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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Non, dit-il, non, tu n�iras pas regarder � cette fen�tre; non, tu ne t�infiltreras plus le poison dont tu te plais � mourir. C�est une cruelle, celle qui jamais, quand tu courbais le front devant elle, ne t�a souri, ne t�a adress� une parole de consolation ou d�amiti�; celle qui a pris plaisir � broyer dans ses ongles ton c�ur encore plein d�innocence et de chaste amour. C�est une cr�ature sans honneur et sans religion, celle qui nie � l�enfant son p�re, son soutien naturel, et qui condamne la pauvre petite cr�ature � l�oubli, � la mis�re, � la mort peut-�tre, attendu que cet enfant d�shonore les entrailles o� il a �t� con�u. Eh bien, non, Gilbert, tout criminel que tu sois, tout amoureux et l�che que tu es, je te d�fends de marcher vers cette lucarne et d�adresser un seul regard dans la direction du pavillon; je te d�fends de t�apitoyer sur le sort de cette femme, et d�affaiblir les ressorts de ton �me en songeant � tout ce qui s�est pass�. Use ta vie comme la brute, dans le travail et la satisfaction des besoins mat�riels; use le temps qui va s��couler entre l�affront et la vengeance, et souviens-toi toujours que le seul moyen de te respecter encore, de te tenir au-dessus de ces nobles orgueilleux, c�est d��tre plus noble qu�eux-m�mes.

P�le, tremblant, attir� par le c�ur du c�t� de cette fen�tre, il ob�it pourtant � l�ordre de l�esprit. On e�t pu le voir, peu � peu, lentement, comme si ses pieds eussent pris racine en cette chambre, marcher un pas l�un apr�s l�autre pour se porter du c�t� de l�escalier. Enfin, il sortit pour se rendre chez Balsamo.

Mais tout � coup, se ravisant:

� Fou! dit-il, mis�rable �cervel� que je suis! je parlais, je crois, de vengeance, et quelle vengeance exercerais-je?� Tuer la femme? Oh! non, elle tomberait heureuse de me fl�trir par une injure de plus! La d�shonorer publiquement? Oh! c�est d�un l�che!� Est-il une place sensible en l��me de cette cr�ature o� mon coup d��pingle frappe aussi douloureusement qu�un coup de poignard?� C�est l�humiliation qu�il lui faut� Oui, car elle est encore plus orgueilleuse que moi.

�L�humilier� moi� comment? Je n�ai rien, je ne suis rien, et elle va dispara�tre sans doute. Certes, ma pr�sence, des apparitions fr�quentes, un regard de m�pris ou de provocation la ch�tieraient cruellement� Je sais bien que la m�re sans entrailles serait une s�ur sans c�ur, et m�enverrait son fr�re pour me tuer; mais qui m�emp�che d�apprendre � tuer un homme, comme j�ai appris � raisonner ou � �crire? Qui m�emp�che de terrasser Philippe, de le d�sarmer, de rire au nez du vengeur comme � celui de l�offens�e? Non, ce moyen est un moyen de com�die. Tel compte sur son adresse et son exp�rience qui n�a pas calcul� l�intervention de Dieu ou du hasard� Seul, moi seul, avec mon bras nu, avec une raison d�pouill�e d�imagination, avec la force de mes muscles donn�e par la nature et la force de ma pens�e, je r�duirai � n�ant les projets de ces malheureux� Que veut Andr�e? Que poss�de-t-elle? Que met-elle en avant pour sa d�fense et pour mon opprobre?� Cherchons.�

Puis, sur le bord de la saillie du mur, courb�, l��il fixe, il m�dita profond�ment.

� Ce qui peut plaire � Andr�e, dit-il, c�est ce que je d�teste. Il faut donc d�truire tout ce que je d�teste?� D�truire! oh! non� Que ma vengeance ne me porte jamais au mal! Que jamais elle ne me force � employer le fer ou le feu!

�Que me reste-t-il alors? Le voici: c�est de chercher la cause de la sup�riorit� d�Andr�e; c�est de voir par quelle cha�ne elle va retenir � la fois mon c�ur et mon bras� Oh! ne plus la voir!� Oh! ne plus �tre regard� par elle!� Oh! passer � deux pas de cette femme, alors que, souriant avec sa beaut� insolente, elle tiendra par la main son enfant� son enfant, qui ne me conna�tra jamais� Terre et cieux!�

Et Gilbert ponctua cette phrase d�un furieux coup de poing dans la muraille, et d�une impr�cation plus terrible encore qui s�envola vers le ciel.

� Son enfant! voil� tout le secret. Il ne faut pas qu�elle poss�de jamais cet enfant, qu�elle habituerait � ex�crer le nom de Gilbert. Il faut qu�au contraire elle sache bien que cet enfant grandira dans l�ex�cration du nom d�Andr�e! En un mot, cet enfant qu�elle n�aimerait pas, qu�elle torturerait peut-�tre, car c�est un mauvais c�ur, cet enfant avec lequel on me flagellerait perp�tuellement, il faut que jamais Andr�e ne le voie, et qu�elle pousse, l�ayant perdu, des rugissements pareils � ceux des lionnes qu�on a priv�es de leurs lionceaux!

Gilbert se releva beau de sa col�re et de sa joie sauvage.

� C�est cela, dit-il en �tendant le poing vers le pavillon d�Andr�e, tu m�as condamn� � la honte, � l�isolement, au remords, � l�amour� Je te condamne, moi, � la souffrance sans fruit, � l�isolement, � l� honte, � la terreur, � la haine sans vengeance. Tu me chercheras, j�aurai fui; tu appelleras l�enfant, dusses-tu le d�chirer si tu le retrouvais; mais ce sera au moins une rage de d�sir que j�aurai allum�e dans ton �me; ce sera une lame sans poign�e que j�aurai enfonc�e dans ton c�ur� Oui, oui, l�enfant! J�aurai l�enfant, Andr�e; j�aurai, non pas ton enfant comme tu dis, mais le mien. Gilbert aura son enfant! fils noble par sa m�re� Mon enfant!� mon enfant!�

Et il s�anima insensiblement des transports d�une ivresse de joie.

� Allons, dit-il, il ne s�agit plus de d�pits vulgaires ou de petites lamentations pastorales; il s�agit d�un bel et bon complot. Ce n�est plus d�ordonner � mon regard de n�aller pas chercher le pavillon, mais bien d�ordonner � toute ma force, � toute mon �me, de veiller pour assurer le succ�s de mon entreprise.

�Je veillerai, Andr�e! dit-il solennellement en s�approchant de la fen�tre, jour et nuit! Tu ne feras plus un mouvement que je ne l��pie; tu ne pousseras pas un cri de douleur, que je ne te promette une douleur plus aigu�; tu n��baucheras pas un sourire, que je n�y r�ponde par un rire sardonique et insultant. Tu es ma proie, Andr�e; une partie de toi est ma proie; je veille, je veille!

Alors, il s�approcha de la lucarne, et vit les persiennes du pavillon s�ouvrir; puis l�ombre d�Andr�e glissa sur les rideaux et sur le plafond de la chambre, refl�t�e sans doute par quelque glace.

Ensuite vint Philippe, qui s��tait lev� plus t�t, mais qui avait travaill� dans sa chambre � lui, situ�e derri�re celle d�Andr�e.

Gilbert remarqua combien la conversation des deux amis �tait anim�e. Assur�ment on parlait de lui, de la sc�ne de la veille. Philippe se promenait avec une sorte de perplexit�. Cette arriv�e de Gilbert avait peut-�tre chang� quelque chose aux projets d�installation; peut-�tre allait-on chercher autre part la paix, les t�n�bres, l�oubli.

� cette id�e, les yeux de Gilbert devinrent des rayons lumineux qui eussent embras� le pavillon et p�n�tr� jusqu�au centre du monde!

Mais presque aussit�t une fille de service entra par la porte du jardin; elle venait avec une recommandation quelconque. Andr�e l�agr�a, car elle installa imm�diatement son petit paquet de hardes dans la chambre qu�occupait autrefois Nicole; puis divers achats de meubles, d�ustensiles et de provisions confirm�rent le vigilant Gilbert dans la certitude d�une habitation paisible du fr�re et de la s�ur.

Philippe visita et fit visiter, avec le plus grand soin, les serrures de la porte du jardin. Ce qui prouva surtout � Gilbert qu�on le soup�onnait d��tre entr� avec une fausse clef donn�e peut-�tre par Nicole, c�est que le serrurier, Philippe pr�sent, changea les gardes de la serrure.

Ce fut la premi�re joie que Gilbert e�t encore �prouv�e depuis tous ces �v�nements.

Il sourit avec ironie.

� Pauvres gens, murmura-t-il, ils ne sont pas bien dangereux; c�est � la serrure qu�ils s�en prennent, et ils ne me soup�onnent pas m�me d�avoir eu la force d�escalader!� Pauvre id�e qu�ils ont de toi, Gilbert. Tant mieux! Oui, fi�re Andr�e, ajouta-t-il, malgr� les serrures de ta porte, si je voulais p�n�trer chez toi, je le pourrais� Mais j�ai enfin le bonheur � mon tour; je te d�daigne� et, � moins que la fantaisie�

Il pirouetta sur ses talons, en singeant les rou�s de la cour.

� Mais non, reprit-il am�rement� c�est plus digne de moi, je ne veux plus de vous!� Dormez tranquille; j�ai mieux que votre possession pour vous torturer � mon aise; dormez!

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