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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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Elle avait expliqué ce qu’elle désirait. Il avait posé quelques questions puis avait ajouté : « Vous connaissez nos tarifs ? Deux cent quarante euros par jour si c’est en semaine, le double le week-end. – Non, le week-end, je n’aurai pas besoin de vous. – Très bien, madame, on pourrait donc fixer un premier rendez-vous, disons, dans une semaine… – Une semaine, vous êtes sûr ? – Absolument, madame… Un rendez-vous dans un quartier, de préférence où vous n’allez jamais, où vous ne risquez pas de rencontrer quelqu’un de votre connaissance. – Les Gobelins », avait proposé Iris. Ça sonnait mystérieux, clandestin, un peu louche même. « Les Gobelins, madame ? Très bien. Disons à dix-sept heures trente au café du même nom, avenue des Gobelins à la hauteur de la rue Pirandello. Vous reconnaîtrez notre homme facilement : il portera un chapeau de pluie Burberry, c’est de saison, il ne se fera pas remarquer. Il vous dira “il fait un froid de gueux” et vous répondrez “je ne vous le fais pas dire”. – Parfait, avait répondu Iris sans se troubler, j’y serai, au revoir, monsieur. » Que c’était simple ! Elle avait hésité si longtemps avant de se décider à appeler et voilà, c’était fait ! Le rendez-vous était pris.

Elle regarda les gens assis autour d’elle. Des étudiants qui lisaient, une ou deux femmes seules qui semblaient attendre, elles aussi. Des hommes au bar qui buvaient, les yeux perdus dans le vide. Elle entendit un bruit de percolateur, des ordres lancés, la voix de Philippe Bouvard qui racontait une blague à la radio, c’était l’heure des « Grosses têtes ». « Vous connaissez l’histoire du mari qui dit à sa femme : Chérie tu me dis jamais quand tu jouis ? et la femme qui répond : Comment le pourrais-je ? t’es jamais là ! » Le garçon derrière le comptoir éclata de rire.

À dix-sept heures trente précises, un homme entra dans le café, portant le fameux chapeau à motif écossais. Un bel homme, jeune, souple, souriant.

Il fit un rapide tour d’horizon et ses yeux se posèrent aussitôt sur Iris qui inclina la tête pour signaler que, oui, c’était bien elle. Il eut l’air surpris et s’approchant, prononça la phrase codée à mi-voix :

— Il fait un froid de gueux…

— Je ne vous le fais pas dire.

Il lui tendit la main et lui fit signe qu’il aimerait bien s’asseoir auprès d’elle si elle avait la gentillesse de débarrasser la chaise voisine de son sac et de son manteau.

— Ce n’est pas très prudent de laisser votre sac offert au tout-venant sur une chaise…

Elle se demanda si c’était aussi une phrase codée car il la prononça sur le même ton que sa remarque d’introduction sur le temps.

— Oh ! Je n’ai rien de précieux à l’intérieur…

— Oui mais le sac, en lui-même, est précieux, fit-il remarquer en posant son regard sur les impressions Vuitton.

Iris fit un geste de la main pour indiquer que ce n’était pas un problème, qu’elle n’y tenait pas spécialement et l’homme eut un petit geste de retrait du menton qui montra sa désapprobation.

— Je ne saurais trop vous engager à être prudente. Se faire dévaliser est toujours une expérience douloureuse, ne tentez pas le diable !

Iris l’écoutait sans l’entendre. Elle toussota pour montrer qu’il était temps de passer aux choses sérieuses et, comme il ne paraissait pas comprendre, regarda de manière appuyée plusieurs fois sa montre.

— Vous êtes impatiente, madame, donc je vais commencer…

Il fit signe au garçon et commanda un Orangina bien frais, sans glaçons.

— Je n’aime pas les glaçons. Très mauvais pour le foie de boire glacé…

Iris se frotta les mains sous la table, son cœur battait la chamade. Je pourrais encore partir, partir tout de suite…

Il se racla la gorge puis se décida à parler :

— Donc, comme vous nous l’aviez demandé, j’ai été chargé de suivre votre mari, monsieur Philippe Dupin. Je l’ai pris en filature le jeudi 11 décembre à huit heures dix du matin devant votre domicile et l’ai suivi, secondé en cela par deux collègues, sans discontinuer jusqu’à hier soir, 20 décembre, vingt-deux heures trente, heure à laquelle il a regagné votre domicile.

— C’est exact, répondit Iris d’une voix blanche.

Le garçon vint déposer l’Orangina devant eux et demanda à ce qu’on le règle, son service prenant fin. Iris paya et fit signe qu’elle n’attendait pas de monnaie.

— Votre mari a une vie très organisée. Il ne semble pas se cacher. La filature fut donc très aisée. J’ai pu identifier la plupart de ses rendez-vous sauf un interlocuteur qui me donne du mal…

— Ah ! fit Iris, sentant son cœur s’emballer.

— Un homme qu’il a vu deux fois, à trois jours d’intervalle, dans un café à l’aéroport de Roissy. Une fois le matin à onze heures trente, l’autre fois l’après-midi à quinze heures. Chaque rencontre a duré une petite heure… Un homme dans les trente ans, portant un attaché-case noir, un homme avec lequel il semble avoir des conversations sérieuses. L’homme lui a montré des photos, des documents écrits, des coupures de journaux. Votre mari hochait la tête, l’a laissé parler un bon moment à chaque rencontre, puis lui a posé de nombreuses questions pendant que l’homme écoutait et prenait des notes…

— Prenait des notes ? répéta Iris.

— Oui. Je me suis dit alors que c’était un rendez-vous d’affaires… Je me suis débrouillé, je ne vous dirai pas comment, pour avoir une photocopie de son agenda, or nulle part il n’y a trace de ces rendez-vous. Il ne l’a pas noté sur son calepin, n’en a pas parlé à sa secrétaire ni à sa plus proche collaboratrice, maître Vibert…

— Comment pouvez-vous savoir tout ça ? demanda Iris, étonnée d’une telle intrusion dans la vie de son mari.

— Cela est mon affaire, madame. Bref, sans vous révéler notre petite cuisine intérieure, je sais que ce ne sont pas des rendez-vous d’affaires…

— Vous avez des photos de l’homme en question ?

— Oui, dit-il en sortant une liasse d’un porte-documents.

Il l’étala sous les yeux d’Iris qui se pencha, le cœur battant. L’homme avait en effet la trentaine, les cheveux châtains, coupés court, des lèvres minces et des lunettes en écaille. Ni beau ni laid. Un homme passe-partout. Elle fit un effort de mémoire mais dut reconnaître qu’elle ne l’avait jamais vu.

— Votre mari lui a donné de l’argent en liquide et ils se sont séparés en se serrant la main. À part ces deux rencontres, votre mari semble avoir une vie organisée uniquement autour de ses affaires. Aucun tête-à-tête, aucun rendez-vous furtif, aucun séjour à l’hôtel… Voulez-vous que je continue la filature ?

— J’aimerais savoir qui est cet homme, dit Iris.

— J’ai suivi l’inconnu après ces deux rendez-vous. Une fois il a pris un avion pour Bâle, une autre fois pour Londres. C’est tout ce que j’ai pu obtenir. Je pourrais en savoir davantage mais il faudrait une filature plus approfondie, plus longue… Pouvoir aller à l’étranger. Cela signifie des frais en plus, forcément…

— Il est venu exprès à Paris… pour voir mon mari, pensa Iris tout haut.

— Oui et là gît le mystère.

— En même temps, nous entrons dans la période de Noël. Mon mari va partir avec nous en vacances quelques jours et…

— Je ne veux pas vous mettre la pression, madame. Une filature est onéreuse. Peut-être pourriez-vous réfléchir et nous rappeler si vous voulez que nous donnions suite.

— Oui, répondit Iris, préoccupée. En effet, ce serait peut-être mieux.

Il y avait cependant une question qu’elle n’osait pas poser et qui lui brûlait les lèvres. Elle hésita. Prit une gorgée d’eau.

— Je voudrais vous demander, commença-t-elle en bredouillant. Je voudrais savoir si… s’ils ont eu des gestes…

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