Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Non, dit-il, non, tu n�iras pas regarder � cette fen�tre; non, tu ne t�infiltreras plus le poison dont tu te plais � mourir. C�est une cruelle, celle qui jamais, quand tu courbais le front devant elle, ne t�a souri, ne t�a adress� une parole de consolation ou d�amiti�; celle qui a pris plaisir � broyer dans ses ongles ton c�ur encore plein d�innocence et de chaste amour. C�est une cr�ature sans honneur et sans religion, celle qui nie � l�enfant son p�re, son soutien naturel, et qui condamne la pauvre petite cr�ature � l�oubli, � la mis�re, � la mort peut-�tre, attendu que cet enfant d�shonore les entrailles o� il a �t� con�u. Eh bien, non, Gilbert, tout criminel que tu sois, tout amoureux et l�che que tu es, je te d�fends de marcher vers cette lucarne et d�adresser un seul regard dans la direction du pavillon; je te d�fends de t�apitoyer sur le sort de cette femme, et d�affaiblir les ressorts de ton �me en songeant � tout ce qui s�est pass�. Use ta vie comme la brute, dans le travail et la satisfaction des besoins mat�riels; use le temps qui va s��couler entre l�affront et la vengeance, et souviens-toi toujours que le seul moyen de te respecter encore, de te tenir au-dessus de ces nobles orgueilleux, c�est d��tre plus noble qu�eux-m�mes.
P�le, tremblant, attir� par le c�ur du c�t� de cette fen�tre, il ob�it pourtant � l�ordre de l�esprit. On e�t pu le voir, peu � peu, lentement, comme si ses pieds eussent pris racine en cette chambre, marcher un pas l�un apr�s l�autre pour se porter du c�t� de l�escalier. Enfin, il sortit pour se rendre chez Balsamo.
Mais tout � coup, se ravisant:
� Fou! dit-il, mis�rable �cervel� que je suis! je parlais, je crois, de vengeance, et quelle vengeance exercerais-je?� Tuer la femme? Oh! non, elle tomberait heureuse de me fl�trir par une injure de plus! La d�shonorer publiquement? Oh! c�est d�un l�che!� Est-il une place sensible en l��me de cette cr�ature o� mon coup d��pingle frappe aussi douloureusement qu�un coup de poignard?� C�est l�humiliation qu�il lui faut� Oui, car elle est encore plus orgueilleuse que moi.
�L�humilier� moi� comment? Je n�ai rien, je ne suis rien, et elle va dispara�tre sans doute. Certes, ma pr�sence, des apparitions fr�quentes, un regard de m�pris ou de provocation la ch�tieraient cruellement� Je sais bien que la m�re sans entrailles serait une s�ur sans c�ur, et m�enverrait son fr�re pour me tuer; mais qui m�emp�che d�apprendre � tuer un homme, comme j�ai appris � raisonner ou � �crire? Qui m�emp�che de terrasser Philippe, de le d�sarmer, de rire au nez du vengeur comme � celui de l�offens�e? Non, ce moyen est un moyen de com�die. Tel compte sur son adresse et son exp�rience qui n�a pas calcul� l�intervention de Dieu ou du hasard� Seul, moi seul, avec mon bras nu, avec une raison d�pouill�e d�imagination, avec la force de mes muscles donn�e par la nature et la force de ma pens�e, je r�duirai � n�ant les projets de ces malheureux� Que veut Andr�e? Que poss�de-t-elle? Que met-elle en avant pour sa d�fense et pour mon opprobre?� Cherchons.�
Puis, sur le bord de la saillie du mur, courb�, l��il fixe, il m�dita profond�ment.
� Ce qui peut plaire � Andr�e, dit-il, c�est ce que je d�teste. Il faut donc d�truire tout ce que je d�teste?� D�truire! oh! non� Que ma vengeance ne me porte jamais au mal! Que jamais elle ne me force � employer le fer ou le feu!
�Que me reste-t-il alors? Le voici: c�est de chercher la cause de la sup�riorit� d�Andr�e; c�est de voir par quelle cha�ne elle va retenir � la fois mon c�ur et mon bras� Oh! ne plus la voir!� Oh! ne plus �tre regard� par elle!� Oh! passer � deux pas de cette femme, alors que, souriant avec sa beaut� insolente, elle tiendra par la main son enfant� son enfant, qui ne me conna�tra jamais� Terre et cieux!�
Et Gilbert ponctua cette phrase d�un furieux coup de poing dans la muraille, et d�une impr�cation plus terrible encore qui s�envola vers le ciel.
� Son enfant! voil� tout le secret. Il ne faut pas qu�elle poss�de jamais cet enfant, qu�elle habituerait � ex�crer le nom de Gilbert. Il faut qu�au contraire elle sache bien que cet enfant grandira dans l�ex�cration du nom d�Andr�e! En un mot, cet enfant qu�elle n�aimerait pas, qu�elle torturerait peut-�tre, car c�est un mauvais c�ur, cet enfant avec lequel on me flagellerait perp�tuellement, il faut que jamais Andr�e ne le voie, et qu�elle pousse, l�ayant perdu, des rugissements pareils � ceux des lionnes qu�on a priv�es de leurs lionceaux!
Gilbert se releva beau de sa col�re et de sa joie sauvage.
� C�est cela, dit-il en �tendant le poing vers le pavillon d�Andr�e, tu m�as condamn� � la honte, � l�isolement, au remords, � l�amour� Je te condamne, moi, � la souffrance sans fruit, � l�isolement, � l� honte, � la terreur, � la haine sans vengeance. Tu me chercheras, j�aurai fui; tu appelleras l�enfant, dusses-tu le d�chirer si tu le retrouvais; mais ce sera au moins une rage de d�sir que j�aurai allum�e dans ton �me; ce sera une lame sans poign�e que j�aurai enfonc�e dans ton c�ur� Oui, oui, l�enfant! J�aurai l�enfant, Andr�e; j�aurai, non pas ton enfant comme tu dis, mais le mien. Gilbert aura son enfant! fils noble par sa m�re� Mon enfant!� mon enfant!�
Et il s�anima insensiblement des transports d�une ivresse de joie.
� Allons, dit-il, il ne s�agit plus de d�pits vulgaires ou de petites lamentations pastorales; il s�agit d�un bel et bon complot. Ce n�est plus d�ordonner � mon regard de n�aller pas chercher le pavillon, mais bien d�ordonner � toute ma force, � toute mon �me, de veiller pour assurer le succ�s de mon entreprise.
�Je veillerai, Andr�e! dit-il solennellement en s�approchant de la fen�tre, jour et nuit! Tu ne feras plus un mouvement que je ne l��pie; tu ne pousseras pas un cri de douleur, que je ne te promette une douleur plus aigu�; tu n��baucheras pas un sourire, que je n�y r�ponde par un rire sardonique et insultant. Tu es ma proie, Andr�e; une partie de toi est ma proie; je veille, je veille!
Alors, il s�approcha de la lucarne, et vit les persiennes du pavillon s�ouvrir; puis l�ombre d�Andr�e glissa sur les rideaux et sur le plafond de la chambre, refl�t�e sans doute par quelque glace.
Ensuite vint Philippe, qui s��tait lev� plus t�t, mais qui avait travaill� dans sa chambre � lui, situ�e derri�re celle d�Andr�e.
Gilbert remarqua combien la conversation des deux amis �tait anim�e. Assur�ment on parlait de lui, de la sc�ne de la veille. Philippe se promenait avec une sorte de perplexit�. Cette arriv�e de Gilbert avait peut-�tre chang� quelque chose aux projets d�installation; peut-�tre allait-on chercher autre part la paix, les t�n�bres, l�oubli.
� cette id�e, les yeux de Gilbert devinrent des rayons lumineux qui eussent embras� le pavillon et p�n�tr� jusqu�au centre du monde!
Mais presque aussit�t une fille de service entra par la porte du jardin; elle venait avec une recommandation quelconque. Andr�e l�agr�a, car elle installa imm�diatement son petit paquet de hardes dans la chambre qu�occupait autrefois Nicole; puis divers achats de meubles, d�ustensiles et de provisions confirm�rent le vigilant Gilbert dans la certitude d�une habitation paisible du fr�re et de la s�ur.
Philippe visita et fit visiter, avec le plus grand soin, les serrures de la porte du jardin. Ce qui prouva surtout � Gilbert qu�on le soup�onnait d��tre entr� avec une fausse clef donn�e peut-�tre par Nicole, c�est que le serrurier, Philippe pr�sent, changea les gardes de la serrure.
Ce fut la premi�re joie que Gilbert e�t encore �prouv�e depuis tous ces �v�nements.
Il sourit avec ironie.
� Pauvres gens, murmura-t-il, ils ne sont pas bien dangereux; c�est � la serrure qu�ils s�en prennent, et ils ne me soup�onnent pas m�me d�avoir eu la force d�escalader!� Pauvre id�e qu�ils ont de toi, Gilbert. Tant mieux! Oui, fi�re Andr�e, ajouta-t-il, malgr� les serrures de ta porte, si je voulais p�n�trer chez toi, je le pourrais� Mais j�ai enfin le bonheur � mon tour; je te d�daigne� et, � moins que la fantaisie�
Il pirouetta sur ses talons, en singeant les rou�s de la cour.
� Mais non, reprit-il am�rement� c�est plus digne de moi, je ne veux plus de vous!� Dormez tranquille; j�ai mieux que votre possession pour vous torturer � mon aise; dormez!