée…

Et les cheveux d’Yseut la blonde aussi dorés et luisants qu’ils fussent ne seront rien en comparaison des miens…, pensa Joséphine en prenant place au bac à shampooing.

La grande aiguille de l’horloge vint se placer sur la demie de cinq heures. Iris se surprit à guetter la porte du café avec anxiété. S’il ne venait pas ? Si, à la dernière minute, il avait décidé que ce n’était pas la peine. Au téléphone, le directeur de l’agence lui avait paru courtois, précis. « Oui, madame, je vous écoute… »

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