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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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— Ils se sont déjà parlé. Mon informateur…

— Le petit vieux ? coupa Léanne en riant. Tu vas me le présenter ?

— Peut-être, mais laisse-moi finir. Il l’a repéré plusieurs fois avec Nasri. Alors, on peut espérer qu’il se soit réfugié dans la cité. Je ne rêve que de ça depuis qu’il nous a filé entre les pattes.

43

Dès cinq heures du matin, des voitures de police commencèrent à rejoindre les points ciblés. Le but était de ceinturer les lieux sans éveiller l’attention avant le début des festivités. Le groupe de Léanne allait s’intéresser au chef du réseau, Saïd Nasri. Le voyou habitait au sommet d’une tour d’immeuble où il avait regroupé plusieurs appartements dont il avait expulsé les habitants en titre. Comme il continuait de régler le loyer, la société HLM n’avait pas jugé bon de mettre son nez dans une affaire à risque. Des grilles protégeaient l’accès à l’étage du voyou. Conscient qu’on n’était jamais assez prévoyant dans sa profession, il avait même fait installer des caméras de surveillance, pour se prémunir d’une descente de police, mais aussi des bandes rivales.

Le directeur de la PJ parisienne et le chef de l’OCRTIS coordonnèrent ce qui ressemblait à une opération militaire d’envergure. Il faisait encore nuit et deux hélicoptères munis de caméras thermiques surveillaient les mouvements et fuites éventuelles de suspects.

Cinq heures quarante-cinq, des hommes en noir, cagoulés et équipés de vestes tactiques au sigle de leur service, s’engouffrèrent dans les étages. Cinq heures cinquante-cinq, chacun était à son poste, devant la porte qui lui avait été assignée.

Six heures, un « top » se répercuta sur les différentes radios. Assaut ! Le silence de la cité se déchira dans un grognement sourd de portes qui cèdent, de vitres cassées et d’injonctions « Police ! ». Des lumières s’allumèrent, des hurlements s’amplifièrent.

Parallèlement, des véhicules investirent toute la cité. Des gyrophares, des coups de frein… Des CRS se déployèrent pour sécuriser les abords. Des fenêtres furent jetés divers objets encombrants : drogues, seringues, armes, bijoux, jusqu’à des billets de 500 euros ou d’autres coupures parfois étrangères, dont les détenteurs devaient craindre qu’il s’agisse de liasses-pièges… En bas, des enquêteurs équipés de gants se chargèrent de récolter les fruits de cette étrange moisson. Après un inventaire plus détaillé de recherches d’ADN et d’empreintes, des gens allaient devoir s’expliquer, et faire preuve d’imagination et de conviction pour justifier leurs traces sur ces supports.

Nasri avait tout prévu pour déjouer les assauts. Adieu l’effet de surprise, lorsqu’ils se retrouvèrent bloqués par une grille au neuvième étage et furent obligés d’utiliser des mini-charges explosives pour en avoir raison. En face d’eux, une poignée de jeunes les insultèrent en se laissant interpeller. Des gardes armés déposèrent leur matériel sans aucune résistance. Leur mission consistait à protéger leur chef de l’attaque de bandes adverses, pas de la police. C’était le travail des avocats. Patrick et Léanne suivirent le groupe d’intervention. Au point où ils en étaient, la discrétion n’était plus de mise. Devant une porte blindée, les policiers s’annoncèrent avant que l’artificier ne se remette au travail.

— Reculez-vous, ça va sauter.

Les trois verrous de sécurité explosèrent dans un bruit métallique. La porte bâilla plus qu’elle ne s’entrebâilla. Des cris. Des insultes… Puis, plus rien.

— Vous pouvez venir, les lieux sont sécurisés.

Dans le logement, épaisse moquette, canapés en cuir blanc, murs de couleurs vives. Des écrans télés et des jeux vidéo donnaient l’impression d’être les seuls meubles. Les chambres, elles, étaient un horrible foutoir.

– Ça pourrait être pas mal, remarqua la commandant. Il manque surtout quelqu’un pour faire le ménage.

— Il est là, alerta un officier de la BRI. Il est avec une fille.

Dans la dernière chambre, un jeune couple était menotté sur un lit, une couverture posée sur eux.

— Ils sont à poil, justifia l’un des flics.

Léanne s’approcha du jeune homme.

— C’est toi, Saïd Nasri ?

— Ouais, qu’est-ce que tu m’veux ?

— Tu es en garde à vue, à compter de six heures cinq, heure à laquelle nous venons d’entrer chez toi.

Il aboya :

— Tu fais la belle parce que je suis attaché !

Elle sourit et le trouva presque drôle, il en fallait plus pour la déstabiliser.

— Et donc, tu veux un avocat ?

– Évidemment que j’en veux un… Je veux même maître Maurin, appelez-le, il va venir.

— C’est un avocat qui commence à se faire un nom au pénal, précisa l’un des policiers de la brigade des Stups.

— Et toi, comment tu t’appelles ? demanda Léanne en s’adressant cette fois à la fille.

— C’est ma meuf, elle est pour rien là-dedans, laissez-la partir.

— Tu parleras quand je te poserai des questions.

— Jenifer Bertrand ! cracha la fille, à la manière d’une chatte qu’on attaque.

Ils vont bien ensemble, pensa Patrick.

— Un avocat ?

— Elle aura aussi le mien.

— Elle peut peut-être le dire elle-même !

— Oui, je prends le même. Ces menottes me font mal, détachez-moi !

Léanne fit sortir Nasri et resta seule avec Jenifer pour lui permettre de s’habiller, avant d’être dirigée vers les fourgons qui ramèneraient à Paris les premiers invités.

Des enquêteurs des Stups et de la Crim’ remplacèrent la BRI pour débuter la perquisition. Nasri avait passé un survêtement. Menotté et sous bonne garde, il se tenait dans un coin du salon.

Patrick attrapa une photo de Waheed.

— Tu le connais ? Il est où ?

Le dealer dévoila toutes ses dents dans un rictus étincelant.

— Avec ta femme !

Patrick s’imagina en train d’écraser son poing sur le visage de son prisonnier, mais il réussit à se contrôler.

— Monsieur a de l’humour. Moi aussi. Si on ne trouve pas Waheed et qu’on récupère ses traces d’ADN chez toi, je te ferai partir au trou pour complicité de meurtre.

— J’y suis pour rien dans ses affaires.

Le flic sourit. Nasri savait très bien ce qui était reproché à Waheed. Patrick prit un air désolé.

— Je sais, mais ce n’est pas très grave tout ça. Même si tu n’es pas condamné, tu resteras au trou deux, trois ans ou plus, pendant l’instruction du procès d’assises. Tu me diras, c’est rien à côté du trafic de drogue où tu risques de prendre vingt ans…

Le voyou continuait de crâner, mais son visage changea de couleur. Assez en tout cas, pour persuader Patrick que l’on ne tarderait pas à trouver des traces scientifiques du passage de son fugitif.

— Faites-moi encore voir cette photo.

— C’est bon, arrête ton cirque !

Nasri sembla hésiter. Patrick n’était pas d’humeur et la lui colla sous le nez.

— Effectivement, je connais ce gars. Il est déjà venu chez moi, il m’a dit qu’il avait des problèmes de logement. C’est pas un hôtel ici, je l’ai envoyé paître. Je ne sais pas où il est allé. Je crois qu’il est SDF, il dort dans des bagnoles.

— C’était quand ?

Le trafiquant réfléchit longuement… Patrick bouillait. Léanne restait silencieuse. Aux Stups, ce genre de client alimentait son quotidien.

— Hier, peut-être avant-hier. Je ne me souviens pas bien. En ce moment, je prends des médicaments.

Patrick jugea inutile de continuer à jouer, il laissa faire. La fouille intéressait plus Léanne que lui. D’une baie vitrée, il jeta un regard sur l’extérieur. La cité grouillait de flics : des uniformes, des civils en brassard « Police », des « ijistes » en blouse blanche. Mais la vie continuait. Des femmes partaient au marché en traînant leurs gosses, des vieux discutaient en fumant. Seuls des ados longeaient les murs. Drôle d’ambiance. Pour la majorité d’entre eux, dans cet univers morne et triste, la police était clairement l’ennemie. Avec le chômage, les jeunes désœuvrés plongeaient dans la drogue, les plus malins comme dealers. Ici, la réussite sociale passait par s’imposer dans la bande, et régner par la violence… Maintenant, d’autres rejetaient la dope et les modèles mafieux, pour s’engager dans la barbarie, sous couvert d’un idéalisme religieux d’un autre temps. Ses yeux remontèrent vers les barres d’immeubles. Son tueur se trouvait peut-être là…

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