Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
L’ASI baissa le ton :
— Mon information date de cette semaine. La PJ marocaine a son idée. Note que cela n’est qu’une hypothèse. D’abord, on n’a jamais retrouvé le corps de Ben Hamid. On ne sait donc pas officiellement s’il a été assassiné. Il n’est que porté disparu. La raison de sa mort ? Nous en serions malheureusement à l’origine…
Patrick crut avoir mal entendu.
— Explique.
— Comme leur petit était malade, les parents sont venus plusieurs fois à Rabat pour solliciter l’aide de l’ambassade, et le faire hospitaliser en France. Il y a six mois, le père est passé. Je partais en voiture jusqu’à Tanger pour faire une liaison. J’en avais parlé à d’autres collègues. On m’a demandé si j’acceptais de véhiculer monsieur Ben Hamid… Je ne le connaissais pas. J’ai accepté. Il était très gentil. On a fait un bout de route ensemble. Je l’ai laissé à Larache. Par malheur, il aurait été vu dans ma voiture.
Patrick ne comprenait pas.
— La PJ a eu un tuyau, en fait un retour de rumeurs… On disait qu’il était mort parce qu’il balançait à l’ambassade de France et qu’il me connaissait. Comme c’est faux, je ne vois donc que cette seule explication : il a été vu dans ma voiture soit au départ de Rabat, soit à Larache… C’est la seule fois où on a eu affaire à lui. D’ailleurs, lorsque vous avez sollicité qu’on fasse des vérifications sur la famille Ben Hamid, je n’ai absolument pas percuté. Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris qu’il s’agissait de l’homme que j’avais véhiculé.
— Hallucinant ! Il a été tué juste à cause d’une rumeur ?
— On n’en saura jamais rien malheureusement. Personne ne parlera, et ce n’est pas Hamoudni qui vous donnera des explications… Il va évidemment nier.
Ce qu’il venait d’entendre plongea Patrick dans un abîme de perplexité. Un pauvre type et toute sa famille s’étaient vus condamnés par une rumeur de rumeur, pour la simple raison qu’il avait croisé une fois dans sa vie un flic français. Des meurtres aussi injustes qu’absurdes.
Pris en charge par les autorités locales, policiers et magistrats furent traités avec tous les honneurs. L’opération se déroula selon des règles bien précises, une organisation quasi militaire à laquelle, pour des prétextes sécuritaires, ils ne purent assister. Une fois terminée, on les autorisa à visiter la maison du trafiquant, une belle demeure à flanc de montagne, avec de nombreuses pièces richement meublées et un parc automobile en conséquence. Seulement, monsieur Zouhir Hamoudni n’était plus chez lui, disparu, volatilisé. Sous une fausse identité, il était enregistré sur un vol Casablanca-Saõ Paulo, parti l’avant-veille.
— Incroyable. Il était en avion pendant que nous parlions de son cas au ministère de la Justice.
— Des fuites, il doit avoir ses informateurs, s’expliqua Léanne.
— Quelqu’un a balancé !
La flic était fataliste :
— Inutile de jeter la pierre. Je côtoie assez les trafiquants pour savoir de quoi ils sont capables. Avec de l’argent, on peut tout obtenir et partout.
Devant la déception de sa collègue, le juge local, un petit soixantenaire en complet noir et aux épaisses lunettes cerclées de métal, tenta de sauver la face.
— La plupart de ses biens vont être saisis. Enfin, ce qui est à lui, précisa-t-il. J’ai déjà fait des recherches, beaucoup de choses sont au nom de ses parents. Et nous délivrerons un mandat d’arrêt international pour trafic de drogue. Il s’ajoutera au vôtre, je suppose ?
— Oui, il sera également recherché par nous.
— Il ne reste plus qu’à faire passer notre expert. Vous êtes prêt ? demanda Patrick en se retournant vers l’adjudant-chef, Jean Dorval.
— Affirmatif, commandant, et Filou aussi, notre chien spécialisé en recherche de cadavres.
Le malinois de quatre ans était assis à côté de son maître, il attendait sagement qu’on l’invite à se mettre au travail. Aux environs immédiats de la villa, Dorval retira la muselière et remplaça la laisse par une longe de plusieurs mètres. Un ordre, et Filou se mit au boulot. La truffe collée au sol, il commença à examiner les lieux. Les policiers marocains furent d’abord dubitatifs avant de finir par y croire, à voir la fébrilité des employés de maison et des amis d’Hamoudni, regardant d’un mauvais œil l’évolution de ce fouineur à quatre pattes. La recherche du corps de Ben Hamid était bien la dernière chose à laquelle ils s’attendaient.
Au bout d’une heure, Dorval décida de laisser reposer son auxiliaire. Puis un commissaire marocain vint les voir pour leur indiquer une ruine en lisière de la propriété.
— On a surpris des employés qui parlaient entre eux. Envoyez votre animal par là, faites-moi confiance.
L’adjudant-chef se releva, planta ses poings sur ses hanches et plissa les yeux en direction de la ruine avant de conduire finalement son chien vers l’endroit désigné.
— Je jure que s’il trouve, je ne dirai plus jamais de mal des gendarmes, se promit Patrick.
À croire que Filou l’avait entendu. À l’arrêt, museau dans la terre, il se mit à gratter furieusement le sol avec ses pattes avant.
— C’est bien, mon Filou, c’est bien ! l’encouragea son maître, tout en faisant signe aux policiers de le rejoindre.
Derrière lui, des gendarmes marocains accouraient avec des pelles…
Léanne passa une main sur les épaules de Patrick.
— N’oublie pas ton serment !
Le commandant Girard quitta le Maroc, l’esprit tranquille. Même si Hamoudni était en fuite, les assassinats étaient définitivement élucidés. Il y avait suffisamment d’éléments pour condamner le trafiquant et ses associés. Le Marocain finirait bien par se faire arrêter. Savoir s’il serait jugé dans son pays ou en France ne l’intéressait pas. Le flic était fier d’avoir pu donner une véritable sépulture à Mohamed Ben Hamid. Il rejoindrait sa femme et son fils au cimetière du village.
Au « 36 », le commandant racontait à ses collègues ses aventures marocaines au moment où apparut le chef de la Crim’.
— Pour une fois qu’une mission à l’étranger a une autre utilité que de faire du tourisme, ce n’est pas mal.
C’était la manière sobre d’Antoine Bayon de faire un compliment. Il était content au point de vouloir célébrer l’événement, mais sans excès ni effusions superflus.
Dix-neuf heures. Patrick avait le temps de rejoindre Marianne pour une séance de cinéma à vingt heures sur les Champs-Élysées. Après ils iraient au restaurant. Pour demain, elle avait prévu une série d’expos et un concert le soir. Depuis qu’ils habitaient Paris, ils sortaient quasiment tous les jours.
Glossaire
Bleus : policiers en uniforme.
Ripeurs : jeunes policiers nouvellement affectés dans un groupe.
ASI : L’Attaché de Sécurité intérieure dirige, dans chaque ambassade de France, le service de sécurité intérieure, dépendant de la Direction de la Coopération Internationale (DCI) du Ministère de l’Intérieur, en charge des policiers français postés à l’étranger.
BRI : Brigade de Recherche et d’Intervention.
DRI : Division des Relations Internationales, au sein de la DCPJ.
DCPJ : Direction Centrale de la Police Judiciaire.
DGPN : Direction Générale de la Police Nationale.
DGSE : Direction Générale de la Sécurité Extérieure.