Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Sur ces entrefaites, l�ombre qui s��paississait l�emp�cha de rien distinguer; alors, un invincible d�sir lui prit de voir les arbres, la maison, les all�es que l�obscurit� venait de confondre dans une seule masse, sur laquelle l�air flottait �gar� comme sur un ab�me.
Il se souvint qu�un soir, en des temps plus heureux, il avait voulu se procurer des nouvelles d�Andr�e, la voir, l�entendre parler m�me, et qu�au p�ril de sa vie, souffrant encore de la maladie qui avait suivi le 31 mai, il s��tait laiss� glisser le long de la goutti�re, du premier �tage jusqu�en bas, c�est-�-dire jusqu�� ce bienheureux sol du jardin.
En ce temps-l�, il y avait un grand danger � p�n�trer dans cette maison, que le baron habitait, o� Andr�e �tait si bien gard�e, et cependant, malgr� ce danger, Gilbert se rappelait combien la situation �tait douce, et comment son c�ur avait joyeusement battu quand il avait entendu le bruit de sa voix.
� Voyons, si je recommen�ais, si une derni�re fois j�allais chercher � genoux, sur le sable des all�es, la trace ador�e qu�ont d� y laisser les pas de ma ma�tresse?
Ce mot, ce mot effrayant s�il e�t �t� entendu, Gilbert l�articula presque haut, prenant � le prononcer un �trange plaisir.
Gilbert interrompit son monologue pour fixer un regard profond sur la place o� il devinait que le pavillon devait �tre.
Puis, apr�s un instant de silence et d�investigation:
� Rien n�annonce, ajouta-t-il, que le pavillon soit habit� par d�autres locataires: ni lumi�re, ni bruit, ni portes ouvertes; allons!
Gilbert avait un m�rite: c��tait, une fois sa r�solution prise, la rapidit� d�action avec laquelle il l�ex�cutait. Il ouvrit la porte de sa mansarde, descendit � t�tons comme un sylphe devant la porte de Rousseau; puis, arriv� au premier �tage, il enjamba courageusement le plomb et se laissa couler jusqu�au bas, au risque de faire une vieille culotte de cette culotte si fra�che encore le matin.
Arriv� au bas de l�espalier, il repassa par toutes les �motions de sa premi�re visite au pavillon, fit crier sous ses pas le sable, et reconnut la petite porte par laquelle Nicole avait introduit M. de Beausire.
Enfin, il alla vers le perron pour appliquer ses l�vres sur le bouton de cuivre de la persienne, se disant que, sans nul doute, la main d�Andr�e avait press� ce bouton. Le crime de Gilbert lui avait fait de son amour quelque chose comme une religion.
Tout � coup, un bruit venu de l�int�rieur fit tressaillir le jeune homme, bruit faible et sourd comme celui d�un pas l�ger sur le parquet.
Gilbert recula.
Sa t�te �tait livide et, en m�me temps, si bourrel�e depuis huit ou dix jours, qu�en apercevant une lueur qui filtrait � travers la porte, il crut que la superstition, cette fille de l�ignorance et du remords, allumait dans ses yeux un de ses sinistres flambeaux, et que c��tait ce flambeau qui transparaissait sur les lames des persiennes. Il crut que son �me charg�e de terreurs �voquait une autre �me, et que l�heure �tait venue d�une de ces hallucinations comme en ont les fous ou les extravagants passionn�s.
Et cependant le pas et la lumi�re approchaient toujours, Gilbert voyait et entendait sans croire; mais, la persienne s�ouvrant soudain au moment o� le jeune homme s�approchait pour regarder � travers les lames, il fut rejet� par le choc sur le c�t� du mur, poussa un grand cri, et tomba sur les deux genoux.
Ce qui le prosternait ainsi, c��tait moins le choc que la vue: dans cette maison qu�il croyait d�serte, � la porte de laquelle il avait frapp� sans qu�on lui ouvr�t, il venait de voir appara�tre Andr�e.
La jeune fille, car c��tait bien elle et non pas une ombre, poussa un cri comme Gilbert; puis, moins effar�e, car sans doute elle attendait quelqu�un:
� Qu�y a-t-il? demanda-t-elle. Qui �tes-vous? Que d�sirez-vous?
� Oh! pardon, pardon, mademoiselle! murmura Gilbert, la face humblement tourn�e vers le sol.
� Gilbert, Gilbert ici! s��cria Andr�e avec une surprise exempte de peur et de col�re; Gilbert dans ce jardin! Que venez-vous y faire, mon ami?
Cette derni�re appellation vibra douloureusement jusqu�au fond du c�ur du jeune homme.
� Oh! dit-il d�une voix �mue, ne m�accablez pas, mademoiselle, soyez mis�ricordieuse; j�ai tant souffert!
Andr�e regarda Gilbert avec �tonnement, et comme une femme qui ne comprenait rien � cette humilit�:
� Et d�abord, dit-elle, relevez-vous, et expliquez-moi comment vous �tes ici.
� Oh! mademoiselle, s��cria Gilbert, je ne me rel�verai point que vous ne m�ayez pardonn�!
� Qu�avez-vous donc fait contre moi, pour que je vous pardonne? Dites, expliquez-vous. En tout cas, continua-t-elle avec un sourire m�lancolique, comme l�offense ne peut �tre grande, le pardon sera facile. C�est Philippe qui vous a remis la clef?
� La clef?
� Sans doute, il �tait convenu que je n�ouvrirais � personne en son absence et, pour que vous soyez entr�, il faut bien que ce soit lui qui vous en ait facilit� les moyens, � moins que vous n�ayez pass� par-dessus les murs.
� Votre fr�re, M. Philippe?� balbutia Gilbert. Non, non, ce n�est pas lui; mais ce n�est point de votre fr�re qu�il s�agit, mademoiselle; vous n��tes donc point partie? Vous n�avez donc pas quitt� la France? O bonheur! bonheur inesp�r�!
Gilbert s��tait relev� sur un genou et, les bras ouverts, remerciait le ciel avec une �trange bonne foi.
Andr�e se pencha vers lui et, le regardant avec inqui�tude:
� Vous parlez comme un fou, monsieur Gilbert, dit-elle, et vous allez d�chirer ma robe; l�chez donc ma robe; l�chez donc ma robe, je vous prie, et mettez fin � cette com�die.
Gilbert se releva.
� Vous voil� en col�re, dit-il; mais je n�ai point � me plaindre, car je l�ai bien m�rit�; je sais que ce n�est point ainsi que j�eusse d� me pr�senter; mais que voulez-vous! j�ignorais que vous habitassiez ce pavillon; je le croyais vide, solitaire; ce que j�y venais chercher, c��tait votre souvenir: voil� tout. Le hasard seul� En v�rit�, je ne sais plus ce que je dis; excusez-moi; je voulais d�abord m�adresser � monsieur votre p�re, mais lui m�me avait disparu.
Andr�e fit un mouvement.
� � mon p�re, dit-elle; et pourquoi � mon p�re?
Gilbert se trompa � cette r�ponse.
� Oh! parce que je vous crains trop, dit-il, et cependant, je le sais bien, mieux vaut que tout se passe entre vous et moi; c�est le moyen le plus s�r que tout soit r�par�.
� R�par�! qu�est-ce que cela? demanda Andr�e, et quelle chose doit �tre r�par�e? Dites.
Gilbert la regarda avec des yeux pleins d�amour et d�humilit�.
� Oh! ne vous courroucez pas, dit-il; certes, c�est une grande t�m�rit� � moi, je le sais; � moi qui suis si peu de chose; c�est une grande t�m�rit�, dis je, que de lever les yeux si haut; mais le malheur est accompli.
Andr�e fit un mouvement.
� Le crime, si vous voulez, continua Gilbert; oui, le crime, car r�ellement c��tait un grand crime. Eh bien, de ce crime, accusez la fatalit�, mademoiselle, mais jamais mon c�ur�
� Votre c�ur! votre crime! la fatalit�!� Vous �tes insens�, monsieur Gilbert, et vous me faites peur.
� Oh! c�est impossible qu�avec tant de respect, tant de remords; qu�avec le front baiss�, les mains jointes, je vous inspire un autre sentiment que la piti�. Mademoiselle, �coutez ce que je vais vous dire, et c�est un engagement sacr� que je prends en face de Dieu et des hommes: je veux que toute ma vie soit consacr�e � expier l�erreur d�un moment, je veux que votre bonheur � venir soit si grand, qu�il efface toutes les douleurs pass�es. Mademoiselle�
Gilbert h�sita.
� Mademoiselle, consentez � un mariage qui sanctifiera une criminelle union.
Andr�e fit un pas en arri�re.
� Non, non, dit Gilbert, je ne suis point un insens�; n�essayez pas de fuir, ne m�arrachez point vos mains que j�embrasse; par gr�ce, par piti� consentez � �tre ma femme.
� Votre femme? exclama Andr�e croyant que c��tait elle-m�me qui devenait folle.
� Oh! continua Gilbert avec des sanglots d�vorants; oh! dites que vous me pardonnez cette nuit horrible; dites que mon attentat vous a fait horreur, mais dites aussi que vous pardonnez � mon repentir; dites que mon amour, si longtemps comprim�, justifiait mon crime.