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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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À la différence de bon nombre de ses collègues, Patrick ne voyait pas d’un mauvais œil la présence d’un avocat durant les auditions. Il considérait que c’était même plutôt un avantage. Impossible pour les suspects de dire qu’ils avaient été battus, et que c’était sous la pression qu’ils avaient reconnu des faits dont ils étaient innocents.

Le procédurier du groupe lui apporta les documents nécessaires à la rédaction de sa synthèse.

— Tu t’en sors ? demanda-t-il à Marc, sans avoir réellement de crainte sur le sujet.

— Pas de soucis, on vérifie signatures et tampons, on sera au point. Il me reste à faire des procès-verbaux de liaison pour fermer des portes. On sera dans les temps. Et toi, ton rapport ?

— J’y travaille. Le chef ne devait pas venir aujourd’hui, mais il va passer dans la soirée pour le relire et le signer.

Un peu plus tard, Bayon arriva avec deux bouteilles de champagne.

— Ah ! c’est dans ces conditions que j’aime voir les chefs, railla Patrick.

– Évitez de me dire des conneries, donnez-moi votre rapport que je regarde votre prose… On boira un coup lorsque j’aurai signé, et si je suis content de vous !

*

La procédure des Stups se terminait le mardi soir, après quatre jours de garde à vue. Le directeur de la PJ décida de fêter l’événement en regroupant les acteurs de cette aventure, Niçois compris. Chacun y accommoda ses hauts faits et ses détails anecdotiques, entre l’interpellation de Waheed et la mort des lunettes du commandant.

Le pot s’éternisa et Girard finit par la jouer mélancolique, à tel point que Léanne s’en inquiéta.

— Tu fais la gueule ?

— Non, ce n’est pas ça, je pensais que c’est la dernière année pleine que nous passerons dans ce bâtiment. L’année prochaine, on déménage. Ce sera la fin d’une époque.

En s’approchant d’une fenêtre, il montra une girouette métallique piquée fièrement sur son mât.

— Si tu savais le nombre de bastos qu’elle a pris, celle-là.

Léanne haussa les épaules.

— Pas mal d’endroits, ici, ont été touchés de telles rafales de souvenirs… Les choses ont changé. On ne peut plus se lâcher comme ça, même si ça te venait à l’idée, maintenant, tu serais sanctionné. Peut-être même viré. Et ça serait un peu normal, non ?

— Tu as raison, n’empêche…, il s’en est passé ici des exploits et des conneries !

Il regarda sa montre : « Il est trop tard pour rentrer tôt ! ».

— Restaurant ?

Une trentaine de fidèles se retrouvèrent dans une des « descentes » de Patrick, un troquet qui saurait garder à vue ses clients jusqu’au déménagement.

— Ce soir, pas question de retourner chez nous si on arrose ça dignement.

Il ne lui resterait plus qu’à camper au bureau ou à squatter le canapé d’un de ses collègues parisiens. À cause de cette enquête, il n’avait pas réussi à se libérer pour voir l’appartement que sa femme avait visité. Il avait promis d’y aller le lendemain. Et Marianne lui avait bien fait sentir qu’il avait intérêt à tenir sa promesse.

— Ne t’inquiète pas, tu pourras toujours aller chez moi, lui dit Legal en lui donnant ses clés, ce soir je découche.

— Ah ! je diagnostique que tes relations avec le corps médical sont au beau fixe.

— Je suis amoureux…

— Tu nous fais le coup tous les mois.

— Non, là c’est différent, crois-moi…

— On en reparle… !

Épilogue

À la fin du printemps, Patrick et Léanne débarquèrent au Maroc avec le commissaire Pierre Vales et la juge d’instruction marseillaise. Laurence Albertini était maintenant en charge de l’ensemble des dossiers : Association de malfaiteurs, trafics de drogue, homicides. Sur place, ils furent reçus par les policiers français de la Direction de la coopération internationale, et un magistrat de liaison, tous postés à l’ambassade de France.

Côté marocain, un juge avait reçu la commission rogatoire internationale quelques semaines plus tôt, et le directeur local de la police judiciaire, un ancien de l’école de commissaires de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or s’occuperait d’eux, ravi d’accueillir des collègues français, d’autant que Vales était de sa promo.

Leur arrivée commença à l’orientale… Pas question de parler travail. Visite de la capitale, réception dans un restaurant, couscous royal, musique, danseuses du ventre… Les Français en poste sur place maîtrisaient les coutumes, Vales connaissait d’expérience. Patrick essaya de s’y faire, Léanne tirait la gueule et la juge s’ennuyait ferme. Au deuxième jour, on commença à parler travail au sein du ministère de la Justice, place de la Mamounia. Accueillis par des gens compétents, ils entendirent enfin ce qu’ils rêvaient d’entendre. Leur affaire faisait l’objet de toutes les attentions. Dans la région de Ketama, une opération de police et de communication était programmée pour le surlendemain, permettant de démontrer les efforts du pays dans la lutte contre le trafic de drogue. Tout paraissait parfaitement préparé, et les enquêteurs avaient de bonnes raisons de se féliciter de l’excellente coopération de la police et de la justice.

Le soir, entre Français, les spécialistes de l’international se chargèrent de rassurer Léanne et Patrick sur la sincérité et l’efficacité de la mobilisation marocaine contre le trafic de drogue. Rien n’était aussi simple qu’on voulait le faire croire, en plein cœur du Rif berbère où la majorité de la population vivait de l’exploitation du cannabis et ne comptait pas se détourner de ce qu’elle considérait comme la seule culture aussi traditionnelle que rentable. De grands trafiquants fédéraient les cultivateurs en achetant leur production et en prenant en charge l’exportation. La famille Hamoudni faisait partie de cette aristocratie de la drogue.

— Les Stups marocains sont ravis de pouvoir les faire tomber, confirma l’attaché de sécurité intérieure. Il y a longtemps qu’ils essaient de les avoir, mais ils n’en avaient pas les moyens. Personne ne voulait témoigner contre eux, ils n’avaient que des rumeurs, rien d’autre. L’héroïne et surtout la cocaïne sont en train de causer des dégâts. Les grands trafiquants se sont associés à des cartels colombiens ou mexicains. Les Sud-Américains procèdent à des échanges, résine de cannabis contre cocaïne.

Léanne, jusque-là silencieuse, s’intéressa tout d’un coup à la conversation.

— C’est d’ailleurs par le Maroc qu’a transité la cocaïne que nous avons saisie.

— Normal, la région est devenue une des voies de passage vers l’Europe. Les narcos cherchent de nouveaux canaux de transit, des endroits où il n’est pas naturel pour les douanes de trouver de la poudre. Le Maroc est un pays de trafiquants, et l’Espagne, c’est-à-dire l’Europe, est à portée de n’importe quel Zodiac.

— On ne sait toujours pas pourquoi la famille Ben Hamid a été assassinée. L’ordre est venu d’ici. Les raisons restent mystérieuses. On dit qu’ils avaient balancé à la police. Tu as appris quelque chose à ce sujet ? demanda Patrick.

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