Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
Il s’interrompit.
— J’oubliais…
— Quoi ?
— Leïla… La première chose qu’elle a faite quand elle a vu Nasri, ça a été de prendre de la coke, elle était en manque. C’était trop risqué d’en transporter en avion, et il a fallu que Nasri la dépanne. Il a donné des instructions, j’ai bien compris qu’il était au courant. Un gars est venu porter une fiole pleine de poudre. Il l’a donnée à Leïla et elle s’est tout de suite fait un rail devant nous.
Des détails sans intérêt, ils auraient le temps de revenir là-dessus plus tard… Patrick poussa Waheed à aborder les faits.
— Vous avez commencé par tuer la mère ?
Le jeune donna l’impression de se fermer. Il avalait difficilement. Les yeux dans le vague, il évitait le regard de Patrick et semblait se focaliser sur un point invisible entre ses chaussures. Il faisait tout pour ne pas en arriver au meurtre. Il continua à se perdre en broutilles, à faire traîner les choses… L’évocation des faits le terrorisait, le mettant face à une réalité que sa conscience refusait d’admettre. Après un long silence, il redémarra son histoire. Leïla lui avait demandé de se procurer des tranquillisants, et ensemble ils étaient allés rendre visite à Anissa Ben Hamid à l’adresse de l’épicier qui la logeait.
— On lui a dit qu’on était des amis et le commerçant nous a spontanément désigné le logement d’Anissa. La visite était amicale, on avait emmené des pâtisseries, elle nous a offert un thé. Profitant d’un instant d’inattention, Leïla a drogué sa tasse. Après quelques gorgées, Anissa s’est assoupie sur sa chaise. On lui a fait ingurgiter un peu plus de somnifère pour être certain qu’elle ne se réveillerait pas.
Il continua à raconter comment ils avaient dû attendre la nuit pour la transporter hors de l’immeuble.
— Tout était planifié par Leïla. Je suppose qu’elle avait mis au point les choses avec Nasri. Avant de quitter l’appartement d’Anissa, elle a appelé un certain Fahrid. Il nous attendait devant l’immeuble, assis au volant d’une camionnette.
Waheed expliqua comment il était passé à l’arrière avec Anissa. Il l’avait allongée sur le plancher et Leïla avait donné les ordres au chauffeur. Au début, elle ne savait pas où aller. Tout d’un coup, il l’avait entendue annoncer : « Va jusqu’à un pont, on va la balancer à la flotte. Ça fera un beau suicide. »
— Et t’as marché ? demanda Patrick.
Le policier avait beau avoir déjà entendu un paquet d’abominations dans sa carrière, les récits des tueurs arrivaient encore à le surprendre. Toute cette mécanique incroyable qui se mettait en place dans des esprits devenus maléfiques, le fascinait. Waheed haussa la voix.
— Ce n’était plus moi. Je ne savais pas ce que je faisais. J’étais devenu un autre.
— Continue… Tu m’expliqueras ça après, coupa sèchement le commandant.
— Fahrid s’est garé sur le pont, Leïla a sauté à l’arrière de la camionnette. Elle a regardé Anissa en riant et en disant que cette salope allait payer. Elle a mis de la cocaïne sur l’écran de son téléphone et elle s’est encore fait un rail avec un billet de cent euros. Et puis, elle a ouvert la portière latérale et elle a essayé de porter la femme… Elle n’y arrivait pas.
Waheed s’arrêta pour pleurer. Il n’aura jamais assez de larmes pour toute l’audition, il va sécher sur place, pensa sadiquement Patrick, avant de le pousser à poursuivre.
— Elle m’a insulté… Je l’ai aidée. J’ai pris la femme par les épaules, je l’ai soulevée… On touchait la rambarde du pont. J’ai appuyé le corps dessus. Et là, Leïla s’est approchée, elle l’a prise par les pieds. Anissa a basculé. Et Leïla a crié : « Et hop ! celle-là, c’est fait ». J’en croyais pas mes oreilles.
— Et Fahrid ? demanda Patrick.
— Il a regardé sans rien dire.
— Il n’a pas essayé de vous arrêter ?
— Non. Je pense qu’il était déjà au courant. C’était arrangé entre eux.
— Pourquoi il n’est pas venu vous aider ?
— Il devait rester au volant, moteur en marche, prêt à partir s’il y avait un danger.
Patrick sourit. La juge qui instruirait ces assassinats aurait matière à confrontations lorsqu’elle déciderait d’entendre et de mettre en examen Fahrid. Bizarre comme les crapules avaient souvent tendance à minimiser leur participation aux faits et à vouloir se faire passer pour victimes… Il regarda le tueur et se demanda quelle était la vraie personnalité de Waheed. Celle d’un psychopathe cynique ou celle d’un innocent piégé par une tueuse machiavélique ? Il pencha plutôt pour la première hypothèse. Malgré ses mimiques de gentil garçon, il suintait une violence exacerbée et malsaine. Pas question cependant de le contredire maintenant. Le laisser avouer sa participation était primordial. Il pourrait revenir plus tard sur les points de détails, et la juge aurait tout le temps de l’instruction pour comprendre le personnage.
— Et après ?
— Ils m’ont déposé pas loin de chez moi. Je ne sais pas ce qu’a fait Leïla. Elle ne m’a rien dit. Peut-être qu’elle n’avait pas entièrement confiance en moi. On avait rendez-vous le lendemain matin dans un bar de la gare Montparnasse. C’était un peu avant que je prenne mon service à l’hôpital. Elle est arrivée, elle portait le manteau d’Anissa et elle s’était voilée comme elle. Elle m’a donné l’heure exacte à laquelle elle viendrait et m’a dit de la retrouver là-bas.
— Et pour l’autre gosse ?
Waheed s’agita sur sa chaise, basculant d’avant en arrière, métronome nerveux… Il avait très bien compris où voulait en arriver Patrick.
— Non, je vous jure, monsieur, je ne voulais pas ! Au contraire. C’est moi qui ai choisi l’heure parce que la maman de l’autre enfant venait le voir tous les jours, et elle partait avec son fils pendant plus d’une heure. Ils allaient à la cafétéria ou à la salle de jeu. Je pensais qu’Ali serait seul…
— Où as-tu retrouvé Leïla ?
— Dans l’escalier à l’entrée du service. Il n’y a jamais personne, tout le monde prend l’ascenseur. Je lui ai dit de faire attention aux caméras… Quand je l’ai rejointe, elle avait encore les narines toutes blanches, elle venait de sniffer… Je le lui ai fait remarquer, et elle s’est essuyée.
— Et ?
— Elle m’a suivi. Je l’ai conduite jusqu’à la chambre. On est entré ensemble. Ali connaissait Leïla. Quand il l’a vue, il lui a tout de suite souri. Il était content de la voir. Elle s’est approchée de lui. On a été surpris, Jérôme Banel était là ! Je lui ai parlé, et il m’a dit que sa mère ne viendrait pas, elle était à Marseille…
Et ça redevint difficile… Les mots avaient du mal à sortir. Les yeux rouges, il essuya ses larmes et respira profondément, comme s’il se noyait et cherchait de l’air. Il se tourna vers son avocat.
— Je n’en peux plus…
— Regarde-moi ! lui cria Patrick. Dis-moi comment tu l’as tué ce gosse ! Il avait compris ton intention ? Il a eu peur ? Comment tu t’y es pris ?
— Je ne sais pas, ce n’était pas moi, je ne me souviens plus. C’est pas possible, je n’ai pas pu faire ça !
Waheed prit appui sur ses deux pieds et se releva soudainement. Hakim et Jean-Paul réagirent vite et l’immobilisèrent.
— Je vous jure, je ne me souviens pas, je n’ai pas pu faire ça, c’est impossible !
— Tu avais une arme avec toi. Ce n’est pas la même pour Ali et Jérôme. Vous les avez assassinés en même temps. Nos constatations le prouvent.
— Non ! hurla Waheed. Je n’ai tué personne. Je vous jure, monsieur, il faut me croire.