Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Mis�rable! s��cria Andr�e avec une sauvage fureur, c��tait donc toi? Oh! mon Dieu! mon Dieu!
Et Andr�e saisit sa t�te, qu�elle comprima entre ses deux mains, comme pour emp�cher de fuir sa pens�e r�volt�e.
Gilbert recula, muet et p�trifi�, devant cette belle et p�le t�te de M�duse, qui peignait � la fois l��pouvante et l��tonnement.
� Est-ce que ce malheur m��tait r�serv�, mon Dieu! continua la jeune fille, en proie � une exaltation croissante, de voir mon nom doublement d�shonor�: d�shonor� par le crime, d�shonor� par le criminel? R�ponds, l�che! r�ponds, mis�rable! C��tait donc toi?
� Elle l�ignorait! murmura Gilbert an�anti.
� Au secours! au secours! cria Andr�e en rentrant dans son appartement. Philippe! Philippe! � moi, Philippe!
Gilbert, qui l�avait suivie, sombre et d�sesp�r�, chercha des yeux autour de lui, soit une place pour tomber noblement sous les coups qu�il attendait, soit une arme pour se d�fendre.
Mais personne ne vint � l�appel d�Andr�e, Andr�e �tait seule dans l�appartement.
� Seule! oh! seule! s��cria la jeune fille avec une crispation de rage! Hors d�ici, mis�rable! ne tente pas la col�re de Dieu!
Gilbert releva doucement la t�te.
� Votre col�re, murmura-t-il, est pour moi la plus redoutable de toutes les col�res; ne m�accablez donc pas, mademoiselle, par piti�!
Et il joignit les mains en suppliant.
� Assassin! assassin! assassin! vocif�ra la jeune femme.
� Mais vous ne voulez donc pas m�entendre? s��cria Gilbert. Entendez-moi donc d�abord, au moins, et faites-moi tuer ensuite si vous voulez.
� T�entendre, t�entendre, encore ce supplice! Et que diras-tu? Voyons.
� Ce que je disais tout � l�heure: c�est que j�ai commis un crime, crime bien excusable pour quiconque lira dans mon c�ur, et que j�apporte la r�paration de ce crime.
� Ah! s��cria Andr�e, voil� donc le sens de ce mot qui me faisait horreur avant m�me que je le comprisse; un mariage!� Je crois que vous avez prononc� ce mot?
� Mademoiselle! balbutia Gilbert.
� Un mariage, continua la fi�re jeune fille s�exaltant de plus en plus. Oh! ce n�est pas de la col�re que je ressens pour vous, c�est du m�pris, c�est de la haine; avec ce m�pris, c�est un sentiment si bas et si terrible � la fois, que je ne comprends pas qu�on en puisse subir vivant l�expression telle que je vous la jette au visage.
Gilbert p�lit, deux larmes de rage brill�rent aux franges de ses paupi�res; ses l�vres s�amincirent, p�lissantes, comme deux filets de nacre.
� Mademoiselle, dit-il tout fr�missant, je ne suis pas si peu, en v�rit�, que je ne puisse servir � r�parer la perte de votre honneur.
Andr�e se redressa.
� S�il s�agissait d�honneur perdu, monsieur, dit-elle fi�rement, ce serait de votre honneur � vous, et non du mien. Telle que je suis, mon honneur � moi est intact, et ce serait en vous �pousant que je me d�shonorerais!
� Je ne croyais pas, r�pondit Gilbert d�un ton froid et incisif, qu�une femme, lorsqu�elle est devenue m�re, d�t consid�rer autre chose au monde que l�avenir de son enfant.
� Et moi, je ne suppose point que vous osiez vous occuper de cela, monsieur! repartit Andr�e, dont les yeux �tincel�rent.
� Je m�en occupe, au contraire, mademoiselle, r�pondit Gilbert commen�ant � se relever sous le pied acharn� qui le foulait. Je m�en occupe, car je ne veux pas que cet enfant meure de faim, comme cela arrive souvent dans les maisons des nobles, o� les filles entendent l�honneur � leur mani�re. Les hommes se valent entre eux; des hommes qui valaient eux-m�mes mieux que les autres ont proclam� cette maxime. Que vous ne m�aimiez pas, je le con�ois, car vous ne voyez pas mon c�ur; que vous me m�prisiez, je le con�ois encore, vous ne savez pas ce que je pense; mais que vous me refusiez le droit de m�occuper de mon enfant, jamais je ne le comprendrai. H�las! en cherchant � vous �pouser, je ne contentais pas un d�sir, une passion, une ambition; j�accomplissais un devoir, je me condamnais � �tre votre esclave, je vous donnais ma vie. Eh! mon Dieu, vous n�eussiez jamais port� mon nom; si vous eussiez voulu, vous eussiez continu� de me traiter comme le jardinier Gilbert, c��tait juste; mais, votre enfant, vous ne deviez pas le sacrifier. Voici trois cent mille livres qu�un protecteur g�n�reux, qui m�a jug� autrement que vous, m�a donn�es pour dot. Si je vous �pouse, cet argent m�appartient; or, pour moi, mademoiselle, je n�ai besoin de rien que d�un peu d�air pour respirer, si je vis, et d�une fosse dans la terre pour y cacher mon corps, si je meurs. Ce que j�ai en plus, je le donne � mon enfant; tenez, voil� les trois cent mille livres.
Et il d�posa sur la table la masse de billets, presque sous la main d�Andr�e.
� Monsieur, dit celle-ci, vous faites une grave erreur; vous n�avez pas d�enfant.
� Moi!
� De quel enfant parlez-vous donc? demanda Andr�e.
� Mais de celui dont vous �tes m�re. N�avez-vous pas avou� devant deux personnes: devant votre fr�re Philippe, devant le comte de Balsamo; n�avez-vous pas avou� que vous �tiez enceinte, et que c��tait moi, moi, malheureux!�
� Ah! vous avez entendu cela? s��cria Andr�e. Eh bien! tant mieux, tant mieux; alors, monsieur, voici ce que je vous r�pondrai: Vous m�avez l�chement fait violence; vous m�avez poss�d�e pendant mon sommeil; vous m�avez poss�d�e par un crime; je suis m�re, c�est vrai; mais mon enfant n�a qu�une m�re, entendez-vous? Vous m�avez viol�e, c�est vrai; mais vous n��tes pas le p�re de mon enfant!
Et, saisissant les billets, elle les jeta d�daigneusement hors de la chambre, de telle fa�on qu�ils effleur�rent, en volant, le visage bl�missant du malheureux Gilbert.
Alors il ressentit un mouvement de fureur tellement sombre, que le bon ange d�Andr�e dut trembler encore une fois pour elle.
Mais cette fureur se contint par sa violence m�me, et le jeune homme passa devant Andr�e sans m�me lui adresser un regard.
Il n�eut pas plus t�t d�pass� le seuil de la porte, qu�elle s��lan�a derri�re lui, ferma portes, persiennes, fen�tres et volets, comme si, par cette action violente, elle mettait l�univers entre le pr�sent et le pass�!
Chapitre 154. R�solution
Comment Gilbert rentra chez lui, comment il put, sans expirer de douleur et de rage, supporter les angoisses de la nuit, comment il ne se releva pas tout au moins avec des cheveux blancs, voil� ce que nous n�entreprendrons pas d�expliquer au lecteur.
Le jour venu, Gilbert se sentit un violent d�sir d��crire � Andr�e pour lui dire tous les arguments si solides, si pleins de probit� que la nuit avait fait jaillir de son cerveau; mais en trop de circonstances d�j� il avait exp�riment� le caract�re inflexible de la jeune fille, il ne lui restait plus aucune esp�rance. �crire, d�ailleurs, �tait une concession qui r�pugnait � sa fiert�. Penser que sa lettre serait froiss�e, jet�e sans �tre lue peut-�tre; songer qu�elle ne servirait qu�� mettre sur ses traces une meute d�ennemis acharn�s, inintelligents, ce fut une raison pour qu�il n��criv�t pas.
Gilbert pensa alors que sa d�marche pouvait �tre mieux re�ue du p�re, qui �tait un avare et un ambitieux; du fr�re, qui �tait un homme de c�ur, et dont le premier mouvement seul �tait � craindre.
� Mais, se dit-il, � quoi bon �tre soutenu par M. de Taverney ou par M. Philippe, lorsque Andr�e me poursuivra de son �terneclass="underline" �Je ne vous connais pas!�� C�est bien, ajouta-t-il en lui-m�me; rien ne m�attache plus � cette femme; elle-m�me a pris soin de briser les liens qui nous unissaient.
Il disait cela en se roulant de douleur sur son matelas, en se rappelant avec rage les moindres d�tails de la voix, de la figure d�Andr�e; il disait cela en souffrant une torture inexprimable, car il l�aimait �perdument.
Quand le soleil, d�j� haut sur l�horizon, p�n�tra dans la mansarde, Gilbert se leva chancelant avec le dernier espoir d�apercevoir son ennemie dans le jardin ou dans le pavillon m�me.
C��tait encore une joie dans le malheur.
Mais, tout � coup, un flot amer de d�pit, de remords, de col�re, vint noyer sa pens�e; il se rappela tout ce que la jeune fille lui avait fait subir de d�go�ts, de m�pris; et, s�arr�tant lui-m�me au milieu du grenier, par un ordre que la volont� donna rudement � la mati�re: