Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
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La perquisition traînait en longueur pour peu de résultat. Au moment de partir, ils gardèrent Nasri avec eux. Poussé dans leur voiture, le voyou s’affala à l’arrière à côté d’un policier. Il avait repris de sa superbe, et s’adressa à Léanne avec la plus grande décontraction.
— Oh ! la meuf, t’aurais pas une clope ?
Assisse à l’avant, elle préféra ne pas répondre et Patrick prit le volant. Alors qu’ils quittaient la résidence, le bon génie qui veille sur les enquêtes de police, décida de les aider. Le nom de Dazin s’afficha sur l’écran du commandant. Le flic ne se sentait pas d’humeur à échanger avec l’ancêtre. Mais le vieux insista. Après des toussotements interminables, Patrick sentit l’exaspération le gagner jusqu’à ce qu’enfin il entende la voix du vieillard.
— Vous cherchez toujours le gars de la photo ?
— Oui, pourquoi ?
— Je l’ai en face de moi.
Il pila sur place.
— Qu’est-ce que vous dites ?
— Je le vois dans mes jumelles. Il est en train de dormir.
Le flic tapa un brusque demi-tour sans pour autant lâcher le téléphone.
— Dites-moi où exactement !
— Vous trouverez facilement la voiture, c’est une BMW noire, il n’y en a qu’une, garée sur un parking en face de l’endroit où ils ont incendié le fourgon.
— Je raccroche. Appelez-moi s’il bouge.
En quelques mots, il rapporta à Léanne ce qu’elle avait déjà compris.
— Notre gars est dans la cité. Je sais où.
La tension monta, il frappa le volant plusieurs fois.
— Il ne faut pas qu’il nous échappe.
Patrick regarda dans le rétroviseur le policier qui les accompagnait, Boronnat, une grande gueule donneuse de leçons, champion des congés de maladie, plus connu pour raconter des interpellations auxquelles il n’avait jamais participé que pour la vivacité de ses réactions sur le terrain. En bref, un gars en qui il n’avait aucune confiance. S’il se trouvait là aujourd’hui, c’est bien que le service avait été obligé de racler les fonds de tiroir pour aligner suffisamment d’effectifs.
— Tu resteras dans la voiture avec le gardé à vue. Tu ne bouges surtout pas. Compris ?
— Vous allez me laisser seul avec ce mec au milieu de la cité ? Ce n’est pas très réglementaire, ça !
Léanne avait déjà cerné le personnage sans le connaître. À Nice, comme dans tous les services de France, il y avait les mêmes. Elle le foudroya du regard :
— T’auras qu’à faire un rapport à ton syndicat.
Patrick se gara à une centaine de mètres du parking repéré par Dazin. Le commandant se retourna brièvement vers son collègue.
— Appelle le reste du dispositif pour qu’ils nous rejoignent. On sautera quand ils arrivent.
Puis à Saïd Nasri :
— Je te jure que si tu bouges, tu n’iras pas loin !
Menace de façade, mais devant le ton et le visage du policier, Nasri se garda de faire le malin.
Dehors, Girard désigna à Léanne la BM noire. Comme elle était garée, elle ne pouvait pas démarrer et manœuvrer facilement.
— On va au plus près et on attend le reste de la cavalerie.
Main sur la crosse, prêts à dégainer, ils progressèrent. Sous leur veste « Police judiciaire », ils portaient un gilet pare-balles. Patrick fit signe à Léanne de le devancer pour contourner la BM et la prendre en tenaille. Ils étaient en embuscade à une dizaine de mètres de la voiture, lorsqu’arriva de nulle part un scooter. Le deux-roues les frôla, klaxonna, les insulta et disparut au détour d’un immeuble. Ce remue-ménage les déconcentra et alerta Waheed. Il jaillit de la voiture et s’enfuit en courant.
— Police ! Arrête ! tenta Patrick.
Au lieu de le ralentir, l’injonction sembla le doper en direction d’une barre d’immeuble…, Léanne derrière lui. Le scénario de l’autoroute recommençait-il ? Patrick n’arrivait pas à suivre, ses jambes répondaient difficilement. Le suspect s’éloignait… Même sa poursuivante peinait. Waheed disparut par une porte dont Léanne prit le battant sur la figure. Une seconde d’arrêt, grimace aux lèvres, haletante, pliée en deux, elle reprit son souffle. Où était-il ? Un œil sur les marches en face d’elle… Elle regarda sur le côté, vers l’entrée des caves. Celles-ci communiquaient certainement par les sous-sols, facilitant l’échappée du fuyard. Elle s’y engagea… S’habituer à l’obscurité, l’oreille aux aguets, elle prit le risque. Un crissement, un frottement contre le béton, un bruit de pas, elle dégaina et avança doucement, les deux mains crispées sur le Sig. Par les bouches d’aération, filtrait un peu de lumière, insuffisante. Elle continua de longer les portes des caves, presque toutes ouvertes. Soudain, une douleur fulgurante lui fit lâcher son arme. On venait de la cogner avec un morceau de bois ou de métal. Elle sentit quelque chose virevolter autour d’elle, avant d’être frappée de nouveau… Par réflexe, elle s’écarta, bascula sur le pied gauche, arma sa jambe droite et balança un coup à la recherche d’un objectif incertain. Le bout de son pied s’enfonça dans une masse molle. Un cri sourd ! Elle l’avait touché, mais le coup n’avait pas vraiment porté. Un choc, elle se sentit projetée contre un mur. Sa tête heurta douloureusement le béton. Des étoiles dans les yeux, elle tomba en accrochant son agresseur par une jambe. Déséquilibré, celui-ci s’étala à côté d’elle. Un bruit métallique sur le sol. Son Sig était à portée de main du tueur ! Se battre, vaincre, survivre. Une flamme, une détonation. Il avait réussi à attraper le pistolet et à lui tirer dessus. Il l’avait manquée.
— Arrête ! hurla Léanne.
Derrière eux, la porte claqua… Une lampe s’alluma. Elle vit parfaitement Waheed s’enfuir, son pistolet à la main. Transportée de hargne, elle se rua sur lui et le plaqua avant qu’une masse ne le cloue définitivement au sol. Patrick était sur le dos du fuyard. Claquement de menottes.
La porte sembla exploser cette fois, tout le reste de leur groupe déboulait. Plusieurs lampes torches les éclairèrent. Ils avaient craint le pire, soulagés de les retrouver vivants.
— Il se débrouillent encore pas mal, les « ancêtres » de la PJ, ironisa Hakim.
— Tais-toi un peu et rends-toi utile, débarrasse-nous de monsieur, ordonna Patrick.
Les chaussures du jeune policier craquèrent sur le sol. Une lampe éclaira des morceaux de verre et de fil de fer écrasés. Le commandant se passa instinctivement la main sur le front.
— Mes lunettes !
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Nouvelle répartition pour le transfert, Léanne se chargea de Nasri, et Patrick de Waheed. Durant le trajet, le commandant s’assit à l’arrière à côté de lui. Ils échangèrent peu et il se contenta de l’observer comme s’il voulait l’étudier, mieux comprendre à qui il avait affaire. La personnalité du tueur était différente de celle de Nasri. Il parlait parfaitement français et pas un français de zonard de banlieue. Il s’exprimait sans haine, un peu perdu, comme si les événements le dépassaient totalement. Il était pourtant l’auteur de crimes sordides.