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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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Bloqué, il était bloqué au milieu du pont de l’horreur. Il refusait de traverser. Consciemment, inconsciemment…, le commandant n’arrivait pas à le déterminer. Il tenta de lui faire passer l’obstacle, quitte à y revenir plus tard.

— Tu as revu Leïla par la suite ?

Waheed le regarda avec des yeux effarés.

— Non, non, on s’est quitté après notre départ de la chambre, je ne lui ai rien demandé.

— Elle ne devait pas te payer ?

— Mais non ! Non ! je n’ai pas touché d’argent… Je vous jure, je ne voulais pas… Je vois bien que vous ne me croyez pas.

Patrick fit le tour de son bureau en attrapant une chaise. Il s’assit face au tueur, à quelques centimètres de lui, et prit un ton mi-paternel, mi-confident :

— Arrête, Waheed, écoute-moi. Je ne suis pas un ennemi. Je te comprends. Moi, tu crois que si quelqu’un menaçait ma famille, ma femme, mes enfants, et me demandait de faire une chose horrible pour leur sauver la vie, je ne le ferais pas ?

L’étudiant en médecine leva les yeux vers le flic qui attendait une réponse, une justification à son geste.

— Bien sûr que je le ferais… Et tout le monde le ferait. Ceux qui peuvent affirmer le contraire sont ceux à qui ce n’est pas arrivé. Tu n’as fait que sauver ta famille. Tu as sauvé la vie de ta mère. Je ne vais pas te dire que tu as bien fait d’assassiner ce malheureux gosse… Mais tu n’avais pas le choix. Il fallait que tu le fasses. Si tes frères, ta sœur, ta mère sont vivants aujourd’hui, c’est grâce à toi. Mais il faut que tu expliques, que tu dises tout, qu’on ne croit pas que tu veux cacher des choses, parce que tu n’es pas un meurtrier, mais une victime.

Waheed voulut s’assurer que le policier ne lui mentait pas… Patrick plongea ses yeux dans ceux du jeune tueur. Coup de bluff d’un joueur de poker. C’est maintenant que tout se jouait.

— C’est vrai, vous me croyez, monsieur ?

— Oui, je te crois. Ça se voit que tu es un brave garçon. Ils se sont servis de toi.

Après d’autres hésitations, il retomba dans le sordide. Il raconta comment il avait demandé à Jérôme de se retourner sur le côté, comme s’il voulait l’ausculter, de manière à ce qu’il ne voit pas ce que Leïla s’apprêtait à faire. À ce moment, Ali s’était aperçu que la tueuse portait les vêtements de sa mère. Leïla ne lui avait pas laissé le temps de comprendre, un rapide coup de cutter à la gorge ! Elle avait aussitôt sorti de sa poche un poinçon pour le passer à Waheed. Tout était allé très vite. Entendant le bruit, Jérôme avait voulu se retourner. Il l’avait maintenu… Leïla s’était placée derrière Waheed, et lui avait glissé que s’il ne se dépêchait pas, il serait le premier de sa famille à crever. Il avait levé le poinçon et tenu fermement Jérôme avant de lui enfoncer la pointe directement dans le cœur. L’enfant était mort presque immédiatement et sans un cri.

À la fin de son récit, Waheed s’enferma dans un mutisme pathétique. Longtemps…

— Et après ? relança encore le commandant.

— Quoi, après ? On est parti.

— Non, il s’est passé quelque chose avant…

— Les inscriptions, c’est ça ?

Le commandant approuva d’un signe de tête.

— Leïla a voulu profiter de la vague d’attentats. Elle a pensé que vous chercheriez du côté des islamistes. Avec un morceau de tissu, elle a écrit « Allahu Akbar » en lettres de sang sur un mur… Je me souviens, elle tremblait, elle ne pensait plus qu’à une chose… Elle voulait se refaire une ligne, j’ai dû l’arrêter en lui disant que ce n’était pas le moment.

Le commandant termina cette première audition par une série de questions brèves. Mieux valait formaliser définitivement tout ce qui venait d’être dit et faire signer Waheed et son avocat. On éviterait ainsi qu’il revienne sur ses déclarations. Ses aveux très circonstanciés ne pourraient plus être contestés. Quand Patrick le vit signer les documents, une sorte de quiétude l’envahit. Il avait réussi, même s’il restait quelques inconnues. Waheed minimisait probablement son action en jouant la victime, mais c’était affaire de détails. Derrière le tueur, le jeune avocat cachait difficilement son effarement. Le commandant se dit qu’il n’était pas au bout de ses surprises, s’il croyait trouver de l’humanité chez certains de ses clients. Paradoxalement, il appréhendait souvent mieux un criminel que ne le faisait son défenseur. Surprenant, comment un flic pouvait finir sinon par justifier, au moins par comprendre l’incompréhensible. L’horreur du geste commis par Waheed était impardonnable, et pourtant il n’était peut-être pas un véritable criminel. Dans d’autres circonstances, il aurait pu être médecin, peut-être même un grand médecin, fonder une famille, être un notable. Sa vie s’est terminée avec ces meurtres, pensa Patrick avant de se reprendre : ce garçon n’était qu’un vulgaire assassin rattrapé par ses penchants sadiques.

Léanne avait assisté à la fin de l’audition sans y prendre part, en restant simplement assise dans un coin. Quand Waheed eut quitté la pièce, elle s’approcha de Patrick.

— Belle histoire… J’ai apprécié ton coup de l’empathie, le violon que tu lui as joué.

Le commandant lui sourit.

— Il faut savoir mentir. Ici, on se met dans la peau des tueurs, des violeurs, de toutes sortes de fripouilles pour arriver à faire parler les clients. C’est un confessionnal. Pas pareil aux Stups ?

— Nous, tout est dans la came. Si le gars a de la marchandise sur lui, il ne peut pas nier. Ce qui fait craquer, c’est souvent la pression sur les proches. Toujours étonnant ce qu’un voyou peut reconnaître uniquement parce qu’il pense sauver la mise à sa gonzesse. On les rend vraiment faibles.

— Tu n’as pas tort. Dans le cas de Waheed, l’inconnue majeure est de savoir s’il a agi sous la contrainte ou non. Il est intelligent, c’est un malin, peut-être manipulateur. La mort de Leïla est une chance pour lui, il va essayer de s’en servir pour minimiser sa responsabilité, et se faire passer pour une victime… Ça m’étonnerait cependant qu’il fasse pleurer les jurés.

Il ramassa le procès-verbal et attrapa ses lorgnons pour le relire.

— Ne me dis pas…, s’esclaffa Léanne. Qu’est-ce que c’est que ça ?

— Quoi ! Je n’ai rien d’autre. J’ai une seconde paire de lunettes chez moi. En attendant demain, il faut bien que j’utilise ça.

— C’est à toi ?

— C’était à mon grand-père et je les gardais en souvenir.

— Bravo ! Tu es trop fort.

— Au lieu de te foutre de moi, parle-moi plutôt de Nasri. Qu’est-ce qu’il dit ?

— Rien. Il nie en bloc et refuse de parler. Il se réserve pour le juge. Je réessaierai plus tard. On va lui servir tout ce qu’on a sur lui : surveillances, écoutes et aussi quelques témoignages…

— Je doute que ça l’ébranle.

— Moi aussi, reconnut Léanne, fataliste. Tu dois l’entendre sur les homicides. Il risque de prendre plus dans ton affaire que sur le trafic.

— Il va chiquer à fond. Il fera pression sur Waheed. L’étudiant ne va pas avoir la vie facile en prison. Tout le monde va lui faire payer ses aveux.

— On ne va pas le plaindre avec les saloperies auxquelles il a participé.

— Tu as raison !

46

Il ne restait plus à Patrick qu’à rédiger le rapport de présentation mentionnant les investigations effectuées dans le cadre du flagrant délit. Ce soir, il serait mis fin à la garde à vue de Waheed qui passerait la nuit dans les geôles du dépôt. Demain, une grande journée l’attendait. Déferrement devant Marie Mendoza, la substitut du procureur de la République. Elle demanderait l’ouverture d’une information et le placement sous mandat de dépôt du suspect. Si parfois le cheminement et le résultat d’une telle journée étaient susceptibles de surprise, ce ne serait pas le cas avec Waheed. Devant l’extrême gravité des faits, il terminerait sa journée derrière les barreaux. Plus tard, il serait possible qu’il change de version et finisse même par nier. Ce serait cependant difficile.

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